09/05/2011

Si peu

Jean Grosjean 'Si peu'.jpgA la messe de 12h30, qui réunit à la cathédrale surtout les artistes, on a lu hier, en fin de liturgie, le texte suivant, que j’ignorais : il est si beau qu’aujourd’hui, il ne veut plus quitter ma mémoire. Un extrait de Si peu, de Jean Grosjean. Qui est-ce ? Un homme du siècle passé (1912-2006), un artisan  d’abord, puis un prêtre catholique allant se former en Orient ; puis en 1940, un prisonnier de guerre, et en 45 un collaborateur des éditions Gallimard. Qui se déprêtrise en 1950, se marie, et ne cessera plus pendant cinquante ans de s’intéresser passionnément à l’Ecriture Sainte : il traduit la Bible dans la Pleiade, de concert avec un autre ex-prêtre. Toute son œuvre, qui est forte,  ne fait à peu près que ça : interroger la Bible, ses héros, ses récits. Loin de s’éloigner de Dieu, Grosjean s’en est mystérieusement rapproché. De ce milieu biblique et évangélique qui est devenu le sien, il écrit pendant cinquante ans quelque chose qui, moi, me fait chavirer de bonheur. Ce n’est pas un poète ésotérique : il parle simple. Ni un « hérétique », un penseur de la marge : certes, il ne se préoccupe pas de ce que pense Rome, mais il ne la combat pas, ni personne. Il s’attaque seulement à l’insignifiance, à l’insipidité. Ce dimanche-ci,  – après que la première lecture eut insisté sur la présence dans le psaume 15 de versets prophétiques ­– l’Evangile racontait comment Jésus accoste, sur le chemin d’Emmaüs, une certain Cléophas et son ami(e),  et se fait finalement reconnaître sans s’être jamais nommé. La méditation du poète porte sur toute la journée pascale. Lisez.

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                Le Juste est parti comme partent les êtres les uns après les autres. On peut laisser deux ou trois Marie embaumer le corps, nous, c'est d’un Christ vivant, ou mourant, mais pas d’un mort que nous avons besoin.

                Nous ne réclamons pas. Personne n'a droit à rien. Nous ne serons pas des manifestants. Notre Père sait mieux que nous que nous ne pouvons pas nous passer de son Christ.

                Le Christ n'est pas l'absent du monde, il est celui qui nous fausse compagnie, mais justement c'est par là qu'il est notre bouée dans le malheur. ( ... ) On a beau savoir, on ne sait pas. Les camarades restent pantois quand le Messie les quitte. Il murmurait des mots d'adieu qui déchirent le coeur (mais on n'y croyait pas) et il descend de voiture sans nous, en tout cas, avant nous.

                II avait dit: Laissez les morts enterrer les morts. Alors où vont les Marie ?

                Le dimanche matin, il rôde en jardinier sur le coteau du cimetière. L'après-midi, il se hâte sur une route de campagne. Le soir, il dîne en ville d'un reste de poisson frit. On le reconnaît à sa manie de poser des questions abruptes: Pourquoi pleures-tu ? De quoi parlez-vous? Avez- vous quelque chose à manger ?  

                Ce qui est moins dans sa manière, c'est de montrer ses plaies. Il arbore sa défaite et ce qu'elle lui a coûté. Il ne joue pas au surhomme, ni à être Dieu. II se veut seulement le travailleur accidenté, le serviteur usé par le service.

                Du même coup il nous convie à son métier de Fils. Il fait signifier quelque chose de son rôle à nos sentiers de mortels.

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                Post-scriptum : je ne vais pas très bien, vous le savez, et je le confirme; en six mois, j’ai vieilli d’une demi-génération ! Mon coeur, requinqué par les chirurgiens et sommé de reprendre sa besogne correcte à la pompe, n’obéit qu’avec lourdeur, sans énergie, comme un âne éreinté que même le fouet ne fait plus avancer. Ce qu’il fait le mieux, désormais, ce qu’il fait bien, c’est dormir. Sommeil paisible, c’est déjà ça ! Ne devrais-je pas vous dire adieu, vraiment adieu, avant que Dieu lui-même en dispose et l’impose ? Je balance toujours sans me fixer. Amis du blog, je vous suis tellement attaché. Ne prenez pas mal, si possible, le rythme alangui de mes communications actuelles. Il maintient un contact sans me prendre toute la conscience.

16:37 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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