13/10/2013

D'où vient ce bonheur ?

solitude imagesCAG8PA90.jpgDans le silence public où mon coeur, nourri aux vieux paquets de lettres grises et aux  enregistrements toujours bruns, me ressuscite les ferveurs et les chagrins qui ont accompagné mon parcours existentiel, je médite sur le sens final de ce type d’existence que Dieu m’a donné. Je le fais solitairement. A part mon neveu Pierre, devenu tout à la fois mon fils, mon confident, et mon… majordome (!),  il se fait que mes proches ne le sont plus guère. Leur affection demeure ce qu’elle fut, je le sais, tendre, j’en ai quelquefois de beaux signes, mais leur vie les emmène logiquement dans un univers plus entrepreneurial que le mien, et je ne vois pas pourquoi je m’y opposerais.  

 

  PONTimagesCA5F6TIG.jpg          Aux prises, donc, avec ma vie dans son cours long et sinueux, j‘en isole volontiers les composantes : 1. l’eau de ce courant, d’abord, l’hérédité de ce petit garçon né avant-guerre dans une famille paysanne traditionnelle, pieuse et laborieuse. A qui on a donné le prénom de l’ancêtre : fermier né en 1857 et se faisant instituteur privé en 1880, dans la première guerre  scolaire, quand l’enseignement primaire officiel exclut d’enseigner la religion. Et moi, qu’ai-je fait d’autre qu’enseigner la religion ? 2. Je distingue aussi l’influence de mes proches, parents ou étrangers, qui m’ont « fait comme eux » magnifiquement  lorsqu’ils m’aimaient, - et comme eux aussi, mais douloureusement, quand ils ne m’aimaient pas, comme au collège des Franciscains où je me sentais malmené, décalé, vers ma treizième année. 3. Je n’oublie pas, vibrant dans tout cela, l’exercice de ma liberté, vécu comme un jeu et une chance – alors que c’est un devoir.  

 

solitude 2imagesCA9C8XT9.jpg             Depuis le début de cette année 2013, monte de ce voyage analytique en moi-même une exaltation mystérieuse, un bonheur profond dont je ne comprends pas encore toutes les causes. Mais j’en goûte l’intensité, l’imprévu, la stabilité. C’est étrange. J’approche de ma 80e année, je vais mourir, mes sens m’abandonnent ; je deviens sourd, je vois mal, je maigris, j’oublie tout. La marche à pied, oui, ça va toujours, mais jusqu’où, et jusqu’à quand ? D’un mois à l’autre, mes capacités baissent. Ce bonheur, dès lors, d’où peut-il sortir ?

 

oiseau soluier imagesCA42K4V3.jpg            Il vient de ma foi, il ne peut venir que d’elle. De l’espèce de lien puissant, constant, résistant, exaltant, qui s’est établi dans mon esprit entre l’image que j’ai de moi et celle qu’on m’a donnée (implantée, insérée, inoculée) concernant Jésus-Christ, fils unique de Dieu, qui m’aime à en mourir, moi, et tous les hommes mes frères. Cet Homme-Dieu, je ne l’ai jamais vu (hm!) ; j’en ai pourtant senti l’influence, la présence, la bienveillance tout au long de ma vie. Et maintenant, il va se montrer, j’y pense sans cesse, le moment approche où je le verrai. Qui ? Cela. Lui.  « Je laverai ma face au lac de ton visage / Quand tu viendras, mon  christ, au soir de mon destin. »  Déjà en 1966… Début d’un poème de JEUNESSE.

 

    pape françois 2 imagesCAYSF2RG.jpg        Je m’interroge vraiment sur le tranquille bonheur dont me voilà baigné et lavé. Je devrais encore mentionner des faits extérieurs inespérés, qui m'enchantent, comme l’arrivée d’un pape providentiel, et une fierté nouvelle pour les chrétiens humiliés par les affaires de mœurs un peu partout ou d’argent sale au Vatican. « Un grand prophète est paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple » 

 

P. S.  Certes, ce bonheur personnel dont je parle disparaitrait si la souffrance physique venait envahir ma conscience, et qu’il n’y ait pas d’antalgiques adaptés. Il serait aussi menacé par une psychopathie. J’en mesure donc, j’en dis la volatilité possible. Reste qu’au moment où j’écris ceci, il me berce. Jésus est tellement là que j'en deviens bavard. Même la nuit, si je ne dors pas, je l'interpelle... C'est simple.

01/05/2013

C'est ce corps qui décide, à la fin

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Quatre mois ! Que se passe-t-il, pour qu’en quatre mois, je n’aie pu honorer l’engagement pris au nouvel-an de débroussailler chaque mois une question nouvelle, relative aux choses de la vie et à leur valeur morale dans l’optique chrétienne ? Il se fait que les moyens m’en ont été, tout à coup, diminués. Que des neurones cérébraux ont disparu, victimes, allez savoir, d’une irrigation défaillante, ou seulement de l’usure. Rien ne m’en a averti sinon, après coup, un triple refus : celui des « mots » d’accourir à mon appel, celui des phrases de s’ordonner sans sac d’embrouilles, celui de mon esprit de reconnaître pour vraiment mien ce qui sort finalement de ma plume… Bossuet aurait dit : il se meurt, avec ce pronom inchoatif qui décrit le temps ! Je reprends le sermon sur Henriette-Anne d’Angleterre et médite sur ces vérités premières : « Tout ce qui se mesure finit ; et tout ce qui est né pour finir n’est pas tout à fait sorti du néant, où il est aussitôt replongé. » Ah bon ! Vérité banale, un moins un égale zéro ! Je vous épargne d’autres misères, dont la menace ne s’est pas vérifiée, grâce à Dieu : au terme de deux scanners, mon pancréas est sain.  

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Si je ne peux plus rédiger de blog qu’à grand ahan, je peux encore lire avec plaisir ceux d’autrui, comprendre ce qui s’y débat, et même participer fugacement aux échanges. En m’abonnant au journal La Croix, j’ai découvert le blog tenu par Isabelle de Gaulmyn, Une foi par semaine. J’y ai trouvé une public de lecteurs d’une grande qualité, au double point de vue de la compétence théologico-philosophique, et de l’engagement chrétien : les pires conservateurs y engagent le fer avec les meilleurs réformistes. Ainsi je vous transmets une réflexion que je trouve pénétrante d’un certain Gershom Leibowicz, à l’occasion de la loi sur le mariage... dit « pour tous », et signifiant « incluant les homosexuels ».

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Le discours de l’église en matière de morale sexuelle se fonde essentiellement, dit-il,  sur une morale du surmoi et jamais sur une éthique du moi. C’est là sa faiblesse fondamentale. (…) Elle ne prend jamais comme point de départ la réalité vécue , rarement choisie et souvent imposée par les faits, comme dans le cas de l’homosexualité. C’est pourtant cette sexualité-là  qu’il s’agit d’orienter , après en avoir constaté , sans la juger, la réalité pour prendre en compte concrètement l’appel du message évangélique. Au contraire l’église prend comme point de départ un idéal de vie , objectivé de manière impersonnelle et hors de tout contexte auquel il s’agit d’ajuster sa vie sans tenir compte de la complexité du réel, ni des déterminismes de tous ordres, ni de l’irréductible unicité des personnes auxquelles elle veut imposer sa norme, qualifiée dans l’absolu et de manière théorique de BIEN individuel et social.

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A une telle approche idéaliste au sens philosophique du terme, G. L. voit deux inconvénients majeurs: placer la personne à priori dans une situation de culpabilité, face à un système dogmatique ; et la priver de toute possibilité d’évolution et de maturation. Et il conclu :  C’est la méthode d’ élaboration du discours moral de l’église cléricale qui doit être revue, loin de la fiction que la personne est totalement libre de ses choix, et qu’elle ne subit aucun déterminisme, social, psychologique , économique culturel)pour vivre d’une manière morale.

 

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Dans le dialogue poursuivi sur le blog d’Isabelle de Gaulmyn, il semble que Gershom L. ne mette pas en doute l’existence d’un « idéal » de la sexualité commun à tous, ce dont moi, je doute. Toutes les vertus chrétiennes définies theoriquement ne me semblent pas convenir toutes à tout le monde… Reprochera-t-on aux papes Pie ou Benoit de ne pas être des papes Jean ou François ? Ce qu’il faut pour tous, ce qui est demandé à tous, c’est la Charité. 

01/01/2013

JANVIER 2013 - CALINS ET BEAUX YEUX DE JESUS

 Voeux 2013 !.jpg     1er janvier :  le jour où tous souhaitent à tous tout le bonheur du monde, où chacun aussi le souhaite à chacun. On a quitté le passé, on n’est pas encore dans l’avenir, et voilà que dans ce minuscule présent de quelques heures on s’abandonne, on se donne aux mille feux de l’Espérance – attention ! l’espérance avec un petit e… Car rien n’est moins assuré que ces vœux de santé, de prospérité, de bonheur qu’on distribue libéralement à gauche et à droite. Rien n’est moins garanti, sauf si l’énonciation est, sous-entendue, une promesse personnelle, et qui engage : moi qui vous parle et qui ne suis pas loin  dans l’immensité du monde, j’ai du bonheur à imaginer le vôtre, je ne prépare mon bonheur qu’en préparant le vôtre, je collabore avec toutes les puissances qui peuvent à vous comme à moi être favorables… Les forces humaines collectives, la prévoyance divine. Bonne année !

 

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Pour l’heure, je suis engagé à exposer mensuellement et débrouiller à ma façon une problématique d’actualité, allons-y. Ma façon, c’est-à-dire ? Exploiter les ressources du terrain où Dieu m’a installé, comme dit le psaume 15, cet « espace où s’harmonisent réalisme et mystique » que j’habite aequo animo et que je fais visiter aux gentils amateurs. Harmoniser : faire se rencontrer des aspects qui paraissent opposés dans la vie de l’âme et qui pourtant se conditionnent – ce qui suppose qu’on ne confonde pas ces aspects. J’ai dans la tête à ce sujet l’extravagante homélie prononcée la nuit de Noël dans sa cathédrale par l’archevêque de Bruxelles, André-Joseph Léonard. Lisez-là d’abord, la voici dans son intégralité, telle que Cathobel la reproduit. Vous y trouverez des fantasmes artificiels qui vous laisseront pantois… Cette homélie n’a pas inquiété la presse, qui, n’y trouvant pas d’aspect politique, l’a délaissée pour s’intéresser à autre chose. Mais autour de moi, chez les esprits forts, les commentaires moqueurs se sont accumulés. Avec des adjectifs inattendus à propos de pareil seigneur de l’esprit. Benêt, godiche, nunuche…

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            Le propos épiscopal est pourtant louable. Il est de rendre à Jésus l’intérêt que sa personne a perdu et que les gens n’accordent plus aujourd’hui qu’à sa fête. Plus discutable est le moyen choisi pour revaloriser le lien entre les chrétiens et leur sauveur. Monseigneur juge efficace et approprié de vanter le bon exemple donné par d’autres, ces millions de gens dans l’histoire qui ont aimé Jésus-Christ par-dessus tout, Jésus Christ,  seule personne, avec Marie, à avoir suscité pareil attachement. Par comparaison, l’évocation d’autres vedettes comme Napoléon ou Marie-Thérèse d’Autriche (?) est censée convaincante. La princesse Diana, c’eût été plus clair…   

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Et voilà que, pour visualiser cet attachement, notre singulier  archevêque se fait puéril. Il veut être populaire, et va user d’un vocabulaire ou de manières susceptibles de plaire aux personnes simples, cibles premières de la nouvelle évangélisation.  1. Il nous faut, dit-il, « féliciter » Jésus, c.à.d le déclarer heureux de fêter sa naissance. Curieux : il a grandi depuis lors et a même quitté cette vie transitoire pour « naître au ciel », seul anniversaire fêté d’ordinaire dans la vie chrétienne.  2.  Il faut, parait-il, comme beaucoup l’ont fait lui envoyer des « Jésus, je t’aime », des « mots d’amour » équivalents à des messages au réveil disant « ma bien aimée, tu es le trésor de ma vie ». Envoyons-nous à nos morts bien-aimés de tels messages ? Nous leurs parlons, nous les appelons à l’aide, nous ne les rassurons pas sur nos sentiments qu’ils savent mieux que nous. 3. Il faut « soupirer amoureusement » (quand on est femme), lui envoyer (encore) des « baisers d’amour », et finalement « renoncer à tout pour ses beaux yeux ». L’auteur néglige au passage que l’adjectif qualifiant les yeux donne à ce tour une consonance ironique.  Rhétorique de romans.

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            Je trouve mystérieux qu’une si bonne intention puisse se dénaturer dans une formulation ridicule sans que son savant auteur en prenne conscience. L’intention, c’est de revaloriser le rapport personnel unissant, dans notre foi, tout chrétien à Jésus-Christ. La formulation, c’est de pénétrer pour ça dans le monde très différent de l’intimité conjugale et familiale, et de s’approprier comme référents adéquats une multiplication de mots doux, de bisous, de « papouilles » gnan gnan, enfantillages hypocoristiques proposés ici comme autant de messages signifiant adéquatement un lien structurel. Hélas ! Avec la complicité du public, qui, quoique un peu gêné, applaudit de confiance.  Il y a aussi confusion audacieuse de l’amour passionnel et de l’amour mystique. Audace gagnante ?

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            Au contraire. Tout le monde y perd. Qu’un tel sujet soit si mal abordé, si maltraité, est désolant. Car il est central, voyez. Toute fête liturgique est un rappel de notre communion en Dieu. On a toujours raison d’aborder de front la grande, la noble question de l’amour humain (et pas seulement « théologal ») qui unit tout chrétien un peu conscient à la personne de Jésus. « M’aimez-vous  ? » dira encore la Vierge de Beauraing aux cinq enfants visionnaires. « Pierre, m’aimes-tu ? » Cela, c’est la question que Jésus ressuscité pose au premier des apôtres (Jn 21, 15-19), - au premier comme au dernier des chrétiens, la question essentielle : te fies-tu à moi, t’en remets-tu à moi, es-tu attaché à moi, fais-je partie intégrante de ton devenir, de ton être ? Devant l’enfant de la crèche, devant ce moment originel où Dieu se fait homme comme nous, notre frère, notre égal, c’est la question à d’abord rappeler. L’amour et la foi s’y réunissent. Tous les miraculés de l’Evangile sont des gens habités par ce feu, et c’est ce feu-là qui les sauve. Va, ta foi t’a sauvé.  

