14/12/2010

La vengeance de Dieu, c'est nous sauver.

Epiclèse anté-consécratoire.jpgDimanche, l’abbé Jacques Jordant, 84 ans, ancien professeur de religion dans les athénées de l’Etat, fait à Ste Gudule une homélie dont son public reste pantois. Je dis bien son public : comme il ne prêche qu’un dimanche sur quatre, pas mal de gens téléphonent au doyenné pour savoir si c’est lui, ce dimanche-là, si donc leur trajet jusqu’à Bruxelles-Centre en vaudra la peine… Eh bien, ce dimanche, il a été génial. Sublime, mais troublant aussi. Inattendu. L’orateur maître de lui qu’il est habituellement était comme fiévreux, s’accrochait à l’ambon sinon au micro, s’acharnait à nous dire quelque chose que nous, son public plutôt bourgeois, nous n’avions pas encore vraiment entendu depuis dix-sept ans qu’il célèbre à 11h30… Vraiment ? Oui.

 

cathedrale à la messe des familles.jpgQu’est-ce qu’il a dit ? Lisez bien. Les mots que je mettrai ici en italiques et que je soulignerai, ils sont assez « lourds », assez extraordinaires pour que je les aie fixés dans ma mémoire : ce sont les siens. L’ordre des idées aussi est le sien, numérotation incluse. Il a lu Quintilien, le bénéfique abbé, il en a  assimilé l’art oratoire, qui n’a rien à voir avec la rhétorique d’Augustin. Aucune place ici pour les jeux de mots. Les termes fonctionnent comme ils sont. Qu’on les entende pour ce qu’ils disent.  - Reste que je n’avais pas d’enregistreur et si un propos heurte quelqu’un, qu’il me l’attribue : je l’assume. Voilà.

 

Fille endormie sur un chameau, Xiang, VIIIe siècle.jpgDans le Royaume que Jésus annonce, « la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ». Aux boiteux, aux aveugles, aux morts. On vient de l’entendre dans la lecture de l’Evangile. En ce qui concerne Jean-Baptiste, J.J. fait d’abord un sort à une compréhension mesquine qu’il y avait autrefois du texte suivant de Matthieu : « Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui. » On disait aux enfants : le Baptiste, c’est l’ancien testament, où il fut le plus grand ; mais dans le nouveau testament, il ne compte pas. C’était oublier que la notion d’Ecriture sainte, au temps où l’Evangile était annoncé, ne renvoyait qu’à l’ancienne alliance, toujours valable. Que dit donc Jésus ? Que le Baptiste est plus qu’un prophète : c’est le Messager qui prépare le chemin du Royaume. Prépare à qui ?

 

Mechanical Pig, de Paul McCarthy.jpgLe nouvel ordre des choses tel qu’il se déploie dans la vie nouvelle, c’est le salut pour ceux qui ne valent rien. « La vengeance de Dieu, c’est de nous sauver », disait Isaïe dans la première lecture. « Imaginez le plus vicieux des hommes, le plus moche, le plus démuni de tout y compris de toute vertu, c’est lui qui est d’abord à sauver. » C’est pour lui que le Christ vient. Pour lui que s’édifie le Royaume, c’est lui qui est le petit, au centre. C’est lui qui, dans le Royaume, doit être le plus grand.

 

patience.jpgAlors devant ça, nous devrions, nous, avoir trois réactions, trois sentiments, ou trois attitudes, comme on veut. 1. D’abord l’humilité. Ca ne veut pas dire se mépriser, se détester, s’attribuer (avec orgueil) tous les défauts possibles, c’est reconnaître que nous, que moi, j’ai besoin de salut. Que je ne suis pas spontanément dans le Royaume. Que je n’en suis peut-être pas membre du tout, aujourd’hui encore, malgré mes  messes et mes bonne œuvres : que j’ai besoin de Lui pour y entrer… 2. Puis , les uns pour les autres, avoir un sentiment… quel sentiment? Les premiers chrétiens ont inventé un mot pour ça, le mot agapè, à partir d’une racine qui signifie "conduire vers", "tracer  un chemin, tiens ! le chemin du Baptiste. Aller vers l’autre, l’autre qui est vraiment autre, mais de qui je dois me soucier, que « j’aime », qui est même une part de moi…  3. Et enfin, il y a ce dont St Jacques nous rebat les oreilles, ce qu’il répète quatre fois dans la 2e lecture du jour, avoir de la patience ! Pour Dieu, mille ans c’est comme un jour, dira Pierre, Dieu est lent. Attendons. Donnons-Lui le temps qu’il faudra. Empruntons le chemin de la préparation, le cœur plein d’espérance, jusqu’à ce qu’il vienne. Pour faire quoi ? Nous sauver, encore et toujours, vous n’aviez pas compris ? Nous sauver.  Amen.

Commentaires

C'est très heureux de lire ce que tu rapportes...
Mais est-ce si nouveau dans ce lieu ?
Je crois que cela a été maintes fois dit...
Cela étant, cela n'ôte rien au message transmis.

Écrit par : Ben | 15/12/2010

IL y avait deux choses neuves, ou qui m'ont paru telles, et tu sais que je fréquente la cathé depuis dix ans, et que j'y sers depuis cinq ans. D'abord le fond. D'ordinaire, les pauvres et le petits mis en valeur par l'Evangile, c'est une misère d'ordre social. Tout le monde est facilement d'accord là-dessus. Ici ce sont les miséreux dans l'ordre moral qui sont présentés comme les privilégiés. Les démunis non d'argent mais de vertu. Aucun exemple n'est donné, ce serait presque insupportable. Est-ce que le pédophile d'Amsterdam est un prioritaire du Royaume ? Le prêtre nous met tous au défi : toi, qui que tu sois, quelle que soit ta valeur morale ordinaire, reconnais avoir, comme lui, besoin de salut. - Et puis la forme. Comme si JJ était pressé de parler. Après tout, on attend pour bientôt un évêque auxiliaire, qui pourrait redistribuer les rôles.

Merci de réagir comme tu fais.

Écrit par : Ephrem | 15/12/2010

Le texte que tu mets en gras me rappelle cette phrase que tu m'as fait lire dans le testament du Père Christian de Chergé, le supérieur des moines de Thibérine, assassiné en même temps que six de ses compagnons. Quand il mesure les risques qu'il courait en restant en Algérie, et qu'il écrit :
"S'il m'arrivait un jour d'être victime du terrorisme... que l'on se souvienne que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays... J'aimerais pardonner de tout cœur à celui qui m'aurait atteint...
Et toi, l'ami de la dernière minute, oui, je veux aussi pour toi ce MERCI et cet A-DIEU envisagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous les deux..."

Larrons !
Quel mot !
Bise.

Écrit par : Pierre | 17/12/2010

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