26/11/2010

L'ancien chantage du christianisme

B16 images.jpgIl y aurait bien des choses à dire, concernant le livre d’interviews du pape Benoit XVI en vacances, offrant moins des idées nouvelles qu'un ton vraiment nouveau. Le pape interviewé six jours, vous voyez ça ! C’est unique dans l’histoire. Est-ce qu’on interviewe la reine d’Angleterre ? De Gaulle n’a accepté de l’être qu’à l’occasion d’élections décisives, après le premier tour en 1965, puis lors du référendum en 69. Mais prenons-y garde : ce n’est pas le pape Benoit qui s’exprime. Il le dit avec honnêteté, avec prudence aussi. Ce qu’il dit ne jouit pas de l’ « infaillibilité » reconnue au pape ; et pour une fois, il n’a même pas fait relire le texte par la Congrégation pour la doctrine de la Foi, comme il le fait normalement pour des propos qui engagent, ce qui montre au passage qu’il n’est pas un autocrate n’écoutant que son caprice, mais un pasteur travaillant en relative collégialité.

 

la rose, l'épine, l'épaule.jpgC’est donc ici le professeur Joseph Ratzinger qui nous parle, devenu pape, certes, mais qui l’oublie pour nous faire entendre le théologien qualifié qu’il est resté, homme de continuité plutôt que de progrès, vieillard pieux aussi que sa piété pousse à replacer au milieu du monde Dieu dont le monde s’est dépris. C’est le Bon Dieu, répète-t-il. Voire, répond le monde. Ce Dieu que nous avons encore honoré au XXe siècle voulait en effet nous « sauver ». Le salut, voilà qui était (qui est toujours, semble-t-il) la grande affaire. Mais voilà qui fait de nous au départ des condamnés. Condamnés à quoi ? Si c’était seulement au néant, au sommeil absolu de la mort, comme pour les animaux, cette promesse de salut serait la bonne nouvelle d'une vie éternelle. Mais historiquement, ce n’est pas ainsi que se présente le christianisme. Plutôt comme un chantage. Ce n’est pas "à prendre ou à laisser". Car à laisser les choses aller instinctivement, il y a risque de torture éternelle. « Pourquoi êtes-vous mis au monde ? Pour connaître, aimer et servir Dieu, et ainsi parvenir en paradis ». C’est le premier article du catéchisme de mon diocèse natal (Namur). Il ne s’agit pas d’être heureux, en paix, gentil : mais d’être ici-bas servant de à la Cour divine pour échapper au pire qui menace. A y réfléchir, je pense tout bas, puis tout haut : si l’Eglise a quelque chose à enseigner au monde, l’inverse aussi est vrai : elle avait quelque chose à apprendre de lui, comme le sentait Jean XXIII.

 

Ratzinger et Habermas - ImagesCAIBD9Y7.jpgVoyez ce que Mgr Ratzinger nous montre du Concile, qu’il dit en passant « non renouvelable », ce qui, le temps de son pontificat, a l'avantage de geler les faux espoirs. Vatican II, explique-t-il, a redéfini tant la destination (elle est faite pour lui) que la relation existentielle (elle fonctionne avec lui) de l’Eglise et du monde moderne. Après quoi il ajoute : « Mais transposer ce qui est dit dans l’existence et rester en même temps dans la continuité intérieure de la foi, c’est un processus bien plus difficile que le concile lui-même. » Traduction : c’était plus facile de voter alors les réformes que de les accorder aujourd’hui avec la doctrine de toujours comme je fais maintenant. Il ajoute avec pertinence : « D’autant plus que le Concile a été connu par le monde à travers l’interprétation des médias et moins par ses propres textes que presque personne ne lit. »  Ce qui explique le style médiatique du livre ! L’interviewé parle comme tout le monde – sur des sujets qui ne le supportent pas facilement.

 

fond et ton discordants.jpgJe mentionnerai ici à peine les propos sur l’homosexualité comme obstacle rédhibitoire à la prêtrise. Ils sont injurieux, et je redis à la dizaine de prêtres de sensibilité homo que je connais personnellement que leur travail dans l’Eglise m’a paru d’une plus grande fécondité que celui des ours myopes et autoritaires qui s’y prélassent en grognant. L’homophobie qui s’étale dans le discours de JR est plutôt signe de sénilité, d’emprisonnement inconscient dans  l’imagerie  mentale des années 30-40. Allons ! Ces préjugés contre les femmes, les juifs, les gays, les noirs, mon cher grand-père, Alfred Ier, mort à quatre-vingts ans en 1938, devait les avoir…  Je voudrais plutôt finir ce trop long blog par un beau texte, inattendu, de notre bon Joseph R. Je ne le commenterai pas, mais si des commentaires en sont faits, j’en serais ravi.   Et comment prie le pape Benoît ? demande soudain le journaliste.