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Reste à comprendre, humainement, comment pareille urgence puisse être traduite de façon si bizarre, - impertinente, comique, absurde, sans que l’orateur ait même conscience que là-dessus, il chante faux. Je n’ai pas plaisir à critiquer le chouchou du pape, à qui la plaisanterie qu’il affectionne réussit rarement. Il est actuellement conscient de son impopularité ; et - c’est à son honneur - il laisse en paix ceux de ses clercs qui ont pris leurs distances avec lui et poursuivent, fidèles, leur propre chemin commencé à Vatican II.  Se corrigera-t-il ? Il le pourrait s’il voulait. Mais il n’en ressent pas le besoin. Il y a peut-être chez lui, comme dans d’autres familles où tous les enfants deviennent religieux ou prêtres, une incompréhension congénitale de l’amour passionnel, à la fois gouffre et sommet. Lequel amour n’est en aucun sens l’analogue de l’amour divin, à la fois délice et renoncement. 

26/10/2012

Les apôtres sont-ils femmes du Christ ?

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Dimanche dernier, Mgr Léonard quittait le synode romain sur la nouvelle évangélisation pour un saut à Bruxelles : il voulait entre deux avions, venir celébrer chez nous (chez lui…) le 50e anniversaire du concile. En même temps, répondre à nos préoccupations actuelles. Notre insatisfaction, pour tout dire. Pour bon nombre de laïcs croyants, les réformes souhaitées en 1963-65 n’ont pas toutes été menées à bien. Et ce n’est pas d’avoir été « trop loin » qui a fait tort, parfois, au rayonnement de la Foi, c’est de n’avoir pas assez progressé, -  d’avoir fait du surplace sur certains points. La place des femmes dans l’Eglise, par exemple. Pensez que le sacerdoce leur est toujours refusé. D’office, de naissance, comme une disqualification radicale et naturelle. Certains pères du Synode actuel, à lire le « Message au Peuple » concluant leurs travaux qui est publié dans la Croix, ont timidement tenté d’aborder la question, mais en vain :  le texte final n’en pas mention. Même pas. Là-dessus notre archevêque entreprend de nous tranquilliser, de nous remettre sur le droit chemin. Il mobilise son intelligence, s’adressant à la nôtre, ce qui est périlleux en matière de « vérité d’en-haut ». Que dit-il ? L’inaptitude féminine au sacerdoce est indiscutable. Pourquoi ? Lisez. Ce texte est publié dans le journal Dimanche du 28  octobre.  « Si l’Église n’ordonne pas de femmes prêtres, c’est tout simplement parce le Christ a choisi des hommes comme apôtres. Jésus se présente comme l’époux venu épouser l’humanité, et les apôtres le représentent dans ce rôle. Il est donc logique d’avoir choisi des hommes dans le rôle du Christ-époux. » L’archevêque-théologien insiste sur cette symbolique qu’il dit centrale dans la pensée de Jésus.

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Mais les catholiques d’après le Concile sont bien mieux versés qu’ils l’étaient avant dans l’exégèse biblique. Ils lisent les évangiles à partir de leur genre littéraire, de la rhétorique du temps, des compositions, des similitudes. Ils savent  que Jésus, nulle part, ne s’assimile lui-même à un mari ayant conclu un « pacte matrimonial » avec l’humanité. L’alliance de Yahveh avec Israël, c’est autre chose, et cette alliance là n’a rien de conjugal – pas plus que la Sainte-Alliance de 1815… St Paul non plus n’utilise pas cette image. La grande image qui est reçue et organisée au premier siècle est celle du Père (Notre Père)  et de ses enfants : le Christ étant le fils premier-né : tous les hommes (homines et pas seulement viri) étant repris dans sa filiation à lui. 

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Par ailleurs, tirer d’une métaphore des caractéristiques objectives à partir de points de vue nombreux est aberrant, en logique mineure. On pourrait, en revanche, travailler avec une analogie.  Comment fonctionne l’analogie, qui, elle, est rationnelle :  A est à B comme C est à D. Mathématiquement : A/B = C/D. Application immédiate : Jésus est aux prêtres ce qu’un mari est à sa femme. Ici on comprend. Et puis, parce qu’on comprend, on réfléchit et on se rebiffe : tout bien considéré, le lien du Christ avec ceux qui le représentent, qui distribuent ses sacrements, qui ont puissance pour le faire, n’est pas un lien affectif, conjugal : c’est un lien opérationnel. Celui d’un Maitre et de ses Serviteurs de confiance. Si vous tenez absolument à une métaphore d’hyménée, cherchez du côté des mystiques. Des saints…

06/03/2012

Dialogue de la jeunesse

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La parole de Dieu est un silence où l’on pénètre pour en sortir instruit, toutes questions déposées, et le cœur dilaté. Rouvrant, à l’exemple d’une amie, le Citadelle de Saint-Exupéry (Pleiade, LXXIII p. 684), j’y trouve ce passage que j’avais lu puis oublié depuis soixante ans. J’en vois bien l’ingéniosité win-win (comme on ne disait pas encore), mais j’en goûte à nouveau (comme l’adolescent que je fus) la subtilité intellectuelle, le jeu logique dont, en ces temps-là, j’avais besoin.  

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Un seigneur berbère parle et se parle. « Me vint donc le goût de la mort ». « Donnez-moi la paix des étables, disais-je à Dieu, des choses rangées, des moissons faites. Je suis fatigué des deuils de mon cœur. » Il prie Dieu de l’instruire, et d’abord de lui montrer qu’Il existe vraiment, qu’Il n’est pas une projection de l’âme humaine. Au sommet de la montagne qu’il gravit, le double de Saint-Ex ne découvre « qu’un blog pesant de granit noir - lequel était Dieu. » Il se soumet, l’interroge. « Mais le blog de granit me demeurait impénétrable. »

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« Seigneur, lui dis-je, car il était sur une branche voisine un corbeau noir, je comprends bien qu’il soit de Ta majesté de Te taire. Cependant j’ai besoin d’un signe. Quand je termine ma prière, Tu ordonnes à ce corbeau de s’envoler. Alors ce sera  comme le clin d’œil d’un autre que moi et je ne serai plus seul au monde. Je serai noué à Toi par une confidence, même obscure. Je ne demande rien sinon qu’il me soit signifié qu’il est peut-être quelque chose à comprendre. »

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 Et j’observai le corbeau. Mais il se tint immobile. Alors je m’in-clinai vers le mur. « Seigneur, lui-dis-je, Tu as certes raison. Il n’est point de Ta majesté de te soumettre à mes consignes. Le corbeau s’étant envolé, je me fusse attristé plus fort. Car un tel signe,  je ne l’eusse reçu que d‘un égal, donc encore de moi-même, reflet encore de mon désir. Et de nouveau je n’eusse rencontré que ma solitude ». Donc m’étant prosterné, je revins sur mes pas. Mais il se trouva que mon désespoir faisait place à une sérénité inattendue.

10/01/2012

Je ne connais pas cet homme

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            Vous savez que j’ai, depuis quelques mois, grand mal à vous écrire, à concentrer mes idées, à trouver les mots qui se dérobent. A Noël, j’ai eu recours à Mauriac comme « nègre » magnifique pour vous dire mon bonheur de croire, en ces jours sombres où, comme dirait Bossuet, « je me meurs ».  Aujourd’hui, qui appellerai-je pour vous dire un autre bonheur, celui d’avoir vécu, aimé, joui de la Création et joué avec les Créatures, exposées comme moi  aux rigueurs des gendarmes ? Celui qui règne au Vatican ne peut décidément rien pour moi. Il me respecte, dit-il, mais il explique à cent diplomates que nous avons « menacé la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité », rien moins, mes frères et sœurs homos unis devant la loi civile, et moi avec eux en unissant devant Dieu mon sort à feu mon Bruno. Je laisse le potentat romain patauger dans le délire où, comme jadis, « il jure et rejure de ne pas connaître cet Homme », celui que nous sommes, qu’il le veuille ou non. Et je vous confie plutôt à une certaine Pascale Robert-Diard, l’auteur d'une histoire délicieuse lue ce jour dans mon quotidien,  le Monde. Son titre :  Deux petites culottes au fil de la procédure.  Je  reproduis le texte sans autre autorisation que le plaisir qu'il m'a donné Et vous donnera. En le lisant, on se sent dans l'esprit de Jésus, lucide et patient, tel qu'il est décrit au chapitre 8 de saint Jean.  

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« Nous, soussigné gendarme X, agent de police judiciaire, sous le contrôle de l'adjudant Y, vu les articles 20, 21-1 et 75 à 78 du code de procédure pénale, rapportons les opérations suivantes : le 16 octobre, Mme T se présente à notre unité et manifeste le désir de déposer plainte contre X pour vol de linge. Nous enregistrons sa plainte. » Suivent dix pages de procédure, soigneusement cotées et paraphées. Elles commencent par la déposition de la plaignante : " J'avais étendu mon linge sur le fil à 11 heures, samedi. Je me suis absentée l'après-midi et, à mon retour, j'ai remarqué l'absence de deux culottes. - Pouvez-nous nous décrire les vêtements qu'il vous manque ? - Il s'agit d'une culotte blanche de taille 36 et une autre de couleur beige de taille 38. Je pense que mon voisin, M. Z, peut être l'auteur de ce vol, mais sans certitude. "

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Dans une petite ville d'Aquitaine, le gendarme X flanqué du maréchal des logis-chef Y vont le lendemain au domicile du voisin, pour lui annoncer sa convocation à la gendarmerie. Un mois passe. M. Z se présente à la date prévue. Il est retraité, un peu dépressif, et reconnaît tout de suite qu'il est l'auteur du vol. " Pourquoi avez-vous pris les deux culottes alors qu'il y avait d'autre linge ?- Qu'en avez-vous fait ?- Je suis rentré chez moi et je les ai mises dans le sac-poubelle.- En avez-vous parlé à votre épouse ?- Non, elle l'a appris quand vous êtes venus, elle l'a raconté à ma fille, qui m'a engueulé.- Pourquoi êtes-vous en mauvais termes avec vos voisins ?- Il fait du bruit le week-end avec sa tronçonneuse et le burin sur la ferraille. " Le gendarme X informe le procureur de la République. Celui-ci demande au voisin de dédommager sa voisine, en échange de quoi il prononcera contre lui un simple rappel à la loi.

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En décembre, la procédure s'épaissit. "Nous, gendarme X, sous le contrôle de l'adjudant-chef Y, poursuivant l'enquête en cours, joignons à la procédure l'attestation du dédommagement que nous remet Mme T, accompagnée du ticket de caisse d'un montant de 33,40 euros. Elle reconnaît avoir reçu un chèque correspondant de la part de M. Z. "  Le ticket de caisse de l'achat d'un "boxer Capucine" et d'un "shorty Joséphine" dans un hypermarché est enregistré dans le dossier.

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M. Z est convoqué une nouvelle fois. Le procès-verbal de " notification de rappel à la loi " est dressé. Le gendarme X reprend la plume : " Ce jour comparaît devant nous M. Z, auquel il est reproché d'avoir, sur le territoire national, frauduleusement soustrait une culotte blanche taille 36 et une autre culotte taille 38 sur un fil à linge au préjudice de Mme T. L'informons que, s'il était poursuivi devant le tribunal correctionnel, les peines maximales encourues pour les faits cités sont de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Invitons le comparant à ne pas renouveler l'infraction. La personne affirmant ne pas savoir lire, lecture lui est faite. "  Mme T décide de maintenir sa plainte. Le procureur est à nouveau saisi. Décide de classer sans suite. Fin de la procédure.

Ce qui m’émeut et m‘émerveille dans ce récit, c’est ce qui n’y est pas dit, et que tous nous avons compris. La Vie qui s'en va, le Désir qui reste, et le mystère de la Sexualité, pareil à celui de la Trinité. 

 

 

 

22/11/2011

"Le petit Dieu ridicule"

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La presse nous apprend qu’une conseillère communale CDH à Uccle a décidé d’interpeller son collège communal pour des faits de « christianophobie.» La Libre Belgique les rapporte à peu près comme suit (je résume : les amateurs de détails trouveront tout ici) :  Le soir du 28 octobre, un cortège d’Halloween aux personnages joliment déguisés, défile, emmené par un animateur qui a  visiblement des comptes à régler avec les catholiques. Il crie sa haine de Dieu et de la religion chrétienne ; il fait ainsi le tour de l’église d’Uccle-centre en injuriant les croyants et en montrant le poing en direction du bâtiment. Parmi ses clameurs, on entend : « Venez à nous, la cohorte des gens sans Dieu, qui grandit sans cesse et se libère heureusement de l’oppression chrétienne. » Ou encore, désignant l’église : « Maudissons ce bâtiment et ses courbes obscènes.» Ou enfin : « Qu’il vienne, leur petit Dieu ridicule sur sa petite croix." - Une dame interrompt l’homme déguisé en faune,  en lui disant que vraiment, il exagère. L’homme répond : « Mais enfin, c’est païen, c’est tout. » Comme s’il revendiquait un droit d’expression de ses convictions, dit la Conseillère, qui s’indigne, et invoque la loi Moureaux contre les discriminations. Plus tard, l’échevin concerné (qui est MR) est interrogé par la LLB : il est l’organisateur de la marche d’Halloween comme échevin de la Jeunesse, en effet, mais cette marche-là a eu lieu deux jours plus tôt (!) près du parc du Wolvendael. Ici, l’initiative émane des commerçants qui ont notamment fait appel à des comédiens…

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Tombent là-dessus, dans l’espace web du journal, plein de commentaires de lecteurs « pour » et « contre ». C’est pas  vraiment une guerre de religions, plutôt une querelle véhémente entre habitués. Le sujet passionne, même si on dévie beaucoup sur… sur  l’Islam, par exemple.  A mon tour, je me risque à une réflexion – que voici, stylistiquement remaniée.

