01/05/2013

C'est ce corps qui décide, à la fin

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Quatre mois ! Que se passe-t-il, pour qu’en quatre mois, je n’aie pu honorer l’engagement pris au nouvel-an de débroussailler chaque mois une question nouvelle, relative aux choses de la vie et à leur valeur morale dans l’optique chrétienne ? Il se fait que les moyens m’en ont été, tout à coup, diminués. Que des neurones cérébraux ont disparu, victimes, allez savoir, d’une irrigation défaillante, ou seulement de l’usure. Rien ne m’en a averti sinon, après coup, un triple refus : celui des « mots » d’accourir à mon appel, celui des phrases de s’ordonner sans sac d’embrouilles, celui de mon esprit de reconnaître pour vraiment mien ce qui sort finalement de ma plume… Bossuet aurait dit : il se meurt, avec ce pronom inchoatif qui décrit le temps ! Je reprends le sermon sur Henriette-Anne d’Angleterre et médite sur ces vérités premières : « Tout ce qui se mesure finit ; et tout ce qui est né pour finir n’est pas tout à fait sorti du néant, où il est aussitôt replongé. » Ah bon ! Vérité banale, un moins un égale zéro ! Je vous épargne d’autres misères, dont la menace ne s’est pas vérifiée, grâce à Dieu : au terme de deux scanners, mon pancréas est sain.  

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Si je ne peux plus rédiger de blog qu’à grand ahan, je peux encore lire avec plaisir ceux d’autrui, comprendre ce qui s’y débat, et même participer fugacement aux échanges. En m’abonnant au journal La Croix, j’ai découvert le blog tenu par Isabelle de Gaulmyn, Une foi par semaine. J’y ai trouvé une public de lecteurs d’une grande qualité, au double point de vue de la compétence théologico-philosophique, et de l’engagement chrétien : les pires conservateurs y engagent le fer avec les meilleurs réformistes. Ainsi je vous transmets une réflexion que je trouve pénétrante d’un certain Gershom Leibowicz, à l’occasion de la loi sur le mariage... dit « pour tous », et signifiant « incluant les homosexuels ».

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Le discours de l’église en matière de morale sexuelle se fonde essentiellement, dit-il,  sur une morale du surmoi et jamais sur une éthique du moi. C’est là sa faiblesse fondamentale. (…) Elle ne prend jamais comme point de départ la réalité vécue , rarement choisie et souvent imposée par les faits, comme dans le cas de l’homosexualité. C’est pourtant cette sexualité-là  qu’il s’agit d’orienter , après en avoir constaté , sans la juger, la réalité pour prendre en compte concrètement l’appel du message évangélique. Au contraire l’église prend comme point de départ un idéal de vie , objectivé de manière impersonnelle et hors de tout contexte auquel il s’agit d’ajuster sa vie sans tenir compte de la complexité du réel, ni des déterminismes de tous ordres, ni de l’irréductible unicité des personnes auxquelles elle veut imposer sa norme, qualifiée dans l’absolu et de manière théorique de BIEN individuel et social.

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A une telle approche idéaliste au sens philosophique du terme, G. L. voit deux inconvénients majeurs: placer la personne à priori dans une situation de culpabilité, face à un système dogmatique ; et la priver de toute possibilité d’évolution et de maturation. Et il conclu :  C’est la méthode d’ élaboration du discours moral de l’église cléricale qui doit être revue, loin de la fiction que la personne est totalement libre de ses choix, et qu’elle ne subit aucun déterminisme, social, psychologique , économique culturel)pour vivre d’une manière morale.

 

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Dans le dialogue poursuivi sur le blog d’Isabelle de Gaulmyn, il semble que Gershom L. ne mette pas en doute l’existence d’un « idéal » de la sexualité commun à tous, ce dont moi, je doute. Toutes les vertus chrétiennes définies theoriquement ne me semblent pas convenir toutes à tout le monde… Reprochera-t-on aux papes Pie ou Benoit de ne pas être des papes Jean ou François ? Ce qu’il faut pour tous, ce qui est demandé à tous, c’est la Charité. 

06/03/2012

Dialogue de la jeunesse

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La parole de Dieu est un silence où l’on pénètre pour en sortir instruit, toutes questions déposées, et le cœur dilaté. Rouvrant, à l’exemple d’une amie, le Citadelle de Saint-Exupéry (Pleiade, LXXIII p. 684), j’y trouve ce passage que j’avais lu puis oublié depuis soixante ans. J’en vois bien l’ingéniosité win-win (comme on ne disait pas encore), mais j’en goûte à nouveau (comme l’adolescent que je fus) la subtilité intellectuelle, le jeu logique dont, en ces temps-là, j’avais besoin.  

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Un seigneur berbère parle et se parle. « Me vint donc le goût de la mort ». « Donnez-moi la paix des étables, disais-je à Dieu, des choses rangées, des moissons faites. Je suis fatigué des deuils de mon cœur. » Il prie Dieu de l’instruire, et d’abord de lui montrer qu’Il existe vraiment, qu’Il n’est pas une projection de l’âme humaine. Au sommet de la montagne qu’il gravit, le double de Saint-Ex ne découvre « qu’un blog pesant de granit noir - lequel était Dieu. » Il se soumet, l’interroge. « Mais le blog de granit me demeurait impénétrable. »

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« Seigneur, lui dis-je, car il était sur une branche voisine un corbeau noir, je comprends bien qu’il soit de Ta majesté de Te taire. Cependant j’ai besoin d’un signe. Quand je termine ma prière, Tu ordonnes à ce corbeau de s’envoler. Alors ce sera  comme le clin d’œil d’un autre que moi et je ne serai plus seul au monde. Je serai noué à Toi par une confidence, même obscure. Je ne demande rien sinon qu’il me soit signifié qu’il est peut-être quelque chose à comprendre. »

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 Et j’observai le corbeau. Mais il se tint immobile. Alors je m’in-clinai vers le mur. « Seigneur, lui-dis-je, Tu as certes raison. Il n’est point de Ta majesté de te soumettre à mes consignes. Le corbeau s’étant envolé, je me fusse attristé plus fort. Car un tel signe,  je ne l’eusse reçu que d‘un égal, donc encore de moi-même, reflet encore de mon désir. Et de nouveau je n’eusse rencontré que ma solitude ». Donc m’étant prosterné, je revins sur mes pas. Mais il se trouva que mon désespoir faisait place à une sérénité inattendue.

20/05/2011

L'humiliation du mâle

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      Pourquoi cette tristesse, en moi, à propos de « DSK », ? Je ne vais pas vous infliger une Xième analyse politique, ni une autre leçon de morale. Pas non plus une apologie naïve de la drague qui harcèle. Spontanément je ne vois ici qu’une chose, qu’aucun journaliste, aucun moraliste, n’approfondit. Un homme est à terre, humilié comme personne, mis à mort par les siens.  Les siens ? Une société érotomaniaque qui s’érige en justicière impitoyable et puritaine. Qui est-ce ? Allons ! vous le savez, même si aucun prêtre ne le dit dans les blogs que j’ai consultés : c’est le Christ. - Mais c’est un type dégueulasse, il a tenté de violer une pauvre servante ! Oui, comme le roi David autrefois, avec Bethsabée, avec Abisag quand il est très vieux ; autrefois, mais aujourd’hui, c’est le Christ. - Tout de même, c’est un anormal, qui ne résiste pas à ses pulsions extrêmes. Plutôt un être humain comme vous et moi, qui nous reconnaissons pécheurs, d’une façon ou l’autre – Il y a tout de même une échelle des fautes… Je n’ai violé personne, moi… - Sans doute, mais il y a aussi une échelle des sensualités grossières, où l’on ne choisit pas sa place sans trembler. C’est quoi, un mâle, avec ce que la nature a prévu de force, de prise, de maîtrise, de puissance obligatoires avec un instrument qu’on domine mal, dur quand il ne faut pas, flasque quand on en a besoin, capricieux en tout cas, déraisonnable et plutôt ridicule. Mon père, mort en 38, dont ma mère m’explique dans les années de guerre le dégoût qu’elle avait de lui, tandis qu’il se masturbait à côté d’elle chaque fois qu’elle refusait son étreinte. Déjà le 5 avril 2008, j'y ai fait allusion... Je me dis souvent que je suis devenu homo en entendant sans réagir ce récit où la narratrice pensait que je trouverais matière à « rester pur », où l’auditeur à culottes courtes, lui, se découvrait susceptible de dégoûter un jour la femme qui partagerait son lit, et en souffrait d'avance. 

     

 

anne_sinclair_reference.jpgHeureux, en revanche, de voir, dans le prétoire, quand sous les caméras voyeuses du monde entier, l’accusé est amené menottes aux poings, sa femme, Anne Sinclair. Que fait-elle là ? Elle prend sa part de l’humiliation. Quelle Femme ? Stabat dolorosa, juxta crucem...

 

 

24/04/2011

Alleluia !

Emmaüs encore.jpgJe ne voudrais pas que passe la fête de Pâques sans que j’ai dit ici, tout à la fois, ma bonne humeur et mon extrême épuisement. L’épuisement est physique : les quatorze ablations dans le cœur subies par catheter se sont faites avec succès, me dit-on, mais de cette réussite, je ne ressens pas encore les effets ; je me traîne, amaigri et perpétuellement fatigué. Quant à l’humeur, étrangement, elle est plutôt joyeuse. L’étrangeté est l’abondance des larmes qui me viennent aux yeux à tout propos. Je me sens comme quelqu’un qui s’en retourne où il est né, après un long séjour au bizarre pays des passions, des risques et du feu. Où je suis né, il y aura mon père, que je ne connais pas, que je découvrirai  ; et ma mère, dont je me ré-enchanterai. A l’Eglise, du baptistère à l’autel en passant par le confessionnal et le chemin de croix, il y a déjà, qui m’accueillera en souriant, mon Créateur, mon Sauveur, Celui que fut vraiment, dans l’ombre, dans le froid et dans le silence, mon Amoureux. Ne me consolez pas, je vais bien. Le Christ est ressuscité et je suis en train de ressusciter avec lui.

 

Finger - cf. Flickr.jpgAu dehors,  je vois avec tristesse que l’Eglise catholique subit la persécution. Puisse-t-elle en être purifiée ! Cela sera si elle sait éviter le rigorisme pharisien. Les journalistes, comme des chiens, sont en chasse. Tantôt le monarque belge perd le droit d’être chrétien, tantôt l’archevêque celui d’être clément vis-à-vis d’un collègue qui a manqué jadis, jadis ! à la vertu de chasteté, à une époque où celle-ci suscitait surtout des critiques, - un collègue qui avait plutôt manqué de discernement pour n’avoir pas senti l’imperméabilité absolue qu’il y a entre la sexualité des adultes et celle, entièrement sui generis, des enfants…  Mais parlant comme je fais, je vais m’attirer les foudres des vertueux, c’est-à-dire de tout le monde, et franchement, je n’ai plus la force de me battre, d’être l’avocat des pauvres, les vrais pauvres, ceux qu’il est convenable d’accabler… Ah ! Ce n’est pas seulement le Japon qui est patraque et privé de Dieu, ni les pays arabes où l’on ne maudit bien que ce qu’on a d’abord adoré. C’est l’opinion publique occidentale qui est moche, avec son désordre économique, son anarchie politique et l’hypocrisie morale qui y sont comme des lois.

