07/11/2011

Vous me manquez, frères invisibles

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Je vis toujours, vous voyez. Où ? Chez moi. Comment ? Seul, sans aide domestique, sans obligation sociale. Sans relation familiale non plus, sinon la visite quasi-quotidienne de Pierre, mon magnanime neveu. Le plus souvent, je suis en tête à tête avec une image heureuse, celle du Dieu-Père, communiquée par Jésus. Je me la suis faite peu à peu, à partir des épreuves traversées et des  grâces reçues, qui, les unes comme les autres, relèvent beaucoup des Béatitudes. En même temps, je… je décline. Voilà plus de trois mois que j’ai déserté ce blog, trop incertain que je devenais de son utilité, vivant mal la croissance des difficultés qu’il me pose. Je suis moins organisé que jamais dans ce que je fais, et plus soucieux qu’on ne croit de parler « juste », dans le respect des points de vue qui peuvent s’opposer – y compris dans ma conscience. Alors, me voir en train de bredouiller, de grommeler au lieu de m’exprimer... Oui, j’ai perdu avec les années beaucoup de l’appétit que j’ai eu pour les merveilles du monde. Je ne les mésestime pas : je les « vois », je les « sens »  toujours et les trouve belles comme jamais, mais l’effort est démesuré qui les porterait comme des fruits à la bouche, et je passe. Intérieurement, je salue. Extérieurement je me tais, je me tasse. Est-ce que je meurs ?   

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                La fibrillation cardiaque dont je vous ai fait confidence n’est pas cause de ce demi-sommeil. Elle me réservait une surprise. Après avoir survécu à l’opération d’avril qui ne l’a ni arrêtée ni dérangée, elle a disparu un jour de vacances, inopinément, sans que le médecin comprenne pourquoi. Aujourd’hui mon cœur a le pas régulier d’un tambour-major. Reste que l’envie de danser n’est pas là. Il y a toujours  de la musique, mais l’énergie me manque pour lui obéir.

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                Ce blog, pourtant, c’était ma voix publique depuis des années. La seule voix dont je disposais de façon souveraine. Si bizarre que cela paraisse, j’ai beaucoup joui d’en user, bien que m’ait taraudé déjà l’idée du renoncement, par appréhension de n’être pas toujours apte à le faire bien. Mais vous « parler par écrit », c’est continuer à prendre part au combat des humeurs et des rumeurs de la famille humaine, avec la double inspiration qui est mienne, minoritaire, mais que je considère comme utile à l’équilibre sociétal… Plus exactement, à la bonne santé de l’Eglise, qui est la communauté que j’aime par-dessus toutes les autres. Y être critique et lyrique,  à la fois. A la fois rebelle,  et fidèle.  Franc-tireur au départ et, pour finir, docile. Mais cette voix est devenue bien rauque, elle se fatigue à dénicher où se cache le vocabulaire dont elle disposait jadis comme d’un servant de messe ; et puis elle a dit déjà l’essentiel de ce qu’elle avait à dire en ce monde, et à lui. Bref : entre la tentation de fuir et le devoir d’embrasser, me voilà comme l’âne de Buridan en arrêt devant le silence éternel.

 

Commentaires

Quel plaisir d'avoir des nouvelles et de lire ta langue soutenue à la hauteur de la réflexion qu'elle porte.

Tu dis "Y être critique et lyrique, à la fois. A la fois rebelle, et fidèle. Franc-tireur au départ et, pour finir, docile. " et je m'y retrouve exactement.

Aimer au point de remettre en cause les routines qui nous tuent, mais le faire par et avec amour, ce qui implique une part de passion et donc quelques rugosités.

C'est intriguant de voir que je passe aussi par la même phase, entre la fuite de l'agitation et le besoin de communier...cette impression d'être un écho...un peu effrayante.

Écrit par : Seb | 09/11/2011

Merci de partager avec moi une fraternité vraiment évangélique, me semble-t-il. On est comme des apôtres qui s'interrogent mutuellement, confrontent leurs vues sur le message du maître, s'excitent ou s'apaisent tour à tour... Avec une seule certitude : ce Maître-là, on l'aime et on l'aimera toujours quoi qu'il arrive, à en mourir comme on en a vécu.
Je t'embrasse.

Écrit par : Ephrem | 09/11/2011

Contente de vous retrouver. Persévérez, c'est une ouverture sur le monde et contre l'isolement.

Je ne suis pas toujours d'accord avec vous (j'aime Mgr. Léonard, pardonnez-moi) mais vous êtes constructif et avez du style.

Je suis une fidèle régulière de la cathédrale, 11.3Oh et 12.3Oh pendant les messes festives. J'ai de l'admiration pou le frère Alain Arnould, il fait vraiment du bon boulot. Bonne continuation.

Écrit par : raulin a-m | 10/11/2011

Et pourtant le plaisir de te lire, le plaisir de savourer ton style est lui toujours intact. Très affectueusement, mais surtout très sincèrement.

Benoit

Écrit par : Ben de Liège | 11/11/2011

A Mme Raulin. J’espère que dimanche prochain, dans le court espace de temps qui sépare à la cathédrale la « messe des familles » de la « messe des artistes », j’aurai l’occasion et le plaisir de vous saluer, de vous dire combien m’encourage votre bienveillante intervention.

Écrit par : Ephrem | 11/11/2011

au dela des mots, une communion de prières...

Écrit par : en passant... | 30/11/2011

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