21/11/2010

Christ, pauvre roi nu

jo seub - Who wants to live forever 13, 2008.jpgUne longue succession d’événements irrationnels ou déraisonnables, comme on voudra, dans le destin de l’Ihecs montois, « m’ obligea » à assumer sa direction en 1986. Délégué syndical et administrateur, j’avais auparavant manifesté mon inquiétude pour la survie de l’institution. On me demandait plus. Le « littérateur », l’homme des mots que j’étais, qu’il devienne  donc un homme d’action ! J’ai raconté cela ici, avec le reste, le dix mai 2008. Comment j’eus le sentiment que Dieu, sur la voie cahoteuse, me précédait - montrant où aller.    

 

L’Ihecs est restée jusqu’en 1993 au « troisième degré de l’enseignement supérieur Contrat CDI ens.catholique.jpgtechnique », c’est-à-dire qu’elle délivrait un diplôme que l’Europe ne reconnaissait pas officiellement comme une licence  universitaire. Du coup, l’engagement de professeurs se faisait sous des contrats établis par « la rue Guimard » (= le praesidium de l‘enseignement catholique). A l’article 3 de ces formulaires, on lisait que l’Ecole employeuse « appartenait à l’enseignement confessionnel, et plus précisément à l’enseignement catholique » ; et que son Pouvoir Organisateur était engagé « à enseigner et à éduquer les élèves sur base de la conception de vie fondée sur la foi et sur la morale catholique [faudrait une s, mais il n’y en a pas…], conformément [bien sûr] à l’enseignement des Evêques. » Après quoi cinq  articles exposaient les devoirs qui incombaient ipso facto au professeur signant le contrat, ainsi que la procédure qui serait suivie en cas de problème, dont le fait de « s’écarter publiquement et de manière durable, dans ses comportements, des règles de cette doctrine… ». Traduction : divorcés, pédés, concubins, cachez-vous. 

 

Je ne m’en suis rendu compte que peu à peu : même si cet embrigadement n’était que formel,  son énoncé seul, son libellé même était insupportable. En 89, Bruno était déjà une semaine sur trois à l’hôpital. J’ai consulté Alain, notre ami avocat, prié, puis décidé seul, un jour, de remplacer tout ça par un articulet en trois points, que j’ai fait dûment approuver sans problème par le P.O.  : « • Le membre du personnel prend acte qu’il enseigne dans un établissement régi par une philosophie ouverte d’inspiration chrétienne ; • il s’interdira donc, au sein de l’école, tout militantisme athée ou anti-évangélique ; • il garde néanmoins plein et entier son droit à la liberté de pensée et par conséquent d’expression hors duquel l’enseignement supérieur ne mérite plus son nom. »

Pauvre Roi - imagesCAP5V0R6.jpg 

Je suppose qu’aujourd’hui, vu l’air du temps, ces trois propositions ont disparu. Que même vous, Monsieur Dubié, seriez tout à fait à l’aise dans cette école où Dieu permet comme partout qu’on l’oublie. Où il reste là, pourtant, croyez-moi. Taiseux mais aussi actif qu’aux temps jadis où j’y priais, David minable. - Actif ? dites-vous. Je ne vois pas. Où donc ? Dans les âmes.

Commentaires

Bonjour,
Je vous ai lu aussi à propos de J-M Javaux dans La Libre, et notamment ceci :
"…L'interview franche et audacieuse donnée par le jeune président au Soir avait violé un tabou sociologique : parler de la religion catho comme d'un bien-être. Une chance, un passage tranquille, quelquefois, seul, dans une église. D'autres vivent ça... "
Votre intervention est la seule qui note cela ; comme si être chrétien aujourd’hui, c’était devenu, comment dire ? Une déficience ?
Et bien non, je pense, tout comme vous Ephrem, qu'être chrétien, c'est d'abord et surtout un bonheur incroyable.

Écrit par : David | 23/11/2010

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