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A-t-on oublié, dans l’histoire médiévale, les débuts de la littérature dramatique ? Les démoneries  intégrées dans la liturgie à l’occasion du carnaval ? La « fête des fous », « le jeu de la feuillée », ça ne dit plus rien à personne ?  Halloween, c’est une fête des fous, des spectres, des monstres, à l’exact opposé de la fête des saints, la Toussaint. Le théâtre qui se faisait sur le parvis opposait jadis, face à face, Enfer et Paradis, avec blasphèmes d’un côté et cantiques de l’autre. Halloween reprend l’héritage. -  Le Moyen-Age, c’est l’époque où les grands autocrates sont le pape et l’empereur ; le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique, aussi détestables (alors) l’un que l’autre ; et que faire par rapport à ces maîtres hors d’atteinte, sinon se moquer ? La religion elle-même faisait une place à la moquerie, pourvu qu’elle soit excessive, qu’elle n’engage à rien. Goût pour la fantasmagorie, pour l’image du diable et des « damnés » , sujet de tableaux révulsifs.

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 Le comédien d’Uccle, lui, s’en souvenait. Et il a décalqué. Cette fois (hélas, mais c’est le signe de notre temps), c’est Jésus qu’il attaque, Jésus lui-même. Il « faut » désormais s’en prendre à Lui. Attaquer le pape, c’est déjà fait, et puis c’est banal depuis qu’ont été dévoilées les sanies de l’Eglise, et  ça s’est avéré pas drôle du tout. En plus, si le pape aujourd’hui menace d’attaquer en justice qui le montre embrassant un iman, que reste-t-il à agresser ?

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Il reste Lui, Jésus. Avec sa « petite croix », comme dit l’Insulteur de service. « Ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate ; ils se moquèrent de lui en disant : salut, roi des Juifs ; ils crachèrent sur lui, et, en prenant le roseau, le frappaient à la tête. Après, ils l’emmenèrent pour être crucifié. »

Ne protestons pas, chrétiens. Amen.

 

15/11/2011

Les grands mots élastiques

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Le mouvement autrichien « Wir sind Kirsche » (Nous sommes l’Eglise) rassemble, on le sait, plus de 340 prêtres, qui se disent fatigués. Après bien d’autres, ils ont constaté la vanité de l’effort de dialogue qu’ils entretenaient auprès de la Hiérarchie locale et romaine : il faut, imploraient-ils,  rencontrer vraiment les problèmes structurels posés dans l’Eglise par des habitudes ossifiées, se défaire d’un conservatisme aveugle aux nécessités du temps - des hommes et des femmes de notre temps qu’on est en train d’ « affamer » en les privant de ce à quoi ils ont droit-  les sacrements. Refus des hiérarques : rien ne changera. Le Mouvement des prêtres en appelle alors à une « désobéissance » constructive. Et récemment (dimanche?), ils franchissent un seuil. Dit-on. Je les cite d’après la presse : « ils ont invité les laïcs à dispenser la communion, ainsi qu’à prêcher et à présider la messe, faute d’un nombre suffisant de prêtres. » Ce à quoi leurs supérieurs réagissent ce lundi par la déclaration suivante, que je cite d’après Cathobel : « les évêques se déclarent inquiets des problèmes que rencontre leur Eglise. Ils écartent cependant la proposition des dissidents: L’appel à la désobéissance a non seulement fait secouer la tête à de nombreux catholiques, il a aussi déclenché l’inquiétude et la tristesse ». Et d’ajouter: « Qui prend ouvertement et volontairement la responsabilité de célébrer la messe blesse la communauté ainsi que lui-même et fait preuve d’une attitude dangereuse. »

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                Ce que j’en pense ? Je m’irrite qu’on joue ici de façon grossière sur des MOTS. C’est une des faiblesses de mon Eglise (pas seulement de la mienne, des Eglises en général) de jouer sur les mots, l’abstraction de la théologie et le message transcrit par l’Ecriture sainte y poussent assez. Mais voyez vous-mêmes : les évêques et les prêtres rebelles, c’est l’évidence, ne parlent pas de la même « chose ». Ceux-là condamnent une faute que ceux-ci ne proposent pas. 

 

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                1) Le mouvement invite les laïcs à assurer une prédication puis donner la communion, ce qui est admis et déjà normalisé ; et à le faire dans une « ADAP », çàd une assemble dominicale en absence de prêtres , assemblée que l’un d’eux « présidera », il faut bien que quelqu’un le fasse, présider c’est normalement donner la parole aux autres. A cela, ils donnent le nom de « messe », ce qui n’est pas juste. Pour le reste, rien ici qui soit prohibé. J’ai assisté déjà à des ADAP régulières vers 1990, en divers lieux belges et français.  

 

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                2) Semblablement, mais en sens inverse, les évêques renforcent le sens de cette présidence de fait en parlant à son sujet de « célébration », ce qui est spécifique à la sainte messe où le prêtre est à la place de Jésus. Sans le sacrement de l’ordre, il n’y a pas « transsubstantiation », en effet, pour user à mon tour d’un « mot » réservé (sacré ou fétiche, ce sera selon votre foi). Mais ces évêques qui aggravent les mots minimisent en même temps les faits eux-mêmes : ce simulacre de célébration eucharistique ne provoque chez eux qu’inquiétude, tristesse, branlement du chef, blessure, danger : peut-être savent-ils qu’après tout rien ici n’est grave…             

 

Comprend-on que je n’aime pas ces jeux-là ? Les mots, c’est aussi la Parole, le Logos, le Verbe…  

09/11/2011

Moment lumineux

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Je transcris pour vous un texte lu dans La Libre, samedi au déjeuner. Le quotidien, comme il le fait chaque semaine pour une célébrité dans des genres divers, avait demandé à Philippe Herreweghe, chef d’orchestre gantois d’une sensibilité sans pareille, de faire son « autoportrait » en choisissant une date, une phrase, un événement, etc. Voici l’événement qu’il rapporte, comme l’un de ces « moments lumineux qui consolident notre charpente mentale ». Mon histoire se passe en 1983 : je donnais cette année-là mon premier concert en Amérique latine, dans la cathédrale d’Asunción, la capitale du Paraguay. A notre surprise épouvantable, on nous avait annoncé la veille que l’horrible dictateur Stroessner, qui vivait encore, risquait de venir en personne. On avait installé à son intention un tapis rouge traversant toute la nef centrale jusqu’à son trône, à cinq mètres derrière moi. A notre soulagement, le dictateur décida de ne pas honorer notre concert de sa présence. Les premières notes de Monteverdi retentissent. Surgit alors du bidonville tout proche une petite fille magnifique, elle doit avoir trois ou quatre ans, elle est en haillons, elle a le petit ventre gonflé par la faim, des yeux bruns inoubliables. Elle traverse toute la nef sur le tapis rouge, les militaires ne bronchent pas, elle s’installe sur le trône du dictateur, écoute tout le concert jusqu’à la fin, merveilleuse, émerveillée.

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Chaine de réactions en moi. 1ère.- Image sublime : celle même du ciel dans l’Apocalypse, avec le triomphe de l’agneau… 2ième (qui ne supprime pas la première) : c’est théâtral, une scène d’opéra, faite pour Herreweghe. Par lui ? 3.- (Réaction raisonneuse, plus mesquine): si l’enfant est arrivée après le début du concert, comment le chef d’orchestre pouvait-il voir ça, puisque, selon ses dires,  le trône est « à cinq mètres derrière [lui]», dit-il ; si elle est arrivée avant, comment le service d’ordre n’a-t-il pas fonctionné ?  4.- (Analogie) Je me souviens… Le professeur Jorge Magasich, docteur en Histoire avec une thèse sur le coup d’Etat de Pinochet en 1973, m’a confirmé ce que j’avais entendu par ailleurs : qu’au cours des années noires qui suivirent, le « Magnificat » fut parfois censuré dans les offices catholiques, où l’on supprimait ces deux versets  : « Il renverse les Puissants de leur trône, il élève les humbles &  Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les main vides ». 5.- (Suite) En préparant pour le lendemain les textes à lire à la messe à Ste Gudule, je tombe en arrêt devant ces traits attribués à la « Sagesse », cet autre nom de "notre conformation à Dieu" : resplendissante, inaltérable, devançant les désirs et se montrant la première, on la trouve assise à sa porte, elle apparaît avec un visage souriant, elle vient à la rencontre…

 

12:58 Écrit par Ephrem dans Actualité, Arts, Foi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/11/2011

Vous me manquez, frères invisibles

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Je vis toujours, vous voyez. Où ? Chez moi. Comment ? Seul, sans aide domestique, sans obligation sociale. Sans relation familiale non plus, sinon la visite quasi-quotidienne de Pierre, mon magnanime neveu. Le plus souvent, je suis en tête à tête avec une image heureuse, celle du Dieu-Père, communiquée par Jésus. Je me la suis faite peu à peu, à partir des épreuves traversées et des  grâces reçues, qui, les unes comme les autres, relèvent beaucoup des Béatitudes. En même temps, je… je décline. Voilà plus de trois mois que j’ai déserté ce blog, trop incertain que je devenais de son utilité, vivant mal la croissance des difficultés qu’il me pose. Je suis moins organisé que jamais dans ce que je fais, et plus soucieux qu’on ne croit de parler « juste », dans le respect des points de vue qui peuvent s’opposer – y compris dans ma conscience. Alors, me voir en train de bredouiller, de grommeler au lieu de m’exprimer... Oui, j’ai perdu avec les années beaucoup de l’appétit que j’ai eu pour les merveilles du monde. Je ne les mésestime pas : je les « vois », je les « sens »  toujours et les trouve belles comme jamais, mais l’effort est démesuré qui les porterait comme des fruits à la bouche, et je passe. Intérieurement, je salue. Extérieurement je me tais, je me tasse. Est-ce que je meurs ?   

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                La fibrillation cardiaque dont je vous ai fait confidence n’est pas cause de ce demi-sommeil. Elle me réservait une surprise. Après avoir survécu à l’opération d’avril qui ne l’a ni arrêtée ni dérangée, elle a disparu un jour de vacances, inopinément, sans que le médecin comprenne pourquoi. Aujourd’hui mon cœur a le pas régulier d’un tambour-major. Reste que l’envie de danser n’est pas là. Il y a toujours  de la musique, mais l’énergie me manque pour lui obéir.

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                Ce blog, pourtant, c’était ma voix publique depuis des années. La seule voix dont je disposais de façon souveraine. Si bizarre que cela paraisse, j’ai beaucoup joui d’en user, bien que m’ait taraudé déjà l’idée du renoncement, par appréhension de n’être pas toujours apte à le faire bien. Mais vous « parler par écrit », c’est continuer à prendre part au combat des humeurs et des rumeurs de la famille humaine, avec la double inspiration qui est mienne, minoritaire, mais que je considère comme utile à l’équilibre sociétal… Plus exactement, à la bonne santé de l’Eglise, qui est la communauté que j’aime par-dessus toutes les autres. Y être critique et lyrique,  à la fois. A la fois rebelle,  et fidèle.  Franc-tireur au départ et, pour finir, docile. Mais cette voix est devenue bien rauque, elle se fatigue à dénicher où se cache le vocabulaire dont elle disposait jadis comme d’un servant de messe ; et puis elle a dit déjà l’essentiel de ce qu’elle avait à dire en ce monde, et à lui. Bref : entre la tentation de fuir et le devoir d’embrasser, me voilà comme l’âne de Buridan en arrêt devant le silence éternel.

 

02/08/2011

François et Ignace

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Je passe mes vacances à m’instruire sur les deux hommes dont l’image, sinon l’exemple, a le plus compté dans mon developpement religieux: François d’Assise et Ignace de Loyola. Le premier est mort en 1226 ; le second en 1556. Le premier est un poète, un aventurier, populaire, actif, jovial, - très généreux.  Son milieu est marchand. Le second est un soldat, un chevalier, raisonneur, homme de l’ordre, sévère - très généreux. Son milieu est, et restera, élitaire. Tous deux sont maximalistes : une fois amoureux, rien ne leur fut difficile. Mais l’amour ne fut pas tout de suite au rendez-vous de leur jeunesse, d’abord soumise aux idoles de cet âge. Ce qu'ils nommeront la « vaine gloire ». Il faut que Dieu lui-même vienne les appeler. Ce qu‘il fait. A Spolète pour François ; à Manrèse pour Ignace.  Tandis que tous deux sont malades et souffrent, il faut le dire. Dieu vient rarement par beau temps.

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C’est ce qu’ils étaient avant (et juste après) d’être saisis par Dieu qui m’intéresse. Qui m'intriguait hier et aujourd'hui me passionne. Ce qui se passe quand il a 25 ans pour François, quand il a 30 ans pour Ignace. Cette espèce d’autre baptême. Ce qu’ils sont alors, faut pas croire, ils le resteront à travers la grande œuvre qu’ils réaliseront. Nos défauts et qualités ne se modifient guère avec l’irruption du Seigneur. Ce qui sera transformé en eux sera le dialogue incessant avec leur Dieu, le vrai Dieu, Celui qui ne déçoit pas. Il fera connaître à François la « joie parfaite » qui est celle du dénuement ; et à Ignace, parmi d'autres grâces, la douceur des larmes qui accompagnent l’oraison quand elle déchire notre suffisance et ouvre sur le monde entier.