 

22531_papeune.jpgRéponse. « En ce qui concerne le pape, il est aussi un simple mendiant devant Dieu, plus encore que tous les autres hommes. Naturellement je prie toujours en premier notre Seigneur, avec lequel je me sens lié pour ainsi dire par une vieille connaissance. Mais j’invoque aussi les saints. Je suis lié d’amitié avec Augustin, avec Bonaventure, avec Thomas d’Aquin. On dit aussi à de tels saints : Aidez-moi ! Et la Mère de Dieu est toujours de toute façon un grand point de référence. En ce sens, je pénètre dans la communauté des saints. Avec eux, renforcé par eux, je parle ensuite avec le Bon Dieu, en mendiant d’abord mais aussi en remerciant – ou tout simplement rempli de joie ».

21/11/2010

Christ, pauvre roi nu

jo seub - Who wants to live forever 13, 2008.jpgUne longue succession d’événements irrationnels ou déraisonnables, comme on voudra, dans le destin de l’Ihecs montois, « m’ obligea » à assumer sa direction en 1986. Délégué syndical et administrateur, j’avais auparavant manifesté mon inquiétude pour la survie de l’institution. On me demandait plus. Le « littérateur », l’homme des mots que j’étais, qu’il devienne  donc un homme d’action ! J’ai raconté cela ici, avec le reste, le dix mai 2008. Comment j’eus le sentiment que Dieu, sur la voie cahoteuse, me précédait - montrant où aller.    

 

L’Ihecs est restée jusqu’en 1993 au « troisième degré de l’enseignement supérieur Contrat CDI ens.catholique.jpgtechnique », c’est-à-dire qu’elle délivrait un diplôme que l’Europe ne reconnaissait pas officiellement comme une licence  universitaire. Du coup, l’engagement de professeurs se faisait sous des contrats établis par « la rue Guimard » (= le praesidium de l‘enseignement catholique). A l’article 3 de ces formulaires, on lisait que l’Ecole employeuse « appartenait à l’enseignement confessionnel, et plus précisément à l’enseignement catholique » ; et que son Pouvoir Organisateur était engagé « à enseigner et à éduquer les élèves sur base de la conception de vie fondée sur la foi et sur la morale catholique [faudrait une s, mais il n’y en a pas…], conformément [bien sûr] à l’enseignement des Evêques. » Après quoi cinq  articles exposaient les devoirs qui incombaient ipso facto au professeur signant le contrat, ainsi que la procédure qui serait suivie en cas de problème, dont le fait de « s’écarter publiquement et de manière durable, dans ses comportements, des règles de cette doctrine… ». Traduction : divorcés, pédés, concubins, cachez-vous. 

 

Je ne m’en suis rendu compte que peu à peu : même si cet embrigadement n’était que formel,  son énoncé seul, son libellé même était insupportable. En 89, Bruno était déjà une semaine sur trois à l’hôpital. J’ai consulté Alain, notre ami avocat, prié, puis décidé seul, un jour, de remplacer tout ça par un articulet en trois points, que j’ai fait dûment approuver sans problème par le P.O.  : « • Le membre du personnel prend acte qu’il enseigne dans un établissement régi par une philosophie ouverte d’inspiration chrétienne ; • il s’interdira donc, au sein de l’école, tout militantisme athée ou anti-évangélique ; • il garde néanmoins plein et entier son droit à la liberté de pensée et par conséquent d’expression hors duquel l’enseignement supérieur ne mérite plus son nom. »

Pauvre Roi - imagesCAP5V0R6.jpg 

Je suppose qu’aujourd’hui, vu l’air du temps, ces trois propositions ont disparu. Que même vous, Monsieur Dubié, seriez tout à fait à l’aise dans cette école où Dieu permet comme partout qu’on l’oublie. Où il reste là, pourtant, croyez-moi. Taiseux mais aussi actif qu’aux temps jadis où j’y priais, David minable. - Actif ? dites-vous. Je ne vois pas. Où donc ? Dans les âmes.

19/11/2010

Des bouffeurs de curé le calotin curieux...

