10/01/2012

Je ne connais pas cet homme

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            Vous savez que j’ai, depuis quelques mois, grand mal à vous écrire, à concentrer mes idées, à trouver les mots qui se dérobent. A Noël, j’ai eu recours à Mauriac comme « nègre » magnifique pour vous dire mon bonheur de croire, en ces jours sombres où, comme dirait Bossuet, « je me meurs ».  Aujourd’hui, qui appellerai-je pour vous dire un autre bonheur, celui d’avoir vécu, aimé, joui de la Création et joué avec les Créatures, exposées comme moi  aux rigueurs des gendarmes ? Celui qui règne au Vatican ne peut décidément rien pour moi. Il me respecte, dit-il, mais il explique à cent diplomates que nous avons « menacé la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité », rien moins, mes frères et sœurs homos unis devant la loi civile, et moi avec eux en unissant devant Dieu mon sort à feu mon Bruno. Je laisse le potentat romain patauger dans le délire où, comme jadis, « il jure et rejure de ne pas connaître cet Homme », celui que nous sommes, qu’il le veuille ou non. Et je vous confie plutôt à une certaine Pascale Robert-Diard, l’auteur d'une histoire délicieuse lue ce jour dans mon quotidien,  le Monde. Son titre :  Deux petites culottes au fil de la procédure.  Je  reproduis le texte sans autre autorisation que le plaisir qu'il m'a donné Et vous donnera. En le lisant, on se sent dans l'esprit de Jésus, lucide et patient, tel qu'il est décrit au chapitre 8 de saint Jean.  

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« Nous, soussigné gendarme X, agent de police judiciaire, sous le contrôle de l'adjudant Y, vu les articles 20, 21-1 et 75 à 78 du code de procédure pénale, rapportons les opérations suivantes : le 16 octobre, Mme T se présente à notre unité et manifeste le désir de déposer plainte contre X pour vol de linge. Nous enregistrons sa plainte. » Suivent dix pages de procédure, soigneusement cotées et paraphées. Elles commencent par la déposition de la plaignante : " J'avais étendu mon linge sur le fil à 11 heures, samedi. Je me suis absentée l'après-midi et, à mon retour, j'ai remarqué l'absence de deux culottes. - Pouvez-nous nous décrire les vêtements qu'il vous manque ? - Il s'agit d'une culotte blanche de taille 36 et une autre de couleur beige de taille 38. Je pense que mon voisin, M. Z, peut être l'auteur de ce vol, mais sans certitude. "

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Dans une petite ville d'Aquitaine, le gendarme X flanqué du maréchal des logis-chef Y vont le lendemain au domicile du voisin, pour lui annoncer sa convocation à la gendarmerie. Un mois passe. M. Z se présente à la date prévue. Il est retraité, un peu dépressif, et reconnaît tout de suite qu'il est l'auteur du vol. " Pourquoi avez-vous pris les deux culottes alors qu'il y avait d'autre linge ?- Qu'en avez-vous fait ?- Je suis rentré chez moi et je les ai mises dans le sac-poubelle.- En avez-vous parlé à votre épouse ?- Non, elle l'a appris quand vous êtes venus, elle l'a raconté à ma fille, qui m'a engueulé.- Pourquoi êtes-vous en mauvais termes avec vos voisins ?- Il fait du bruit le week-end avec sa tronçonneuse et le burin sur la ferraille. " Le gendarme X informe le procureur de la République. Celui-ci demande au voisin de dédommager sa voisine, en échange de quoi il prononcera contre lui un simple rappel à la loi.

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En décembre, la procédure s'épaissit. "Nous, gendarme X, sous le contrôle de l'adjudant-chef Y, poursuivant l'enquête en cours, joignons à la procédure l'attestation du dédommagement que nous remet Mme T, accompagnée du ticket de caisse d'un montant de 33,40 euros. Elle reconnaît avoir reçu un chèque correspondant de la part de M. Z. "  Le ticket de caisse de l'achat d'un "boxer Capucine" et d'un "shorty Joséphine" dans un hypermarché est enregistré dans le dossier.

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M. Z est convoqué une nouvelle fois. Le procès-verbal de " notification de rappel à la loi " est dressé. Le gendarme X reprend la plume : " Ce jour comparaît devant nous M. Z, auquel il est reproché d'avoir, sur le territoire national, frauduleusement soustrait une culotte blanche taille 36 et une autre culotte taille 38 sur un fil à linge au préjudice de Mme T. L'informons que, s'il était poursuivi devant le tribunal correctionnel, les peines maximales encourues pour les faits cités sont de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Invitons le comparant à ne pas renouveler l'infraction. La personne affirmant ne pas savoir lire, lecture lui est faite. "  Mme T décide de maintenir sa plainte. Le procureur est à nouveau saisi. Décide de classer sans suite. Fin de la procédure.

Ce qui m’émeut et m‘émerveille dans ce récit, c’est ce qui n’y est pas dit, et que tous nous avons compris. La Vie qui s'en va, le Désir qui reste, et le mystère de la Sexualité, pareil à celui de la Trinité.