26/12/2012

Un vieil enfant

imagesCAATFSCZ.jpgNoël.  Quand le Verbe s’incarne. Ça fait donc cinq ans. J’ai commencé ce blog le 24 décembre 2007. Dès 2004, j’y aspirais. Sans passer à l’acte : m’arrêtait mon incompétence en informatique. Je me bornais à la fréquentation assidue d’une dizaine de sites que j’appréciais, au motif que leur thématique m’était chère : religion, amitié, littérature. A leur suite, je déposais de longs commentaires. Travaillés, toujours bienveillants, se voulant complétifs sur des points de détail. Mais je restais sur ma faim. Le rêve n’était pas accompli de pouvoir moi-même, en toute liberté, dire ma foi, mes convictions et mes sentiments personnels à un public nouveau, plus large que mon cercle d’amis qui n’avaient pas besoin de ça pour me connaître, et plus distinct de moi que le monde des étudiants et des collègues à propos desquels les responsabilités que j’avais exercées restreignaient ma liberté de parole. S’exprimer avec la liberté d’un enfant, d’un vieil enfant, le rêve en effet.

 

Freddy lecteur du Monde au Romantic.jpgIl s’est réalisé cinq ans. Finies les contraintes éditoriales ressenties dans les quelques publications où j’ai participé, finies les prudences prises dans la vie pour ne pas irriter les éminences n’admettant que l’obéissance aveugle. Plaisir à exposer les acquis de la vie – les questions nouvelles, les réponses provisoires… Avec, inattendues, inoubliables, des fulgurances : Dieu se donne. Volupté de Le traduire, sans sacrifier à aucune convenance, sinon au devoir de ne blesser personne – ce qui n’est pas convenance, mais norme de l'Amour. Dame Marie, sous le pseudo de Crocki, m’a servi d’avant-garde et de modèle. Son christianisme était le mien, m’a-t-il semblé : passionné et audacieux ; j’avais seulement moins de respect qu’elle pour les institutions, qui, presque toutes, m’ont déçu. Me déçoivent encore. Non à cause de leurs défauts, mais par le fait qu’ils sont niés par elles.    

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Aujourd’hui, le genre littéraire du blog a cessé d’être à la mode : il ne répond plus à la demande sociale, qui est d’avoir un contact immédiat avec l’autre, n’importe quel autre pourvu qu’il soit a priori sympathisant. Contact de l’ordre du bavardage anodin entre « amis » qui ne vont pas trop loin dans l’intimité… L’auteur propose aux lecteurs d’aimer (ou non) une trouvaille quelconque - photo, idée, fait divers - comme on solliciterait un avis sur le journal du jour. Une heure après, d’autres trouvailles ont pris la place de la première. Tempus fugit irreparabile. Je n’ai aucun mépris pour ces conversations qui ne diffèrent pas de celles que je peux avoir moi-même au café du coin. Mais elles ne me nourrissent pas. Elles ne m’excitent pas. J’ai besoin de temps. Seul un propos argumenté, défendu, original, construit retient mon attention ; et bientôt il s’attire mon intérêt passionné pour peu qu’il soit non seulement pensé mais « écrit » - avec ce que ce mot apporte de magique. L’écriture suscite, fait surgir :  elle (res)suscite même les idées mortes. Le gazouillement du tweet, je ne l’entends pas ; le parler clair de facebook,  je ne le comprends pas. Je les laisse donc à d’autres, – à qui je souhaite d’être heureux comme je l’ai été avec un blog.

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Merci à tous ceux qui m’ont lu pendant ces cinq ans, et qui ont réagi. Je pense à eux comme à des frères et des sœurs lointains, avec qui j’ai fait de la musique. Pour beaucoup d’entre eux, je ne les ai même jamais vus. Mais leur âme m’est familière. En fermant mon blog comme on ferme son piano, je les embrasse et les confie à Dieu.

 Mettant un terme à cette « aventura » que fut mon « journal extime »,  je ne veux pas ouvrir ma tombe plus tôt qu’il ne plaît à Dieu. Je prends donc la résolution de relancer mes lecteurs de façon mensuelle, par une chronique paraissant, en « postlude » sur le site de ce blog, le 1er de chaque mois ; chronique suivie quinze jours après d’une plongée dans mes archives, qui vous livrera quelques souvenirs inédits. Cette « suite » sera régulièrement alimentée. Promis. Trois, ou trente lignes, cela variera, mais vous saurez que je vis, que je rêve toujours. Jusqu’à ce que Dieu me rappelle à Lui.  Amicalement et fidèlement vôtre.