18:28 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

22/03/2011

J'en veux à Dieu...

ofrtp-japon-seisme-nucleaire-top-20110312_large___.jpgL’instabilité du monde est troublante. Après Haïti, dont les malheurs géologiques ont paru presque fatals, parce qu’en accord avec la misère du pays et (injustement) avec la jovialité de la population primesautière, voici qu’est frappé le Japon, ce laboratoire industrieux et industriel dont le mode de vie est une liturgie, dans des villes fonctionnant comme des temples. Ici l’homme ne s’est pas laissé vivre au soleil, il s’est mobilisé pour obtenir de la nature physico-chimique la servilité qu’il était en droit de réclamer – selon la Genèse (2, 28). Mais l'esclave Nature vient de manifester son insoumission en inondant par vagues immenses des kilomètres carrés de terre, puis en démantibulant les trois fortins censés garder le trésor vivant de l’Energie. Qu’est-ce qui se passe ? Dieu, dont les psaumes de David et le livre de Job, en guise de réponse à la plainte des Justes éprouvés,répètent la toute-puissance de Créateur et de Sauveur, « cela ne te fait donc rien que nous périssions ? » (Mc, 4, 38).

 

Kadhafi 2 imagesCAOODCZ8.jpgEn Lybie, nous jouons les sauveurs, les vengeurs, - après avoir tellement tardé que le péril s’est complexifié, renforcé. Ici ce n’est plus la matière qui est en rébellion, c’est l’esprit. Kadhafi Père a adressé au monde le défi de menaces aussi immorales qu’ outrancières ; et son fils Saïf al-Islam, le déni méprisant de la réalité : « Non, il ne se passe rien en Lybie », puis : « C’est pas nous, c’est al-Qaeda ». Ces jours-ci, le régime a proclamé un cessez-le-feu, pour mieux le transgresser deux heures après. Perversion. Qui n’empêche pas le danger. Tripoli est en train de retrouver l’image de la faible proie convoitée par les puissances pour des raisons cachées. Le pétrole. Et sur les rebelles, le discours majoritaire en Occident redevient condescendant : ils ne sont plus le Peuple, ils sont… eh bien des rebelles, justement. Ce qui est exact. Quoi qu'il veuille, notre illégitime gouvernement a déclaré la guerre. D’où l’étrangeté du trouble où nous vivons. Autant le Japon inquiète mais rassemble les hommes de bonne volonté, autant la Lybie les disperse sans les inquiéter vraiment.

 

1489877754.jpgCe blog n’est pas politique, et je ne vais pas vous infliger mes prévisions pour l’avenir. Ce que j’ai à dire, c’est ma consternation morale, « existentielle ». Franchement, j’en veux… comment continuer ? Oui, j’en veux à Dieu de son éloignement. Comment celui que nous nommons avec Jésus 'Notre Père' tient-il ainsi en défaut ce qui est dit de lui par Lui ? Il ne lève pas pour nous sa main puissante, Lui qui a censément créé le monde. Il laisse les menteurs répandre l’imposture, et les injustes la terreur, lui qui a censément arrêté Pharaon - et pour qui, selon Jésus, importe le moindre cheveu de notre tête…

 

photo-cameron-diaz-chauve.jpgNous n’en demandons pas tant : ces cheveux, la plupart des mâles te les abandonnent d’avance, ô Père. Il s’agit de notre vie actuelle, du royaume terrestre, où nous souhaitons aussi que ta volonté soit faite, et où, après la venue de ton fils, tu te crois dispensé d’agir encoreJe ne suis pas fier de ces mini-blasphèmes que je murmure ici comme un sot – comme Eliphas, Baldad et Sophar, les amis de Job. Aide-moi donc à transformer ces griefs en prière, Seigneur mon Père, Toi que la fatigue de mon sang et l’anarchie de mon cœur ne me permettent plus d’imaginer dans l’ombre, quand vient la Nuit, et que je ne dors pas… Ce n’est pas pour moi que je prie, j’ai eu ma part d’amour et de gloire en ce monde (la gloire, concept ridicule en milieu incroyant, mais qui sature toute la liturgie qui la rapporte inlassablement à Dieu : faut parfois se demander ce que ça veut dire*). Je te prie pour la jeunesse qui voit son avenir compromis. Aujourd’hui, vas-tu laisser toute vie terrestre contaminée par la radio-activité ? Rappelle-toi qu’à Noé, tu as promis de ne plus jamais exterminer notre race. Vas-tu laisser la sauvagerie, le mensonge et la cruauté raffermir leur trône dément au sein des nations ? Rappelle-toi comment tu as, selon Daniel, « compté, pesé, divisé »  le dernier roi de Babylone, Balthazar. Parce qu’il n’y a qu’un seul Roi possible : le roi des Juifs, Jésus de Nazareth…

 

·         Réponse d’Irénée, au IIe siècle : La gloire de Dieu, c’est la vie de l’homme… Gloria Dei homo vivens (Adv. haer. IV, 20, 1-7)

 

·         Les journaux francophones n’en ont pas dit un mot ; les néerlandophones, concernés – il s’agit d’un des leurs – ont parlé de lui avec bienveillance, sans inutile pudeur. Le curé-doyen d’une ville flamande s’est jeté dans la Lys un dimanche, à la mi-février. Sans que personne ait été là pour le dissuader. Pour partager, donc enrayer son désespoir. Le corps a été retrouvé un mois plus tard ; et enterré samedi dernier. Ce prêtre était une vocation tardive. Et aussi un homosexuel « pratiquant ». Aimé de ses paroissiens, mieux connu de ses frères selon la libido. A la fois gentil, coopératif, gai et gay, il trouvait plaisir, faute de mieux, dans l’humiliation imaginaire d’être ce qu’il était. Accueille-le, bon Maître, lui qui nulle part ne fut vraiment chez lui.  

 

·         Personalia. J’entre en clinique le 5 avril à midi pour être opéré le 6 à 8h30. Rappel : ablation de la fibrillation auriculaire par radio-fréquence. Ce n’est pas gagné d’avance (ni perdu :-), c'est seulement une aventure dont mon cœur n'est plus capable de se dispenser. Tois mois que je me traîne, ça suffit ! – « Et si on ne se voit plus… ? ». Pardon : si on ne se lit plus ? Sans dramatiser, sachez que j’emporte de vous qui m’avez accompagné dans mes rêveries scripturaires un souvenir vraiment fraternel. La paix soit avec vous, mes sœurs et frères lointains et chéris ; que la vie vous soit clémente, et la mort, un jour, plus douce encore que la vie. Amen.  

21:42 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

06/03/2011

Bonne nouvelle et histoire drôle

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C’est décidé, et la décision me revigore. En avril, l’équipe cardiologique des Cliniques Saint Luc prend  « mon cœur en mains ». Finis les entrechats et autres extrasystoles de cet animal indocile, finie la course au pouls le plus rapide, - ou le plus lent selon le cas. En quoi consistera l’opération, ça, je n’ai pas bien compris. On parle d’ablation, mais de quoi ? Et « d’isolation de veines pulmonaires », qui mêleraient indument leur mouvement, si je traduis bien, à celui qui seul est prévu. En ce mois de mars, objectivement, rien n’est donc changé dans mon état de santé ; l’arythmie cardiaque mène toujours son carnaval. Mais subjectivement, je vais bien ! Savoir que mon mal sera pris de front, ou à la racine, je ne sais comment dire, me ressuscite. Ça ira ou ça n’ira pas, on verra,  mais l’essentiel pour moi est qu’on  fasse quelque chose. Invivable, en comparaison, est la double malédiction de penser que son moteur est trop vieux pour que le garagiste renonce à l’entretenir, et de constater qu’il est pourtant assez réactif pour qu’on ne se résigne pas à être au lit toute la journée… Bon. Changeons de sujet, ou plutôt traitons l’affaire d’autre façon. J’ai pour vous une histoire drôle.

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Je la tiens du nouveau diacre de mon village natal, qui a épousé la sœur d’un ami d’enfance. Cet ancien journaliste de Télépro, hebdomadaire qu’il créa dans les années 60, vient de publier à compte d’auteur (je crois)  un roman à la fois bien-pensant et révolutionnaire, dont l’écriture est sans prétention mais la lecture jouissive. On y rêve comme fait un enfant. Référence : Jacques DESSAUCY, La fille du pape, Mémory Press, 2010. Pour vous procurer le roman ou atteindre l’auteur, taper ici :  contact@memory-press.be. L’expérience ecclésiale de ce Jacques, vivant sans amertume mais sans aveuglement son statut de sous-prêtre marié en milieu traditionnel, confère à ses réflexions et inventions un intérêt supplémentaire. Faut dire que son « supérieur », le curé de Tellin, est un Africain qui lui laisse peu de place, à ce que j’ai vu : à la messe, le diacre ne se voit confier que trois missions. Dire l’évangile (mais jamais l’homélie), donner au public le baiser de paix, et lui distribuer la communion. Rien d’autre. Pour ça, une ordination ? Hm. Le curé, par chance, est d’un bon niveau intellectuel, il pratique une exégèse judicieuse et évite les leçons de morale intempestives. Avec un timbre un peu chantant, il lit, sans hésiter ni improviser, un texte de deux pages qui satisfait ses paroissiens. Bref, « Jacques » n’a pas à se plaindre du peu de travail que lui donne l’« abbé  Freddy » - puisque ainsi s’appelle ce prêtre curé, dont le nom de famille semble à ce point imprononçable pour toute la paroisse que son prénom lui tient lieu de nom officiel. 

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Le roman conçu par Jacques Dessaucy est un prône d’une autre sorte. L’histoire se passe dans les années 2020. Le nouveau pape est un veuf, père d’une certaine Béatrice, une femme toujours célibataire malgré ses 36 ans. Regardez-les page 152, par exemple,  en Côte d’Ivoire, où le pontife « Jean-Pierre Premier » fait au clergé local une visite éclair et imprévue, en évitant les solennités que nous savons. Il n’est pas question de messe. Mais de repas.

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« Le repas se déroula dans une ambiance détendue. Le pape commença à raconter certains souvenirs amusants de ses voyages en Afrique. Les évêques enchaînaient sur un  ton badin . Silencieuse, Beatrice observait.  Ce comportement rejoignait un phénomène qu’elle avait maintes fois observé lorsqu’elle avait eu l’occasion d’accompagner son père dans des rencontres ecclésiastiques. Quand ceux-ci mangeaient ensemble, ils ne discutaient habituellement pas des affaires de l’Eglise mais de choses profanes. C’était souvent des souvenirs, mais aussi des blagues. - Connaissez-vous l’histoire de paul et de l’inondation, fit le pape ? - Non, répondirent plusieurs voix. -Il y avait une inondation dans la vallée où habitait Paul. L’eau envahit sa maison. Puis elle monta, monta tellement que Paul dut se réfugier sur son toit. Une barque passa et invita Paul à monter à son bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’eau monta encore, obligeant Paul à monter au faîte du toit. Un canot à moteur arriva et l'invita à monter à bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’inondation se fit encore plus forte. Paul, au faîte de son toit, avait de l'eau jusqu'à la ceinture. Un hélicoptère arriva et se positionna au-dessus de Paul. Une échelle de corde se déroula. Le sauveteur lui fit signe de grimper. «Non, cria Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. » L’eau monta à nouveau, tant et si bien que Paul fut noyé ...

