05/11/2010

La bise quand même !

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  Pierre revient des classes vertes, ce séjour à la campagne avec les enfants arrivant à la fin des études primaires. Quatre-vingts enfants, quatre instits et quatre stagiaires, et,  sur place, un spécialiste de je ne sais quoi (un moniteur sportif ? Ils sont logés à l’Adeps). Cette période est celle où les citadins découvrent les choses de la nature, distinguent un chêne d’un hêtre, l’aval de l’amont dans une rivière, l’alternateur de la turbine dans un barrage. A l’école où Pierre enseigne, l’habitude était, le soir, de passer dans les grandes chambres où sont les enfants et de les embrasser avant de fermer la lumière. Depuis l’affaire Dutroux, et aujourd’hui l’affaire Adriaenssens, cet usage est prudemment remis en cause par les profs eux-mêmes, enfin la moitié d’entre eux qui sont des hommes.

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Il se noue pourtant entre les enfants et leurs profs, en cette semaine, qui est de fête, de découvertes, de vie commune, d’ouverture au réel, un lien d’ordre parental. Un enfant vient vous dite : J’ai eu une fuite cette nuit, qu’est-ce que je fais ? et vous voilà qui allez changer les draps pour que personne ne voie rien. Un autre qui vous demande : Mon père a quitté ma mère la semaine passée pour une « nouvelle femme » que je ne connais pas, ma mère est toute seule, je ne veux plus écrire à mon père… Et vous voilà expliquant que l’enfant fait bien maintenant de soutenir sa maman, mais qu’il vaudra mieux d’ici quelque temps écrire aussi à son père… Et ainsi de suite.  Concernant le rite traditionnel, le prof le plus ancien qui fait figure de sage, qui est père de deux enfants et sent d’expérience ce qui est bien et mal, a déclaré pour son compte : « Je passerai vous embrasser le soir, et ceux qui ne veulent pas n’auront qu’à le dire ». Pierre, lui, n’a rien dit. Il n’est pas expansif de nature, il parle peu, ce qui n'empêche pas d'être bien entendu. 

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Un soir où il vient fermer les lumières, il découvre les quatre occupants en pyjama jouant aux cartes à la table de la chambre commune. « Faut s’coucher, demain on se lève tôt. » Les quatre gosses obéissent ; mais le « caïd » du groupe, il y en a toujours un, dit en passant : j’peux vous faire la bise, M’sieur ? OK. Les trois autres là-dessus suivent le rite.

 

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Agneau de Dieu, qui portez les péchés du monde, guérissez les plaies du corps social, menacé par le froid de l’âme, la crainte d’aimer, le cancer de la précaution sans limites.

 

Commentaires

Merci, cher Ephrem, pour ce beau billet qui met en lumière toutes ces barricades échafaudées sur les autels de la peur d'aimer, fut-ce un enfant, un jeune !
Ça me rappelle ces prêtres quasi obligés de confesser des mômes sur la place publique, au vu et au su de tout le monde, par peur de la dénonciation.
Au nom de la pédophilie, au nom de la législation, au nom de la peur, on tue la spontanéité, on tue la liberté des enfants de Dieu, c'est trop moche ! Quelle chape de plomb qui s'abat sur nos sociétés occidentales ! Quelle misère !

Écrit par : Etienne | 07/11/2010

Bien d'accord avec toi, Étienne!
Gi, notre fils instit, se sent prisonnier dans le sens où il doit anticiper des regards qui pourraient être malveillants. Par un exercice de "contre-nature", il veille à adopter scrupuleusement un comportement qui occulte des sentiments non coupables, mais tout simplement humains. À cause de quelques monstres, la société devient parano!

Écrit par : Crocki | 08/11/2010

Il doit bien exister des moyens de montrer son affection par l'invention de nouveaux codes afin de braver ces interdits tirés du principe de précaution (sans doute la plus grosse bêtise inventée par le monde contemporain et le libéralisme...)

Bien à vous

Écrit par : Eusèbe | 10/11/2010

Merci, re-merci et re-re-merci pour ce nouveau post à nouveau plein de tendresse (sincère, sans guimauve larmoyante) et qui nous invite, comme à l’accoutumée, à réfléchir. Biz
Note: les "méchants" sont souvent des hommes durs, inplacables.

Écrit par : Ben de Liège | 11/11/2010

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