24/12/2010

Dieu dort

Georges de La Tour, Nativité.jpg

Au premier plan dans la pénombre,  une main de femme, levée comme une bénédiction, cache la flamme d’une bougie. Qui projette sa lumière sur la tête de l’enfant Jésus, habillé de blanc, et dormant du « sommeil du Juste ». Le visage du nourrisson attire d’abord mon attention, puis il m’invite à me tourner vers celle qu’il illumine, sa mère. Vêtue d’une robe pourpre, tenant son enfant sans le retenir, les yeux mi-clos sur un spectacle intérieur qui n’est pas le bébé, Marie semble exposée et nous exposer à la chaleur douce émanant d’un feu tout près, dans l’âtre.



Voilà donc le Verbe de Dieu : un verbe in-fans, qui ne parle pas. Le Verbe de Dieu dort. Qu’est-ce à dire ? Qu’est-ce qu’il y a là comme théologie ? C’est à Xavier Thévenot vieillissant que je dois ce genre de réflexion. Dieu vient sauver le monde, et il commence par passer des heures et des heures à dormir, comme tout nourrisson attendant tout de la seule prévenance de sa mère. On songe à cet autre sommeil plus tard, quand il sera adulte, dans une barque, tandis que les vents et les vagues se déchainent sur le lac de Galilée et que les disciples ont peur. Là aussi le verbe de Dieu se fie à des êtres humains. Sa mère, son père adoptif, ses disciples, l’Eglise. Avant de nous prêter sa force, quand besoin sera, Dieu s’en remet à notre petite sagesse. Sa « gloire », il la laisse d’abord à notre « bonne volonté ».

 

[Il y a aujourd’hui trois ans que ce blog a été instauré. Vais-je le clôturer ? 1. Il me semble avoir tout dit ; désormais un petit vagabondage au hasard dans mes archives suffit à renseigner le passant sur le double point de vue réaliste et mystique que j’ai proposé toute ma vie, avec enthousiasme. 2. Je suis fatigué. La fibrillation cardiaque apparue en 1997, soignée en 2003, est réapparue, plus invalidante, si bien qu’une  nouvelle procédure d’ablation est envisagée, malgré mon âge. Tuile. 3. De toute façon quelque chose doit changer, car rien n’est durable dans les procédés actuels de communication;  mais je distingue encore mal ce qui devrait éventuellement subsister – à part l’écriture, ce medium avec lequel je m’identifie. -  Merci aux lecteurs fidèles, particulièrement à ceux qui ont fait plus que me lire, qui se sont risqués à « commenter ». Ils peuvent encore passer ici de temps à autre, il y aura toujours un peu de lumière, j’imagine, - enfin des braises, sur lesquelles quelqu’un soufflera. Quelqu’un : vous ou moi… Et j’indiquerai un jour et comment un nouveau projet  pourrait être lancé – s’il l’est. En attendant, Dieu rende à chacun de vous, connu ou inconnu,  les richesses et les bonheurs spirituels qu’il m’a donnés]

Commentaires

Et bien, quoi, Dieu dort ? Et alors ? D’autres, réveillés, vous lisent. Ce que vous leur faites, avec vos mots...
Joyeux Noël !

Écrit par : mf | 24/12/2010

Une sieste, on vous l'accorde, et pendant ce temps, vos articles continueront à nous nourrir.
Ensuite, on trouvera le moyen de vous réveiller :-)
En attendant, bon repos, bien mérité, bercé par la paix de Noël!
Je vous embrasse
Marie

Écrit par : Crocki | 24/12/2010

J'avais oublié au fond de ma mémoire ce tableau (de Latour je crois). Merci de me l'avoir remémoré et de l'avoir si bien commenté!

J'espère que votre santé n'est pas aussi mal que vous ne paraissez le dire !

Joyeux et saint Noël à vous ! Des bisous du fin fond de la campagne du Sud-Ouest

Écrit par : Eusèbe | 25/12/2010

Oui, c'est bien une mine d'or à explorer que ce blog aux milliers de pépites qui enrichissent l'homme intérieur pour en embellir l'extérieur. Merci, bien cher Ephrem et Joyeux Noël !
En communion de coeur et de prière, particulièrement pour tous ces soucis de santé.
Bises

Écrit par : Etienne | 26/12/2010

Je me suis souvenu, de mémoire, de ce mot qu'Ephrem m'a remis à la veille des vacances de Noël en 1973 : "Sur la face de nos évènements Dieu cette année posera-t-il son visage ? Pour vous, pour moi, à voix perdue, je le demanderai dans la nuit de Noël"

Écrit par : cesame | 27/12/2010

Porte toi bien !

Écrit par : Seb | 28/12/2010

«...Tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui produit de son trésor des choses nouvelles et des choses vieilles.»

Écrit par : Georges | 28/12/2010

J’espère bien qu’il y aura un nouveau projet :-) parce que ta façon de témoigner (d'enseigner) est unique. Merci pour ton écriture. Je t’embrasse.

Écrit par : Ben de Liège | 30/12/2010

Merci d’avoir été un prophète toute l’année.
Continue si tu peux.
Notre Eglise a besoin de toi ; en tout cas les chrétiens.
Tendresses.

Écrit par : Pierre | 31/12/2010

Lire et relire, pour en tirer la substantifique moelle : voilà un beau projet que tu nous confies.
J'espère, pourtant, avoir encore le plaisir de découvrir de nouvelles choses avec toi... Car tu es un maître pour parler au coeur.
Je t'embrasse avec affection et amitié.

Écrit par : Ben | 31/12/2010

Merci à vous tous pour les caresses verbales dont vous me gratifiez généreusement. J’en retire courage, plaisir, et fierté. Ce qui me poussera, j’en suis sûr, à souffler sans trop tarder sur l’une ou l’autre des braises laissées rougeoyantes ici à Noël…

Cette nuit, le calendrier nous lestera d’une année de plus. J’imagine que vous festoierez, que vous danserez, que vous jouerez et aimerez à plein cœur dans cette fête bienfaisante où le bonheur de vivre sa vie fait l’octave païenne au bonheur d’accueillir Dieu enfant. Je vous félicite fraternellement ! Solitaire, j’aurai sûrement une soirée moins brillante. Mais non moins heureuse, croyez-moi. « Le soir de la vie apporte avec soi sa lampe » écrivait Joubert au XVIIIe siècle ; ce que Musset, au baisser de rideau du 2e acte de « Badine », expliquait comme suit : « On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime ! Et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé : c’est moi qui ai vécu et non un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

Écrit par : Ephrem | 31/12/2010

Merci Ephrem pour ces deux citations que je trouve très beaux ! Voilà de bien beaux cadeaux :) !!

Écrit par : Eusèbe | 07/01/2011

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