15/10/2010

A Nosseigneurs en impudique bagarre

4622918222_7e15ef9788.jpg   Léo, le nouvel archèv, a fait traduire en flamand un livre d’entretiens parus en français il y a quatre ans, non sans l’enrichir d’un addendum écrit après sa promotion de grand-prêtre. On y lit que le sida, si l’on ne peut pas dire qu’il est punition de Dieu « parce qu’il est très difficile de connaître les intentions divines » (dixit Jean-Paul II), doit être vu, dans son optique à lui, Léo [qui est philosophe et a lu Spinoza] « comme une sorte de justice immanente… Un peu comme sur le plan écologique : quand on  malmène l’environnement,  il finit par nous malmener à son tour.  » Hm !  Qu’est-ce qu’on a malmené, en faisant l’amour ? Nos zones génitales et leurs organes ne nous sont-ils donnés que pour que nous fassions des enfants, à utiliser une dizaine de fois, puis, malgré la constance de leur excitation, à couvrir, ligaturer et mettre prudemment (ou imprudemment ?) au régime absolu ? L’archèf explicite : « Quand on malmène l’amour humain, peut-être finit-il par se venger, sans qu’il faille y faire intervenir une cause transcendante . » Donc pas de miracle inversé, de malédiction, c’est déjà ça.  Mais de quelle « vengeance » s’agit-il ? « Peut-être s’agit-il d’une justice immanente. Malmener la nature physique amène celle-ci à nous malmener, et malmener la nature profonde de l’amour humain finit toujours par engendrer des catastrophes à tous niveaux. »

Bouddhisme et Bruxelles.jpg 

J’ai d'abord envie de blaguer et même d’approuver l’intraitable Prêtre sur un point : finalement, c’est la mort qui gagne, toujours, les Thibétains le savent et en font même une religion. Mais le christianisme est une religion de vie, d’exaltation de la personne, chaque individu étant appelé à ressusciter avec le Christ et à cause du Fils de Dieu Sauveur. Qu’est-ce qui se cache, en réalité,  sous ce mot "malmener" ? La sodomie, peut-être, mais l’amour de face a les mêmes potentialités contagieuses. Je pense, et peu à peu... J’ai connu tant de victimes qui furent nobles, généreuses, plus innocentes sans doute que saint Augustin et Charles de Foucauld. Touché au-delà de ce que je peux dire, j’ai fini par publier l'après-midi dans la Libre Belgique deux commentaires, le premier à 14h26, à la suite de l’article rapportant les propos de l’archevêque.

 Bouge plus, assis..jpg

« Catholique, je prie le Seigneur, qui comprend tout, de comprendre et d'expliquer à mon archevêque cette vérité qu'il semble ne pas comprendre. Lui-même, Jésus, a "malmené la nature profonde" de l'ordre religieux et fatalement l’ordre politique de son temps. De ses agressions, tout le chapitre 23 de Matthieu est rempli. Pouvait-il ignorer raisonnablement qu'il y aurait une réaction ? Non. Déduction : sa  crucifixion, il l’a provoquée par "justice immanente"...  Noire tristesse. Et honte supplémentaire de mon appartenance à cette Eglise où la haine du sexe suscite, outre les méfaits pédophiliques, le mépris des malades sidéens. »

 Honnêtement, non.- CAXFG1UL.jpg

Mais voici qu’une demi-heure plus tard, une autre information est donnée, venant de l’Evêque de Gand, Mgr Van Looy. Dans un tout autre sens.  Si différent que je finis par penser que l’accession de « Léo » au siège primatial, par faveur romaine et contre l’avis des autres évêques résidentiels, a l’ effet paradoxal de rénover autant qu’un concile notre Eglise nationale… Voici mon 2e commentaire, à 15h19, à destination de Mgr de Gand .

Mgr Luk Van Looy, év. de Gand.jpg 

"Les relations stables, même homosexuelles, devraient être permises".  Je suppose que ces propos viennent de l'Evêque lui-même, et ne sont pas seulement une déduction journalistique. Si c'est le cas, je vous salue, Monseigneur. Il y a dans ce principe une vraie morale: un idéal humain, une règle noble et bienfaisante qui tient compte des déterminismes réels. Les prêtres en confession parlent déjà comme cela, mais cela reste privé : ça ne se dit pas "en chaire", ça reste une sorte de concession faite au pécheur endurci. Vous, qui êtes une part de l'Eglise enseignante, voici que vous le posez comme norme, officiellement. Ce qui, du coup, rend moins admissible le libertinage compensatoire... Votre parole n'est pas le laisser-aller, laisser-faire : c'est vraiment la Parole.

