05/02/2011

L'hôte de mon cerveau

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Larmes de Marie : comment ne serais-je pas remué ! Et aussi par l’offre de collaboration du cher Palagio, heureusement réapparu ; et par les mots chaleureux grâce auxquels Ben montre, une fois encore, combien lui et moi avons été nourris aux mêmes paturages ? Merci aussi à ceux qui m’ont écrit personnellement. A Georges, par exemple, qui m’envoie, dans une traduction wallonne de son cru, une des plus belles «  paroles de Dieu  » qui soient : ce psaume 22 (23) où le Seigneur est vu par l’homme comme « son » Berger. On parle d’abord de Lui à la troisième personne, comme s’Il n’était pas là, on le chante, et puis tout à coup on s’adresse à Lui. Vous… voilà que vous préparez la table, là, devant moi, devant mes adversaires ! D’une onction vous me parfumez la tête, votre maison m’héberge en la longueur des jours »… Linguiste sensible, « Quoudouss » dégage du patois sa matérialité forte, son effet de durée, sa civilité paysanne… C’est la familiarité avec Dieu qu’apportait la religion autrefois et que j’ai reçue de mes parents en fabuleux héritage. Par exemple : « Li Signeur mi paxhe, et dji n’ årè dandjî di rén….  [J’n’aurai b’soin de rien] * Al aiwe ou dji m’ ripoise [au ruisseau où je me repose]… Dji n’ a sogne di nole rascråwe la k’ vos estoz avou mi [Je n’ai souci d’aucune saloperie ( ?) là où vous êtes avec moi]Padvant mi vos avoz apresté li tåve,  vizon-vizu avou les ceas ki m’ aflidjnut. [Devant moi, vous avez apprêté la table, face à face devant les-ceux qui me tourmentent.]… Vos avoz ondou mi tiesse avoû del ôle, et vosse cålice mi fwait boere come ene sakî di stocaesse. … Ce n’est pas tout à fait le wallon de Tellin ; stocaesse p. ex. m’est mystérieux, mais les sons me sont familiers. J’admire aussi, en passant, cette noble singularité : en wallon, on se vouvoie entre proches qui s’aiment ; entre mari et femme, par exemple…  

 

 

imagesCA4AYJLQ.jpgReste un point à préciser, dans le virage que j’ai pris. Avoir exposé sans beaucoup de pudeur, comme je l’ai fait, la difficulté physique où je suis (souvent, mais pas tout le temps) de vivre, de bouger, de respirer quelquefois, quel sens cela avait-il ? La publier n’était pas la faire disparaître. Comprenez : c’est un geste de communication. De respect pour vous qui m’avez lu facilement jadis, et qui parfois lisez à présent l’une ou l’autre de mes phrases en vous demandant ce qu’elle veut dire… Ce n’est pas vous qui êtes déficient, c’est moi qui décline. Pour moi, est-ce de l’humilité de le dire ? J’en doute : c’est plutôt fidélité à moi-même. A ma parole. Comme Julien Green, je mens difficilement, et seulement pour des raisons de responsabilité sociale : je ne veux faire de tort à personne. Mais pour ce qui me regarde seul, je déteste le masque, tout genre de masque. Alors voilà : humble aveu. Celui qui rapporte et juge volontiers les opinions de ce monde, les « vérités » en voie de production comme, à l’inverse, celles en voie d’invalidation, est lui-même en passe d’être disqualifié. Il le sait, il le dit, il le porte. Parce que la vie se retire de lui, peu à peu ; qu’elle le fait gentiment, sans cruauté ; qu’elle ne lui permet plus cependant d’ignorer son éloignement, son départ… L’hôte de mon cerveau s’est levé, il prend congé, je le reconduis à la porte, il m’embrasse, il sort, me tourne le dos… Je le regarde encore tandis qu’il s’éloigne, j’ai machinalement la main levée comme s’il pouvait se retourner, me regarder encore… Allons ! Rentrons.

 

masque.jpgIl me fallait donc dire ça, une fois, une seule. Et le signer avec mon vrai nom, maintenant que ce nom, dans la thébaïde où je suis parvenu, n’a plus aucun rayonnement, aucune signification ; qu’il ne saurait plus ni gêner ni d'ailleurs servir personne. L’"orgueil" de ce blog, sa gloire au sens néotestamentaire, c’est de regarder le réel sans trembler, le réel terrestre, avec les yeux du ciel, ceux du mystique. Μυστής : initié. Eh bien,  je vois toujours ce que j’ai vu, mais j’ai plus de mal à le faire voir. L’ombre descend. Cela ne veut pas dire que je me tairai à l’avenir. Je changerai de registre, seulement. Je suivrai des rythmes moins réguliers, comme mon pouls ; j’aurai des failles logiques, comme en ont les déficients mentaux dont l’affectivité, par ailleurs, est forte. Il en sera ainsi chez moi. Ne protestez pas. Je raisonnerai moins bien que jadis, mais, s’il plaît à Dieu, j’aimerai mieux.

23:42 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Merci pour les appréciations!

«Stocaesse» est l'adjectif dérivé de «stok» (sitok, esto), qui signifie "tronc [d'arbre]". Par conséquent, «stocaesse» signifie "solide", "vigoureux", "fort"...

Écrit par : Georges | 06/02/2011

Vous demeurez un pédagogue pour vos lecteurs, Ephrem. Plus qu'auparavant, aurais-je envie de dire, parce que vous ne cherchez plus à persuader. Vous témoignez...
Votre cheminement nous apprend combien notre faiblesse humaine ne peut recevoir d'un seul coup toute sa force, et notre pauvreté ne peut accepter d'emblée toute sa richesse, mais que, indéfiniment, nous pouvons puiser l'espérance de notre devenir dans le trésor de la Croix. Merci!
Je vous embrasse
Marie

Écrit par : Crocki | 06/02/2011

Même un seul quart de puissance de votre cervelle suffira à nous inonder de pensées pertinentes...Merci de continuer.

Écrit par : Seb | 09/02/2011

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