20/05/2011

L'humiliation du mâle

Burgstaller Georg 198760_stabat-mater.jpg

      Pourquoi cette tristesse, en moi, à propos de « DSK », ? Je ne vais pas vous infliger une Xième analyse politique, ni une autre leçon de morale. Pas non plus une apologie naïve de la drague qui harcèle. Spontanément je ne vois ici qu’une chose, qu’aucun journaliste, aucun moraliste, n’approfondit. Un homme est à terre, humilié comme personne, mis à mort par les siens.  Les siens ? Une société érotomaniaque qui s’érige en justicière impitoyable et puritaine. Qui est-ce ? Allons ! vous le savez, même si aucun prêtre ne le dit dans les blogs que j’ai consultés : c’est le Christ. - Mais c’est un type dégueulasse, il a tenté de violer une pauvre servante ! Oui, comme le roi David autrefois, avec Bethsabée, avec Abisag quand il est très vieux ; autrefois, mais aujourd’hui, c’est le Christ. - Tout de même, c’est un anormal, qui ne résiste pas à ses pulsions extrêmes. Plutôt un être humain comme vous et moi, qui nous reconnaissons pécheurs, d’une façon ou l’autre – Il y a tout de même une échelle des fautes… Je n’ai violé personne, moi… - Sans doute, mais il y a aussi une échelle des sensualités grossières, où l’on ne choisit pas sa place sans trembler. C’est quoi, un mâle, avec ce que la nature a prévu de force, de prise, de maîtrise, de puissance obligatoires avec un instrument qu’on domine mal, dur quand il ne faut pas, flasque quand on en a besoin, capricieux en tout cas, déraisonnable et plutôt ridicule. Mon père, mort en 38, dont ma mère m’explique dans les années de guerre le dégoût qu’elle avait de lui, tandis qu’il se masturbait à côté d’elle chaque fois qu’elle refusait son étreinte. Déjà le 5 avril 2008, j'y ai fait allusion... Je me dis souvent que je suis devenu homo en entendant sans réagir ce récit où la narratrice pensait que je trouverais matière à « rester pur », où l’auditeur à culottes courtes, lui, se découvrait susceptible de dégoûter un jour la femme qui partagerait son lit, et en souffrait d'avance. 

     

 

anne_sinclair_reference.jpgHeureux, en revanche, de voir, dans le prétoire, quand sous les caméras voyeuses du monde entier, l’accusé est amené menottes aux poings, sa femme, Anne Sinclair. Que fait-elle là ? Elle prend sa part de l’humiliation. Quelle Femme ? Stabat dolorosa, juxta crucem...

 

 

Commentaires

"Ayez toujours le souci de séparer les choses du bruit qu'elles font "(Sénèque).
Merci pour la lumière de votre regard, Ephrem!
Je me demande en effet pourquoi l'opinion publique s'indigne le plus: des excès d'appétit sexuel de l'homme, ou de son énorme fortune? Ce sont là deux débats. Bien entendu, la fortune colossale est indécente si elle ne sert pas au combat d'une plus grande justice sociael(iste). Mais il ne faut pas tout mélanger...
Bon dimanche, Ephrem,
Je vous embrasse
Marie

Écrit par : Crocki | 22/05/2011

L'opinion semble faire un lien entre ces deux points que vous relevez : être très riche et être un prédateur sexuel. Personnellement, je n'incrimine pas cette richesse, qui est d'abord celle de sa femme (et qui vient du prix insensé des oeuvres d'art dont le père d'A.S. faisait commerce) ; mais je tiens l'instict sexuel effrené comme une malédiction, un infirmité menaçant toute richesse, - la voiture qui écrase tout pcq ses freins ne fonctionnent pas.

Il y a dans notre monde un attrait effrayant pour le jeu de la culpabilité, l'infamie passant de l'un à l'autre, exerçant une fascination. A qui le tour d'être jugé ? Mon billet du jour voulait arrêter ce jeu où il n'y a que des perdants, même les femmes (ou les enfants pour RVG) objets d'un désir qu'elles ne contrôlent plus. Ce jeu, comment le Christ l'a-t-il arrêté ? En disant : le coupable, c'est moi.

Écrit par : Ephrem | 22/05/2011

Ce n’est pas réjouissant ce que tu dis de la sexualité. Est-ce toujours aussi noir ?

Écrit par : Pierre | 23/05/2011

Et comme le Christ, quand le temps fut venu de chercher un appartement où loger, personne ne voulut l'accueillir. A la seule différence que le Christ a dû se contenter d'un réduit à parquer des bêtes, alors que le DSK, à son corps défendant, n'a eu d'autres choix que de prendre ce qu'il y avait de plus onéreux, donc de plus luxueux.
Ce qui me semble le plus indécent dans cette affaire, et le pauvre Picasso doit se retourner dans sa tombe, c'est que c'est son fric, le produit de la vente de ses tableaux, ses millions, voire ses milliards d'euros ou de dollards, fruits des transactions commerciales de Paul Rosenberg, légués à sa petite fille Anne Sainclair, qui va servir à ENFONCER, par le truchement d'un procès, une prolétaire, une pauvre, esclave des temps modernes, guinéenne, black, réfugiée, sans le sous, donc marginale et de classe extrêmement populaire, pour tenter de prouver quelle a menti ou qu'elle a consenti, dans tous les cas qu'elle a tort. Et quand on sait que Picasso était communiste, proche des classes populaires et défendant la veuve et l'orphelin des tentacules de la pieuvre capitalisme, oui, il doit vraiment se faire du mauvais sang dans sa tombe ...
Bonne fête de l'Ascension, cher Ephrem, et ... prenez soin de vous

Écrit par : Loquito | 02/06/2011

Les commentaires sont fermés.