10/03/2011

A la tête des péchés

Bosch Jerôme Les 7 péchés capitaux.jpgJ’ai reçu, du pouce de Mgr Léonard, le signe me rappelant que je suis poussière. Ne le savais-je pas ?  Un peu trop pour l’instant : trop, car le Vanitas vanitatum me pousse à bien dormir, à absorber comme des cachets des feuilletons américains dont j’oublie l’histoire d’un épisode à l’autre, à ne prier qu’en grognements fatigués. En revanche, me « convertir à l’Evangile », j’en dois me rappeler la constante nécessité. Hier, j’ai considéré les sept péchés « capitaux », càd (Catéchisme romain n° 1866) les péchés meneurs, ceux qui en entrainent d’autres, pour voir auxquels je pourrais faire la chasse.  Si ça vous tente, suivez-moi. Je vais dire "je", fatalement : comment faire autrement ? A cet examen de conscience,  je prends quelques risques - celui du ridicule, en premier.  

 

trio_gourmandise.jpgJe n’aime pas vraiment manger, la gourmandise m’est inconnue ;  à preuve mon poids normal depuis toujours. N’allons pas déséquilibrer le système ! Et boire ? Ah ! L’alcool, surtout la bière trappiste, oui, ça, j’aime,  mais je paie l’euphorie que cela m’apporte en maux de tête le lendemain, et j’y ai renoncé sans vertu : par sagesse.  - Bon. Et les bonheurs, voire les plaisirs du sexe ? Ils me sont devenus naturellement difficiles en 1998 (un crabe naissant), si bien que je leur ai trouvé une porte de sortie : transformer en sacrifice une incommodité de l’âge. J’ai fait, en l’an 2000, un vœu privé de chasteté. Ce qui a jeté sur ce renoncement une lumière douce, dont ni Dieu ni moi ne sommes dupes : on (je dis on par pudeur) on n’est pas là dans l’offrande suprême qu’on fait à vingt ans ; mais comme pour tout le reste, on sent là de grands souvenirs, comme des félins,  domestiqués, beaux et dormants. Et on entretient leur sommeil. De quoi s’agit-il finalement ?  « Seigneur Jésus, je T’offre mes restes… » Ce n’est pas glorieux. Qu’importe. Restent les cinq autres péchés capitaux  : orgueil, avarice, colère, envie, paresse.

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J'aurais besoin pour changer d'opinion d’une révélation spéciale du Sauveur, car c’est étrange, je tiens l’orgueil pour un vertu. Entendons-nous : il ne s’agit pas de rivaliser avec Dieu, notre Père, mais du contraire : se souvenir  de ce que le Fils a fait de nous, et s’en enchanter. « L’orgueil est ce par quoi l’homme se souvient de son origine divine, et tient debout. »  Je ne sais où j’ai entendu cela, mais l'idée m’a accompagné toute ma vie, et m’a retenu sur le chemin des vilenies. Mon icône Françoise Giroud, l’avait pour sa part oubliée quand elle envoyait, avant de se suicider, des lettres anonymes et basses au fringant JJSS qui l’abandonnait. Chère Françoise, institutrice de mes quarante ans... -  Quant à l’avarice et à la colère, je n’y suis pas du tout enclin. Par goût de la vie simple, sans façons, casanière, ô paix de la pauvreté ! et parce que j’ai expérimenté que la colère trouble le colérique bien plus qu’elle ne résout les problèmes qui la justifient.  

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 Restent la paresse et l’envie. La paresse est un de mes traits de caractère les plus accusés. J’ai pourtant "agi" beaucoup, au cours de ma vie, et sans m'y forcer. C’est qu’avec le goût de musarder, de rêvasser, de regarder passer le temps, j’ai hérité en outre d’une émotivité si puissante intérieurement qu’elle déborde extérieurement. Quand le sentiment est là, l’énergie le suit. Heymans-Le Senne qualifiait ce caractère de "nerveux".  Soit. Ce n’est donc pas moi qui ai entrepris de réaliser le film de fiction « Forte et Muette », en 1963, mais mes élèves qui m’y ont poussé – et comment leur aurais-je résisté ? Je les aimais. Ce n’est pas moi qui ai sollicité la direction de l’Ihecs en 1984 quand deux directeurs successifs en bagarre avec le pouvoir organisateur (ou l’inverse : le PO en bagarre avec eux) eurent mis l’institution objectivement en difficulté. Je me souviens de l’indifférence avec laquelle, le 13 juillet 1984, poussé dans le dos par toutes les parties en cause, je suis allé à la messe du soir au Gésu, face au Botanique, pour que Dieu me dise tout bas ce que Lui attendait de moi. J'aimais Dieu. Aimer. Y a-t-il autre chose qui m'ait jamais mis en mouvement ?

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 L’Envie… Il y avait dans la Libre Belgique d'hier un article merveilleux d’Armand Lequeux sur ce dernier vice, dont on se croit facilement exempt. A tort. Je m'en reconnais porteur. Vous le trouverez ici, mais je le reproduis aussi en « commentaire », parce qu’il pourrait disparaître avec le temps, et que, de cette réflexion lumineuse, sans moralisme benêt, je désire tout garder, m’inspirer. Lisez. Se réjouir du bonheur d’autrui. Des qualités d’autrui. Des chances d’autrui. De la santé d’autrui. Se réjouir vraiment. Jouir comme au Ciel de la Sainteté des Autres…   

Commentaires

SE REJOUIR DU BONHEUR DE L'AUTRE

Chronique d’Armand LEQUEUX, in "La libre Belgique", mercredi (des cendres) 9 mars 2011. p.47.