Josy Dubié.jpg   J’apprends par la RTBF mercredi midi ce que vous savez sans doute. Josy Dubié,  ancien sénateur, a claqué la porte du parti écolo dont il avait été une vedette. Il lui reproche de trop peu s’intéresser à la politique internationale, et aussi, je cite de Brigode au JT, d’être « trop catholique ». La lettre de renon est bientôt publiée : Ecolo serait devenu un « parti de bobos, dont [il] ne supporte[rait] plus « ni les dérives « libérales libertaires », ni les foucades monarchistes et calotines du « chef ». Il a écrit « notre » (chef), mais c’était torturer la syntaxe, je corrige donc comme a fait pieusement le Soir. Qu’importe. - Cela ravive en moi un flot de souvenirs.

 

dutilleul_philippe.jpgJosy Dubié, je l’ai connu par la bande, en 74-75, quand l’Ihecs était encore installé à Ramegnies-Chin près de Tournai. Je n’y étais prof à plein temps - c.à.d. huit heures de cours par semaine, chanceuse  époque ! - que depuis 1973  et, bien que toujours domicilié à Bruxelles, je voulais m’insérer dans la communauté étudiante, alors très politisée. On avait tous « fait » 68, mais le milieu n’était pas soixante-huitard au sens anarchique, comme on en a l’image. C’était plutôt un espace et un temps où les jeunes se voulaient tôt indépendants, adultes. Inventeurs d’eux-mêmes, à l’inverse de la génération Tanguydu XXIe siècle. Politiquement, c’était « à gauche, toutes ». A titre personnel, « dans une longue enfance on m’avait fait vieillir » au sein généreux de la compagnie de Jésus, comme raconté déjà, et, à mon retour dans le siècle, la disparition de mes père et mère m’avait trouvé tel qu’étaient ces étudiants : un homme à faire, seul, qui en voulait. Avec un trait caractéristique qui ne s’est jamais estompé : j’étais chrétien comme on a le sang chaud, comme on est asthmatique, comme on comprend le français. D’abord chrétien ; ensuite de gauche, puisque conciliaire, mais la révolution n’était pas mon idéal. Ni Castro, ni Che Guevara, encore moins Mao ne m’inspiraient. Par contre, la foi de Mauriac, la sensibilité de Françoise Giroud, la perspective de Mitterrand, voilà qui m’exaltait, me suffisait. Je me souviens d’une soirée chez Philippe Dutilleul, le futur auteur de Bye Bye Belgium, qui était alors étudiant en dernière année, et qui avait invité « Dubié, le grand reporter.»  Leur discussion portait sur les désordres mondiaux. Carole Courtoy, la future productrice de cinéma,  était là aussi.  Prudent, j’avais écouté et je n’avais rien dit.

 

Defossé.jpgPar la suite, à cause de ses émissions sur les « Travaux inutiles », j’ai été amené à apprécier le frère de Dubié, Jean-Claude Defossé. J’ai donc engagé ce dernier comme chargé de cours en février 1989, quand l’Ihecs alors nomade était à Mons. J’étais, comme le public, « épastrouillé » par sa façon humoristique et picturale de faire « voir » ce qu’il « disait.» Cela instaurait dans ses reportages un humour actif, lui permettant d’être outrancier sans être blessant. D’accuser sans faire la leçon. Par exemple ? J’ai oublié, je vais inventer, je me rappelle seulement la méthode, qui est prendre en main des jumelles à propos d’une question dont on dit qu’il faut y regarder de près. Mais il est aujourd’hui question de catholicisme, et M. Defossé, agnostique de bonne compagnie, n’était pas là-dessus aussi chatouilleux que son frère. Je me rappelle avoir discuté avec lui de ce qui était « possible » idéologiquement dans le monde des médias, à propos des valeurs… Lui plaisantait gentiment. Rappelait qu’il était au départ un artiste, professeur de dessin… J’ai tiré secrètement profit de sa sensibilité. En aménageant pour tous, bientôt, le formulaire de contrat professionnel, aussi bien CDD que CDI, de la façon que je dirai dimanche C’ est la fête du Christ Roi , ne me demandez pas le rapport…

16/11/2010

Comment l'emporter sur qui est plus fort ?

