31/01/2011

Ranimer le feu

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Souffler sur les braises, il ne faudrait pas que finisse le mois de janvier sans qu’une fois je l’aie tenté. Me voilà donc qui reprends contact avec vous qui me lisiez hier, et merveille !  me lisez encore. N’avais-je pourtant pas pris un congé définitif ? C’est selon. J’ai constaté avec philosophie que j’avais épuisé tous les sujets où j’ai un peu de compétence, sans négliger les autres (!) pour peu qu’ils fassent l’actualité. J’ai aussi évoqué en souriant le triennium liturgique, après lequel on serait voué à la répétition… Là-dessus Marie, finaude, a expliqué que j’avais seulement besoin de vacances et, gentille, souhaité que j’en prenne, et revienne ensuite, reposé, à mes propos ordinaires, dont nul n’exige qu’ils soient toujours d’un intérêt passionnant et d’une originalité fulgurante. Certes. Mais il n’y a pas qu’Ephrem qui est ici concerné.

 

 

Ephrem début septembre 2010.jpg 

Le « je » qui s’exprime sur ce blog et qui est d’ailleurs membre d’un « nous » (familial, local, social, chrétien, lettré, homo-sensible) est flanqué d’un corps qui pour l’instant n’a rien de glorieux. Qui joue aujourd’hui les maîtres plus qu’il n’offre ses services, tandis que j’ai perdu les moyens de me faire respecter. J’ai beaucoup de mal, par exemple, à mettre à exécution le projet dont je vous ai fait confidence, en décembre, avant de vous quitter. Renouveler mon blog. Lui donner une respiration plus aisée, où l’humour soit l’invité habituel ; ainsi qu’une inspiration plus large, dépassant celle qui règne dans le milieu très ecclésial où, tout à la fois, je prospère et je dépéris. - Voilà qui est d’ordre intellectuel, pensez-vous. Qu’est-ce qui justifie le lamento initial sur la trahison du corps ?

 

images poids lourds.jpgOn passe sa vie écroulé dans un fauteuil quand le muscle qui doit vous donner le souffle nécessaire à la pensée et à l’action fait en vous, de façon aléatoire, alterner les extrêmes : quand une tachycardie bien connue est soudain suivie d’une bizarre, d’une menaçante bradycardie. Passer de 160 pulsations par minute à … 40, ce n’est pas drôle. Pas douloureux non plus. Incommode, paralysant. Tout mouvement vous donne le sentiment que vous déplacez cent kilos. Et vous ne cessez de penser : « quousque ? ». Jusqu’où cela descendra-t-il sans que… Demain ? Cette nuit ? Tantôt ?

 

cardio-coeur.jpgJ’ai rarement pensé autant à ma mort que ce mois-ci – plutôt heureux d’ailleurs qu’elle s’annonce comme devant être subite. Passer de ce monde à l’autre comme on franchit d’un saut une rivière ; comme, gamin, je pénétrais sans y penser sur les terres du voisin ; comme on entrerait chez Dieu, sans frapper, cette demeure dont on est sorti sans le savoir il y a des années, il y a des siècles… Mais trêve de rêverie sans objet saisissable : depuis quelques jours, le rythme de l’ennemi intérieur s’est fait moins erratique. Encore que… Au lever, ce matin…  Il y eut une époque, dans ma vie, où je me sentais l’esclave de mon cœur. J’avais 32,  jusqu’à 38 ans… Elle est revenue. Quoi ? L'époque, la vie. Moins cruelle. Plus bête – plus animale, je veux dire. Mais ce n’est pas le même « cœur ».  Finie, la métaphore. Reste l’organe.

 

bonne-annee-2011.jpgJe viens donc céans de reprendre la parole, mais je ne promets plus rien du tout. Mon affaire est moins de transmettre un message à l’extérieur qu’encourager mon cœur à ne pas se mettre en grève. Comme le mois de janvier n’est pas fini, j’ai encore l’opportunité, que je saisis, de répondre ici d’un seul paragraphe aux vœux de bonne année que j’ai reçus d’horizons multiples…  Non, je ne me moque pas de mes correspondants, j’ai honte de moi-même, et j’assume. On se croit vaillant, parce qu’on est toujours plein de passions, et puis tout d’un coup un processus inconnu se dérègle quelque part dans le système de chair et d’os que l’on pensait docile, soumis. Si vif d’esprit qu’on se sente encore, si présent à son siècle, on se découvre hors service. « A cet âge-là, m’sieur, l’ordinateur, on ne le répare plus, on en achète un nouveau, vous saviez pas ? » Je blague. A moitié.

 

20:56 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

C'est avec les larmes aux yeux que je vous adresse ce commentaire, Éphrem! Larmes de joie en retrouvant la vitalité de votre verve; larmes d'émotion face à votre réalisme; larmes d'impuissance de celle qui, à la fois redoute et admet, la finitude de tous, même celle des êtres chers; larmes de tristesse de ne vous adresser que trop rarement des signes d'amitié, pourtant très sincère, vous le savez; larmes de bonheur en sentant votre paix profonde.
Merci d'être revenu! Ce retour me fait l'effet de recevoir un air de printemps.
Merci d'encore accompagner nos pas. Le temps que vous le pourrez, le temps que la vie en décidera
Je vous embrasse
Marie

Écrit par : Crocki | 31/01/2011

Le texte d'Ephrem m'émeut profondément. Son expérience de la dégradation du corps rejoint la mienne. S'y ajoute pour moi l'angoisse d'une lente érosion de l'esprit, plus incidieuse encore et bien plus difficile à discerner. Consolation : je serai plus nu que jamais devant mon Créateur.

Le besoin de communiquer est comme consubsantiel à Ephrem. Il le fera à peu de choses près jusqu'au dernier moment. Tant mieux. Merveilleux homme capable de bien formuler des choses souvent essentielles.

J'ai longtemps été infidèle à ce blog qui cependant traitait de sujets qui me tenaient et me tiennent encore particulièrement à coeur.
Comme j'aurai plus de possibilité de respirer, je compte parfois faire entendre ma voix.

Merci, cher Ephrem, de me donner cette possibilité.

Écrit par : Palagio | 31/01/2011

Après le froid de l'hiver, voici le rayon de soleil qui annonce le printemps...
Merci d'être ce rayon de soleil, présent et éternité qui se mêlent pour la joie et l'espérance.

J'espère que tes problèmes de rythmes cardiaques te laisseront vite en paix pour que tu puisses encore goûter de longs jours d'affections et d'amitiés partagées.

Je pense très fort à toi et t'embrasse fraternellement.

Écrit par : Ben | 01/02/2011

Le corps qui nous lâche nous recentre sur l'essentiel...en tous cas c'est l'effet que ca a sur moi.

Respirer devient un plaisir qu'on savoure, surtout quand on ne tousse plus et qu'on n'est pas à bout de souffle en permanence.

Le soleil, même d'hiver, devient un chant, une nourriture...

Le silence est un luxe qu'on apprivoise.

Bien dormir donne la joie d'en rendre grâce au Seigneur, de commencer une journée en décidant de l'apprécier plutôt que de la subir.

L'oraison devient plus naturelle, comme un second souffle, mes yeux s'ouvrent et je vois les arbres, je vois les gens, je vois les nuages...plutôt que de les apercevoir.

Je pense à vous tous, à toi Ephrem que je lis toujours avec joie et que je relis de nombreuses fois, qui nourrit ma réflexion et ma prière, qui enrichit ma spiritualité...je pense à ma chère marraine et à tout le petit groupe et je prie pour vous et pour vos proches.

Écrit par : Seb | 09/02/2011

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