27/02/2011

Pages hivernales

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Je ne vais guère mieux. J’aurais aimé vous faire plaisir en disant l’inverse, à vous qui me faites l’honneur et l’amitié de passer ici prendre de mes nouvelles. Non, hélas. Voici tout de même quelques infos, avec une réflexion. Sur quoi ? Sur la santé. La mienne, in casu, mais au-delà celle de chacun. Ce n’est pas le billet que j’ai eu le plus de plaisir à écrire. A ce thème que j’aborde ici à regret, ne réagissez pas, please.  En rencontrant ici et là de plus en plus de vieillards, mes coaequales, je mesure toujours avec mélancolie que ce sujet de conversation aboutit, sans aider, à obséder, et à déposséder.

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Le portrait ci-contre du fondateur de Charlie-Hebdo n'a rien à voir, sauf que... Passons, et parlons de moi (!). En décembre, la fibrillation auriculaire dont je souffre de façon intermittente depuis plus de dix ans a échappé au contrôle de la médication pharmaceutique jusque là efficace. Un changement de comprimés a tôt limité la bradycardie. Mais la fibrillation s’est faite méchante, ce qu’elle n’avait jamais été. L’importune visiteuse se limitait jusque là à des incursions imprévues, interrompant mes activités, sans les compromettre. Aujourd’hui, elle est là tous les jours, toutes les nuits. Au réveil, je la sens, souveraine et anarchique, et je n’ai pas le courage (le cœur ?) de faire quoi que ce soit. Même prier est incommode : cela suppose que je me concentre, ce qui devient tour de force quand tout en moi est désordre, et dispersion. L’Ennemie s’est installée à demeure, imposant ses lois, sans droit, comme l’Occupant nazi de mon enfance. Pas de maquis où se réfugier, pas d’armée secrète à rejoindre. Le  souffle reste court, le pouls sans discipline ; et lourd à porter, le poids du mouvement – celui du corps et celui de l’esprit. - Qu’est-ce que tu vas faire, E/F ? - Une opération nouvelle est en discussion avec le cardiologue, telle une aventure. J’ai passé, me dit-il, l’âge où elle est sans risque et "normale".  Décision là-dessus sera prise en mars. En attendant, j’ai le sintron pour liquéfier mon sang et me garder de la thrombose et de l’embolie ; et, s’il est bien dosé (!), des hémorragies. Mais est-ce là une vie dont on suit le cours comme un fleuve, passionné par l’itinéraire, où l’enfermement du marinier qui, dans la cale, s’ennuie à surveiller l’étanchéité des parois ?

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J’avais accueilli sans émoi l’idée de mourir bientôt. Au pire, c’était m’endormir au soir, recru de fatigue et de souvenirs ; au mieux, me réveiller chez Dieu, divinisé par le Fils Bien–Aimé, premier d’une multitude de frères. « Duc nos quo tendimus ad lucem quam inhabitas… » pour reprendre le Panis angelicus de Franck enregistré à vingt ans. Mais il n’y a rien de commun entre cette accession à la vraie Vie  dont je rêve et l’installation de la mort dans mon existence quotidienne que je constate. A vrai dire, rien, sinon ce que Dieu mon Père y veut mettre de commun. La troisième demande du Pater, à mesure que j’ai pris de l’âge, a heureusement fini par résumer tout ce qui m’importait...

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Le dimanche, je continue à assurer mon service de lecteur à la messe de la Cathédrale ; et je me suis inscrit à un cours du soir en christologie à la faculté de Théologie des Jésuites à Bruxelles (l’ I.E.T). Pierre, mon neveu, m’accompagne ici comme là.  Si je me sens aussi mal que j’ai dit, comment ce reste d’activité est-il possible ? Eh bien, je n’y ai aucune initiative à prendre, aucune terre à creuser pour en ramener un trésor. Tout est donné, je ne fais que servir. A Ste Gudule,  je sers le mieux que je peux (parfois bien, parfois non) un texte liturgique que je n’ai pas choisi ; à St Michel,  j’écoute un professeur et j’épluche un syllabus que je ne juge pas, ignorant tout de la théologie comme je suis ; j’accueille. Au fond, l’homme critique que j’ai été aux temps de la santé cède à nouveau la place au gamin irresponsable, au comédien farouche que je fus antérieurement, dans l’adolescence, et qui, lui, se mobilise comme un Eliacin au premier appel… « - Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre ? – Ce temple est mon pays, je n’en connais pas d’autre. » Racine, Athalie.

22:52 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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