 Heaven à Londres - imagesCARIZJ0K.jpg

Est-ce que ma dernière phrase implique que je pense mortellement (!) coupables les grands jeux au sauna ou dans les soirées gayes ? Il y a lieu sans doute, me dis-je expérience faite, de distinguer entre les couples a priori stériles qui se font une famille de leurs pairs devenus « les cousins », et ceux qui fondent une famille neuve, où le duo initial est bientôt trio, quatuor, etc. avec nécessité d’adaptation aux enfants. Mais cela se discute. Quand les faux problèmes ont été évacués, on peut parler des vrais

18:50 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Cher Ephrem,
La religion n'étant pas ma "tasse de thé", j'ai préféré, pour mon commentaire, m'acharner sur le superbe tableau de Magritte, intitulé "Le mal du pays, 1941".
J'ai essayé de comprendre ce que le peintre avait voulu exprimer... Peine perdue!
Magritte dit lui-même que "les titres des tableaux ne sont pas des explications et les tableaux ne sont pas des illustrations des titres."
Serait-ce un problème général des surréalistes?
Dali excellait aussi dans ce genre...
Amitiés

Écrit par : Armand | 16/10/2010

Si vous en avez la patience, cher Armand, remontez dans les archives de ce blog jusqu'à janvier 2008, le 11. Le billet s'intitule: Homesickness, càd nostalgie, mal du pays, comme vous voulez. Vous comprendrez alors le sens que, personnellement, je trouve à ce tableau. Naturellement, je ne dis pas que Magritte pensait ça, mais que moi, qui regarde le tableau qui a ce titre, je "sens" ça.

Autre chose. J'ai maintenant une petite idée sur votre identité; ne la précisez pas explicitement, c'est inutile. Vous êtes vous-même, et c'est bien agréable, merci. J'aime votre sincérité, et vous redis mon plaisir à vous lire.

Écrit par : Ephrem | 16/10/2010

Cher Ephrem,
Je crois que nous n'avons pas les mêmes ressentis du passé... et c'est bien!
L'homme-hirondelle que tu vois dans ce tableau, ou le diable que mon pessimisme y trouve, induiront plus que probablement des pensées différentes.
Nos parcours respectifs dans la vie auront eu des influences différentes sur nos façons de voir nos passés.
Amitiés
Citation concernant mon identité supposée: "Il y a toujours un moment où la curiosité devient un péché, et le diable s'est toujours mis du côté des savants." (Anatole France.)

Écrit par : Armand | 16/10/2010

..................................................................... Pendant ces retrouvailles avec un vieux compagnon de route professionnelle, Léo poursuit dans son attitude. Il a eu raison, il dit ce qu'il pense, il continue : c'est à nous de nous corriger. Si bien que ce midi, tandis que je servirai à "Ste Gudule" qui est sa cathédrale et où il vient, par chance, rarement, les deux grandes chaînes télé du Pays dissèqueront à qui mieux mieux ses propos comme son personnage.

Propos fielleux, je le répète, parce que le malade lui-même doit lutter contre eux (contre leur voix qui rejoint un subconscient culpabilisant) pour ne pas désespérer. Et personnage odieux, je le dis pour la première fois, parce que j'ai entendu toute son argumentation. Ce qu'il pense, personne ne peut l'empêcher de le dire, c'est son point de départ. Voilà qui convient à un philosophe : mais un pasteur, est-ce qu'il ne doit pas songer à l'effet probable de ce qu'il dit sur les brebis ? Un homme de bien, tenir compte du public qui l'écoute ? Sans quoi, c'est une outre de vanité, rien d'autre; quelqu'un qui fait parler de lui.

Mais Jésus, pendant ce temps-là, où est-il ?

Écrit par : Ephrem | 17/10/2010

Cher Ephrem,
Essaierais-tu de parler de justice immanente? ;)
Il est des gens qui croient en un dieu (avec minuscule), vengeur au lieu de justicier, qui punit, au lieu d'aimer, ce qu'il a créé.
Je ne pourrai jamais adhérer à une croyance où une morale dogmatique interdisant les comportements à risque entre adultes consentants, l'emporte sur la dépravation (la pédophilie) de ses propres serviteurs envers des innocents.
"Caesaris mulier non fit suspecta!" (*)
Amitiés
(*) "La femme de César doit être irréprochable!"

Écrit par : Armand | 17/10/2010

Surprise : vous n'êtes pas ALC comme je croyais. C'est ce que celui-ci, contacté par téléphone, me dit; et comme ce n'est pas un homme tortueux, encore moins hypocrite, je le crois. - J'ai besoin de savoir qui vous êtes, Armand. Comme vous intervenez beaucoup (merci), vous influencez le cours de ma réflexion et transformez en duel cordial ce qui est d'abord aveu solitaire. Voyage au fond de la mine personnelle, et retour à l'air libre, plein de gratitude. Telle est, pour moi en tout cas, la finalité d'un beau blog. (Rien à voir avec Facebook...)

Ne m'obligez pas à faire des recherches à partir du numéro de votre PC, que je possède dans la cave de Skynetblogs où j'ai accès. Envoyez-moi seulement un mot personnel sur mon e-mail, ephrem1@telenet.be, qui est privé et ne sera pas publié. Sans quoi, sorry, vous trouveriez ici, sans trop tarder, porte close.

Écrit par : Ephrem | 18/10/2010

Afin de découvrir son nouvel archidiocèse, Mgr Léonard s’est invité dans quelques écoles catholiques de la Capitale, dont la mienne. Les étudiants étaient invités à préparer préalablement quelques questions (Monseigneur est comme un prince, on ne le questionne pas), soigneusement contrôlées voire écartées par les professeurs de religion. Tous les professeurs étaient invités, 90% se sont abstenus. Pour dire quand-même quelque chose à Monseigneur-qui-sait-tout, plusieurs, dont j’étais ! portaient le ruban rouge du 1er décembre. Voilà qui était solidaire, et pacifique.
Blaise

Écrit par : Blaise | 19/10/2010

Les commentaires sont fermés.