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Au paradis
, il fut accueilli par saint Pierre.  - « Je voudrais déposer une plainte. »  - « Je vous  écoute, fit saint Pierre.»  - « J'avais totalement confiance en Dieu. J'avais la foi qu'Il allait intervenir et me sauver d'une inondation. Pourtant, je suis mort noyé. »  -  "Attendez, dit saint Pierre. Je vais voir.»  Il s'assit devant son ordinateur, tapota sur quelques touches puis déclara: - «Je ne comprends pas. On vous a envoyé une barque, un canot à moteur et un hélicoptère...»

 

Les évêques éclatèrent de dire. Béatrice reconnut bien là son père. Il aimait raconter des blagues mais celle-ci, plus qu'une blague, était une sorte de parabole.

24/12/2010

Dieu dort

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Au premier plan dans la pénombre,  une main de femme, levée comme une bénédiction, cache la flamme d’une bougie. Qui projette sa lumière sur la tête de l’enfant Jésus, habillé de blanc, et dormant du « sommeil du Juste ». Le visage du nourrisson attire d’abord mon attention, puis il m’invite à me tourner vers celle qu’il illumine, sa mère. Vêtue d’une robe pourpre, tenant son enfant sans le retenir, les yeux mi-clos sur un spectacle intérieur qui n’est pas le bébé, Marie semble exposée et nous exposer à la chaleur douce émanant d’un feu tout près, dans l’âtre.



Voilà donc le Verbe de Dieu : un verbe in-fans, qui ne parle pas. Le Verbe de Dieu dort. Qu’est-ce à dire ? Qu’est-ce qu’il y a là comme théologie ? C’est à Xavier Thévenot vieillissant que je dois ce genre de réflexion. Dieu vient sauver le monde, et il commence par passer des heures et des heures à dormir, comme tout nourrisson attendant tout de la seule prévenance de sa mère. On songe à cet autre sommeil plus tard, quand il sera adulte, dans une barque, tandis que les vents et les vagues se déchainent sur le lac de Galilée et que les disciples ont peur. Là aussi le verbe de Dieu se fie à des êtres humains. Sa mère, son père adoptif, ses disciples, l’Eglise. Avant de nous prêter sa force, quand besoin sera, Dieu s’en remet à notre petite sagesse. Sa « gloire », il la laisse d’abord à notre « bonne volonté ».

 

[Il y a aujourd’hui trois ans que ce blog a été instauré. Vais-je le clôturer ? 1. Il me semble avoir tout dit ; désormais un petit vagabondage au hasard dans mes archives suffit à renseigner le passant sur le double point de vue réaliste et mystique que j’ai proposé toute ma vie, avec enthousiasme. 2. Je suis fatigué. La fibrillation cardiaque apparue en 1997, soignée en 2003, est réapparue, plus invalidante, si bien qu’une  nouvelle procédure d’ablation est envisagée, malgré mon âge. Tuile. 3. De toute façon quelque chose doit changer, car rien n’est durable dans les procédés actuels de communication;  mais je distingue encore mal ce qui devrait éventuellement subsister – à part l’écriture, ce medium avec lequel je m’identifie. -  Merci aux lecteurs fidèles, particulièrement à ceux qui ont fait plus que me lire, qui se sont risqués à « commenter ». Ils peuvent encore passer ici de temps à autre, il y aura toujours un peu de lumière, j’imagine, - enfin des braises, sur lesquelles quelqu’un soufflera. Quelqu’un : vous ou moi… Et j’indiquerai un jour et comment un nouveau projet  pourrait être lancé – s’il l’est. En attendant, Dieu rende à chacun de vous, connu ou inconnu,  les richesses et les bonheurs spirituels qu’il m’a donnés]

21/12/2010

Le soleil de Satan

 La foule tigresse.jpgNos évêques se soumettent aux investigations d'une commission parlementaire, où le pouvoir judiciaire est curieusement absorbé par le pouvoir législatif. C'est sagesse. Il faut ce qu'il faut. Mais je pense comme Me Quyrinen que les questions posées par les Lalieux, Landuyt, et Deleuze manquent de courtoisie et... de bon sens. Quoi ! Monsieur Van Looy, vous n'avez pas encore communiqué au parquet les six on-dit anonymes récemment reçus ? Seriez-vous complice ? J'exagère mais à peine. Pendant ce temps, les commentateurs, dans la Libre et le Soir, continuent à lapider vertueusement le premier criminel de Bruges...  - Je prie, je rêve. D'où vient l'écoeurement qui est le mien devant ces jeux orgueilleux, plombés,  qui s'organisent  dans  les  petits Colisées modernes ? Ces Caïphe, ces Pilate, je n'ai rien à leur dire, ce sont les grands du jour. Mais peut-être à Judas ?

 

Repentir de Pierre, peinture Xienne, Sr Catherine.jpg...Père Vangheluwe, si par quelque hasard vous lisez ceci, sachez qu’il y a au moins un chrétien qui prie avec vous, qui prie pour vous. Ne désespérez pas : le Dieu que vous avez offensé dans le corps détruit d’un enfant, c’est Lui seul qui vous jugera, ce n’est pas la foule.

 

Pardonnez à la foule : les égards obligés qu’elle a eu pour vous du temps de votre gloire lui reviennent comme des vomissements, c’est la nature. Et regardez vers Dieu sans désespoir : le juste Juge pense, il l’a dit en s’incarnant et en mourant, que vous ne saviez pas ce que vous faisiez. C’est notre foi. Le plus profond de notre foi.

 

Donnez à votre Eglise ce témoignage ultime : depuis les profondeurs où vous êtes, votre inaltérable confiance.  Quelque chose, par vous, se manifeste, qui vous dépasse et nous dépasse tous : le mystère du mal, et le mystère plus grand du salut universel. Dieu sauve. 

 

Humblement, fraternellement.  

13:23 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

10/12/2010

In paradisum

"Bruno crayon.jpgQuand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête.

 

La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes... Puis, tout à coup, elle se redressait d'un bond sur ses pattes. Hop! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là-haut, en bas, partout ...

 

C'est qu'elle n'avait peur de rien. Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au passage de poussière humide et d'écume. Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate  et se faisait sécher par le soleil...

 

Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette; c'était le soir ...

- Déjà! dit la petite chèvre; et elle s'arrêta fort étonnée.

 

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient ... C'était le loup."

 

Un conte de Daudet. Bruno, de 1954 à 1985, a vécu d’abord trente ans d’enthousiasme et d’amitiés fortes. En 85, il apprend que… Il assume. Il supporte l’insupportable, va jusqu’à suivre une formation permanente d’initiation à la mort !  Le 10 décembre 1990, il s’éteint.  Je n’aurai qu’un maigre mot pour rappeler combien les dents de la Bête l’ont déchiré avant de le tuer, pour dire que son visage comme celui de tous les sidéens d’alors reproduisaient le visage émacié du Crucifié. Ce qu’il m’a laissé, après son départ, c’est un domaine imaginaire « si beau que les ruines m’en ont suffi ». Et puis avec le temps, quelque chose a changé. J’ai atteint l’âge qui éteint toute passion, j’ai fait à nouveau un vœu privé de chasteté, comme, le temps venu, d’autres prennent avec liberté congé de la vie. Et voici que resplendit saintement en moi, comme une merveille lointaine, ce temps béni que nous a donné le Plaisir, avec ses jeux, sa souveraine innocence, son défi absolu de toute autorité qui ne soit pas l’Amour. La volupté n‘est triste que pour les coeurs froids, elle est la richesse des pauvres, le don des simples. Avec moi, tu n’as pas eu ton compte, mon biquet. Tu n’as eu qu’une demi-vie. Mais je sais maintenant qu’on peut attendre de  Dieu (avec son corps, sans son corps, je ne sais, disait Paul) qu’il te paie pour moi ma dette de bonheur. Le destin te doit une demi-vie. A très bientôt, frère qui me précède, baisers partout. Et toi bénis-moi de loin, sur mon front, ma bouche, mon coeur… Mon âme. Qu’est-ce qui nous attend encore en Dieu comme bonheurs infinis…  

 

 

01/12/2010

Remplir les églises

imagesCA8T84UX.jpgJe partage avec le pape (et bien d’autres ;-) un désir passionné que « le Bon Dieu » redevienne une référence ordinaire, spontanée, qui aille de soi, dans l'existence des gens, particulièrement celle des Occidentaux qui ont appris à s’en passer. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent en se privant de cette Souveraine Bienveillance qui veille sur nous amoureusement, de la naissance à la mort. D’où vient cette stérilité toujours plus grande du grand arbre chrétien, tandis que le Croissant brille avec le même éclat et que le Gange baigne les mêmes foules ? Car il faut le reconnaître : les fruits recueillis au dernier Concile et après lui sont rares, malingres, et peu sapides. Que s’effondrent les vocations, que disparaisse la pratique des sacrements, est-ce à cela que nous nous attendions ? Que le Christ ne soit plus le bienvenu comme image sur nos murs et comme chant dans notre gorge, ô disgrâce ! ô honte ! Nécessité qu’il soit à nouveau vu et entendu…

 

D’abord, qu’il soit aimé. Et pour cela qu’il soit aimable. On a l’air d’énoncer ici un truisme, de demander ce qui est déjà obtenu. Pourtant, dans mon enfance et aujourd’hui dans certains clubs léonardophiles, j’ai beaucoup vu invoquer un dieu paternaliste et vindicatif, mesquin, un justicier à la mémoire impitoyable. Pis : je  vois aujourd’hui Benoit XVI s’y référer en douce comme à son Dieu. Je reprends ses propos déjà signalés.

 

On s'entend mieux dans le silence - Novy Pub.jpgLe pape nous informe de deux décisions qu’il a prises. 1. Il entend respecter rigoureusement le dernier concile, qui fait partie de l’histoire de l’Eglise, et donc de sa tradition.  Pour que les textes de ce concile soient « mieux lus », c.à.d. qu’ils ne servent plus de caution à l’irrationalité et au libertinage modernes, Jean-Paul II déjà avait trouvé nécessaire qu’on en fasse une synthèse. Qu’on élabore à Rome un  seul catéchisme faisant autorité, où les acquis de 1962-65 complèteraient les acquis d’autrefois. Il en avait chargé qui ? Joseph Ratzinger lui-même, bien tombé. En ce qui regarde la discipline, on a aussi rénové le droit canon en 1983. L’Eglise, pense Benoit, a donc bien assimilé Vatican II. 

 

2.  Mais ce concile n’est pas un événement isolé : il doit être replacé - pour être lui-même compris - dans la perspective des vingt premiers, dont la fécondité n’est pas terminée. Ce qui est découvert à Vatican II en 1962-65 n’est pas un supplément, encore moins un substitut, c’est un complément qui doit s’accorder avec ce qui a été dit en 1870 (Vatican I) et à Trente (1545-1563). Voilà ce qu’on avait oublié. On a trop vite balancé les acquis antérieurs, comme si Vatican II les rendait vains ou absurdes. Considérons mieux les anciens rites, les anciennes vérités, les anciennes vertus, dit JR, rendant espoir aux conservateurs jusque là mis de côté.

 

defaite - cf blog Etienne.jpgC’était quoi, ces mœurs catholiques d’hier ? Dans une lettre récente aux séminaristes, Benoît signale expressément que, nouveaux prêtres, ils devront prêter grande attention à ce que l’on nomme la piété populaire. C’est-à-dire ? Le pape ne le dit pas, c’est moi qui détaille, mais experto crede… Ce que j’ai vu, c’est ceci. Chapelets pendant la messe, appels au  miracle, dévotions à St Antoine ou Ste Rita, confessions obligatoires, annonce de la damnation toujours possible si on meurt en état de péché mortel, rappel que la sexualité fût-ce en intention est toujours matière grave, faisant perdre l’état de grâce si "pleine connaissance et entier consentement" sont réunis… Est-ce là le programme qui a jadis rempli les églises ? Non, pensez-vous, il devait y avoir autre chose. En effet : en même temps, invitation à traiter Dieu comme un marchand, comme un  homme riche ou un créancier qu’on peut se concilier par la bande – avec qui on négocie, c’est le mot. Voici un engagement du Ciel, topez là : vous ne mourrez pas « dans l’impénitence finale », si, une fois dans votre vie, vous communiez neuf premiers vendredis du mois de suite (selon le Sacré-Coeur à Ste Marguerite-Marie Alacoque vers 1680). Cinq premiers samedis du mois de suite suffiront, renchérit la Vierge aux enfants de Fatima en 1917. Qu’est-ce à dire ? Que la piété populaire, quand on l’exploite sans l’éclairer, fait de l’amour avec Dieu quelque chose qui ressemble moins au lien conjugal qu’aux liaisons tarifées (pardon).   

 

Table selon Norayr-Khachatryan.jpgEclairés, l’étaient-ils, ces hommes et (surtout) ces femmes assidus à l’Eglise ? Quelle sorte de liberté de choix avaient-ils ? 1860-1960 : époque de guerres, de poumons faibles, d’ignorance surtout. Ah ! l’ignorance ! Je vous donne un seul indice, on ne peut plus scientifique. D’après le recensement établi par l’Institut belge de statistiques sur l’année 1961 (Cfr J. Quoidbach, Faits et chiffres 1976, Belgique, Bruxelles, édition Rossel, 1977) 28 % des Belges sont alors des jeunes en cours de scolarité. Restent 72 % d’adultes : comment se répartissent-ils au niveau de leur instruction? Plus des 2/3, soit 50 % ont une scolarité de niveau primaire seulement (mais c’est déjà ça : l’enseignement primaire en Belgique n’est déclaré obligatoire qu’en 1914). Restent 16 % qui ont une scolarité de niveau moyen inférieur, 4 % qui ont un diplôme d’humanités, et 2 % un diplôme d’enseignement supérieur (1% technique ou artistique, 1% universitaire. La population belge n’est donc pas en mesure de vérifier, de contester, de purifier même ce que messieurs les curés lui transmettent. Elle est primaire. L’enseignement religieux est donc lui-même primaire.

 

au ciel, qui sait, la croix, le règne.jpgPas la peine de revenir à pareil enseignement aujourd’hui : ses fruits seraient nuls en matière de dévotion. L’instruction s’est généralisée, et un vrai savoir, privilégiant l’expérience et la conscience, a été mis en place par le MOC surtout, et par les laïcs – laïcs chrétiens, ou laïcs agnostiques.  Jamais plus une encyclique ne pourra dire aux gens comment il faut aimer, ce qu’il faut faire ou éviter, voire ce qu’est vraiment le « Corpus christi » qu’ils ont reçu sur la langue et qu’ils ont aussi regardé à la télévision. Que mon Eglise, comme elle fit entre 1955 et 1977, se décide à s’éprendre à nouveau des filles et des fils de son siècle, les écouter, leur faire confiance, et puis leur offrir pour rien ce qu’elle a reçu pour rien : la promesse de résurrection, la paix, la miséricorde, l’évangile, l’universalité. Je ne crois pas qu’un Vatican III est indispensable pour si peu de choses… Sont  absolument requis, en revanche, un pape et des évêques qui ne se désolidarisent pas, à la première nouvelle de l’infamie, de leur malheureux frère déchu à Bruges, pécheur au crime plus scandaleux mais non substantiellement différent de leurs fautes à eux, de leur orgueil, de leurs aveuglements, de leurs enfantillages mystérieux et bas. Leurs fautes comme les nôtres, comme les miennes. Pardonnées. Toujours. Dans le Christ, à cause de Lui.

12/11/2010

Rapport à l'autorité militaire

quoi dire....jpgJe suis effrayé, accablé, par la véhémence des haines que je vois   s’exprimer dans la presse belge. Pas celles qui ont rapport avec la politique : l’intérêt matériel suffit à les expliquer. Ce qui me fait mal durablement, ce qui m’est obstinément obscur, c’est la violence des répudiations religieuses. Dans l’univers laïc, comme dans l’univers ecclésial. Qu’on lise, par exemple, sur le site de La libre Belgique, les commentaires accrochés aux articles traitant de l’Eglise belge. Ici, ou encore là, c’est du pareil au même. Les gens s’expriment d’ordinaire moins pour informer que pour communiquer – ai-je compris à l’Ihecs. Mais ici, c’est autre chose : on s’exprime pour polémiquer. Et il n’y a pas deux camps, comme on penserait d’abord : les croyants et les incroyants. Mais quatre, chaque groupe se subdivisant.

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1. Il y a les athées, résolus ou non, anciens chrétiens ayant quitté la bergerie pour eux vermoulue, ou encore les nouveaux païens convaincus tranquillement qu’après la mort il n’y a rien, et qu’entre temps, « mangeons et buvons. » Ces gens ironisent souvent sur les tribulations ecclésiales actuelles, mais ils sont rarement méchants. S’ils mordent, c’est quand une autre idéologie prétend clôturer le terrain de la discussion.  2. A côté il y a les agnostiques sincères, résignés à la nuit du Sens où s’écoule toute vie, femmes et hommes que leur humanité seule pousse à la bienfaisance solidaire :  « travaillons au respect des droits humains, au bien-être de tous, au salut de la planète ». Ceux-là lisent, approuvent d’un "Enter"  ce qui est modéré, et passent poliment.

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3. En face, chez les croyants actuels, on voit surgir en nombre impressionnant les chrétiens franchement ou plutôt intégristes. Moins inventifs que vindicatifs. Nostalgiques des temps autoritaires, ils ont trouvé en NNSS Ratzinger et Léonard les maîtres dont ils avaient besoin pour rétablir l’ordre moral d’hier, celui que caractérisaient à la fois l’échelle des grades, la netteté des dogmes, et l’énormité des sanctions (ciel ou enfer, l’enjeu est gros).  Ici s’exprime… quoi ? La haine, celle de Caïn, métaphorique certes, mais la vraie, et ça fait peur. Ils maudissent, tout le temps. Je pense : rien n’est pire que les guerres de religion ; j’assimile même  subconsciemment ces prétendus soldats du Christ à leurs homologues islamiques, qu’ils annoncent comme notre destin… 

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4. Enfin, il y a enfin les chrétiens conciliaires. Ceux qui ont vécu en pionniers cette période, aventureuse et libératrice, mais aussi les héritiers qui, sans toujours le savoir, vivent un catholicisme redevenu à la fois sobre et fraternel. Où Jésus et le Pauvre sont presque identifiés (presque : pas en tout). Où l’on parle à Dieu comme au Père qu’il est, à Jésus comme au Fils aîné, le modèle… En cette triste année, ces chrétiens-là sont aussi présents, vivants, acceptant leur part de torts. Ils ne maudissent pas, ils instruisent… Et ils sont presque tous très critiques à l’égard de Mgr Léonard, dont ils voient bien (pas toujours…) le brio, le courage, l’orthodoxie, mais dont le manque de miséricorde, la marche en arrière, et l'option de fermeture sont pour eux tantôt  un scandale, tantôt une profonde, profonde tristesse.

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Ça passera. Les chrétiens sont habitués à ça aussi : être déconcertés par l’Esprit-Saint  qu’ils ont reçu comme le seul vrai GPS à leur confirmation. ILS S’Y FIENT. Il y a « Cela » de commun entre Léo et moi. L’Esprit du Père et du Fils à qui, tous les deux, avec tous les autres chrétiens, à gauche et à droite, nous tendons, nous passons la supplique : Lave ce qui est sale, arrose ce qui est sec, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est rigide, réchauffe ce qui est froid, redresse ce qui est dévié…

 

 

06/09/2010

Septembres noirs

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Ce n’est plus l’été, malgré le ciel serein : la chaleur s’est enfuie. Elle a laissé des traces pendant la journée, peut-être une promesses de revenir furtivement un jour ou l’autre en septembre… Sinon, ce sera pour l’an prochain, si elle veut bien, si je suis encore là. Faut m’y faire : les cafés n’étendent plus leurs terrasses jusque sur le trottoir, où l’on prend le soleil avec la bière de Leffe, en goûtant la vie. Dérivatif du babil avec les voisins de table, évocation des bonheurs d’hier avec les amis, travail de la réflexion avec le Neveu bien-aimé, - l’Héritier. Tournons la page : c’est la rentrée, qui fait diablement peur. Sinon à tous, à moi. Ni dans le pays, ni dans l’Eglise, je ne trouve des raisons d’espérer.  Ici et là, il y a comme des écroulements.

 

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L’existence même du royaume de Belgique fait à présent l’objet de discussions en circuit fermé, où les francophones attendent, non qu’on leur fasse justice, ou qu’on les tienne en paix, mais au moins de mesurer les pertes. Jusqu’où iront les abandons de droits ? Et les nouveaux impôts qui seront nécessaires, comment frapperont-ils ? La presse fait grand tapage, mais sans instruire ; elle joue plutôt au porte-parole, voire au commis faisant patienter le public. Ce n’est pas un rôle démocratique, mais une fonction de relations publiques. Ce qui donne, au Belge moyen que je suis, le sentiment d’être devenu un otage. De passions, de régions, de factions – un Palestinien.

 

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 M. Elio di Rupo, chargé de sauver ce qui peut l’être, mais travaillant sous la surveillance d’un allié dominateur, a avoué son découragement, donné sa démission. L’échec n’est pas le sien, et je lui sais gré (à tout le moins) de n’avoir pas capitulé, comme je l’avais craint, devant le Gargantua nourri par tant d’électeurs agressifs. De sa mission, un résultat subsiste, une idée maintenant reçue, doxa nouvelle. Le pays va se démanteler. Mon souhait serait qu’il se divise en trois régions autonomes. Que Bruxelles soit l’une d’elles, régie par les seuls Bruxellois, d’où qu’ils proviennent. Que la Ville soit administrativement anglophone. Qu’on y perçoive l’impôt sur le lieu de travail. Mais ce que j’en dis…

 

 

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Quant à l’Eglise, je suis consterné par ce qui s’y passe (ou ce qui s’y révèle ?) depuis un an. Ma foi n’est pas concernée, car mon adhésion à l’Eglise de Jésus-Christ n’est pas tributaire de ses mérites à elle, mais de sa grâce à Lui. Mais je suis plein de mélancolie. Comment se fait-il, selon cette nouvelle doxa (qu’une presse ennemie renforce jour après jour), pédophile soit devenu l’adjectif qui s’ajoute à la série « catholique, apostolique et romain ». Le pire des mots, si l’on voit qu’il est, dans l’inconscient des gens, associé à Dutroux… On n’est pas ici dans le constat de crimes actuels, dans la prévention, dans la résilience et la guérison. Mais dans une fantasmatique rétrograde et punitive dont le contenu, imaginé plutôt que connu, matériellement flou et d’autant plus terrible, aboutit à infecter des  blessures en retard de cicatrisation et multiplier des blessés qui se croient incurables.   

