04/06/2011

Croire, c'est croître dans la foi

Pieta de Jan Fabre - Venise 2011.jpg

Cette image, je la tire de mon quotidien du matin. Elle en rappelle une autre, que vous connaissez bien, que vous trouverez ici si besoin est. La Piéta sculptée vers 1500 par Michel-Ange pour Saint Pierre de Rome : un marbre de douleurs, où s’imposent comme des anges l’harmonie, la beauté, et la paix. La réplique que je vous invite, aujourd’hui,  à regarder, est tout autre. Elle s’expose ces mois-ci à la biennale de Venise, c’est l’œuvre de Jan Fabre, le sculpteur flamand mondialement connu. Je cite ce qu’en dit Guy Duplat, l’envoyé spécial de la « Libre Belgique », page 53 du journal des 4-5 juin :  « la Vierge a une tête de mort ». La précision n’était guère utile : qui ne l’avait remarquée ? Quel en serait le sens ? Son absurdité : ce n’est plus une femme vivante qui accueille son enfant détaché de la croix : c’est, absolue comme un squelette dépouillé de toute chair, la méchanceté du Temps. Utiles, en revanche, les deux autres informations du journaliste : c’est l’amie de Fabre qui a servi ici de modèle  à la Vierge. Et dans ses bras, c’est l’artiste lui-même, Jan Fabre, tout habillé, qui tient la place du Christ. M. Duplat n’a pas la sottise de se scandaliser : « Une œuvre nullement blasphématoire. »  Puis il propose une explication :  « Il s’agit de montrer la souffrance de la mère et la place de l‘artiste qui meurt pour son art. »  Ici, je doute beaucoup de la souffrance de ce cadavre, et tout autant que la passion de l’artiste soit comme une Passion. Mais soit…

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Nos arts – musique, poésie, peinture – sont marqués depuis cent ans (le début du XXe siècle) par un énorme doute sur eux-mêmes, sur la légitimité de leurs moyens. La musique crie ou grince plus qu’elle ne chante, la poésie marche à contresens, la peinture ne va plus sans poser des énigmes… Je me souviens qu’en 1966, le grand prix de la même biennale de Venise avait été une toile immense où rien – rien - n’était peint ! Toile que l’artiste avait lacérée en son milieu, d’un coup de couteau. Sens probable, parmi d’autres possibles : aujourd’hui, la peinture n’a plus d’avenir,  elle se suicide.

 

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Qu’aujourd’hui la religion chrétienne ait à subir le même questionnement que les arts ne devrait pas étonner. Nous créons autrement qu’hier, nous croyons autrement aussi. Pas seulement les chrétiens ordinaires, mais aussi les prêtres et laïcs en charge de mission apostolique. Parce que nous ne pensons plus que Jésus ait « forcé » les consciences par des miracles évidents. Ni que les prophéties dans leurs diversités et imprécisions eussent été aussi évidentes que Luc le fait dire à Jésus le soir d’Emmaüs. Mais je reviendrai sur tout ceci. C'est parce que Tu m'aimes par-dessus tout, mon Christ, que je parie tout sur Toi. C'est parce que je suis critique que ma foi contribue à la venue de Ton royaume.

23:20 Écrit par Ephrem dans Arts, Foi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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