24/12/2011

Peuple, debout...

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Cette nuit, l'Occident s'empiffre, écrivait François Mauriac la veille de Noël 1957, dans un bloc-notes qu’on appellerait aujourd’hui "son blog". Le jeune religieux que j’étais retrouvait là, exposée, magnifiée, défendue,  sa propre vision du monde. Un lieu de foi, où le dialogue avec Dieu illumine la journée ; un lieu d‘amour, où sont anoblies les passions humaines.

Qu'y a-t-il de changé entre 1957 et 2011 Mauriac : « En l'honneur de qui et de quoi, tous ces bouchons qui sautent ? Il y a eu ce moment de l'Histoire, cette nuit entre les nuits, la naissance d’un enfant mâle entre des milliards d'autres. Ce qu'elle a signifié pour les générations qui nous ont précédés, combien sommes-nous encore, même parmi les chrétiens, à le savoir ? 

Peut-être n'est-il pas bon que je m'interroge ici à ce sujet. Des lecteurs s'irriteront, hausseront les épaules : « Parlez-nous donc de politique ! » Mais quoi, c'est la nuit de Noël. Croyez-vous que la politique des hommes n'a pas été concernée par cette nuit ? Si vous ne connaissez plus, vous qui vous réjouissez, la raison de votre joie, pourquoi ne vous la rappellerais-je pas, moi qui ne l'ai pas oubliée ?

Vous buvez et vous mangez autour de votre espérance morte - que vous croyez morte. Pourtant elle respire encore. S'il n'en demeurait rien, si peu que ce fût, Noël serait pour nous une nuit ordinaire. A vous aussi qui ne croyez plus, ou qui n'avez jamais cru, ce petit Enfant a été donné. Vous le portez maladroitement comme les hommes qui ne savent pas porter les enfants. Mais nous, les fidèles, nous qui le pressons contre notre poitrine, nous qui croyons à tout ce qui a été écrit touchant cette sainte nuit, comment le faire entendre à ceux du dehors ?

Ce Dieu-Enfant, il va croître rapidement au dedans de nous. La liturgie concentre, en quelques mois une histoire de trente années. Du petit être vagissant de cette nuit, il ne restera, au soir du Vendredi Saint, qu'un cadavre adulte, un cadavre torturé pareil à tous les cadavres torturés avant lui et après lui, dans tous les corps de garde et par toutes les polices, avec la permission de tous les Pilates, au milieu du silence approbateur des scribes. Encore un jour et une nuit, et puis cet homme sera de nouveau vivant. Il marchera sur une route auprès de nous à l'heure où les ombres s'allongent, car c'est le soir, et la vie est finie. Mais les plaies, même alors, ne seront pas refermées. Thomas et nous-mêmes y pourrons mettre les doigts : ces plaies indéfiniment renouvelées partout dans le monde et jusqu'à maintenant : à portée de nos mains, malgré les commissions de sauvegarde. Car ce sont bien les mêmes plaies: « En vérité, je vous le dis, c'est à moi-même que vous l'avez fait… »

C'est la famille qu'on fête aujourd'hui, presque partout. Pas la crèche de Jésus, mais le foyer familial. Les bouchons de chanpagne, eux, ils sauteront plutôt dans huit jours. Restent les anges dans nos campagnes, l'hymne des cieux, la nouvelle liturgie qui exalte qui s'en approche.

16:40 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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