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   Il l’affame, il l’humilie, il la brutalise. Chaque mot, chaque geste de résistance qu’elle peut avoir est sanctionné de coups, au ventre, sur la tête, au visage. Cette petite fille de dix ans que le hasard a fait passer dans sa rue alors déserte, le Dominateur malingre et solitaire l’a saisie au passage et enfermée dans une cave sans fenêtre. Elle y restera « 3.096 jours » [titre du livre autobiographique paru en français chez JC Lattès]. De 1998 à 2006. Que veut-il ? Qu’elle soit son esclave, comme étaient les femmes vis-à-vis des maris au bon vieux temps ; qu’elle soit à lui, l’approuve, l’admire. Wolfgang Priklopil n’est pas pédophile. Quand Natascha Kampusch aura quatorze ans, il la fera dormir dans son lit, leurs poignets attachés comme par des menottes, mais il ne désire en rien son corps. Son cœur, plutôt, voire son âme. Sa soumission, sa dépendance, - son « attachement », c’est hélas! le mot précis. Est-il homo ? Probable, mais sa captive ne témoigne que de sa misogynie, ce qui est tout autre chose. Et de son rigorisme, son littéralisme dans le goût des lois ; un néo-fascisme, aussi obsessionnel que délirant.

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Le livre mémorial que la victime vient d‘écrire, elle l’avait envisagé et commencé en captivité, comme moyen matériel d’objectiver ce qu’elle vivait, de ne s’y perdre pas. Cet ouvrage est d’une très grande valeur, éclairant d’une lumière insoupçonnée, dans toutes les enfances maltraitées, les possibles phénomènes de défense. Ceci, par exemple. Susciter par l’imagination, face à son être violenté et obligatoirement soumis, un autre « soi-même », réfléchi et secret, avec qui elle parle, qu’elle consulte, qui empêche la servitude de la dégrader. Ainsi y eut-il deux points requis par le Dominateur auxquels elle n’obéit jamais : l'appeler Maestro, et s’agenouiller devant lui.

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Les lecteurs de ce blog savent comment finit l’histoire, la fuite de Natascha, le suicide du geôlier. S’ils ont besoin de s’en souvenir, ils consulteront l’Express français ou le Cyberpresse canadien. J’ai été frappé, moi, par ce que la victime dit du Pardon comme moyen opérationnel de s’en sortir. On n’est pas ici, c’est à préciser, dans la beauté du « Notre Père », dans la magnifique ouverture des mains qui absolvent. Mais on a recours, du moins,  à la puissance de la faiblesse, – ce que Mgr Danneels nous aurait donné comme dernier message si nous avions été à même de comprendre.

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Page 134 : « J'avais relevé, quelque part dans l'un des nombreux films et téléfilms policiers que j'avais vus autrefois, que les gens deviennent méchants lorsque leur mère ne les aime pas assez et qu'ils ne reçoivent pas suffisamment de chaleur familiale. De mon point de vue, il était vital, si je voulais me protéger, de considérer que le ravisseur n'était pas un homme foncièrement mauvais, mais l'était devenu au fil de son existence. Cela ne relativisait en aucun cas l'acte en soi, mais cela m'aida à lui pardonner. En m'imaginant, d'une part, qu'il avait / (135) peut-être fait, orphelin, dans un foyer, des expériences effroyables dont il souffrait encore aujourd'hui. Et en ne cessant de me répéter, par ailleurs, qu'il avait certainement aussi de bons côtés. Qu'il exauçait mes voeux, m'apportait des friandises, me nourrissait. Je pense que, dans mon état de dépendance complète, c'était l'unique possibilité de maintenir la relation que j'avais avec cet homme, relation dont dépendait ma vie. Si je ne lui avais voué que de la haine, celle-ci m'aurait dévorée au point de ne plus avoir la force de survivre. Parce que je pouvais discerner à tout moment, derrière le masque du criminel, le petit homme faible et égaré, j'étais en mesure de lui faire face. Vint aussi le moment où je le lui dis. Je le regardai et lui déclarai: « Je te pardonne, parce que chacun commet un jour une erreur. » Certains pourront trouver cette démarche étrange et morbide. Son « erreur» m'avait tout de même coûté la liberté. Mais c'était la seule chose à faire. Je devais m'accommoder de cet homme, sans quoi je ne survivrais pas. Je n’ai pourtant jamais eu confiance en cet homme, c’était impossible. Mais je me suis arrangée avec lui. Je le « consolais » du crime qu’il commettait envers moi, tout en faisant appel à sa conscience, afin qu’il regrette et, au moins, qu’il me traite correctement (…).