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Cela n’empêche pas l’âme innocente, que je dois pour partie à la vieillesse,  de relire la série des Chroniques de San Francisco, a quoi Maupin, qu’il en soit loué ! vient de donner un huitième tome : Mary Ann en automne… 

17:49 Écrit par Ephrem dans Actualité, Foi, Litterature, Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/06/2011

Croire, c'est croître dans la foi

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Cette image, je la tire de mon quotidien du matin. Elle en rappelle une autre, que vous connaissez bien, que vous trouverez ici si besoin est. La Piéta sculptée vers 1500 par Michel-Ange pour Saint Pierre de Rome : un marbre de douleurs, où s’imposent comme des anges l’harmonie, la beauté, et la paix. La réplique que je vous invite, aujourd’hui,  à regarder, est tout autre. Elle s’expose ces mois-ci à la biennale de Venise, c’est l’œuvre de Jan Fabre, le sculpteur flamand mondialement connu. Je cite ce qu’en dit Guy Duplat, l’envoyé spécial de la « Libre Belgique », page 53 du journal des 4-5 juin :  « la Vierge a une tête de mort ». La précision n’était guère utile : qui ne l’avait remarquée ? Quel en serait le sens ? Son absurdité : ce n’est plus une femme vivante qui accueille son enfant détaché de la croix : c’est, absolue comme un squelette dépouillé de toute chair, la méchanceté du Temps. Utiles, en revanche, les deux autres informations du journaliste : c’est l’amie de Fabre qui a servi ici de modèle  à la Vierge. Et dans ses bras, c’est l’artiste lui-même, Jan Fabre, tout habillé, qui tient la place du Christ. M. Duplat n’a pas la sottise de se scandaliser : « Une œuvre nullement blasphématoire. »  Puis il propose une explication :  « Il s’agit de montrer la souffrance de la mère et la place de l‘artiste qui meurt pour son art. »  Ici, je doute beaucoup de la souffrance de ce cadavre, et tout autant que la passion de l’artiste soit comme une Passion. Mais soit…

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Nos arts – musique, poésie, peinture – sont marqués depuis cent ans (le début du XXe siècle) par un énorme doute sur eux-mêmes, sur la légitimité de leurs moyens. La musique crie ou grince plus qu’elle ne chante, la poésie marche à contresens, la peinture ne va plus sans poser des énigmes… Je me souviens qu’en 1966, le grand prix de la même biennale de Venise avait été une toile immense où rien – rien - n’était peint ! Toile que l’artiste avait lacérée en son milieu, d’un coup de couteau. Sens probable, parmi d’autres possibles : aujourd’hui, la peinture n’a plus d’avenir,  elle se suicide.

 

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Qu’aujourd’hui la religion chrétienne ait à subir le même questionnement que les arts ne devrait pas étonner. Nous créons autrement qu’hier, nous croyons autrement aussi. Pas seulement les chrétiens ordinaires, mais aussi les prêtres et laïcs en charge de mission apostolique. Parce que nous ne pensons plus que Jésus ait « forcé » les consciences par des miracles évidents. Ni que les prophéties dans leurs diversités et imprécisions eussent été aussi évidentes que Luc le fait dire à Jésus le soir d’Emmaüs. Mais je reviendrai sur tout ceci. C'est parce que Tu m'aimes par-dessus tout, mon Christ, que je parie tout sur Toi. C'est parce que je suis critique que ma foi contribue à la venue de Ton royaume.

23:20 Écrit par Ephrem dans Arts, Foi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/04/2011

Alleluia !

Emmaüs encore.jpgJe ne voudrais pas que passe la fête de Pâques sans que j’ai dit ici, tout à la fois, ma bonne humeur et mon extrême épuisement. L’épuisement est physique : les quatorze ablations dans le cœur subies par catheter se sont faites avec succès, me dit-on, mais de cette réussite, je ne ressens pas encore les effets ; je me traîne, amaigri et perpétuellement fatigué. Quant à l’humeur, étrangement, elle est plutôt joyeuse. L’étrangeté est l’abondance des larmes qui me viennent aux yeux à tout propos. Je me sens comme quelqu’un qui s’en retourne où il est né, après un long séjour au bizarre pays des passions, des risques et du feu. Où je suis né, il y aura mon père, que je ne connais pas, que je découvrirai  ; et ma mère, dont je me ré-enchanterai. A l’Eglise, du baptistère à l’autel en passant par le confessionnal et le chemin de croix, il y a déjà, qui m’accueillera en souriant, mon Créateur, mon Sauveur, Celui que fut vraiment, dans l’ombre, dans le froid et dans le silence, mon Amoureux. Ne me consolez pas, je vais bien. Le Christ est ressuscité et je suis en train de ressusciter avec lui.

 

Finger - cf. Flickr.jpgAu dehors,  je vois avec tristesse que l’Eglise catholique subit la persécution. Puisse-t-elle en être purifiée ! Cela sera si elle sait éviter le rigorisme pharisien. Les journalistes, comme des chiens, sont en chasse. Tantôt le monarque belge perd le droit d’être chrétien, tantôt l’archevêque celui d’être clément vis-à-vis d’un collègue qui a manqué jadis, jadis ! à la vertu de chasteté, à une époque où celle-ci suscitait surtout des critiques, - un collègue qui avait plutôt manqué de discernement pour n’avoir pas senti l’imperméabilité absolue qu’il y a entre la sexualité des adultes et celle, entièrement sui generis, des enfants…  Mais parlant comme je fais, je vais m’attirer les foudres des vertueux, c’est-à-dire de tout le monde, et franchement, je n’ai plus la force de me battre, d’être l’avocat des pauvres, les vrais pauvres, ceux qu’il est convenable d’accabler… Ah ! Ce n’est pas seulement le Japon qui est patraque et privé de Dieu, ni les pays arabes où l’on ne maudit bien que ce qu’on a d’abord adoré. C’est l’opinion publique occidentale qui est moche, avec son désordre économique, son anarchie politique et l’hypocrisie morale qui y sont comme des lois.

18:28 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

22/03/2011

J'en veux à Dieu...

ofrtp-japon-seisme-nucleaire-top-20110312_large___.jpgL’instabilité du monde est troublante. Après Haïti, dont les malheurs géologiques ont paru presque fatals, parce qu’en accord avec la misère du pays et (injustement) avec la jovialité de la population primesautière, voici qu’est frappé le Japon, ce laboratoire industrieux et industriel dont le mode de vie est une liturgie, dans des villes fonctionnant comme des temples. Ici l’homme ne s’est pas laissé vivre au soleil, il s’est mobilisé pour obtenir de la nature physico-chimique la servilité qu’il était en droit de réclamer – selon la Genèse (2, 28). Mais l'esclave Nature vient de manifester son insoumission en inondant par vagues immenses des kilomètres carrés de terre, puis en démantibulant les trois fortins censés garder le trésor vivant de l’Energie. Qu’est-ce qui se passe ? Dieu, dont les psaumes de David et le livre de Job, en guise de réponse à la plainte des Justes éprouvés,répètent la toute-puissance de Créateur et de Sauveur, « cela ne te fait donc rien que nous périssions ? » (Mc, 4, 38).

 

Kadhafi 2 imagesCAOODCZ8.jpgEn Lybie, nous jouons les sauveurs, les vengeurs, - après avoir tellement tardé que le péril s’est complexifié, renforcé. Ici ce n’est plus la matière qui est en rébellion, c’est l’esprit. Kadhafi Père a adressé au monde le défi de menaces aussi immorales qu’ outrancières ; et son fils Saïf al-Islam, le déni méprisant de la réalité : « Non, il ne se passe rien en Lybie », puis : « C’est pas nous, c’est al-Qaeda ». Ces jours-ci, le régime a proclamé un cessez-le-feu, pour mieux le transgresser deux heures après. Perversion. Qui n’empêche pas le danger. Tripoli est en train de retrouver l’image de la faible proie convoitée par les puissances pour des raisons cachées. Le pétrole. Et sur les rebelles, le discours majoritaire en Occident redevient condescendant : ils ne sont plus le Peuple, ils sont… eh bien des rebelles, justement. Ce qui est exact. Quoi qu'il veuille, notre illégitime gouvernement a déclaré la guerre. D’où l’étrangeté du trouble où nous vivons. Autant le Japon inquiète mais rassemble les hommes de bonne volonté, autant la Lybie les disperse sans les inquiéter vraiment.

 

1489877754.jpgCe blog n’est pas politique, et je ne vais pas vous infliger mes prévisions pour l’avenir. Ce que j’ai à dire, c’est ma consternation morale, « existentielle ». Franchement, j’en veux… comment continuer ? Oui, j’en veux à Dieu de son éloignement. Comment celui que nous nommons avec Jésus 'Notre Père' tient-il ainsi en défaut ce qui est dit de lui par Lui ? Il ne lève pas pour nous sa main puissante, Lui qui a censément créé le monde. Il laisse les menteurs répandre l’imposture, et les injustes la terreur, lui qui a censément arrêté Pharaon - et pour qui, selon Jésus, importe le moindre cheveu de notre tête…

 

photo-cameron-diaz-chauve.jpgNous n’en demandons pas tant : ces cheveux, la plupart des mâles te les abandonnent d’avance, ô Père. Il s’agit de notre vie actuelle, du royaume terrestre, où nous souhaitons aussi que ta volonté soit faite, et où, après la venue de ton fils, tu te crois dispensé d’agir encoreJe ne suis pas fier de ces mini-blasphèmes que je murmure ici comme un sot – comme Eliphas, Baldad et Sophar, les amis de Job. Aide-moi donc à transformer ces griefs en prière, Seigneur mon Père, Toi que la fatigue de mon sang et l’anarchie de mon cœur ne me permettent plus d’imaginer dans l’ombre, quand vient la Nuit, et que je ne dors pas… Ce n’est pas pour moi que je prie, j’ai eu ma part d’amour et de gloire en ce monde (la gloire, concept ridicule en milieu incroyant, mais qui sature toute la liturgie qui la rapporte inlassablement à Dieu : faut parfois se demander ce que ça veut dire*). Je te prie pour la jeunesse qui voit son avenir compromis. Aujourd’hui, vas-tu laisser toute vie terrestre contaminée par la radio-activité ? Rappelle-toi qu’à Noé, tu as promis de ne plus jamais exterminer notre race. Vas-tu laisser la sauvagerie, le mensonge et la cruauté raffermir leur trône dément au sein des nations ? Rappelle-toi comment tu as, selon Daniel, « compté, pesé, divisé »  le dernier roi de Babylone, Balthazar. Parce qu’il n’y a qu’un seul Roi possible : le roi des Juifs, Jésus de Nazareth…

 

·         Réponse d’Irénée, au IIe siècle : La gloire de Dieu, c’est la vie de l’homme… Gloria Dei homo vivens (Adv. haer. IV, 20, 1-7)

 

·         Les journaux francophones n’en ont pas dit un mot ; les néerlandophones, concernés – il s’agit d’un des leurs – ont parlé de lui avec bienveillance, sans inutile pudeur. Le curé-doyen d’une ville flamande s’est jeté dans la Lys un dimanche, à la mi-février. Sans que personne ait été là pour le dissuader. Pour partager, donc enrayer son désespoir. Le corps a été retrouvé un mois plus tard ; et enterré samedi dernier. Ce prêtre était une vocation tardive. Et aussi un homosexuel « pratiquant ». Aimé de ses paroissiens, mieux connu de ses frères selon la libido. A la fois gentil, coopératif, gai et gay, il trouvait plaisir, faute de mieux, dans l’humiliation imaginaire d’être ce qu’il était. Accueille-le, bon Maître, lui qui nulle part ne fut vraiment chez lui.  

 

·         Personalia. J’entre en clinique le 5 avril à midi pour être opéré le 6 à 8h30. Rappel : ablation de la fibrillation auriculaire par radio-fréquence. Ce n’est pas gagné d’avance (ni perdu :-), c'est seulement une aventure dont mon cœur n'est plus capable de se dispenser. Tois mois que je me traîne, ça suffit ! – « Et si on ne se voit plus… ? ». Pardon : si on ne se lit plus ? Sans dramatiser, sachez que j’emporte de vous qui m’avez accompagné dans mes rêveries scripturaires un souvenir vraiment fraternel. La paix soit avec vous, mes sœurs et frères lointains et chéris ; que la vie vous soit clémente, et la mort, un jour, plus douce encore que la vie. Amen.  

21:42 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

10/03/2011

A la tête des péchés

Bosch Jerôme Les 7 péchés capitaux.jpgJ’ai reçu, du pouce de Mgr Léonard, le signe me rappelant que je suis poussière. Ne le savais-je pas ?  Un peu trop pour l’instant : trop, car le Vanitas vanitatum me pousse à bien dormir, à absorber comme des cachets des feuilletons américains dont j’oublie l’histoire d’un épisode à l’autre, à ne prier qu’en grognements fatigués. En revanche, me « convertir à l’Evangile », j’en dois me rappeler la constante nécessité. Hier, j’ai considéré les sept péchés « capitaux », càd (Catéchisme romain n° 1866) les péchés meneurs, ceux qui en entrainent d’autres, pour voir auxquels je pourrais faire la chasse.  Si ça vous tente, suivez-moi. Je vais dire "je", fatalement : comment faire autrement ? A cet examen de conscience,  je prends quelques risques - celui du ridicule, en premier.  

 

trio_gourmandise.jpgJe n’aime pas vraiment manger, la gourmandise m’est inconnue ;  à preuve mon poids normal depuis toujours. N’allons pas déséquilibrer le système ! Et boire ? Ah ! L’alcool, surtout la bière trappiste, oui, ça, j’aime,  mais je paie l’euphorie que cela m’apporte en maux de tête le lendemain, et j’y ai renoncé sans vertu : par sagesse.  - Bon. Et les bonheurs, voire les plaisirs du sexe ? Ils me sont devenus naturellement difficiles en 1998 (un crabe naissant), si bien que je leur ai trouvé une porte de sortie : transformer en sacrifice une incommodité de l’âge. J’ai fait, en l’an 2000, un vœu privé de chasteté. Ce qui a jeté sur ce renoncement une lumière douce, dont ni Dieu ni moi ne sommes dupes : on (je dis on par pudeur) on n’est pas là dans l’offrande suprême qu’on fait à vingt ans ; mais comme pour tout le reste, on sent là de grands souvenirs, comme des félins,  domestiqués, beaux et dormants. Et on entretient leur sommeil. De quoi s’agit-il finalement ?  « Seigneur Jésus, je T’offre mes restes… » Ce n’est pas glorieux. Qu’importe. Restent les cinq autres péchés capitaux  : orgueil, avarice, colère, envie, paresse.