13:46 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

17/12/2012

Nos amours dépasseront leur haine

 

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Je ne vois pas comment je pourrais éluder la question, dans ce blog endormi  mais qui respire toujours. Suis-je pour l’intégration, dans l’institution du mariage civil,  des couples homosexuels qui le veulent ? Ce que le socialisme français nomme curieusement le « mariage pour tous », prêtant ainsi à l‘instauration de cet élargissement la force de l’exigence démocratique.  Pensons un peu...  Le mariage est le plus puissant des liens entre deux étrangers, les unissant pour la vie, dans la santé et dans la maladie, dans la prospérité et dans le malheur. Ce lien est respecté par toutes les sociétés, et rend du même coup  respectables les deux conjoints. Traités longtemps comme des malades ou des pervers, les homos de toutes sortes se rebellent, et entreprennent de partager le privilège avec les hétéros. Je comprends, je partage cette exigence. Même si j’en vois le caractère insolite, spontanément jugé comme aberrant. L’ esthète que je suis voit donc comment le mariage hétérosexuel, lui, est aisément magnifié dans l’imaginaire, et théâtralisé. Frac noir austère VS robe de satin blanc dont la traîne caresse le sol, et force mâle VS délicatesse féminine : on est dans un monde enchanté. Union moins des contraires que des complémentaires, à opposer à l’union homo donc des « mêmes ». Image à présent : musique et peinture. Le public est aisément sensible à la musique tonale traditionnelle, et aux portraits classiquement  ressemblants. Mais on constate que l’évolution naturelle des beaux-arts en est venue, dans les œuvres  picturales, à l’exploitation du chaos dissimulé dans le sujet comme dans le peintre, et, dans les créations musicales, à l’utilisation systématique des dissonances. Le conjugalité homo peut être vue comme un progrès de l’idée de mariage : celui-ci n‘est plus fondamentalement ordonné au renouvellement des générations, mais à une exigence plus contemporaine, dont la beauté nouvelle n’apparaît pas à tous.

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Le septuagénaire homo que je suis a vécu comme il est expliqué dans le film « les invisibles ». Le progrès des moeurs en matière de sexualité montait, sans que nul n’imagine le niveau qu’il atteindrait aujourd‘hui. J’étais un peu marginal dans le monde laïc, que j’avais quitté à vingt ans, pour expérimenter dans la vie religieuse la douce, l’incroyable proximité de Dieu, source de renoncements et fontaine de délices. A la trentaine, j’étais « rentré dans le siècle » sans que ma foi en Jésus-Christ ait décru. Elle s’exprimait partout, ardente. J’avais vu le ciel ouvert, et le disais. Enseignant, j’étonnais, je brillais, je charmais. Mais je mourais de la soif d’aimer. Mes deux parents étaient morts, l’un à 37, l’autre à 52 ans : j’étais seul. J’ai dit quelque part combien fut providentielle l’apparition de Bruno dans cet univers, son chemin vers moi, ma conviction progressive qu’il était « celui qui m’était envoyé ». Un soir, lors d’un voyage à l’étranger, nous nous sommes  mariés. Au pied de lit, sans témoins, avec la  certitude d’être entendus par Dieu. – Rien, ici, qui soit analogue au mariage français pour tous : celui-là est affaire politique.

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L’ irruption de l’Eglise catholique dans le projet du Président Hollande  m’accable. Les cardinaux Vingt-Trois et Barbarin font voir de la vraie méchanceté (chez l’un, qui parle de « supercherie ») et beaucoup d’outrance chez l’autre (qui prédit la polygamie et l’inceste pour achever la réforme !). Cent mille personnes, dont un quart sont catholiques, dit-on, reprennent ces  sottises dans la rue, pour les redire encore sur les commentaires d’internet.  Que veulent-ils ? Craignent-ils pour eux ? Non, le mariage traditionnel ne risque pas d’être changé, à aucun niveau. Mais ils bataillent « contre », contre les homos, qu’ils ne veulent pas admettre au banquet de leur vie. Il y a aussi dans leurs slogans des  assertions imbéciles. « Un papa et une maman, c’est mieux pour un enfant. » Bien sûr, frères et sœurs cathos. Mais ajouter à ces enfants naturels d’autres qui devront la vie, l’amour et le salut éternel à des foyers nouveaux, c’est très bien aussi. C’est un orphelin élevé par quatre femmes qui vous le dit.

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Arrivant  en fin de vie, je reste confondu par l’aversion flagrante et  très hypocrite des clercs à notre égard. Pourquoi ont-ils si peur ? Alors qu’il y a des services d’Eglise pour les pauvres, les infirmes, les étrangers – toutes ces Confréries où se rassemblent des personnes posant problème – il n’y a, sauf exceptions locales, rien qui soit jamais fait officiellement pour comprendre et aider dans le dialogue les « personnes homosexuelles » pour qui on affiche grand respect en même temps qu’on leur ferme le sacerdoce. Les meutes qu’on suscite aujourd’hui pour les obliger à rester marginaux sont pleines de haine dissimulée. Je me détourne à jamais de ces pharisiens chez qui Jésus va parfois souper, c’est vrai, mais qu’il dit totalement étrangers au Royaume.

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Pour finir, je sortirai de ces ecclésiastiques malfaisants un prêtre qui m’a accompagné fidèlement au cours de ma vie. Lui s’est occupé de « sauver » les marginaux de toute sorte. Dont les homos,  - dont je suis. Bien entendu, sa hiérarchie, fermée à ce souci  l’a souvent mal compris et finalement traité en marginal lui-même. Jean-Matthieu Lochten – comme quelques autres : feu André Hayen, feu Pierre de Locht, feu Edouard Boné – savait comprendre et aider ce qui n’était pas lui. Que Jésus le Ressuscité lui en dise, un jour lumineux, notre reconnaissance à jamais. .

22:28 Écrit par Ephrem | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |