31/01/2011

Ranimer le feu

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Souffler sur les braises, il ne faudrait pas que finisse le mois de janvier sans qu’une fois je l’aie tenté. Me voilà donc qui reprends contact avec vous qui me lisiez hier, et merveille !  me lisez encore. N’avais-je pourtant pas pris un congé définitif ? C’est selon. J’ai constaté avec philosophie que j’avais épuisé tous les sujets où j’ai un peu de compétence, sans négliger les autres (!) pour peu qu’ils fassent l’actualité. J’ai aussi évoqué en souriant le triennium liturgique, après lequel on serait voué à la répétition… Là-dessus Marie, finaude, a expliqué que j’avais seulement besoin de vacances et, gentille, souhaité que j’en prenne, et revienne ensuite, reposé, à mes propos ordinaires, dont nul n’exige qu’ils soient toujours d’un intérêt passionnant et d’une originalité fulgurante. Certes. Mais il n’y a pas qu’Ephrem qui est ici concerné.

 

 

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Le « je » qui s’exprime sur ce blog et qui est d’ailleurs membre d’un « nous » (familial, local, social, chrétien, lettré, homo-sensible) est flanqué d’un corps qui pour l’instant n’a rien de glorieux. Qui joue aujourd’hui les maîtres plus qu’il n’offre ses services, tandis que j’ai perdu les moyens de me faire respecter. J’ai beaucoup de mal, par exemple, à mettre à exécution le projet dont je vous ai fait confidence, en décembre, avant de vous quitter. Renouveler mon blog. Lui donner une respiration plus aisée, où l’humour soit l’invité habituel ; ainsi qu’une inspiration plus large, dépassant celle qui règne dans le milieu très ecclésial où, tout à la fois, je prospère et je dépéris. - Voilà qui est d’ordre intellectuel, pensez-vous. Qu’est-ce qui justifie le lamento initial sur la trahison du corps ?

 

images poids lourds.jpgOn passe sa vie écroulé dans un fauteuil quand le muscle qui doit vous donner le souffle nécessaire à la pensée et à l’action fait en vous, de façon aléatoire, alterner les extrêmes : quand une tachycardie bien connue est soudain suivie d’une bizarre, d’une menaçante bradycardie. Passer de 160 pulsations par minute à … 40, ce n’est pas drôle. Pas douloureux non plus. Incommode, paralysant. Tout mouvement vous donne le sentiment que vous déplacez cent kilos. Et vous ne cessez de penser : « quousque ? ». Jusqu’où cela descendra-t-il sans que… Demain ? Cette nuit ? Tantôt ?

 

cardio-coeur.jpgJ’ai rarement pensé autant à ma mort que ce mois-ci – plutôt heureux d’ailleurs qu’elle s’annonce comme devant être subite. Passer de ce monde à l’autre comme on franchit d’un saut une rivière ; comme, gamin, je pénétrais sans y penser sur les terres du voisin ; comme on entrerait chez Dieu, sans frapper, cette demeure dont on est sorti sans le savoir il y a des années, il y a des siècles… Mais trêve de rêverie sans objet saisissable : depuis quelques jours, le rythme de l’ennemi intérieur s’est fait moins erratique. Encore que… Au lever, ce matin…  Il y eut une époque, dans ma vie, où je me sentais l’esclave de mon cœur. J’avais 32,  jusqu’à 38 ans… Elle est revenue. Quoi ? L'époque, la vie. Moins cruelle. Plus bête – plus animale, je veux dire. Mais ce n’est pas le même « cœur ».  Finie, la métaphore. Reste l’organe.

 

bonne-annee-2011.jpgJe viens donc céans de reprendre la parole, mais je ne promets plus rien du tout. Mon affaire est moins de transmettre un message à l’extérieur qu’encourager mon cœur à ne pas se mettre en grève. Comme le mois de janvier n’est pas fini, j’ai encore l’opportunité, que je saisis, de répondre ici d’un seul paragraphe aux vœux de bonne année que j’ai reçus d’horizons multiples…  Non, je ne me moque pas de mes correspondants, j’ai honte de moi-même, et j’assume. On se croit vaillant, parce qu’on est toujours plein de passions, et puis tout d’un coup un processus inconnu se dérègle quelque part dans le système de chair et d’os que l’on pensait docile, soumis. Si vif d’esprit qu’on se sente encore, si présent à son siècle, on se découvre hors service. « A cet âge-là, m’sieur, l’ordinateur, on ne le répare plus, on en achète un nouveau, vous saviez pas ? » Je blague. A moitié.

 

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