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J'aurais besoin pour changer d'opinion d’une révélation spéciale du Sauveur, car c’est étrange, je tiens l’orgueil pour un vertu. Entendons-nous : il ne s’agit pas de rivaliser avec Dieu, notre Père, mais du contraire : se souvenir  de ce que le Fils a fait de nous, et s’en enchanter. « L’orgueil est ce par quoi l’homme se souvient de son origine divine, et tient debout. »  Je ne sais où j’ai entendu cela, mais l'idée m’a accompagné toute ma vie, et m’a retenu sur le chemin des vilenies. Mon icône Françoise Giroud, l’avait pour sa part oubliée quand elle envoyait, avant de se suicider, des lettres anonymes et basses au fringant JJSS qui l’abandonnait. Chère Françoise, institutrice de mes quarante ans... -  Quant à l’avarice et à la colère, je n’y suis pas du tout enclin. Par goût de la vie simple, sans façons, casanière, ô paix de la pauvreté ! et parce que j’ai expérimenté que la colère trouble le colérique bien plus qu’elle ne résout les problèmes qui la justifient.  

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 Restent la paresse et l’envie. La paresse est un de mes traits de caractère les plus accusés. J’ai pourtant "agi" beaucoup, au cours de ma vie, et sans m'y forcer. C’est qu’avec le goût de musarder, de rêvasser, de regarder passer le temps, j’ai hérité en outre d’une émotivité si puissante intérieurement qu’elle déborde extérieurement. Quand le sentiment est là, l’énergie le suit. Heymans-Le Senne qualifiait ce caractère de "nerveux".  Soit. Ce n’est donc pas moi qui ai entrepris de réaliser le film de fiction « Forte et Muette », en 1963, mais mes élèves qui m’y ont poussé – et comment leur aurais-je résisté ? Je les aimais. Ce n’est pas moi qui ai sollicité la direction de l’Ihecs en 1984 quand deux directeurs successifs en bagarre avec le pouvoir organisateur (ou l’inverse : le PO en bagarre avec eux) eurent mis l’institution objectivement en difficulté. Je me souviens de l’indifférence avec laquelle, le 13 juillet 1984, poussé dans le dos par toutes les parties en cause, je suis allé à la messe du soir au Gésu, face au Botanique, pour que Dieu me dise tout bas ce que Lui attendait de moi. J'aimais Dieu. Aimer. Y a-t-il autre chose qui m'ait jamais mis en mouvement ?

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 L’Envie… Il y avait dans la Libre Belgique d'hier un article merveilleux d’Armand Lequeux sur ce dernier vice, dont on se croit facilement exempt. A tort. Je m'en reconnais porteur. Vous le trouverez ici, mais je le reproduis aussi en « commentaire », parce qu’il pourrait disparaître avec le temps, et que, de cette réflexion lumineuse, sans moralisme benêt, je désire tout garder, m’inspirer. Lisez. Se réjouir du bonheur d’autrui. Des qualités d’autrui. Des chances d’autrui. De la santé d’autrui. Se réjouir vraiment. Jouir comme au Ciel de la Sainteté des Autres…   

06/03/2011

Bonne nouvelle et histoire drôle

La vie, pelouse qu'on lessive et suspend....jpg

C’est décidé, et la décision me revigore. En avril, l’équipe cardiologique des Cliniques Saint Luc prend  « mon cœur en mains ». Finis les entrechats et autres extrasystoles de cet animal indocile, finie la course au pouls le plus rapide, - ou le plus lent selon le cas. En quoi consistera l’opération, ça, je n’ai pas bien compris. On parle d’ablation, mais de quoi ? Et « d’isolation de veines pulmonaires », qui mêleraient indument leur mouvement, si je traduis bien, à celui qui seul est prévu. En ce mois de mars, objectivement, rien n’est donc changé dans mon état de santé ; l’arythmie cardiaque mène toujours son carnaval. Mais subjectivement, je vais bien ! Savoir que mon mal sera pris de front, ou à la racine, je ne sais comment dire, me ressuscite. Ça ira ou ça n’ira pas, on verra,  mais l’essentiel pour moi est qu’on  fasse quelque chose. Invivable, en comparaison, est la double malédiction de penser que son moteur est trop vieux pour que le garagiste renonce à l’entretenir, et de constater qu’il est pourtant assez réactif pour qu’on ne se résigne pas à être au lit toute la journée… Bon. Changeons de sujet, ou plutôt traitons l’affaire d’autre façon. J’ai pour vous une histoire drôle.

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Je la tiens du nouveau diacre de mon village natal, qui a épousé la sœur d’un ami d’enfance. Cet ancien journaliste de Télépro, hebdomadaire qu’il créa dans les années 60, vient de publier à compte d’auteur (je crois)  un roman à la fois bien-pensant et révolutionnaire, dont l’écriture est sans prétention mais la lecture jouissive. On y rêve comme fait un enfant. Référence : Jacques DESSAUCY, La fille du pape, Mémory Press, 2010. Pour vous procurer le roman ou atteindre l’auteur, taper ici :  contact@memory-press.be. L’expérience ecclésiale de ce Jacques, vivant sans amertume mais sans aveuglement son statut de sous-prêtre marié en milieu traditionnel, confère à ses réflexions et inventions un intérêt supplémentaire. Faut dire que son « supérieur », le curé de Tellin, est un Africain qui lui laisse peu de place, à ce que j’ai vu : à la messe, le diacre ne se voit confier que trois missions. Dire l’évangile (mais jamais l’homélie), donner au public le baiser de paix, et lui distribuer la communion. Rien d’autre. Pour ça, une ordination ? Hm. Le curé, par chance, est d’un bon niveau intellectuel, il pratique une exégèse judicieuse et évite les leçons de morale intempestives. Avec un timbre un peu chantant, il lit, sans hésiter ni improviser, un texte de deux pages qui satisfait ses paroissiens. Bref, « Jacques » n’a pas à se plaindre du peu de travail que lui donne l’« abbé  Freddy » - puisque ainsi s’appelle ce prêtre curé, dont le nom de famille semble à ce point imprononçable pour toute la paroisse que son prénom lui tient lieu de nom officiel. 

J.DESSAUCY, La fille du pape.jpg 

 

Le roman conçu par Jacques Dessaucy est un prône d’une autre sorte. L’histoire se passe dans les années 2020. Le nouveau pape est un veuf, père d’une certaine Béatrice, une femme toujours célibataire malgré ses 36 ans. Regardez-les page 152, par exemple,  en Côte d’Ivoire, où le pontife « Jean-Pierre Premier » fait au clergé local une visite éclair et imprévue, en évitant les solennités que nous savons. Il n’est pas question de messe. Mais de repas.

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« Le repas se déroula dans une ambiance détendue. Le pape commença à raconter certains souvenirs amusants de ses voyages en Afrique. Les évêques enchaînaient sur un  ton badin . Silencieuse, Beatrice observait.  Ce comportement rejoignait un phénomène qu’elle avait maintes fois observé lorsqu’elle avait eu l’occasion d’accompagner son père dans des rencontres ecclésiastiques. Quand ceux-ci mangeaient ensemble, ils ne discutaient habituellement pas des affaires de l’Eglise mais de choses profanes. C’était souvent des souvenirs, mais aussi des blagues. - Connaissez-vous l’histoire de paul et de l’inondation, fit le pape ? - Non, répondirent plusieurs voix. -Il y avait une inondation dans la vallée où habitait Paul. L’eau envahit sa maison. Puis elle monta, monta tellement que Paul dut se réfugier sur son toit. Une barque passa et invita Paul à monter à son bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’eau monta encore, obligeant Paul à monter au faîte du toit. Un canot à moteur arriva et l'invita à monter à bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’inondation se fit encore plus forte. Paul, au faîte de son toit, avait de l'eau jusqu'à la ceinture. Un hélicoptère arriva et se positionna au-dessus de Paul. Une échelle de corde se déroula. Le sauveteur lui fit signe de grimper. «Non, cria Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. » L’eau monta à nouveau, tant et si bien que Paul fut noyé ...

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Au paradis
, il fut accueilli par saint Pierre.  - « Je voudrais déposer une plainte. »  - « Je vous  écoute, fit saint Pierre.»  - « J'avais totalement confiance en Dieu. J'avais la foi qu'Il allait intervenir et me sauver d'une inondation. Pourtant, je suis mort noyé. »  -  "Attendez, dit saint Pierre. Je vais voir.»  Il s'assit devant son ordinateur, tapota sur quelques touches puis déclara: - «Je ne comprends pas. On vous a envoyé une barque, un canot à moteur et un hélicoptère...»

 

Les évêques éclatèrent de dire. Béatrice reconnut bien là son père. Il aimait raconter des blagues mais celle-ci, plus qu'une blague, était une sorte de parabole.

24/12/2010

Dieu dort

Georges de La Tour, Nativité.jpg

Au premier plan dans la pénombre,  une main de femme, levée comme une bénédiction, cache la flamme d’une bougie. Qui projette sa lumière sur la tête de l’enfant Jésus, habillé de blanc, et dormant du « sommeil du Juste ». Le visage du nourrisson attire d’abord mon attention, puis il m’invite à me tourner vers celle qu’il illumine, sa mère. Vêtue d’une robe pourpre, tenant son enfant sans le retenir, les yeux mi-clos sur un spectacle intérieur qui n’est pas le bébé, Marie semble exposée et nous exposer à la chaleur douce émanant d’un feu tout près, dans l’âtre.



Voilà donc le Verbe de Dieu : un verbe in-fans, qui ne parle pas. Le Verbe de Dieu dort. Qu’est-ce à dire ? Qu’est-ce qu’il y a là comme théologie ? C’est à Xavier Thévenot vieillissant que je dois ce genre de réflexion. Dieu vient sauver le monde, et il commence par passer des heures et des heures à dormir, comme tout nourrisson attendant tout de la seule prévenance de sa mère. On songe à cet autre sommeil plus tard, quand il sera adulte, dans une barque, tandis que les vents et les vagues se déchainent sur le lac de Galilée et que les disciples ont peur. Là aussi le verbe de Dieu se fie à des êtres humains. Sa mère, son père adoptif, ses disciples, l’Eglise. Avant de nous prêter sa force, quand besoin sera, Dieu s’en remet à notre petite sagesse. Sa « gloire », il la laisse d’abord à notre « bonne volonté ».

 

[Il y a aujourd’hui trois ans que ce blog a été instauré. Vais-je le clôturer ? 1. Il me semble avoir tout dit ; désormais un petit vagabondage au hasard dans mes archives suffit à renseigner le passant sur le double point de vue réaliste et mystique que j’ai proposé toute ma vie, avec enthousiasme. 2. Je suis fatigué. La fibrillation cardiaque apparue en 1997, soignée en 2003, est réapparue, plus invalidante, si bien qu’une  nouvelle procédure d’ablation est envisagée, malgré mon âge. Tuile. 3. De toute façon quelque chose doit changer, car rien n’est durable dans les procédés actuels de communication;  mais je distingue encore mal ce qui devrait éventuellement subsister – à part l’écriture, ce medium avec lequel je m’identifie. -  Merci aux lecteurs fidèles, particulièrement à ceux qui ont fait plus que me lire, qui se sont risqués à « commenter ». Ils peuvent encore passer ici de temps à autre, il y aura toujours un peu de lumière, j’imagine, - enfin des braises, sur lesquelles quelqu’un soufflera. Quelqu’un : vous ou moi… Et j’indiquerai un jour et comment un nouveau projet  pourrait être lancé – s’il l’est. En attendant, Dieu rende à chacun de vous, connu ou inconnu,  les richesses et les bonheurs spirituels qu’il m’a donnés]

21/12/2010

Le soleil de Satan

 La foule tigresse.jpgNos évêques se soumettent aux investigations d'une commission parlementaire, où le pouvoir judiciaire est curieusement absorbé par le pouvoir législatif. C'est sagesse. Il faut ce qu'il faut. Mais je pense comme Me Quyrinen que les questions posées par les Lalieux, Landuyt, et Deleuze manquent de courtoisie et... de bon sens. Quoi ! Monsieur Van Looy, vous n'avez pas encore communiqué au parquet les six on-dit anonymes récemment reçus ? Seriez-vous complice ? J'exagère mais à peine. Pendant ce temps, les commentateurs, dans la Libre et le Soir, continuent à lapider vertueusement le premier criminel de Bruges...  - Je prie, je rêve. D'où vient l'écoeurement qui est le mien devant ces jeux orgueilleux, plombés,  qui s'organisent  dans  les  petits Colisées modernes ? Ces Caïphe, ces Pilate, je n'ai rien à leur dire, ce sont les grands du jour. Mais peut-être à Judas ?

 

Repentir de Pierre, peinture Xienne, Sr Catherine.jpg...Père Vangheluwe, si par quelque hasard vous lisez ceci, sachez qu’il y a au moins un chrétien qui prie avec vous, qui prie pour vous. Ne désespérez pas : le Dieu que vous avez offensé dans le corps détruit d’un enfant, c’est Lui seul qui vous jugera, ce n’est pas la foule.

 

Pardonnez à la foule : les égards obligés qu’elle a eu pour vous du temps de votre gloire lui reviennent comme des vomissements, c’est la nature. Et regardez vers Dieu sans désespoir : le juste Juge pense, il l’a dit en s’incarnant et en mourant, que vous ne saviez pas ce que vous faisiez. C’est notre foi. Le plus profond de notre foi.

 

Donnez à votre Eglise ce témoignage ultime : depuis les profondeurs où vous êtes, votre inaltérable confiance.  Quelque chose, par vous, se manifeste, qui vous dépasse et nous dépasse tous : le mystère du mal, et le mystère plus grand du salut universel. Dieu sauve. 

 

Humblement, fraternellement.  

13:23 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

14/12/2010

La vengeance de Dieu, c'est nous sauver.