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Dans la « Libre Belgique » d’aujourd’hui, Noëlle Hausman, professeur à l’Institut d’Etudes théologiques, prend beaucoup de hauteur par rapport à ce pseudo-spectacle où elle introduit son sens critique, comme le ferait un historien, doublé d’un juriste. Cela fait du bien. Elle pointe, sous les « curieuses coïncidences » une polémique organisée, perverse, dont elle dissuade les chrétiens de « se faire complices en devenant voyeurs ». La formule est malvenue, qui disperse les culpabilités. Il y a aussi des mots partisans, comme « susurrer », s’agissant de la presse signalant l’opposition philosophique d’un juge et d’un autre. Et finalement, l'auteur entend défendre le cardinal qui n’a rien à se reprocher en avançant un  argument procédurier d’avocat de cause perdue : les « Danneels-tapes », communiquées dans leur texte mais sans le son ni les gestes, et non « relues » par le prélat, ipso facto ne seraient pas « probantes »… En droit pur, sans doute, mais pour l’homme de la rue, pareil argument enfonce celui pour qui il est émis. Mme Hausman, qui a été supérieure générale des sœurs du saint-cœur de Marie, termine heureusement sa mise en garde par une question poignante, d’un tout autre ordre, mystique, qui ira droit au cœur des chrétiens : Pourrons-nous boire à la coupe du Seigneur ?

30/06/2010

Que se passe-t-il ? (2)

cure-sexy

 

  

     3. « Mais, dira-t-on,  le problème actuel n'est pas  « l'incontinence » (!)ou luxure des prêtres, plus répandue qu'autrefois (enfin ! comment savoir ?), c'est la pédophilie ; or entre le « commerce des femmes », pour parler  comme au XVIIIe, et  l'abus des enfants, il n'y a pas de lien. »  Sûr ? Regardons mieux. Le mot "pédophile" est piégé, non pas seulement à cause de la fâcheuse étymologie de son suffixe, mais parce qu'à propos des victimes, il met l'accent sur l'âge plutôt que sur la dépendance. Ces abus, ces viols sont pourtant essentiellement des rapports de force poussés à l'extrême, le jeune âge empêchant toute vraie résistance. Et il faut bien voir que, filles ou garçons,  l'abus est également réparti dans les deux sexes : les formes de violence feutrée, puis directe, varient peu (un peu quand même : pour les garçons, les violeurs seraient plus nombreux, avec des attouchements plus superficiels). Où est le nœud ? Le plaisir sexuel que s'autorise en cachette, sur  une personne immature ou soumise, quelqu'un qui continue à se présenter publiquement comme un homme lié à Dieu seul, par fidélité à sa vocation. En contradiction avec son identité officielle pourtant. Mais ce lien, le malheureux prêtre l'a lui-même subi. Le psychanalyste Francis Martens voit ça très bien. Cela étant compris, on est amené à ne pas se limiter dans la réflexion à la « pédophilie » de sacristie ou de collège, qui occupe beaucoup le terrain alors qu'elle n'existe plus, les collèges de religieux et les enfants de chœur ayant eux-mêmes quasi disparu.  Ce qui existe toujours (sous une autre forme), et qui nous concerne de près (mais déchristianisées), ce sont les réactions qui accueillent dans les familles les liens « impensables » qui les menacent. Le fils et surtout la fille de la maison qui se plaint des « ambiguïtés » (disons) à son égard de M. le Curé, du Père Untel, de l'Oncle Untel, du grand et respectable Ami de la famille auquel tout le monde est attaché.  « Quoi ! Qu'est-ce que tu dis là ! Comment oses-tu ? Qu'est-ce qui te prend ? » Ou pire : « Qu'est-ce que tu as fait pour te faire remarquer ? Avoue.  » Jamais ou quasi jamais, les parents, sur le sujet du sexe, n'appuient leur propre enfant  (en tout cas : n'appuyaient, pour me limiter à mes souvenirs). Il n'est pas une seule paroisse, dans le Luxembourg conservateur et chrétien où j'ai vécu, où les choses allaient autrement. Aujourd'hui, je crois toujours très difficile de mettre en cause, auprès des siens, ce qu'ils respectent - personnes et institutions. Et le sexe non officialisé entre deux personnes dont l'une, l'initiateur, enfreint  son engagement officiel, et dont l'autre, sans oser le scandale, subit ce qu'il n'a pas eu à choisir, victimise  le second. 

Tire la langue 

      4. « L'assistance à donner aux victimes... » M. Andraenssens et Cie répètent cela sans cesse, comme si pareille mission, évidemment sacrée, était indiscutable. Du coup le journaliste ou quiconque, ainsi interpellé, ne peut que se taire. Ce mot de victimes ferme la bouche. Les victimes en personnes, ça s'écoute, ça se soigne, ça se dédommage. Mais, de même que le substantif  pédophile, « victime » est aussi un mot (pas rien que ça, mais ça). Qu'est-ce que je veux dire ? Sûrement PAS que la victime, quelque part, est aussi coupable, par quelque côté. Cette pensée, historiquement, était celle des supérieurs autrefois, et elle fut meurtrière. Ce que je veux dire, c'est deux choses. a/ La victime n'est pas solitaire, elle n'est pas un élément perdu dans un ensemble qui l'ignore. Le violeur lui non plus n'est pas solitaire : il est dans un ensemble qui le connaît. Et cet ensemble est, d'une façon plus ou moins forte, commun au violeur et à l'abusé(e). [Il se répète, pense peut-être mon lecteur qui a lu le 3e § : oui, mais ici je ne fais plus voir, je théorise, ou j'essaie...] Il y a un lien social entre le coupable et la victime, un lien cher à la famille de l'abusé(e),  et souvent cher à l'abusé(e) même. [Preuve a contrario : si une main baladeuse, dans le métro ou le train bondés, caresse voire pelote anonymement vos "avantages", expérience connue par beaucoup dans la jeunesse, c'est brutal, irritant et inquiétant, mais très vite on n'y songe plus - il n'y a pas de blessure, parce que pas d'enjeu social].  b/ Dénoncer le coupable connu, c'est donc déchirer aussi le tissu familial, le tissu amical, le tissu de l'école, le tissu du village. Ce qui est impossible sans s'abîmer soi-même. On s'en tient dès lors à une déchirure intérieure, qu'on transpose : on perd la foi, pense-t-on, dit-on. On se sépare définitivement de Dieu, du Dieu de son milieu originel, à cause de ses ministres.

Evangelista, prince of truth BD

    

       Ce n'est pas une Commission tardive qui peut aider. C'est-à-dire guérir. Elle semble faite pour accueillir des confidences, et elle ne fait que favoriser des dénonciations devenues avec le temps sans enjeu ni valeur. Apparaissent déjà des manifestations revanchardes. Vingt, trente, quarante-huit ans après les faits (ai-je entendu hier), la société de chacun a changé, sa propre famille a changé, le violeur a lui-même changé, ou disparu, ou on le voit moins. Le temps a fait son œuvre, c'est de passé, de passé mort que l'on parle... Et dont on est à peu près remis en même temps qu'un peu mutilé... - Je l'ai lu en avril dans Le Vif-l'Express : sur les 350 plaintes que la Commission disait alors avoir reçues, toutes sauf une quinzaine étaient prescrites. C'est dire que cette commission remuait des ombres. Laissons les morts enterrer les morts.

10:31 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

29/06/2010

Que se passe-t-il ? (1)

tempête sur le lac 

    

            Dans la tempête, l'Eglise belge : cela, c'est l'image qui réconforte, à cause de Jésus. Mais on voit agir des acteurs nouveaux, surgir des actes oubliés comme des tragédies. La hiérarchie a heureusement échappé à la qualification déshonorante annoncée par le journal De Morgen, celle que j'ai relayée en titre, vendredi matin, à tort. Mais  les troubles, répercutés depuis dans l'univers entier, sont devenus plus graves. Et rocambolesques, et révélateurs. Perquisition dans tous les locaux (cathédrale comprise) de l'archevêché de article_eglise-belge - photo Marc Gysens BelgaMalines. Isolement imposé quelques heures de tous les évêques réunis là, coïncidence ou non. Prudence de l'archevêque en place quand il couvre  son prédécesseur, humour grinçant quand qu'il qualifie l'opération de police Intervention indignée du Saint-Siège, de son premier ministre, puis de son souverain lui-même. Emission extravagante et significative sur RTL dimanche (27 juin),  « Controverse » :  on peut la retrouver ici. Et finalement démission de toute la « Commission Adriaenssens », au nom imprononçable :  « Commission pour le Traitement des Plaintes pour Abus sexuels dans une Relation pastorale  » : la longueur de l'enseigne n'a pas suffi à dissimuler longtemps l'absence de l'adjectif essentiel qui la décrédibilisait : épiscopale. Comme l'a fait observer le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez, cette commission était juge et partie.

FL-Ephrem 27 juin 2010 place de la liberté Bxl 

            Qu'en dire, qui soit bienfaisant, c'est-à-dire instructif et encourageant ? Je ne me sens ni capable, ni chargé, ni désireux de mettre au clair les raisons et le mécanisme psychologique de ce problème qui empoisonne aujourd'hui notre catholicisme. Je renonce donc, provisoirement ou définitivement, à le comprendre en profondeur. Mais avant de fermer pour le mois de juillet la boutique éphrémienne, je dois et je veux proposer aux chrétiens non-conformistes qui lisent ce blog quatre ou cinq observations que je me fais à moi-même, et que je communique pour ce qu'elles valent.  

chasteté des lys sans odeur 

            1. Il  va de soi que la pédophilie fait des ravages ailleurs que chez les cathos, mais c'est chez eux qu'elle a pris ce tour dramatique - au sens médiocre d'exhibé, de théâtral.  Qu'y a-t-il donc, dans le catholicisme, qui soit spécifique ? Ce n'est pas  le respect de l'enfant, la sacralisation de son innocence, ou à l'opposé le souci des instincts qui travaillent les hommes : tout cela est commun à toutes les branches du christianisme, et à la plupart des religions. Ce qui est propre au catholicisme, c'est la chasteté comme règle, comme grand critère, comme condition sine qua non. C'est le célibat obligatoire. Non pas le monachisme, ou célibat choisi pour le Royaume, par grâce individuelle, projection eschatologique de l'état de ressuscité. Mais le célibat comme condition d'accès à l'administration des sacrements, le célibat comme exigence préalable à une fonction.  - J'ai besoin d'un architecte ; vous vous sentez des dispositions ? Bon, mais savez-vous jouer au tennis ? Non.... Dommage : il me faut un tennisman pour construite ma maison. Pourquoi ? Parce qu'il y a une convenance particulière entre construire et jouer, c'est d'un ordre supérieur, comme Dieu même créateur du monde et jongleur parmi les étoiles...

 trinite de Jacques Vacher

            2. Le pape, en décidant solitairement d'exposer à la lumière cruelle du monde les misères de son Eglise pécheresse, a rompu avec la tradition séculaire qui les couvrait du manteau de la confession,  et d'un programme de conversion via transfert dans un autre lieu.  Il a eu raison, ces conversions-là s'avérant plus qu'aléatoires. Il a aussi cédé, ce faisant, à une double nécessité : financière, parce que les tribunaux civils commençaient à mettre en faillite divers diocèses (Boston, Portland, Tucson) et médiatique : tout commençait à se savoir, les juges (irlandais entre autres) aboutissant à des inculpations interminables. - En même temps, conformément à une logique biblique et chrétienne voulant que "la grâce surabonde quand le péché abonde",  il n'a pas infléchi dans un sens réaliste la méditation sur la vocation sacerdotale, décidée en juin 2009 pour un an à l'échelon de toute l'Eglise. Je doute que cette espèce d'extrémisme mystique soit plus bienfaisante que l'extrémisme antimoderniste de Pie X

 (à suivre)

22:08 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/03/2010

Pierre n'est pas Jésus

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                                  Je suis fatigué par l'opposition en moi de sentiments contradictoires. Ceux que font naître, d'une part, la lettre du pape sur les abus sexuels dans l'Eglise, et d'autre part la critique hésitante puis vacharde, s'exprimant sans nuances en calomnies ou en applaudissements. Selon des choix partisans, comme si guerre il y avait. Moi, je suis partagé.

