09/11/2011

Moment lumineux

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Je transcris pour vous un texte lu dans La Libre, samedi au déjeuner. Le quotidien, comme il le fait chaque semaine pour une célébrité dans des genres divers, avait demandé à Philippe Herreweghe, chef d’orchestre gantois d’une sensibilité sans pareille, de faire son « autoportrait » en choisissant une date, une phrase, un événement, etc. Voici l’événement qu’il rapporte, comme l’un de ces « moments lumineux qui consolident notre charpente mentale ». Mon histoire se passe en 1983 : je donnais cette année-là mon premier concert en Amérique latine, dans la cathédrale d’Asunción, la capitale du Paraguay. A notre surprise épouvantable, on nous avait annoncé la veille que l’horrible dictateur Stroessner, qui vivait encore, risquait de venir en personne. On avait installé à son intention un tapis rouge traversant toute la nef centrale jusqu’à son trône, à cinq mètres derrière moi. A notre soulagement, le dictateur décida de ne pas honorer notre concert de sa présence. Les premières notes de Monteverdi retentissent. Surgit alors du bidonville tout proche une petite fille magnifique, elle doit avoir trois ou quatre ans, elle est en haillons, elle a le petit ventre gonflé par la faim, des yeux bruns inoubliables. Elle traverse toute la nef sur le tapis rouge, les militaires ne bronchent pas, elle s’installe sur le trône du dictateur, écoute tout le concert jusqu’à la fin, merveilleuse, émerveillée.

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Chaine de réactions en moi. 1ère.- Image sublime : celle même du ciel dans l’Apocalypse, avec le triomphe de l’agneau… 2ième (qui ne supprime pas la première) : c’est théâtral, une scène d’opéra, faite pour Herreweghe. Par lui ? 3.- (Réaction raisonneuse, plus mesquine): si l’enfant est arrivée après le début du concert, comment le chef d’orchestre pouvait-il voir ça, puisque, selon ses dires,  le trône est « à cinq mètres derrière [lui]», dit-il ; si elle est arrivée avant, comment le service d’ordre n’a-t-il pas fonctionné ?  4.- (Analogie) Je me souviens… Le professeur Jorge Magasich, docteur en Histoire avec une thèse sur le coup d’Etat de Pinochet en 1973, m’a confirmé ce que j’avais entendu par ailleurs : qu’au cours des années noires qui suivirent, le « Magnificat » fut parfois censuré dans les offices catholiques, où l’on supprimait ces deux versets  : « Il renverse les Puissants de leur trône, il élève les humbles &  Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les main vides ». 5.- (Suite) En préparant pour le lendemain les textes à lire à la messe à Ste Gudule, je tombe en arrêt devant ces traits attribués à la « Sagesse », cet autre nom de "notre conformation à Dieu" : resplendissante, inaltérable, devançant les désirs et se montrant la première, on la trouve assise à sa porte, elle apparaît avec un visage souriant, elle vient à la rencontre…

 

12:58 Écrit par Ephrem dans Actualité, Arts, Foi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Salut,
j'ai beaucoup apprécié la manière dont vous avez aborder ce thème. Bonne continuation !

Jeanne

Écrit par : faire part | 23/11/2011

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