Epiclèse anté-consécratoire.jpgDimanche, l’abbé Jacques Jordant, 84 ans, ancien professeur de religion dans les athénées de l’Etat, fait à Ste Gudule une homélie dont son public reste pantois. Je dis bien son public : comme il ne prêche qu’un dimanche sur quatre, pas mal de gens téléphonent au doyenné pour savoir si c’est lui, ce dimanche-là, si donc leur trajet jusqu’à Bruxelles-Centre en vaudra la peine… Eh bien, ce dimanche, il a été génial. Sublime, mais troublant aussi. Inattendu. L’orateur maître de lui qu’il est habituellement était comme fiévreux, s’accrochait à l’ambon sinon au micro, s’acharnait à nous dire quelque chose que nous, son public plutôt bourgeois, nous n’avions pas encore vraiment entendu depuis dix-sept ans qu’il célèbre à 11h30… Vraiment ? Oui.

 

cathedrale à la messe des familles.jpgQu’est-ce qu’il a dit ? Lisez bien. Les mots que je mettrai ici en italiques et que je soulignerai, ils sont assez « lourds », assez extraordinaires pour que je les aie fixés dans ma mémoire : ce sont les siens. L’ordre des idées aussi est le sien, numérotation incluse. Il a lu Quintilien, le bénéfique abbé, il en a  assimilé l’art oratoire, qui n’a rien à voir avec la rhétorique d’Augustin. Aucune place ici pour les jeux de mots. Les termes fonctionnent comme ils sont. Qu’on les entende pour ce qu’ils disent.  - Reste que je n’avais pas d’enregistreur et si un propos heurte quelqu’un, qu’il me l’attribue : je l’assume. Voilà.

 

Fille endormie sur un chameau, Xiang, VIIIe siècle.jpgDans le Royaume que Jésus annonce, « la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ». Aux boiteux, aux aveugles, aux morts. On vient de l’entendre dans la lecture de l’Evangile. En ce qui concerne Jean-Baptiste, J.J. fait d’abord un sort à une compréhension mesquine qu’il y avait autrefois du texte suivant de Matthieu : « Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui. » On disait aux enfants : le Baptiste, c’est l’ancien testament, où il fut le plus grand ; mais dans le nouveau testament, il ne compte pas. C’était oublier que la notion d’Ecriture sainte, au temps où l’Evangile était annoncé, ne renvoyait qu’à l’ancienne alliance, toujours valable. Que dit donc Jésus ? Que le Baptiste est plus qu’un prophète : c’est le Messager qui prépare le chemin du Royaume. Prépare à qui ?

 

Mechanical Pig, de Paul McCarthy.jpgLe nouvel ordre des choses tel qu’il se déploie dans la vie nouvelle, c’est le salut pour ceux qui ne valent rien. « La vengeance de Dieu, c’est de nous sauver », disait Isaïe dans la première lecture. « Imaginez le plus vicieux des hommes, le plus moche, le plus démuni de tout y compris de toute vertu, c’est lui qui est d’abord à sauver. » C’est pour lui que le Christ vient. Pour lui que s’édifie le Royaume, c’est lui qui est le petit, au centre. C’est lui qui, dans le Royaume, doit être le plus grand.

 

patience.jpgAlors devant ça, nous devrions, nous, avoir trois réactions, trois sentiments, ou trois attitudes, comme on veut. 1. D’abord l’humilité. Ca ne veut pas dire se mépriser, se détester, s’attribuer (avec orgueil) tous les défauts possibles, c’est reconnaître que nous, que moi, j’ai besoin de salut. Que je ne suis pas spontanément dans le Royaume. Que je n’en suis peut-être pas membre du tout, aujourd’hui encore, malgré mes  messes et mes bonne œuvres : que j’ai besoin de Lui pour y entrer… 2. Puis , les uns pour les autres, avoir un sentiment… quel sentiment? Les premiers chrétiens ont inventé un mot pour ça, le mot agapè, à partir d’une racine qui signifie "conduire vers", "tracer  un chemin, tiens ! le chemin du Baptiste. Aller vers l’autre, l’autre qui est vraiment autre, mais de qui je dois me soucier, que « j’aime », qui est même une part de moi…  3. Et enfin, il y a ce dont St Jacques nous rebat les oreilles, ce qu’il répète quatre fois dans la 2e lecture du jour, avoir de la patience ! Pour Dieu, mille ans c’est comme un jour, dira Pierre, Dieu est lent. Attendons. Donnons-Lui le temps qu’il faudra. Empruntons le chemin de la préparation, le cœur plein d’espérance, jusqu’à ce qu’il vienne. Pour faire quoi ? Nous sauver, encore et toujours, vous n’aviez pas compris ? Nous sauver.  Amen.

08/12/2010

Marie exceptée

  mille cieux.jpgLe genre humain  dont on exalte toujours la dignité quand on lui interdit le plaisir des chats et des lionnes, c’est pas grand-chose.  Un péché d’origine frappe les gens à leur conception comme une tare, sans que chacun y puisse rien. Heureusement, Dieu peut tout. Par exemple faire un monde aux galaxies inutilement innombrables, et gaspiller trois millions de spermatozoïdes par mililitre du sperme qui créera un être humain. Qu’il ait plu à ce cher Tout-Puissant de faire une seule exception en l’honneur d’une mortelle, comparativement, c’est pas énorme, mais soit, très bien, merci, c’est bien de l’honneur. Je m’en réjouis pour Marie, et je la félicite comme je féliciterais un voisin qui a gagné le gros lot.

 

 

Ingres, Sainte Marie mère de Dieu.jpgPourtant, si attaché que je sois à sa présence discrète, sa féminité, sa maternité, j’ai du mal à voir dans cette immaculée conception de quoi partager le délire de St Alphonse de Liguori, par exemple, dont je vous offre le début d’un prône, emprunté au site du Salon beige (mes mauvaises fréquentations, je sais).

 

Alphonse de Liguori.jpgTitre : Combien il convenait aux trois Personnes divines de préserver Marie du péché originel. Début du texte :  "La ruine que le maudit péché causa à Adam et à tout le genre humain fut immense, car, en perdant alors la grâce d’une manière si malheureuse, il perdit en même temps tous les autres biens dont il avait été enrichi dans le principe, et il attira sur lui et sur tous ses descendants, avec la haine de Dieu, le comble de tous les maux. Cependant, Dieu voulut exempter de cette commune disgrâce la Vierge bénie qu’il avait destinée à être la mère du second Adam, Jésus-Christ, qui devait réparer le mal causé par le premier. Voyons combien il convenait à Dieu et aux trois personnes divines de l’en préserver, le Père la considérant comme sa Fille, le Fils comme sa Mère, le Saint-Esprit comme son Épouse." 

 

Meryemana, maison de Marie.jpgSi malade que soit notre Eglise aujourd’hui, je sais gré au Ciel de l’avoir débarrassée de pareilles idéalisations.  Ce n’est pas ce qu’elle fut au berceau qui pour nous définit Marie, c’est, de l’annonciation à la pentecôte, ce qu’elle fit, et devint. Pour Dieu, puis pour Jésus, puis pour Jean. – J’ajouterai comme fait Paul (1 Co 15, 8), en bon  avorton: pour moi aussi sur les hauteurs d'Ephèse, au mont Bülbül, dans cette maison où elle est morte. Provisoirement. Salve Regina.

 

05/12/2010

Messe d'en bas et messe d'en haut

Isaïe, 11, 1-10.jpgWeek-end singulier qui m’a amené à fréquenter deux assemblées liturgiques hétérogènes. La samedi soir, je participe, invité par l'officiant, à la messe d’une paroisse hors normes, où le temps de l’homélie est consacré à un partage de réactions à propos des trois lectures du jour, chacun pouvant s’exprimer sans être recadré, réfuté, encore moins ridiculisé. Le dimanche midi, je vais comme d'habitude à la cathédrale. Pourquoi, sinon pour y rencontrer à nouveau Dieu dont je ne me lasse pas, et subsidiairement assumer ma tâche de  lecteur. L’homélie y est confiée à la compétence d’un des quatre prêtres qui se succèdent au cours du mois. Aujourd’hui, ce devrait être le Père Pottier. Surprise : c’est le Doyen Castiau qui célèbre et qui prêche.

 

Christ sur un Ane.jpg« Je suis comme je suis, je ne cherche pas à être un autre », dit le pape à son interviewer dans Lumière du monde, p. 152. Moi aussi. Je reconnais avoir besoin personnellement d’une messe où les rites, sans être solennels, sont beaux, comme à Ste Gudule, à la Madeleine, à St-Nicolas. Sur le fond, je souhaite aussi que l’évangélisation soit moins un échange de visions personnelles qu’une initiation à la vision catholique telle que l’a vitalisée le chœur conciliaire. C’est dire que je n’étais pas trop à mon aise, d'abord, dans la petite communauté de samedi. Mais j’y ai été reçu comme un frère, j'ai communié avec ferveur à la prière, et j'ai éprouvé finalement grand respect pour cet office pauvre, digne et honnête (personne n’y trichait, c’était l‘évidence) où Jésus était là comme en vacances,  aussi actif mais autrement heureux que dans St Pierre de Rome, et où son Eglise parlait à travers tous ces participants non hiérarchisés, confiants, gentils… Avec plus ou moins de pertinence, certes, mais pas beaucoup moins que les douze apôtres jadis. Beaucoup plus en tout cas que Jacques et Jean lorsqu’ils réclamaient une place à gauche et à droite du Maître sur le chemin de Jérusalem.

 

Bernanos_resized_150x247_P15J_.jpgReste que le mystère chrétien ne se réduit pas à l’aménagement meilleur de la terre des hommes, mais à l’ardente préparation de notre divinisation future en Jésus. Il y a chez les gens comme une difficulté d’espérer, de croire en la vie du monde à venir qui finit par m’étonner. Pourquoi est-ce si difficile ? Je songe à Bernanos. Ne faisons pas le malin. Est-ce que cela, qui m’est donné aujourd’hui, ne me sera pas repris quand j’entrerai en agonie ?  Nunc et in hora...

 

Aurore de la Morinerie, Jean-Baptiste dans le désert.jpgA la « Cathé » ce matin, le Doyen Claude Castiau était, comment dire ?  « épatant » Un passeur qui indique deux chemins. Deux points de vue dans son homélie. La liturgie de l’Avent met en évidence, fit-il observer, trois personnages : le prophète Isaïe, la Vierge Marie, Jean-Baptiste. Et elle indique trois lieux de façon récurrente : d’abord l’Eden initial ou final, où le loup habite avec l’agneau ; puis Sion, çàd Jérusalem, càd la Ville rassembleuse où nous vivrons dans la plénitude du Seigneur l'unité et la diversité ; enfin le désert, cet endroit sans repères, sans chemin, sans sécurité, où le démon nous cache, comme des mines dans le sable, ces pièges plus ou moins grossiers que dénoncent les prophètes qui les ont repérés, Jean-Baptiste, Jésus lui-même… - Il  y avait encore autre chose dans l’homélie, mais ce que j’en ai « accroché »   m’a suffi pour nourrir ma prière de la semaine. Trois personnes, trois lieux. Ignace de Loyola aussi priait comme ça. Comment oublier ?

 

hors normes.jpgLa citation du pape continuait mystérieusement  : «Ce que je peux donner, je le donne, et ce que je ne peux pas donner, j’essaie aussi de ne pas le donner. » Qui potest capere capiat... On n’est pas sûr de comprendre, mais si c’est une reconnaissance de ses limites avec volonté de ne pas les dépasser, c’est beaucoup d'humilité. D'humilité peut-être pas... rassurante ?

22:01 Écrit par Ephrem dans Actualité, Amour, Foi, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

01/12/2010

Remplir les églises

imagesCA8T84UX.jpgJe partage avec le pape (et bien d’autres ;-) un désir passionné que « le Bon Dieu » redevienne une référence ordinaire, spontanée, qui aille de soi, dans l'existence des gens, particulièrement celle des Occidentaux qui ont appris à s’en passer. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent en se privant de cette Souveraine Bienveillance qui veille sur nous amoureusement, de la naissance à la mort. D’où vient cette stérilité toujours plus grande du grand arbre chrétien, tandis que le Croissant brille avec le même éclat et que le Gange baigne les mêmes foules ? Car il faut le reconnaître : les fruits recueillis au dernier Concile et après lui sont rares, malingres, et peu sapides. Que s’effondrent les vocations, que disparaisse la pratique des sacrements, est-ce à cela que nous nous attendions ? Que le Christ ne soit plus le bienvenu comme image sur nos murs et comme chant dans notre gorge, ô disgrâce ! ô honte ! Nécessité qu’il soit à nouveau vu et entendu…

 

D’abord, qu’il soit aimé. Et pour cela qu’il soit aimable. On a l’air d’énoncer ici un truisme, de demander ce qui est déjà obtenu. Pourtant, dans mon enfance et aujourd’hui dans certains clubs léonardophiles, j’ai beaucoup vu invoquer un dieu paternaliste et vindicatif, mesquin, un justicier à la mémoire impitoyable. Pis : je  vois aujourd’hui Benoit XVI s’y référer en douce comme à son Dieu. Je reprends ses propos déjà signalés.

 

On s'entend mieux dans le silence - Novy Pub.jpgLe pape nous informe de deux décisions qu’il a prises. 1. Il entend respecter rigoureusement le dernier concile, qui fait partie de l’histoire de l’Eglise, et donc de sa tradition.  Pour que les textes de ce concile soient « mieux lus », c.à.d. qu’ils ne servent plus de caution à l’irrationalité et au libertinage modernes, Jean-Paul II déjà avait trouvé nécessaire qu’on en fasse une synthèse. Qu’on élabore à Rome un  seul catéchisme faisant autorité, où les acquis de 1962-65 complèteraient les acquis d’autrefois. Il en avait chargé qui ? Joseph Ratzinger lui-même, bien tombé. En ce qui regarde la discipline, on a aussi rénové le droit canon en 1983. L’Eglise, pense Benoit, a donc bien assimilé Vatican II. 