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Cette lettre, j'avais aimé qu'elle remît à l'honneur, pour surmonter le mal, les moyens spirituels de la prière, de l'aveu, de la contrition, de la fière communion avec les saints d'hier « qui nous entourent invisiblement. » J'étais surpris, heureusement surpris, qu'elle rappelât, dans un contexte hostile,  « l'amour infini du Christ pour chacun de nous ». Oui, ce chemin-là qu'on nous disait de prendre, c'était le bon, « chemin de guérison, de renouveau, et de réparation. » J'avais aussi relevé avec plaisir que, dans le second alinéa du § 4, le pape mettait au nombre des éléments causant la crise « une tendance dans la société à favoriser le clergé et d'autres figures d'autorité. » Ce que j'étais seul, me semblait-il, à évoquer dans mes billets et autres contributions. A mon avis, rien ne fut plus ennemi des viols et abus sur autrui que « l'anarchie » conciliaire puis soixante-huitarde, à la différence de l'autoritarisme antérieur ou, au contraire, récent, jouant si volontiers avec "l'obéissance".

pope 

Mais j'étais attristé  aussi que le pape Benoît oublie qu'il était Pierre, et non pas Jésus. Qu'il ne prenne, à aucun moment, sa part de responsabilité dans le désastre, part qui est faible sans doute, mais qu'il ne peut pas, dans le secret de son oraison, ne pas accepter. Ne pas « voir » : 1. ne fût-ce que l'obstination  dans la sacralisation à outrance du sacerdoce ministériel, comme si la chasteté (au sens radical de jeûne, de déni de la faim sexuelle) était facile, normale, naturelle. 2. La naïveté, sinon la vanité, dans l'illusion qu'une centralisation des procédures dans ses mains à soi prémunira contre les scandales. 3. Et une exonération de principe sur la responsabilité des auxiliaires en cas de malheur...  Mais suffit. Je n'insisterai plus. Je vois bien qu'on ne peut attendre des supérieurs religieux, quand ils furent des seigneurs intellectuels reconnus comme Ratzinger (ou Küng d'ailleurs !) autre chose que ce qu'ils ont dit toute leur vie. Ils se répètent. Gérontocratie, cette eau morte. Je laisse donc à Golias - dont le travail, à mon sens, est en profondeur plus utile à l'Eglise que celui de Plunkett ou autres Séguéla -  l'office difficile de ministère public : celui qu'exercent aussi, avec moins de scrupule, la plupart des journaux du monde, ravis  de renverser pour une fois les rôles, et de faire la leçon au pontife romain. Des leçons,  il ne cesse d'en faire toute l'année à tout le monde, à son tour aujourd'hui d'en recevoir !

 Rembrandt2 Pierrre renie Jésus dans la cour

Luc l'Evangéliste nous le rappellera dimanche prochain, à la messe où sera lue la Passion. « Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui ». Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas ». Peu après, une autre dit en le voyant : « Toi aussi tu en fais partie. »  Pierre répondit : « Non, je n'en suis pas ». Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C'est sûr, celui-là était avec lui, et d'ailleurs il est Galiléen ». Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l'instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur se retournant posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement. »

 Non, Pierre n'aime pas Jésus  «plus que ceux-ci » (Jn, 21, 15). Il en est conscient après la résurrection, quand il répond à Jésus qu'il l'aime, comme Jésus le sait, parce qu'il sait toutes choses. Cela suffit au Maître pour l'envoyer paître brebis et agneaux. 

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01/12/2009

Dans l'oeil du cyclone

Bar Kaposi à Barcelone en 1984

 

    Les jeunes francophones du pays ont une « relation saine avec le sexe », dit une enquête récente. C'est-à-dire que le respect de l'autre semble à la majorité la valeur qui préside à leurs caresses. Durables ou non, les rapports amoureux sont perçus comme « lieux d'échange et de plaisir, où « la recherche consciente et volontaire du plaisir de l'autre est toujours à l'esprit. »

 Ant.de Caunes, in Têtu Ph A. Le Grand

     Etait-ce si différent dans les années 80 où Bruno et moi avons mêlé nos jambes, nos cœurs et nos destins ? Toute l'époque nous favorisait. Nous n'étions pas seuls au monde. Toute une société vivait comme nous, avec nous, en camarades, en frères, en sœurs, dans l'amour et la liberté. Etais-je, moi, plus farouche ? Un peu, oui, c'est ma nature ; si peu, au fond ! car notre culture poussait dans l'autre sens. Est-ce que Dieu de tout cela prenait ombrage ? Pourquoi l'aurait-il fait ? On L'aimait, lui aussi.

 ...quand notre corps nous quitte, nous trahit...

     Les pédés d'alors restent optimistes quand le ciel se couvre. Ils ont tellement lutté depuis Stonewall, en 69, pour faire bouger l'image négative que leurs proches  (parents, frères et sœurs, copains, en plus d'eux-mêmes) ont reçue du passé concernant leur orientation affective et sexuelle qu'ils ont fini par se croire prémunis contre l'antique malédiction. Ils s'épanouissent, avec des vertus d'inventivité, de démystification, d'originalité, de pitié, voire de piété, qui semblent leur être plus naturelles qu'à d'autres. Mais voici qu'un Mal parti des Etats-Unis, ou bien d'Afrique centrale, on ne sait trop, a paru les viser particulièrement. Le « cancer gay », ils en rient, d'abord, de quoi ne rient-ils pas ? Et ils vont entre eux  jusqu'à dénoncer un bobard lancé par des réactionnaires bourgeois et revanchards... Vous, vous  l'avez vu en ouvrant ce bloc, naturellement. Incroyable et authentique, le nom de ce bar gay de Barcelone, où nous dînions, insouciants et heureux ce jour d'été 1984, et dont j'emporterai la carte sans trop savoir pourquoi. L'enseigne est un défi lancé au Malheur, qui, lui, ne nous oubliera pas. Déjà l'un de nous deux est depuis un an, sans qu'aucun ne le sache, sous sa coupe.

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Décembre. Premier du mois. Procession habituelle et ruban rouge... Mais le Malheur n'est plus fatal. Pré-  / servez- vous / et préservez / l'amour.  Le rythme est toujours combatif et je jette en défilant des regards complices vers le ciel noir. L'espérance, en moi, ne bouge pas. • /•/•••/••••/•• 

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29/11/2009

Les enfants d'Irlande, 1.

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        L'année liturgique est finie ; commence l'Avent, nouvelle année ! Donc reprise de l'Histoire du salut depuis les origines. Ça veut dire depuis la « venue de Jésus ». Curieusement, les images de fin du monde que les lectures de la messe utilisaient pour l'année qui meurt sont réutilisées pour l'année qui s'ouvre. A nouveau les cieux déchirés, le fracas des tempêtes, l'affolement des nations ; mais ça n'a plus rien de terrible, dit Luc. C'est même  la bonne nouvelle. Il vient. Qui vient ? Le « Germe » de Dieu, comme a choisi de dire la traduction liturgique. Soyons attentifs, attention ! Et la suite nous frappe: Evitons les « débauches, ivrogneries, soucis de la vie »,  ne nous laissons pas « alourdir »... Certes.

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                Là-dessus, j'ai le devoir, me dis-je, d'évoquer l'actualité qui n'est pas moins frappante. De ne pas dépasser sans les avoir vraiment regardées les zones d'ombre du domaine catholique où j'ai posé pour toujours mon bagage. Aujourd'hui, cela aurait pu être l'actualité des « Béatitudes », la  communauté charismatique féconde en recrues et prometteuse de miracles, que départs, procès, querelles internes et soupçons institutionnels font plus que soumettre à l'examen public. Il y a risque d'explosion, si on interprète bien le doute né dans l'épiscopat français, tel qu'exprimé à Lourdes. Mais voilà : l'agence Cathobel et le journal Dimanche, sous la même plume (!), font (fait ?) de l'affaire une présentation si pudiquement minimaliste qu'un lecteur attentif et peu crédule comme je suis la trouve imprudente. On verra bien...

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                Une autre actualité demande d'être abordée. Elle est délicate, et je ne veux pas risquer l'injustice ; je donne donc ma source : l'indiscutable journal La Croix. C'est l'affaire des enfants d'Irlande, agressés sexuellement par leurs prêtres. J'ai peine à évoquer ces choses, qui déshonorent la religion qui est mienne, cette instance de foi, de bienfaisance et de culture, qui, à moi, orphelin enfermé sans interruption en internat de ma douzième à ma vingtième année, (à moi au moins, j'en témoigne) a donné la chance d'une vie intérieure qui ne s'est jamais épuisée ni affadie. Mais au mélange de mystique et de réalisme dont j'ai fait mon emblème, je le dois.

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                Les faits, rapidement. Ils sont publics. Et terribles. Deux enquêtes à l'initiative du juge Ryan ont donné lieu à des constatations terribles. 1. La première, portée à la connaissance du pape en juin de cette année, portait sur les écoles catholiques irlandaises depuis 1940. Faits de « pédophilie », selon le mot d'aujourd'hui ; de « pédoclastie », faudrait-il dire en vérité : lente destruction d'enfants. Dix-huit congrégations responsables, 15.000 victimes, un milliard d'euros de dédommagements à prévoir, 128 millions pris en charge par l'Eglise si l'Etat accepte de payer le reste... Mgr Brady, le cardinal primat d'Irlande, expose ce rapport au Saint-Père, qui s'étonne, se rend compte, compatit, réclame des réformes. 2. Puis ce 26 novembre, autre rapport de la juge Murphy. Cette fois l'enquête ne porte que sur l'archevêché de Dublin, et ne remonte pas plus loin que 1975. Sont désignés depuis cette date 46 prêtres violeurs dont 32 encore en vie, et 320 victimes. Ces trente ans d'agressions sexuelles dans la capitale, en paroisses ou en centres d'éducation, ont passé sans que quatre archevêques,  « alourdis » par leurs « soucis », je présume, aient fait autre chose que jeter sur ce scandale un voile pudique, comme Sem et Japhet sur Noé ivre.