La psychologie conjugale s’est longtemps focalisée sur les couples à problèmes en étudiant les caractéristiques de leurs conflits et les éléments prédictifs de leurs divorces. C’était forcément les seuls couples que les psys voyaient dans leurs cabinets de consultation ! Ces dernières années, le courant de la "psychologie positive" a conduit les chercheurs à se pencher sur les couples épanouis et à tenter de découvrir leurs "secrets". Contrairement à leurs attentes, l’élément prédictif positif majeur n’est pas le soutien que les conjoints s’apportent l’un à l’autre en cas de coup dur.

C’est bien entendu une précieuse qualité que savoir écouter, comprendre, aider son partenaire qui souffre, qui déprime ou se sent humilié et malchanceux, mais ce n’est pas, selon des chercheurs comme Shelly Gable, la principale. Le plus important, c’est de pouvoir se réjouir pour lui et avec lui lorsqu’il reçoit une bonne nouvelle, lorsqu’il est valorisé, fier et confirmé ! Le comble, c’est qu’une réponse passive (OK, chéri(e), c’est bien ) est aussi toxique qu’une réponse déplaisante (tu ne crois pas que tu en fais trop, là ?), alors que manifester sa joie dope durablement la relation (c’est formidable, tu l’as vraiment mérité ) ! Facile, me direz-vous. Quand tout baigne pour mon conjoint, je plonge aisément dans son bonheur. Est-ce si évident ? N’êtes-vous jamais envieux de la joie de l’autre ? Vous ne connaissez pas ce sentiment de convoitise qui vous rend malheureux d’être privé de ce que l’autre possède ?

Personne n’est vacciné contre l’envie. Grâce à la publicité, elle est passée de la catégorie des péchés capitaux à celle des boosters de la relance de la consommation et de la croissance ! Elle est constitutive de notre humanité. Dans la Genèse, elle se déguise en serpent et elle est clairement le mobile du meurtre commis par Caïn ! D’où vient alors que certains peuvent se réjouir du bonheur des autres et en particulier de leur conjoint sans être envahi par l’envie ? C’est un grand mystère. Qui pourra mesurer l’influence de l’ambiance familiale, de la place dans la fratrie, de l’éducation, des rencontres significatives et des événements de la vie ?

Quelle est notre part de liberté et comment transformer en joie gratuite nos regards envieux ? Sans doute en osant les reconnaître et les dire, en humilité, en vérité. Nous pouvons aussi nous exercer à propos de petites choses de la vie courante. En admirant, par exemple, la nouvelle porte de garage de notre voisin ou le magnifique teint bronzé de notre voisine à son retour des îles Maldives. Plus difficile ? Au jeu, nous réjouir de la victoire de notre adversaire. Au bureau, de la promotion de notre collègue. Encore plus difficile ? Applaudir des copains qui réussissent alors que nous venons de rater. Fêter nos amis riches alors que nous sommes dans la dèche. Les féliciter pour leur bonne santé alors que nous sommes malades. Encourager et approuver les jeunes alors que nous nous sentons vieux…

Les situations concrètes ne manquent pas, il n’y a que l’intention qui manque. Allez, je me lance, pour vous donner l’exemple : je me réjouis du bonheur que vous aurez à lire cette chronique. Plus égocentrique, je meurs !

Écrit par : Ephrem | 10/03/2011

Je me précipite pour acclamer ce billet profond, qui ne contient pas de quoi se tourmenter pour votre égo. Je salue sa présence modérée, qui m'a fait tendrement sourire, et atteste d'un besoin bien naturel d'être rattaché aux gens.
Affectueusement,
Marie
PS: 1- Bon Carême! En unité avec vous.
2-Début semaine prochaine, je fais signe ;-)

Écrit par : Crocki | 11/03/2011

C'est toujours un bonheur de te lire, cher Ephrem ! Quant à l'ego, j'ai envie de dire (et ce n'est pas de moi) qu'il est un JE d'enfants. Et à ce Je-là, on est tous ego !
Bon temps de carême dans l'espérance d'un coeur tout neuf ;)

Écrit par : Etienne | 11/03/2011

Bonjour Ephrem,
un petit bonjour en passant ?
Être un dérangeant ?
Une qualité ou un défaut ?
Mon apôtre préféré,Thomas bien sur ?
Qui veut voir avant de croire .
Un Cartésien ,avant l'heure ,qui a inspiré un Évangile ......
non reconnu bien sur ?
Je suis de nouveau « inondé » de saletés en tout genre .
Je dois garder mon calme .
Je ne tiens pas un langage « correct»,donc je dois subir ......
Amitiés à tous .Jacques.

« Ne jamais considérer du probable ,pour vrai ?
DescartesEinstein »

Écrit par : Jacques Militant | 12/03/2011

Un tel dépouillement public me laisse songeur et emprunt de respect.

Écrit par : Seb | 16/03/2011

...et m'a inspiré...cf mon dernier billet. Merci pour ce coup de pouce spi.

Écrit par : Seb | 16/03/2011

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