26/10/2010

Il y a baptêmes et systèmes

bapteme catechoumenos cfr UCL.gifUn des mes journaux  – la Libre belge, qui  m’absorbe ces temps-ci plus que le Monde français – détaillait récemment avec bénignité les rites du baptême étudiant tel qu’il sévit toujours à Louvain-la-Neuve, moyennant un code en dix points de ce qui ne serait pas « tolérable ». Parmi ces balises, la possibilité pour chacun d’arrêter à tout moment, et le refus possible d’alcool... Il n’y aurait plus que 10% des « bleus » qui s’y soumettent. C’est déjà ça. Je me souviens comment, à l’Ihecs des années 70, le groupe d‘amis dont j’étais avait milité pour le rejet de ce folklore. Avec un succès mitigé, mais tout de même, nous menions le bon combat ! M. Didier Lambert, lui, nouveau vice-recteur louvaniste aux affaires étudiantes, n’est pas hostile au phénomène "en soi". « Il y a dans le baptême une sorte d’intégration sociale », dit-il, ce qu’on voit bien, mais il ajoute « de mixité culturelle », ce qui laisse plus rêveur. Car il conclut : ce sont des valeurs auxquelles on tient, mais ça doit être balisé » (LLB 18.10.2010, p.9). Les lecteurs qui ont commenté l’article sur la page électronique sont presque tous d’anciens étudiants, victimes consentantes à qui le bizutage laissa un excellent souvenir. Des groupes d’amis se seraient même constitués à partir de ce baptême, qui ont perduré après les études. Je suis décidément minoritaire. Est-ce que je vais me trouver anormal ? Minute.

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A la télé sur fr 3, il y avait le dimanche un film intitulé : « Nuit noire 17 octobre 1961 ». Cette nuit est celle où le FLN (= Front de libération nationale) organise une manifestation des Algériens exilés à Paris. La présence de tous ceux-ci est requise, ceux qui rechignent étant promis à l’amende, sinon au couteau (!) ; mais elle doit être pacifique, précisent les organisateurs : sans armes à feu ni armes blanches, sans dégâts, sans hurlements.  Le but est de rassurer la population parisienne à une époque ou s’amorcent des négociations, et où Michel Debré, premier ministre, propose à De Gaulle rien de moins qu’une partition de l’Algérie… Je la détaille selon le rapport qu’en fait le Monde en septembre, trois semaines avant la manif. « 1. On regroupe entre Alger et Oran tous les Français de souche, avec tous les musulmans qui se sont engagés à nos côtés et veulent rester avec nous.  2. On transfère dans le reste de l'Algérie tous les musulmans qui préfèrent vivre dans une Algérie dirigée par le FLN. 3. On garde un libre accès au Sahara, qui doit devenir un territoire autonome par rapport aux deux premiers. 4. Tout le reste est négociable. On pourra partager Alger, comme Berlin ou Jérusalem. » [Eh! les Belges, ça ne vous dit rien ? ] La manif nocturne, pacifique, en effet, du côté algérien, est réprimée par la police avec une incroyable violence. Il y a de 50 à 250 morts, tous Algériens, avec pas mal de disparitions, certains corps étant jetés sanglants dans la Seine. Puis nettoyage. La grande presse n’en sait rien avant deux-trois jours. Evidemment, le préfet de police est alors Maurice Papon : un expert, qui a servi déjà sous Vichy… Et l’OAS diffuse partout la haine. Mais enfin, c’est sous de Gaulle… Lequel rejette vite l’idée de  partition.

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Qu’est-ce qui m’amène, moi, à corréler cet épisode tragique d’hier avec les rites dégradants d'une  initiation estudiantine  qu’on juge  encore acceptables aujourd’hui ? L’humiliation qui, ICI et LÀ, est vue ou rendue « normale » ; non seulement majoritaire, mais morale, « justifiée. »

 

Devenir adulte, conquérir un diplôme, est-ce grandir toujours, ou gagner le moyen de rapetisser l’autre ? Je mesure ici avec un peu d’effroi la « méchanceté » inhérente à pas mal de sociétés, méchanceté cultivée par elles comme un privilège caractéristique de l’autorité. • Avant le massacre à la manif, il y avait déjà la police qui tutoie l’interpellé ; qui, après avoir examiné les papiers d’identité, les laisse tomber exprès; qui tourne en dérision les propos de l’interpellé. Mœurs de maîtres, acquises avec les autres. Mœurs générales. • Les futurs diplômés doivent comprendre que,  pour une épreuve à laquelle ils ont satisfait autant que ceux qui ont 10 sur 20, le prof s’autorise de son titre pour mettre 9,5 voire 9 à qui il veut: il règle un compte, et si vous ne savez pas lequel, vous le devinerez un jour...• Il y a le dignitaire ecclésiastique, qui n’a sans doute rien aimé que les grands chefs, parfois les grands livres et souvent les grands vins, grâce à Dieu ! qui renie brusquement tous les liens (qu’il garde effectivement dans la communion sacerdotale) avec un confrère, s’il apparaît, par exemple,  que le pauvre homme « brûle », comme dit saint Paul, pour une femme ou pour quiconque, sans vouloir (ou pouvoir) recourir à l’éteignoir du mariage (melius nubere quam uri, 1Cor.7,8). C’est garantir la « sainteté » de l’Eglise au détriment de la Miséricorde, ce Nom de Jésus • Il y a la famille où la saine doctrine est souvent que « rien ne se passe », qu’on réalise volontiers l’ambition parentale, que le père, pour être bon, se fasse dur. • Il y a même le vieillard, qui n’est plus ce qu’il a été, dont la langue est un peu lâche et les idées moins vintage que souhaité, à qui le milieu professionnel où il a parfois excellé fait comprendre qu’il ne compte plus. quai de gare imagesCAVW4366.jpgAllons : il le sait déjà, il ramasse aussi les papiers que vous jetez à terre. Et il se rassied sur le banc de la gare. Ce n’est pas sa faute si le train n’arrive pas, s’il a du retard. Il attend,  mi-rêveur, mi-inconscient. Heureux,  comme c’est étrange.  

18:10 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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