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                       Comme s'il ne s'agissait que d'ivresse ! Quand ce n'est pas un Noé ivre d'amour comme Gabrielle Russier que l'on comprend, qu'on plaint et dont on couvre le désarroi, mais quand c'est un Caïn meurtrier, rôdant autour d'Abels innocents, quand c'est un Hérode s'offrant des têtes pour nourrir la concupiscence qu'allume en lui Salomé, un habitant de Sodome humiliant d'office ceux-là qui sont ses hôtes, comment les responsables ont-ils si peu agi devant l'horreur, réagi en hommes, c.à.d. arrêté le massacre ? Ils s'indignent en chœur des fœtus avortés. Mais des enfants déjà conscients, immatures et (précisément pour cela) susceptibles d'être déformés, amochés, comment se sont-ils si peu inquiétés ? Je ne crois pas qu'ils n'aient pas su. Ni qu'ils n'aient pas pu. Ce ne sont ni des naïfs, ni des complices. On sait que, sur le même sujet, le cher Mgr Gaillot fut aussi déficient, confiant une cure à un récidiviste, l'abbé Vadeboncoeur. Ce ne sont pas non plus des imbéciles. D'où vient qu'ils aient à ce point relativisé ce qui se passait ? Une interrogation surgit, qui m'effraie. Est-ce que l'Eglise a de justes lumières sur... Non pas sur ce que les gens font réellement : ça, elle sait, elle n'est pas dupe, elle est partout et regarde bien. Mais sur le bien et le mal « absolus », en matière sexuelle particulièrement, mais pas seulement. Sur ce qui est moralement à éviter coûte que coûte, et ce qui doit à tout prix être fait. Sur l'importance dans l'équilibre moral d'une affectivité épanouie, toujours, si l'on veut éviter les revanches de l'inconscient. Sur la relativité, à l'inverse, de certains interdits, liés à l'histoire, à la sociologie, au progrès économique, voire bio-médical ? J'y reviendrai. Avec vous

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21/08/2009

Down and Up

agression    

     Je ne sais ce qui me paralyse depuis presque une semaine, mais c'est un fait.  Je déchire après dix lignes les papiers que je commence, ne leur trouvant soudain pas d'intérêt. D'où vient donc ce spleen passager - ou ce down, comme vous voulez ? Réponse probable : je suis accablé de voir surgir sur mon blog  (ailleurs aussi, mais là je ne peux rien faire) des conflits auxquels je me sens étranger, où je suis pourtant pris à partie, clairement ou de façon détournée.

 combat de coqs

Je vois bien que ces querelles sont attractives, sur le plan de la communication. Les combats de coqs font toujours recette : les commentaires s'accumulent quand s'annonce le choc frontal (...plutôt la collision des becs). En soi ce ne serait pas mal, si la perspective était un travail de la raison, donc un bonheur de la connaissance. Mais l'écriture - le choix des mots, leur place, leur répétition - révèle qu'il n'en est pas ainsi. L'enjeu n'est pas le progrès intellectuel ou spirituel des lecteurs (y compris soi-même) mais que l'on soit le premier à l'arrivée, voire aussi le dernier qui survive,  çad qui écrive. J'essaie d'en sourire. N'ai-je pas prétendu au réalisme, autant qu'à la vie avec Dieu ? Faut donc que je « fasse avec » ! Bon, bon. Il me reste à tout faire pour ramener la paix... Et d'abord pour la faire aimer plus que la guerre, à cause de la vertu de courtoisie qui s'y déploie. Je laisse à plus tard, si nécessaire, l'élaboration d'un code précis, code dont nous avons pu nous passer jusqu'ici.

eglise place du jeu de balle 

J'en viens, dans un cadre chagrin, à un bonheur du cœur, une sorte d'exultation. L'hommage puissant qu' intérieurement j'ai rendu, cette après-midi, à mon Eglise. La raison ? Un de ses prêtres, pourtant surchargé comme les autres, n'en bâclait pas pour autant son ministère, son prochain étant devenu pour lui, homme de Samarie, plus important que tout. J'assistais aux funérailles de la mère d'un homme qui, professionnellement, m'a été proche. Nous avions ensemble, le fils et moi, préparé la cérémonie. Il avait été d'abord question de recourir à une incinération. Elle n'était pas engageante, la perspective du quart d'heure accordé par le crematorium d'Uccle pour, dans l'ordre,  un peu de musique enregistrée, quelques mots d'adieu de familiers, et la disparition du corps. Mais enfin... en période de crise, qu'est-ce qui reste sacré ?  Finalement, on a pu écarter la solution uccloise. Un prêtre africain, de ceux qui ont la Bon Pasteur - Marbre de Césaréefoi, le temps et la voix, a pu célébrer la messe devant le corps à ensevelir ; il l'a fait avec une sorte de majesté tranquille, dans un vrai recueillement. Une heure et demie... Et (réalisme encore) coût moindre, je ne sais comment il a fait, avec un organiste et un sacristain à défrayer... Pour moi, l'émotion personnelle fut aussi d'entendre déjà les chants postconciliaires qui m'accompagneront à mon tour. Le Seigneur est mon berger, dans la version Gélineau ; le Sanctus de Schubert, de la Deutsche Mess ; et le poignant cantique dont je reçois les deux premières phrases comme une caresse : «  Sur le seuil de sa maison, notre Père t'attend, et les bras de Dieu s'ouvriront pour toi »

Qu'est-ce qui peut le mieux faire entendre la "sainteté" de ce concile exceptionnel qui n'a condamné personne ? C'est dit ici en quelques mots - la Confiance qui peut habiter tout chrétien comme elle exaltait Paul, tandis qu'est renvoyée au musée  des horreurs toute absurde collection privée de versets démoniaques, choisis pour leur potentiel de terreur, de ritualisme et de fantastique.

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25/05/2009

Humiliations surmontées

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     L'une date de mon enfance. J'ai dit ailleurs combien j'aimais mon instituteur ardennais, un homme sans âge, sans ennemis, et d'un génie pédagogique surprenant. Je lui dois un double développement : celui de mon imaginaire dans le plaisir du récit, et celui du sens critique dans l'appréhension du savoir. Pratiquement, il m'a rendu imbattable en... analyse grammaticale et logique : ce qui a été déterminant pour  tout le reste de mes études, - et encore pour le billet que je suis en train de rédiger. A une époque où l'éducation était autoritaire, et où l'on punissait volontiers les enfants pas trop sages, lui ne soulignait que les qualités. Enfin les miennes, - car l'enfance toujours égocentrique n'enregistre pas ad vitam les frustrations éventuelles des autres... Un jour, j'entre dans la classe en dehors des heures de cours. Mon instituteur, qui dénonce habituellement les méfaits de l'alcoolisme,  boit de l'alcool à la bouteille. Les yeux écarquillés, je le regarde.  Il me regarde. Et il me dit ceci : « Tu vois ce que tu vois ; tu ne me mettras pas dans l'embarras en en parlant, j'en suis persuadé.  » Je n'ai rien dit. Jamais. Jamais. Au point que j'avais oublié, il a fallu un incident extérieur pour que ça me revienne en mémoire. Il y a soixante-cinq ans que ça s'est passé, « Monsieur le Maître » est mort depuis longtemps : je peux bien évoquer aujourd'hui cette scène solennelle. Qu'est-ce qui s'est passé, croyez-vous, qu'est-ce qui a creusé en moi cet espace de silence infranchissable, avec un immense respect pour cet homme ? L'indicatif présent puis l'indicatif futur. Pas d'impératif, ni d'optatif, pas de souhait, pas de demande. Mais :  tu ne me feras pas cela, j'en suis certain. Merveille de la confiance, qui m'a édifié  comme un château fort,  comme une ville, comme un homme. Je crois que c'est ainsi que le Christ parlait aux gens.

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     L'autre est plus récente, enfin elle date tout de même de quarante ans et quelque. Et j'y ai le mauvais rôle. Je suis prof de collège, j'ai quitté les Jésuites, j'ai affaire à une classe de grands adolescents turbulents. Cours de français. Je parle avec passion d'un ténor de l'éloquence politique, Mirabeau, dont je sais par cœur une tirade comme celle-ci , que je déclame : « Contemplateurs stoïques des maux incalculables que cette catastrophe vomira sur la France, impassibles égoïstes qui pensez que ces convulsions du désespoir et de la misère passeront comme tant d'autres, et d'autant plus rapidement qu'elles seront plus violentes, êtes-vous bien sûrs que tant d'hommes sans pain vous laisseront tranquillement savourer des mets dont vous n'aurez voulu diminuer ni le nombre ni la délicatesse ? Non, vous périrez... » Mais juste avant « non »,  juste au moment où ma voix atteint un sommet dans l'indignation et dans l'aigu, le dentier que je portais alors (il sera remplacé par un bridge) s'échappe de ma bouche et est projeté au milieu de la classe... Silence. Je m'accroupis, je le cherche, le trouve entre deux bancs, le remets en bouche ; je tourne le dos à la classe, je tiens le visage fixé sur le tableau cinq secondes. Une humiliation pas possible est en train de m'écraser. Je me retourne. Silence toujours. J'articule :  « ...et la perte de votre honneur... La perte de votre honneur... ». Je m'assieds,  j'achève calmement, presque recto tono  : « la perte de votre honneur ne sauvera pas une seule de vos détestables jouissances. » Je les regarde, c'est  pas croyable : ils me sourient, mais sans bruit, pas un rire. Aucun rire, malgré l'aphorisme de Bergson selon qui « le rire survient quand du mécanique est plaqué sur du vivant. » - Le plus beau est qu'ensuite ma mésaventure n'a jamais fait l'objet d'un de ces récits folkloriques où les ados prennent leur revanche sur les profs qui les « dominent ». Autre époque ? Ce n'est pas l'explication ultime, je crois. La décennie 65-75 fut même celle des plus grands remous. La clef est plutôt, à mon sens, dans la norme de confiance tranquille que j'ai établie, ma vie durant, avec mes élèves ou étudiants, - comme l'avait établie avec moi Monsieur Joseph Godefroid, mon instituteur vénéré.

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11/04/2009

L'Amiage

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     Samedi-saint 14 avril 2001. JM me téléphone pour m'inviter à venir voir l'immeuble de la rue des Coteaux où Bruno et moi avons fondé « l'Amiage », et notre vie commune. La maison appartient aujourd'hui à un de mes anciens élèves, Chr. D, qui vient de la rénover pour la louer à un collectif d'avocats. Je suis un peu sceptique, ayant vu la mérule envahissant les caves quand j'ai revendu la maison, en 1991. Tout l'immeuble était usé, vermoulu, mourant. Bruno, avant de s'en aller, m'avait d'ailleurs percé le coeur, à son propos, d'une réflexion sourde comme une plainte, mais comme un couteau, pénétrante. Nous étions dans les premiers mois de 1990, il n'y avait plus que lui et moi dans cette baraque, étroite et haute, qui n'était plus entretenue : il n'en avait plus la force, et je n'en avais pas le temps ! J'étais alors occupé par le déménagement de l'IHECS de Mons à Bruxelles. Mais voilà que mon Bruno laisse tomber dans un souffle amer, au futur antérieur, comme on fait d'un jugement : « Je serai donc mort dans un taudis ».  C'est dans mon oreille qu'il glissait cette parole, sur mon coeur qu'il la faisait tomber, elle était donc déjà trop lourde pour qu'il la porte seul.

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         Je n'eus pas un instant d'hésitation : il nous fallait d'urgence vendre l' « Amiage » et acheter une autre maison.-      Nous avons passé plusieurs dimanches du printemps 1990 à parcourir la ville en tous sens, pour que Bruno puisse me montrer, sans trop souvent quitter son siège de voiture, ce qui lui plaisait. Le malheur voulait que, le lendemain, quand je m'enquérais du prix, j'entendais des chiffres qui étaient très loin au-dessus de mes moyens - les miens seuls : il n'était pas question que Bruno empruntât quoi que ce soit à ses parents, il ne le souhaitait pas, moi non plus, nous étions bien d'accord.