 

2.  Mais ce concile n’est pas un événement isolé : il doit être replacé - pour être lui-même compris - dans la perspective des vingt premiers, dont la fécondité n’est pas terminée. Ce qui est découvert à Vatican II en 1962-65 n’est pas un supplément, encore moins un substitut, c’est un complément qui doit s’accorder avec ce qui a été dit en 1870 (Vatican I) et à Trente (1545-1563). Voilà ce qu’on avait oublié. On a trop vite balancé les acquis antérieurs, comme si Vatican II les rendait vains ou absurdes. Considérons mieux les anciens rites, les anciennes vérités, les anciennes vertus, dit JR, rendant espoir aux conservateurs jusque là mis de côté.

 

defaite - cf blog Etienne.jpgC’était quoi, ces mœurs catholiques d’hier ? Dans une lettre récente aux séminaristes, Benoît signale expressément que, nouveaux prêtres, ils devront prêter grande attention à ce que l’on nomme la piété populaire. C’est-à-dire ? Le pape ne le dit pas, c’est moi qui détaille, mais experto crede… Ce que j’ai vu, c’est ceci. Chapelets pendant la messe, appels au  miracle, dévotions à St Antoine ou Ste Rita, confessions obligatoires, annonce de la damnation toujours possible si on meurt en état de péché mortel, rappel que la sexualité fût-ce en intention est toujours matière grave, faisant perdre l’état de grâce si "pleine connaissance et entier consentement" sont réunis… Est-ce là le programme qui a jadis rempli les églises ? Non, pensez-vous, il devait y avoir autre chose. En effet : en même temps, invitation à traiter Dieu comme un marchand, comme un  homme riche ou un créancier qu’on peut se concilier par la bande – avec qui on négocie, c’est le mot. Voici un engagement du Ciel, topez là : vous ne mourrez pas « dans l’impénitence finale », si, une fois dans votre vie, vous communiez neuf premiers vendredis du mois de suite (selon le Sacré-Coeur à Ste Marguerite-Marie Alacoque vers 1680). Cinq premiers samedis du mois de suite suffiront, renchérit la Vierge aux enfants de Fatima en 1917. Qu’est-ce à dire ? Que la piété populaire, quand on l’exploite sans l’éclairer, fait de l’amour avec Dieu quelque chose qui ressemble moins au lien conjugal qu’aux liaisons tarifées (pardon).   

 

Table selon Norayr-Khachatryan.jpgEclairés, l’étaient-ils, ces hommes et (surtout) ces femmes assidus à l’Eglise ? Quelle sorte de liberté de choix avaient-ils ? 1860-1960 : époque de guerres, de poumons faibles, d’ignorance surtout. Ah ! l’ignorance ! Je vous donne un seul indice, on ne peut plus scientifique. D’après le recensement établi par l’Institut belge de statistiques sur l’année 1961 (Cfr J. Quoidbach, Faits et chiffres 1976, Belgique, Bruxelles, édition Rossel, 1977) 28 % des Belges sont alors des jeunes en cours de scolarité. Restent 72 % d’adultes : comment se répartissent-ils au niveau de leur instruction? Plus des 2/3, soit 50 % ont une scolarité de niveau primaire seulement (mais c’est déjà ça : l’enseignement primaire en Belgique n’est déclaré obligatoire qu’en 1914). Restent 16 % qui ont une scolarité de niveau moyen inférieur, 4 % qui ont un diplôme d’humanités, et 2 % un diplôme d’enseignement supérieur (1% technique ou artistique, 1% universitaire. La population belge n’est donc pas en mesure de vérifier, de contester, de purifier même ce que messieurs les curés lui transmettent. Elle est primaire. L’enseignement religieux est donc lui-même primaire.

 

au ciel, qui sait, la croix, le règne.jpgPas la peine de revenir à pareil enseignement aujourd’hui : ses fruits seraient nuls en matière de dévotion. L’instruction s’est généralisée, et un vrai savoir, privilégiant l’expérience et la conscience, a été mis en place par le MOC surtout, et par les laïcs – laïcs chrétiens, ou laïcs agnostiques.  Jamais plus une encyclique ne pourra dire aux gens comment il faut aimer, ce qu’il faut faire ou éviter, voire ce qu’est vraiment le « Corpus christi » qu’ils ont reçu sur la langue et qu’ils ont aussi regardé à la télévision. Que mon Eglise, comme elle fit entre 1955 et 1977, se décide à s’éprendre à nouveau des filles et des fils de son siècle, les écouter, leur faire confiance, et puis leur offrir pour rien ce qu’elle a reçu pour rien : la promesse de résurrection, la paix, la miséricorde, l’évangile, l’universalité. Je ne crois pas qu’un Vatican III est indispensable pour si peu de choses… Sont  absolument requis, en revanche, un pape et des évêques qui ne se désolidarisent pas, à la première nouvelle de l’infamie, de leur malheureux frère déchu à Bruges, pécheur au crime plus scandaleux mais non substantiellement différent de leurs fautes à eux, de leur orgueil, de leurs aveuglements, de leurs enfantillages mystérieux et bas. Leurs fautes comme les nôtres, comme les miennes. Pardonnées. Toujours. Dans le Christ, à cause de Lui.

26/11/2010

L'ancien chantage du christianisme

B16 images.jpgIl y aurait bien des choses à dire, concernant le livre d’interviews du pape Benoit XVI en vacances, offrant moins des idées nouvelles qu'un ton vraiment nouveau. Le pape interviewé six jours, vous voyez ça ! C’est unique dans l’histoire. Est-ce qu’on interviewe la reine d’Angleterre ? De Gaulle n’a accepté de l’être qu’à l’occasion d’élections décisives, après le premier tour en 1965, puis lors du référendum en 69. Mais prenons-y garde : ce n’est pas le pape Benoit qui s’exprime. Il le dit avec honnêteté, avec prudence aussi. Ce qu’il dit ne jouit pas de l’ « infaillibilité » reconnue au pape ; et pour une fois, il n’a même pas fait relire le texte par la Congrégation pour la doctrine de la Foi, comme il le fait normalement pour des propos qui engagent, ce qui montre au passage qu’il n’est pas un autocrate n’écoutant que son caprice, mais un pasteur travaillant en relative collégialité.

 

la rose, l'épine, l'épaule.jpgC’est donc ici le professeur Joseph Ratzinger qui nous parle, devenu pape, certes, mais qui l’oublie pour nous faire entendre le théologien qualifié qu’il est resté, homme de continuité plutôt que de progrès, vieillard pieux aussi que sa piété pousse à replacer au milieu du monde Dieu dont le monde s’est dépris. C’est le Bon Dieu, répète-t-il. Voire, répond le monde. Ce Dieu que nous avons encore honoré au XXe siècle voulait en effet nous « sauver ». Le salut, voilà qui était (qui est toujours, semble-t-il) la grande affaire. Mais voilà qui fait de nous au départ des condamnés. Condamnés à quoi ? Si c’était seulement au néant, au sommeil absolu de la mort, comme pour les animaux, cette promesse de salut serait la bonne nouvelle d'une vie éternelle. Mais historiquement, ce n’est pas ainsi que se présente le christianisme. Plutôt comme un chantage. Ce n’est pas "à prendre ou à laisser". Car à laisser les choses aller instinctivement, il y a risque de torture éternelle. « Pourquoi êtes-vous mis au monde ? Pour connaître, aimer et servir Dieu, et ainsi parvenir en paradis ». C’est le premier article du catéchisme de mon diocèse natal (Namur). Il ne s’agit pas d’être heureux, en paix, gentil : mais d’être ici-bas servant de à la Cour divine pour échapper au pire qui menace. A y réfléchir, je pense tout bas, puis tout haut : si l’Eglise a quelque chose à enseigner au monde, l’inverse aussi est vrai : elle avait quelque chose à apprendre de lui, comme le sentait Jean XXIII.

 

Ratzinger et Habermas - ImagesCAIBD9Y7.jpgVoyez ce que Mgr Ratzinger nous montre du Concile, qu’il dit en passant « non renouvelable », ce qui, le temps de son pontificat, a l'avantage de geler les faux espoirs. Vatican II, explique-t-il, a redéfini tant la destination (elle est faite pour lui) que la relation existentielle (elle fonctionne avec lui) de l’Eglise et du monde moderne. Après quoi il ajoute : « Mais transposer ce qui est dit dans l’existence et rester en même temps dans la continuité intérieure de la foi, c’est un processus bien plus difficile que le concile lui-même. » Traduction : c’était plus facile de voter alors les réformes que de les accorder aujourd’hui avec la doctrine de toujours comme je fais maintenant. Il ajoute avec pertinence : « D’autant plus que le Concile a été connu par le monde à travers l’interprétation des médias et moins par ses propres textes que presque personne ne lit. »  Ce qui explique le style médiatique du livre ! L’interviewé parle comme tout le monde – sur des sujets qui ne le supportent pas facilement.

 

fond et ton discordants.jpgJe mentionnerai ici à peine les propos sur l’homosexualité comme obstacle rédhibitoire à la prêtrise. Ils sont injurieux, et je redis à la dizaine de prêtres de sensibilité homo que je connais personnellement que leur travail dans l’Eglise m’a paru d’une plus grande fécondité que celui des ours myopes et autoritaires qui s’y prélassent en grognant. L’homophobie qui s’étale dans le discours de JR est plutôt signe de sénilité, d’emprisonnement inconscient dans  l’imagerie  mentale des années 30-40. Allons ! Ces préjugés contre les femmes, les juifs, les gays, les noirs, mon cher grand-père, Alfred Ier, mort à quatre-vingts ans en 1938, devait les avoir…  Je voudrais plutôt finir ce trop long blog par un beau texte, inattendu, de notre bon Joseph R. Je ne le commenterai pas, mais si des commentaires en sont faits, j’en serais ravi.   Et comment prie le pape Benoît ? demande soudain le journaliste.

 

22531_papeune.jpgRéponse. « En ce qui concerne le pape, il est aussi un simple mendiant devant Dieu, plus encore que tous les autres hommes. Naturellement je prie toujours en premier notre Seigneur, avec lequel je me sens lié pour ainsi dire par une vieille connaissance. Mais j’invoque aussi les saints. Je suis lié d’amitié avec Augustin, avec Bonaventure, avec Thomas d’Aquin. On dit aussi à de tels saints : Aidez-moi ! Et la Mère de Dieu est toujours de toute façon un grand point de référence. En ce sens, je pénètre dans la communauté des saints. Avec eux, renforcé par eux, je parle ensuite avec le Bon Dieu, en mendiant d’abord mais aussi en remerciant – ou tout simplement rempli de joie ».

21/11/2010

Christ, pauvre roi nu

jo seub - Who wants to live forever 13, 2008.jpgUne longue succession d’événements irrationnels ou déraisonnables, comme on voudra, dans le destin de l’Ihecs montois, « m’ obligea » à assumer sa direction en 1986. Délégué syndical et administrateur, j’avais auparavant manifesté mon inquiétude pour la survie de l’institution. On me demandait plus. Le « littérateur », l’homme des mots que j’étais, qu’il devienne  donc un homme d’action ! J’ai raconté cela ici, avec le reste, le dix mai 2008. Comment j’eus le sentiment que Dieu, sur la voie cahoteuse, me précédait - montrant où aller.    

 

L’Ihecs est restée jusqu’en 1993 au « troisième degré de l’enseignement supérieur Contrat CDI ens.catholique.jpgtechnique », c’est-à-dire qu’elle délivrait un diplôme que l’Europe ne reconnaissait pas officiellement comme une licence  universitaire. Du coup, l’engagement de professeurs se faisait sous des contrats établis par « la rue Guimard » (= le praesidium de l‘enseignement catholique). A l’article 3 de ces formulaires, on lisait que l’Ecole employeuse « appartenait à l’enseignement confessionnel, et plus précisément à l’enseignement catholique » ; et que son Pouvoir Organisateur était engagé « à enseigner et à éduquer les élèves sur base de la conception de vie fondée sur la foi et sur la morale catholique [faudrait une s, mais il n’y en a pas…], conformément [bien sûr] à l’enseignement des Evêques. » Après quoi cinq  articles exposaient les devoirs qui incombaient ipso facto au professeur signant le contrat, ainsi que la procédure qui serait suivie en cas de problème, dont le fait de « s’écarter publiquement et de manière durable, dans ses comportements, des règles de cette doctrine… ». Traduction : divorcés, pédés, concubins, cachez-vous. 

 

Je ne m’en suis rendu compte que peu à peu : même si cet embrigadement n’était que formel,  son énoncé seul, son libellé même était insupportable. En 89, Bruno était déjà une semaine sur trois à l’hôpital. J’ai consulté Alain, notre ami avocat, prié, puis décidé seul, un jour, de remplacer tout ça par un articulet en trois points, que j’ai fait dûment approuver sans problème par le P.O.  : « • Le membre du personnel prend acte qu’il enseigne dans un établissement régi par une philosophie ouverte d’inspiration chrétienne ; • il s’interdira donc, au sein de l’école, tout militantisme athée ou anti-évangélique ; • il garde néanmoins plein et entier son droit à la liberté de pensée et par conséquent d’expression hors duquel l’enseignement supérieur ne mérite plus son nom. »

Pauvre Roi - imagesCAP5V0R6.jpg 

Je suppose qu’aujourd’hui, vu l’air du temps, ces trois propositions ont disparu. Que même vous, Monsieur Dubié, seriez tout à fait à l’aise dans cette école où Dieu permet comme partout qu’on l’oublie. Où il reste là, pourtant, croyez-moi. Taiseux mais aussi actif qu’aux temps jadis où j’y priais, David minable. - Actif ? dites-vous. Je ne vois pas. Où donc ? Dans les âmes.

19/11/2010

Des bouffeurs de curé le calotin curieux...

