12/11/2010

Rapport à l'autorité militaire

quoi dire....jpgJe suis effrayé, accablé, par la véhémence des haines que je vois   s’exprimer dans la presse belge. Pas celles qui ont rapport avec la politique : l’intérêt matériel suffit à les expliquer. Ce qui me fait mal durablement, ce qui m’est obstinément obscur, c’est la violence des répudiations religieuses. Dans l’univers laïc, comme dans l’univers ecclésial. Qu’on lise, par exemple, sur le site de La libre Belgique, les commentaires accrochés aux articles traitant de l’Eglise belge. Ici, ou encore là, c’est du pareil au même. Les gens s’expriment d’ordinaire moins pour informer que pour communiquer – ai-je compris à l’Ihecs. Mais ici, c’est autre chose : on s’exprime pour polémiquer. Et il n’y a pas deux camps, comme on penserait d’abord : les croyants et les incroyants. Mais quatre, chaque groupe se subdivisant.

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1. Il y a les athées, résolus ou non, anciens chrétiens ayant quitté la bergerie pour eux vermoulue, ou encore les nouveaux païens convaincus tranquillement qu’après la mort il n’y a rien, et qu’entre temps, « mangeons et buvons. » Ces gens ironisent souvent sur les tribulations ecclésiales actuelles, mais ils sont rarement méchants. S’ils mordent, c’est quand une autre idéologie prétend clôturer le terrain de la discussion.  2. A côté il y a les agnostiques sincères, résignés à la nuit du Sens où s’écoule toute vie, femmes et hommes que leur humanité seule pousse à la bienfaisance solidaire :  « travaillons au respect des droits humains, au bien-être de tous, au salut de la planète ». Ceux-là lisent, approuvent d’un "Enter"  ce qui est modéré, et passent poliment.

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3. En face, chez les croyants actuels, on voit surgir en nombre impressionnant les chrétiens franchement ou plutôt intégristes. Moins inventifs que vindicatifs. Nostalgiques des temps autoritaires, ils ont trouvé en NNSS Ratzinger et Léonard les maîtres dont ils avaient besoin pour rétablir l’ordre moral d’hier, celui que caractérisaient à la fois l’échelle des grades, la netteté des dogmes, et l’énormité des sanctions (ciel ou enfer, l’enjeu est gros).  Ici s’exprime… quoi ? La haine, celle de Caïn, métaphorique certes, mais la vraie, et ça fait peur. Ils maudissent, tout le temps. Je pense : rien n’est pire que les guerres de religion ; j’assimile même  subconsciemment ces prétendus soldats du Christ à leurs homologues islamiques, qu’ils annoncent comme notre destin… 

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4. Enfin, il y a enfin les chrétiens conciliaires. Ceux qui ont vécu en pionniers cette période, aventureuse et libératrice, mais aussi les héritiers qui, sans toujours le savoir, vivent un catholicisme redevenu à la fois sobre et fraternel. Où Jésus et le Pauvre sont presque identifiés (presque : pas en tout). Où l’on parle à Dieu comme au Père qu’il est, à Jésus comme au Fils aîné, le modèle… En cette triste année, ces chrétiens-là sont aussi présents, vivants, acceptant leur part de torts. Ils ne maudissent pas, ils instruisent… Et ils sont presque tous très critiques à l’égard de Mgr Léonard, dont ils voient bien (pas toujours…) le brio, le courage, l’orthodoxie, mais dont le manque de miséricorde, la marche en arrière, et l'option de fermeture sont pour eux tantôt  un scandale, tantôt une profonde, profonde tristesse.

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Ça passera. Les chrétiens sont habitués à ça aussi : être déconcertés par l’Esprit-Saint  qu’ils ont reçu comme le seul vrai GPS à leur confirmation. ILS S’Y FIENT. Il y a « Cela » de commun entre Léo et moi. L’Esprit du Père et du Fils à qui, tous les deux, avec tous les autres chrétiens, à gauche et à droite, nous tendons, nous passons la supplique : Lave ce qui est sale, arrose ce qui est sec, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est rigide, réchauffe ce qui est froid, redresse ce qui est dévié…

 

 

Commentaires

Me relisant ce soir, je crains d'avoir été ambigu en parlant du groupe 3, les intégristes, dont je dénonce la haine à l'égard de leurs frères conciliaires. Précision : cela ne concerne en rien le pape et Mgr Léonard. Les sentiments de ceux-ci sont évidemment chrétiens, honorables, et a priori bienveillants. Il se fait seulement que la réintégration au sein de l'Eglise Mère de pharisiens intransigeants, puritains, ritualistes, sans que soient dénoncées ces caractéristiques , génère partout un climat belliqueux.

Anecdote. A propos seulement de Mgr Léonard. "Albert", un de ses amis namurois rapportait avec admiration aux enquêteurs du Soir (journal du 8 novembre) un propos habituel de l'évêque: "Je voudrais bien vous aider, mais je préfère vous sauver". Ça fait sursauter quand même. C'est quoi, ce type d'opposition ? Quelle sorte de théologie a-t-on là ?

Écrit par : Ephrem | 13/11/2010

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