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J’ai un peu hésité à citer la fin du chapitre, c’est tellement…  Enfin, vous verrez. La vie réelle est  surprenante, nous avons tellement oublié notre enfance…  /(page 136) Au bout de quelques mois dans mon cachot, je lui demandai pour la première fois de me prendre dans ses bras. J'avais besoin d'un contact pour me consoler, de la sensation de la chaleur humaine. Ce fut difficile. Il avait de gros problèmes avec la proximité. Moi-même, je sombrais immédiatement dans une panique mêlée de claustrophobie lorsqu'il me tenait trop fermement. Mais après quelques tentatives, nous parvînmes à trouver un modus vivendi: nous nous tenions ni trop près, ni trop étroitement, ce qui me permettait de supporter l'enlacement, mais tout de même suffisamment proche pour que je puisse m'imaginer que cette relation était faite d'amour et d'attention. Ce fut le premier contact physique que j'eus avec un être humain depuis de nombreux mois. Une éternité pour une enfant de dix ans.

19:39 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/11/2010

Rapport à l'autorité militaire

quoi dire....jpgJe suis effrayé, accablé, par la véhémence des haines que je vois   s’exprimer dans la presse belge. Pas celles qui ont rapport avec la politique : l’intérêt matériel suffit à les expliquer. Ce qui me fait mal durablement, ce qui m’est obstinément obscur, c’est la violence des répudiations religieuses. Dans l’univers laïc, comme dans l’univers ecclésial. Qu’on lise, par exemple, sur le site de La libre Belgique, les commentaires accrochés aux articles traitant de l’Eglise belge. Ici, ou encore là, c’est du pareil au même. Les gens s’expriment d’ordinaire moins pour informer que pour communiquer – ai-je compris à l’Ihecs. Mais ici, c’est autre chose : on s’exprime pour polémiquer. Et il n’y a pas deux camps, comme on penserait d’abord : les croyants et les incroyants. Mais quatre, chaque groupe se subdivisant.

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1. Il y a les athées, résolus ou non, anciens chrétiens ayant quitté la bergerie pour eux vermoulue, ou encore les nouveaux païens convaincus tranquillement qu’après la mort il n’y a rien, et qu’entre temps, « mangeons et buvons. » Ces gens ironisent souvent sur les tribulations ecclésiales actuelles, mais ils sont rarement méchants. S’ils mordent, c’est quand une autre idéologie prétend clôturer le terrain de la discussion.  2. A côté il y a les agnostiques sincères, résignés à la nuit du Sens où s’écoule toute vie, femmes et hommes que leur humanité seule pousse à la bienfaisance solidaire :  « travaillons au respect des droits humains, au bien-être de tous, au salut de la planète ». Ceux-là lisent, approuvent d’un "Enter"  ce qui est modéré, et passent poliment.

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3. En face, chez les croyants actuels, on voit surgir en nombre impressionnant les chrétiens franchement ou plutôt intégristes. Moins inventifs que vindicatifs. Nostalgiques des temps autoritaires, ils ont trouvé en NNSS Ratzinger et Léonard les maîtres dont ils avaient besoin pour rétablir l’ordre moral d’hier, celui que caractérisaient à la fois l’échelle des grades, la netteté des dogmes, et l’énormité des sanctions (ciel ou enfer, l’enjeu est gros).  Ici s’exprime… quoi ? La haine, celle de Caïn, métaphorique certes, mais la vraie, et ça fait peur. Ils maudissent, tout le temps. Je pense : rien n’est pire que les guerres de religion ; j’assimile même  subconsciemment ces prétendus soldats du Christ à leurs homologues islamiques, qu’ils annoncent comme notre destin… 

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4. Enfin, il y a enfin les chrétiens conciliaires. Ceux qui ont vécu en pionniers cette période, aventureuse et libératrice, mais aussi les héritiers qui, sans toujours le savoir, vivent un catholicisme redevenu à la fois sobre et fraternel. Où Jésus et le Pauvre sont presque identifiés (presque : pas en tout). Où l’on parle à Dieu comme au Père qu’il est, à Jésus comme au Fils aîné, le modèle… En cette triste année, ces chrétiens-là sont aussi présents, vivants, acceptant leur part de torts. Ils ne maudissent pas, ils instruisent… Et ils sont presque tous très critiques à l’égard de Mgr Léonard, dont ils voient bien (pas toujours…) le brio, le courage, l’orthodoxie, mais dont le manque de miséricorde, la marche en arrière, et l'option de fermeture sont pour eux tantôt  un scandale, tantôt une profonde, profonde tristesse.