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         Les désirs de Bruno  ne tenaient aucun compte de sa situation : il voulait toujours ce jardin dont je savais qu'il n'aurait pas l'énergie de l'entretenir. Il  voulait grand, pour inviter les amis comme jadis, sans penser que ces invitations mêmes ne pourraient être menées à terme. Cela, il fallait bien l'abandonner. Que faire tout de même qui lui rendît le goût de vivre ? Nous en sommes venus à ce que je commande à l'architecte M. V. des plans  de rénovation complète de l' « Amiage ». Avec budget illimité. Place au rêve qui fait vivre. L'architecte ne fut pas dupe : même dûment payé pour son travail effectif, il ne verrait pas se réaliser ses projets. Bruno eut donc le bonheur de discuter minutieusement avec lui, d'élaborer grâce à cet homme de métier toutes sortes d'idées dont il s'enchantait et qui, pour moi, n'étaient qu'un moyen d'attendre, - un répit. Attendre quoi ? Que Bruno retrouve son bon sens habituel, ou bien que... Non, rien, pas possible de continuer.

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         Horreur de cette époque, où l'agonie était capricieuse. Trois jours à l'hopîtal Erasme, et quatre jours à la maison, puis à nouveau dix jours à Erasme...- Quand, ce samedi-saint,  onze ans après l'avoir quitté, je m'en retourne à l'Amiage, j'ai le cœur serré et vide, et je n'attends rien de cette visite.

         [Suite et fin demain].

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12/03/2009

Sainte humanité

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     Que dire à cet "Etienne" inconnu, spécialisé en dogmatique et en convenances ? Qu'il me fait penser à un "Jacques" tout aussi mystérieux, qui, sur mon blog du 12 octobre, fustigeait déjà comme "déplaisant" le ton qui était le mien. Le mal a seulement empiré, ce ton est aujourd'hui "hautement déplaisant". Au fond, c'est la manière légère et heureuse dont je me meus dans la foi chrétienne qui doit chagriner ce pauvre homme. Le mélange dans mon cœur et mon style de l'adhésion passionnée, de la liberté critique, et du savoir classique, avec des piments d'humour souvent bénin, rarement féroce. - Mais cher Monsieur, qui continuez à me  tutoyer comme si nous avions été élevés au même lait (vous n'êtes pas jéz, j'imagine, ou alors bas le masque), rayez-moi donc de vos sites favoris, je suis indigne d'y figurer. Voyez : là-dessus au moins, je me vautre dans l'abaissement et le mépris de soi dont vous semblez faire votre vertu cardinale.

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     Merci à toi, Jean-Matt, qui es venu à mon secours avec la vigueur et la pertinence de l'amitié qui nous lie depuis cinquante ans, et dont j'ai déjà parlé dans "Horace et Virgile" puis "Mon jumeau prêtre", en septembre. Dommage que tu n'aies pas précisé que ton destinataire était le commentateur qui te précédait, et non moi : plusieurs parmi mes proches, qui te connaissent moins, ont cru que tu me condamnais, abusés aussi, sans doute, par ta signature trop elliptique "jm". Voilà un quiproquo heureusement rectifié.

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     Marie, je suis très, très touché par votre long commentaire rédigé dès votre retour de Reims. Il va bien au-delà du soutien amical que j'espérais. Vous avez clairement perçu l'enjeu de ce portrait.

     Nous sommes tous des hommes. Jésus était l'un de nous, et c'est à partir de lui que nous sommes rattachés à Dieu, que nous sommes divinisés. La plupart des religions sont théocentriques : elles tendent à s'abîmer devant une divinité toute puissante, à laquelle l'homme est invité à sacrifier ce qu'il faut pour se concilier ses faveurs ; d'où le grief d'aliénation fait par les divers athéismes aux diverses religions. L'histoire d'Isaac fait partout scandale. Mais le christianisme est anthropocentrique. Ontologiquement, Dieu précède l'homme, bien sûr ; l'Etre nécessaire l'emporte sur les  êtres contingents et provisoires que sont les hommes... (non, non, pas provisoires, plus provisoires, à cause de Jésus !) Mais épistémologiquement, pédagogiquement, évangéliquement, c'est par la personne de Jésus de Nazareth que nous connaissons vraiment Dieu, que nous nous approchons de Dieu, que nous nous accordons à Lui, que nous L'adorons sans en faire l'idole castratrice qu'Il n'est pas. La "sequela Christi" (le flamand navolging est plus juste que le français imitation) est le seul chemin à prendre... Et à suivre jusqu'au bout. Il ne faut spolier Jésus d'aucune de ses caractéristiques humaines. Il ne faut pas que certains rites plus adulateurs qu'adorateurs, comme la messe dos au public, tendent à le séparer de sa croix humaine, si humaine - o crux ave spes unica. Il ne faut pas remplacer la glorification de Pâques par celle des Rameaux.

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La réception du Christ par l'humanité s'est faite dans l'Histoire des hommes, aussi bien le mouvement d'acquisition de la foi chrétienne par les peuples avec les missions, que la sanctification individuelle : l'immersion baptismale de chacun dure toute la vie. C'est pourquoi nous parlons perpétuellement de conversion, de catéchuménat, de montée vers Pâques, voire de nouvelle naissance. Mais pour ne pas se perdre dans nos fantasmes et nos habitudes, pour garder le contact avec l'Esprit qui nous guide, il faut vivre de la vie de Jésus, telle que ses voisins ont pu la voir, et telle qu'elle a été racontée... Les "Exercices spirituels" d'Ignace de Loyola, dont l'ambition est d'amener les hommes à s'enrôler sous la bannière du Christ, se consacrent entièrement, après un début destiné à faire "sentir" l'horreur intrinsèque du péché, à la méditation, mieux: la contemplation, comme dit Ignace, des grands faits de la vie de Jésus. Avec le concours résolu pour chacun de son propre imaginaire : ce qu'il appelle la "compositio  loci". Humanité toujours. 

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02/10/2008

Examen de conscience

Metsys. Preteur

 

   Ben de B. s'étonne, avec beaucoup de douceur, je le résume, qu' « entrer dans la vieillesse est pour moi comme n'être plus rien, et, avec amitié, il en appelle, contre moi, à moi-même. Ne répétè-je pas sans cesse que l'essentiel est l'amour de Dieu, et aussi, ce qui revient au même, l'amour du proche ? » - Oui, Ben. Bien sûr : il en va ainsi dans le Royaume promis. Mais dans le monde d'à présent, nous sommes des êtres sociaux, et définis par les autres. On est le boulanger du coin, le médecin, la fille du Bourgmestre ; ou encore : employé(e) chez Dexia, chez Fortis. Ou c'est mon patron, attention ! Un gros client, faites gaffe. Autre caractéristique possible pour nous, ou quiconque : « Il est... il paraît qu'il en est ». C'est avec ces qualifications-là que chacun existe, avec ce ou ces talents-là que chacun est prié par l'Evangile (Mt, 25,14-30) d'en gagner un ou plusieurs autres. Voyons bien dans quel univers sauvage nous avons été envoyés pour travailler, où le conseil du Maître lui-même (« il te fallait placer mon argent chez les banquiers », verset 29) n'est pas fatalement la meilleure solution Clin d'oeil.   

Hospice-&-Mentally-ill-JUMP

 

   Ne puis-je donc dire avec candeur que je suis heureux d'avoir quitté le champ de bataille ? D'être renvoyé à l'arrière du front ? D'avoir le rôle de Siméon plutôt que celui de Jean-Baptiste ou de Paul ? Pour un tempérament « émotif inactif » comme est le mien, capable de records quand une passion l'allume et traînant les pieds quand le feu s'éteint, il y a un vrai plaisir à n'être "plus rien" aux yeux du monde difficile, à n'être plus "responsable", à déposer les armes - et le barda.  Plaisir de me laisser porter par... par la grâce, ou le vent, ou ce que tu veux. Ne me dis pas que, de cela, je dois me justifier. Que le Maître exige davantage. Ne sais-je pas comment Il m'a programmé ? De toutes façons, la halte et le repos sont provisoires. Ils ne dureront pas : un jour il y aura l'accident prévisible, le déclin tout à coup abyssal. Et l'irresponsabilité qui fait maintenant ma joie se transformera, mais pour mes proches ! en surresponsabilité. N'être rien, c'est aussi ne pas être lourd. Viendra un temps où je serai lourd.

 Tournier 9782070429370_s

   Merci de ta réaction fraternelle, cher Ben, avec le drôle d'examen de conscience qu'elle a provoqué. N'oublie pas, de ton côté, qu'un titre, en journalisme, se doit d'être un peu provocant. Et qu'est-ce qu'un blog, sinon un journal extime (comme dit Tournier), offert au premier venu. Je ne cherche pas à être toujours un "exemple", je n'ai pas toujours raison. Mais je suis toujours sincère.

23:12 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

10/09/2008

Que faire ?

MDD

   J'ai beaucoup relu notre « Crocki », experte en art du réconfort, ces temps-ci, où un deuil douloureux a frappé un autre de mes amis que vous connaissez sous le nom de Pagello. Sa première femme était morte en un jour, d'un accident de voiture. Remarié des années après, voilà qu'il vient de perdre cette seconde compagne, cette fois après des années de souffrance. Le cancer, ça prend souvent son temps... La mort à petit feu, j'ai appris avec Bruno, et je n'en dirai pas plus. Mais Pagello est mon aîné d'un an, les nombreux enfants qu'il a eu de sa première femme sont quasi tous dispersés dans le monde, j'imagine sa solitude effective, je me sens à son égard impuissant, et pire : malhabile... J'en dis ici un mot parce qu'il a bien voulu partager cette mini-communauté électronique où il a trouvé, je crois, de vrais croyants comme lui. Grognons et fidèles. Comme il sied.

 deuil - lumiere_bois

   J'ai un caractère qui n'est pas plus soumis que le sien ;  le sien est seulement plus policé. Nous n'inclinons pas spontanément à l'obéissance ni à la résignation fataliste devant le malheur. J'ai pourtant plus de scepticisme que lui, que Crocki, ou que la plupart des chrétiens convaincus que je rencontre, groupe où les plus philosophes m'accusent volontiers d'un certain fidéisme façon Kierkegaard ou façon... Newman. Scepticisme sur la capacité où est l'humanité, où « je » suis (donc), de savoir où est le vrai bien. Dans le concret. Ne me dites pas : « Dans l'amour » - réponse évidemment juste mais qui ne n'éclaire rien. Ce doute basique sur l'intellection, joint à un grand sens de la Transcendance divine, avoue, négativement, que    je répugne à la prière de demande, si naturelle à l'homme, comme l'ont fait voir Feuerbach, puis Marx, - mais illusoire, et démobilisante sur le terrain. Ce qu'elle obtient, un placebo l'obtiendrait. Elle n'est donc pas inefficace, comme Jésus le souligne chaque fois qu'il semble guérir quelqu'un : «[C'est] ta foi [qui] t'a sauvé », dit-il le plus souvent.

lampe sérénité

   Il me semble - pardon à ceux que je vais heurter ! - que la médecine homéopathique est un peu du même ordre ; mais laissons cela. De toutes façons, aucune prière ne fera repousser à un unijambiste le membre manquant. La femme de Pagello n'est pas morte faute de foi ou de neuvaine. - En revanche, j'ai pour le « Notre Père », sa première partie d'abord, un grand, un puissant attachement, dont je parlerai, si j'ai le temps, demain.

17:14 Écrit par Ephrem dans Epreuves | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |