23/05/2011

Monarchies servantes

philippe et ses enfants.jpgOn lit pour l’instant chez « Eusèbe » un paradoxal éloge de la monarchie, où le jeune Français se débat entre une empathie de principe et des réserves de personnalisation. Il aime les princes et princesses, à condition de ne pas les rencontrer en chair et en os. Le Belge que je suis a un sentiment similaire mais dans l’autre sens : j’ai beaucoup d’estime pour la plupart des membres de la famille « de Belgique », dont la diversité, l’humilité, la ténacité aussi n’ont d’égal que leur respect des institutions qu’ils symbolisent. Quoi qu’ils fassent, ils seront critiqués, et ils semblent en avoir pris leur parti. Ils n’ont d’ailleurs plus de pouvoirs réels. J’admire que, tels des aigles royaux ou des lions en cage, ils consentent encore à manger sans se plaindre ce qu’on verse dans leur auge, et dont on ne cesse de leur rappeler le prix.

 

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Quant au principe monarchique, je doute qu’il protège encore la Belgique, cette tchécoslovaquie qui a le malheur de n’avoir rien à opposer à Bruxelles, d’avoir un Prague sans un égal Bratislava. Mais au-delà du symbole unitaire, le système a un curieux avantage : il instaure des élites. Des lignées d’élite. Par l’anoblissement héréditaire, il installe dans un pays des façons de vivre, des mœurs dont la valeur dépasse l’individu, grâce à des associations familiales dont le pivot n’est pas la richesse ni la célébrité, mais l’honneur, à partir du souvenir de l’ancêtre historique. Ces réflexions m’ont occupé samedi soir, en entendant le ténor français Stanislas de Barbeyrac, finaliste de notre Concours international reine Elisabeth.  Dans l’interview où il parle de son art, puis dans sa façon d’interpréter l’Ingemisco du Requiem de Verdi qui m’a tiré des larmes, il a donné le but qu’il avait dans la vie : la beauté dans l’honneur. « C’est la devise de ma famille », a-t-il dit, sans prendre conscience qu’avec ces mots il s’éloignait de mille lieues du grand public, rétif à ce qui n’est pas la mystique égalitaire.

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Je note une ironie de l’histoire contemporaine : les monarques ne sont plus, d’office, producteurs d’aristocrates. Aux Pays-Bas, par exemple, le Souverain n’anoblit personne, même pas les conjoints des enfants royaux. 

18:52 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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