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Ça passera. Les chrétiens sont habitués à ça aussi : être déconcertés par l’Esprit-Saint  qu’ils ont reçu comme le seul vrai GPS à leur confirmation. ILS S’Y FIENT. Il y a « Cela » de commun entre Léo et moi. L’Esprit du Père et du Fils à qui, tous les deux, avec tous les autres chrétiens, à gauche et à droite, nous tendons, nous passons la supplique : Lave ce qui est sale, arrose ce qui est sec, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est rigide, réchauffe ce qui est froid, redresse ce qui est dévié…

 

 

05/11/2010

La bise quand même !

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  Pierre revient des classes vertes, ce séjour à la campagne avec les enfants arrivant à la fin des études primaires. Quatre-vingts enfants, quatre instits et quatre stagiaires, et,  sur place, un spécialiste de je ne sais quoi (un moniteur sportif ? Ils sont logés à l’Adeps). Cette période est celle où les citadins découvrent les choses de la nature, distinguent un chêne d’un hêtre, l’aval de l’amont dans une rivière, l’alternateur de la turbine dans un barrage. A l’école où Pierre enseigne, l’habitude était, le soir, de passer dans les grandes chambres où sont les enfants et de les embrasser avant de fermer la lumière. Depuis l’affaire Dutroux, et aujourd’hui l’affaire Adriaenssens, cet usage est prudemment remis en cause par les profs eux-mêmes, enfin la moitié d’entre eux qui sont des hommes.

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Il se noue pourtant entre les enfants et leurs profs, en cette semaine, qui est de fête, de découvertes, de vie commune, d’ouverture au réel, un lien d’ordre parental. Un enfant vient vous dite : J’ai eu une fuite cette nuit, qu’est-ce que je fais ? et vous voilà qui allez changer les draps pour que personne ne voie rien. Un autre qui vous demande : Mon père a quitté ma mère la semaine passée pour une « nouvelle femme » que je ne connais pas, ma mère est toute seule, je ne veux plus écrire à mon père… Et vous voilà expliquant que l’enfant fait bien maintenant de soutenir sa maman, mais qu’il vaudra mieux d’ici quelque temps écrire aussi à son père… Et ainsi de suite.  Concernant le rite traditionnel, le prof le plus ancien qui fait figure de sage, qui est père de deux enfants et sent d’expérience ce qui est bien et mal, a déclaré pour son compte : « Je passerai vous embrasser le soir, et ceux qui ne veulent pas n’auront qu’à le dire ». Pierre, lui, n’a rien dit. Il n’est pas expansif de nature, il parle peu, ce qui n'empêche pas d'être bien entendu. 

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Un soir où il vient fermer les lumières, il découvre les quatre occupants en pyjama jouant aux cartes à la table de la chambre commune. « Faut s’coucher, demain on se lève tôt. » Les quatre gosses obéissent ; mais le « caïd » du groupe, il y en a toujours un, dit en passant : j’peux vous faire la bise, M’sieur ? OK. Les trois autres là-dessus suivent le rite.

 

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Agneau de Dieu, qui portez les péchés du monde, guérissez les plaies du corps social, menacé par le froid de l’âme, la crainte d’aimer, le cancer de la précaution sans limites.

 

02/11/2010

Tu t'es fatigué à me chercher (Dies irae)

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Deux novembre. Retour au village natal, et visite ensoleillée  à la sépulture familiale. Je me remémore ces vers de Victor Hugo, mis récemment en exergue d’un faire-part nécrologique.

Soyez comme l’oiseau posé pour un instant  

       Sur des rameaux trop frêles

Qui sent ployer la branche, et qui chante pourtant

        Sachant qu’il a des ailes.

 La fin du 33e  des « Chants du  crépuscule » de Victor Hugo. Recueil dont le début esquisse le dilemme où la vie amène, à la fin, quiconque réfléchit :

 N’y voit-on déjà plus ? N’y voit-on pas encore ?

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Là-dessus, rebondissement des aventures et mésaventures de Léo l’Archef. Voilà que son communicateur le plaque ! Les journaux en parleront assez pour que je ne mêle pas ma voix à l’orchestre. Ce Léo est l’Occupant, mis spirituellement à la tête du pays contre la volonté expresse des citoyens croyants. Quand ce pasteur imposé déclare qu’il dit toujours ce qu’il pense, quel que soit l’effet produit sur le troupeau, quand il ajoute qu’il n’a nul besoin d’être aimé, qu’il est plutôt indifférent à l’opinion et aux sentiments qu’il suscite, comment ne pas voir qu’il n’a rien d‘un pasteur ? On lui demandait quelle autre profession l’aurait attirée, s’il n’avait pas été prêtre. Réponse : la politique…