Josy Dubié.jpg   J’apprends par la RTBF mercredi midi ce que vous savez sans doute. Josy Dubié,  ancien sénateur, a claqué la porte du parti écolo dont il avait été une vedette. Il lui reproche de trop peu s’intéresser à la politique internationale, et aussi, je cite de Brigode au JT, d’être « trop catholique ». La lettre de renon est bientôt publiée : Ecolo serait devenu un « parti de bobos, dont [il] ne supporte[rait] plus « ni les dérives « libérales libertaires », ni les foucades monarchistes et calotines du « chef ». Il a écrit « notre » (chef), mais c’était torturer la syntaxe, je corrige donc comme a fait pieusement le Soir. Qu’importe. - Cela ravive en moi un flot de souvenirs.

 

dutilleul_philippe.jpgJosy Dubié, je l’ai connu par la bande, en 74-75, quand l’Ihecs était encore installé à Ramegnies-Chin près de Tournai. Je n’y étais prof à plein temps - c.à.d. huit heures de cours par semaine, chanceuse  époque ! - que depuis 1973  et, bien que toujours domicilié à Bruxelles, je voulais m’insérer dans la communauté étudiante, alors très politisée. On avait tous « fait » 68, mais le milieu n’était pas soixante-huitard au sens anarchique, comme on en a l’image. C’était plutôt un espace et un temps où les jeunes se voulaient tôt indépendants, adultes. Inventeurs d’eux-mêmes, à l’inverse de la génération Tanguydu XXIe siècle. Politiquement, c’était « à gauche, toutes ». A titre personnel, « dans une longue enfance on m’avait fait vieillir » au sein généreux de la compagnie de Jésus, comme raconté déjà, et, à mon retour dans le siècle, la disparition de mes père et mère m’avait trouvé tel qu’étaient ces étudiants : un homme à faire, seul, qui en voulait. Avec un trait caractéristique qui ne s’est jamais estompé : j’étais chrétien comme on a le sang chaud, comme on est asthmatique, comme on comprend le français. D’abord chrétien ; ensuite de gauche, puisque conciliaire, mais la révolution n’était pas mon idéal. Ni Castro, ni Che Guevara, encore moins Mao ne m’inspiraient. Par contre, la foi de Mauriac, la sensibilité de Françoise Giroud, la perspective de Mitterrand, voilà qui m’exaltait, me suffisait. Je me souviens d’une soirée chez Philippe Dutilleul, le futur auteur de Bye Bye Belgium, qui était alors étudiant en dernière année, et qui avait invité « Dubié, le grand reporter.»  Leur discussion portait sur les désordres mondiaux. Carole Courtoy, la future productrice de cinéma,  était là aussi.  Prudent, j’avais écouté et je n’avais rien dit.

 

Defossé.jpgPar la suite, à cause de ses émissions sur les « Travaux inutiles », j’ai été amené à apprécier le frère de Dubié, Jean-Claude Defossé. J’ai donc engagé ce dernier comme chargé de cours en février 1989, quand l’Ihecs alors nomade était à Mons. J’étais, comme le public, « épastrouillé » par sa façon humoristique et picturale de faire « voir » ce qu’il « disait.» Cela instaurait dans ses reportages un humour actif, lui permettant d’être outrancier sans être blessant. D’accuser sans faire la leçon. Par exemple ? J’ai oublié, je vais inventer, je me rappelle seulement la méthode, qui est prendre en main des jumelles à propos d’une question dont on dit qu’il faut y regarder de près. Mais il est aujourd’hui question de catholicisme, et M. Defossé, agnostique de bonne compagnie, n’était pas là-dessus aussi chatouilleux que son frère. Je me rappelle avoir discuté avec lui de ce qui était « possible » idéologiquement dans le monde des médias, à propos des valeurs… Lui plaisantait gentiment. Rappelait qu’il était au départ un artiste, professeur de dessin… J’ai tiré secrètement profit de sa sensibilité. En aménageant pour tous, bientôt, le formulaire de contrat professionnel, aussi bien CDD que CDI, de la façon que je dirai dimanche C’ est la fête du Christ Roi , ne me demandez pas le rapport…

12/11/2010

Rapport à l'autorité militaire

quoi dire....jpgJe suis effrayé, accablé, par la véhémence des haines que je vois   s’exprimer dans la presse belge. Pas celles qui ont rapport avec la politique : l’intérêt matériel suffit à les expliquer. Ce qui me fait mal durablement, ce qui m’est obstinément obscur, c’est la violence des répudiations religieuses. Dans l’univers laïc, comme dans l’univers ecclésial. Qu’on lise, par exemple, sur le site de La libre Belgique, les commentaires accrochés aux articles traitant de l’Eglise belge. Ici, ou encore là, c’est du pareil au même. Les gens s’expriment d’ordinaire moins pour informer que pour communiquer – ai-je compris à l’Ihecs. Mais ici, c’est autre chose : on s’exprime pour polémiquer. Et il n’y a pas deux camps, comme on penserait d’abord : les croyants et les incroyants. Mais quatre, chaque groupe se subdivisant.

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1. Il y a les athées, résolus ou non, anciens chrétiens ayant quitté la bergerie pour eux vermoulue, ou encore les nouveaux païens convaincus tranquillement qu’après la mort il n’y a rien, et qu’entre temps, « mangeons et buvons. » Ces gens ironisent souvent sur les tribulations ecclésiales actuelles, mais ils sont rarement méchants. S’ils mordent, c’est quand une autre idéologie prétend clôturer le terrain de la discussion.  2. A côté il y a les agnostiques sincères, résignés à la nuit du Sens où s’écoule toute vie, femmes et hommes que leur humanité seule pousse à la bienfaisance solidaire :  « travaillons au respect des droits humains, au bien-être de tous, au salut de la planète ». Ceux-là lisent, approuvent d’un "Enter"  ce qui est modéré, et passent poliment.

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3. En face, chez les croyants actuels, on voit surgir en nombre impressionnant les chrétiens franchement ou plutôt intégristes. Moins inventifs que vindicatifs. Nostalgiques des temps autoritaires, ils ont trouvé en NNSS Ratzinger et Léonard les maîtres dont ils avaient besoin pour rétablir l’ordre moral d’hier, celui que caractérisaient à la fois l’échelle des grades, la netteté des dogmes, et l’énormité des sanctions (ciel ou enfer, l’enjeu est gros).  Ici s’exprime… quoi ? La haine, celle de Caïn, métaphorique certes, mais la vraie, et ça fait peur. Ils maudissent, tout le temps. Je pense : rien n’est pire que les guerres de religion ; j’assimile même  subconsciemment ces prétendus soldats du Christ à leurs homologues islamiques, qu’ils annoncent comme notre destin… 

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4. Enfin, il y a enfin les chrétiens conciliaires. Ceux qui ont vécu en pionniers cette période, aventureuse et libératrice, mais aussi les héritiers qui, sans toujours le savoir, vivent un catholicisme redevenu à la fois sobre et fraternel. Où Jésus et le Pauvre sont presque identifiés (presque : pas en tout). Où l’on parle à Dieu comme au Père qu’il est, à Jésus comme au Fils aîné, le modèle… En cette triste année, ces chrétiens-là sont aussi présents, vivants, acceptant leur part de torts. Ils ne maudissent pas, ils instruisent… Et ils sont presque tous très critiques à l’égard de Mgr Léonard, dont ils voient bien (pas toujours…) le brio, le courage, l’orthodoxie, mais dont le manque de miséricorde, la marche en arrière, et l'option de fermeture sont pour eux tantôt  un scandale, tantôt une profonde, profonde tristesse.

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Ça passera. Les chrétiens sont habitués à ça aussi : être déconcertés par l’Esprit-Saint  qu’ils ont reçu comme le seul vrai GPS à leur confirmation. ILS S’Y FIENT. Il y a « Cela » de commun entre Léo et moi. L’Esprit du Père et du Fils à qui, tous les deux, avec tous les autres chrétiens, à gauche et à droite, nous tendons, nous passons la supplique : Lave ce qui est sale, arrose ce qui est sec, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est rigide, réchauffe ce qui est froid, redresse ce qui est dévié…

 

 

05/11/2010

La bise quand même !

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  Pierre revient des classes vertes, ce séjour à la campagne avec les enfants arrivant à la fin des études primaires. Quatre-vingts enfants, quatre instits et quatre stagiaires, et,  sur place, un spécialiste de je ne sais quoi (un moniteur sportif ? Ils sont logés à l’Adeps). Cette période est celle où les citadins découvrent les choses de la nature, distinguent un chêne d’un hêtre, l’aval de l’amont dans une rivière, l’alternateur de la turbine dans un barrage. A l’école où Pierre enseigne, l’habitude était, le soir, de passer dans les grandes chambres où sont les enfants et de les embrasser avant de fermer la lumière. Depuis l’affaire Dutroux, et aujourd’hui l’affaire Adriaenssens, cet usage est prudemment remis en cause par les profs eux-mêmes, enfin la moitié d’entre eux qui sont des hommes.

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Il se noue pourtant entre les enfants et leurs profs, en cette semaine, qui est de fête, de découvertes, de vie commune, d’ouverture au réel, un lien d’ordre parental. Un enfant vient vous dite : J’ai eu une fuite cette nuit, qu’est-ce que je fais ? et vous voilà qui allez changer les draps pour que personne ne voie rien. Un autre qui vous demande : Mon père a quitté ma mère la semaine passée pour une « nouvelle femme » que je ne connais pas, ma mère est toute seule, je ne veux plus écrire à mon père… Et vous voilà expliquant que l’enfant fait bien maintenant de soutenir sa maman, mais qu’il vaudra mieux d’ici quelque temps écrire aussi à son père… Et ainsi de suite.  Concernant le rite traditionnel, le prof le plus ancien qui fait figure de sage, qui est père de deux enfants et sent d’expérience ce qui est bien et mal, a déclaré pour son compte : « Je passerai vous embrasser le soir, et ceux qui ne veulent pas n’auront qu’à le dire ». Pierre, lui, n’a rien dit. Il n’est pas expansif de nature, il parle peu, ce qui n'empêche pas d'être bien entendu. 

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Un soir où il vient fermer les lumières, il découvre les quatre occupants en pyjama jouant aux cartes à la table de la chambre commune. « Faut s’coucher, demain on se lève tôt. » Les quatre gosses obéissent ; mais le « caïd » du groupe, il y en a toujours un, dit en passant : j’peux vous faire la bise, M’sieur ? OK. Les trois autres là-dessus suivent le rite.

 

Agneau de Dieu - imagesCAM95NMK.jpg 

Agneau de Dieu, qui portez les péchés du monde, guérissez les plaies du corps social, menacé par le froid de l’âme, la crainte d’aimer, le cancer de la précaution sans limites.

 

02/11/2010

Tu t'es fatigué à me chercher (Dies irae)

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Deux novembre. Retour au village natal, et visite ensoleillée  à la sépulture familiale. Je me remémore ces vers de Victor Hugo, mis récemment en exergue d’un faire-part nécrologique.

Soyez comme l’oiseau posé pour un instant  

       Sur des rameaux trop frêles

Qui sent ployer la branche, et qui chante pourtant

        Sachant qu’il a des ailes.

 La fin du 33e  des « Chants du  crépuscule » de Victor Hugo. Recueil dont le début esquisse le dilemme où la vie amène, à la fin, quiconque réfléchit :

 N’y voit-on déjà plus ? N’y voit-on pas encore ?

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Là-dessus, rebondissement des aventures et mésaventures de Léo l’Archef. Voilà que son communicateur le plaque ! Les journaux en parleront assez pour que je ne mêle pas ma voix à l’orchestre. Ce Léo est l’Occupant, mis spirituellement à la tête du pays contre la volonté expresse des citoyens croyants. Quand ce pasteur imposé déclare qu’il dit toujours ce qu’il pense, quel que soit l’effet produit sur le troupeau, quand il ajoute qu’il n’a nul besoin d’être aimé, qu’il est plutôt indifférent à l’opinion et aux sentiments qu’il suscite, comment ne pas voir qu’il n’a rien d‘un pasteur ? On lui demandait quelle autre profession l’aurait attirée, s’il n’avait pas été prêtre. Réponse : la politique…

14/10/2010

Actualité

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     Depuis le 5 août, au Chili… En homme qui se prépare toujours au pire pour ne pas être déçu,  je n’ai pas cru que les mineurs de Copiapo au Chili éviteraient la logique du malheur que la Nature ne cesse de proclamer (ces temps-ci de façon répétitive) aux hommes qui la défient pour vivre mieux. Simplement pour travailler, améliorer leur destin, tirer profit des avantages de la planète. Au début du mois, quand deux mille journalistes accouraient pour assister au sauvetage prévu, j’imaginais plutôt l’accident fatal de dernière minute, celui que projettent en l'âme  les films catastrophe vus dans l’enfance, mais aussi un jansénisme personnel mal soigné… Et tout à coup, joie. Immense joie. Un premier homme est réapparu vivant, un expert paraît-il. Et puis voici le second, moins exceptionnel.  Mario Sepulveda, dès sa première phrase, remercie Dieu. De quoi ? De cette épreuve, dit-il. Les larmes m’en viennent aux yeux. Quel sublime paradoxe ! Et voilà qu’il parle de « changer » -  de conversion en somme…. -  Selon France-Info, ce qu’il envisage est plutôt matériel, c’est une réforme de la condition des mineurs. Autre interprétation. Pourquoi aurais-je tort  d’entendre ce que je comprends ? - Un peu plus tard, un autre rescapé, en sortant de la nacelle, s’agenouille pour prier. Chaleur en moi, de nouveau. Qu’elle est magnifique, cette espèce humaine, qui remercie Celui qui a aussi permis l’éboulement initial, qui ne retient des cruautés traversées que le salut final ! Je songe aussi que l’Amérique latine, pauvre, fidèle à ses traditions, travaillée enfin par la théologie de la libération, donne ici une leçon de foi et de vie à tous les nouveaux païens évoluant en Europe dans une ignorance du Christ qui les déshumanise.

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     Ce qui suscite mon émotion admirative n’est pas seulement l’instinct religieux de reconnaissance qui s’exprime  en ces hommes sauvés, mais l’ingéniosité, et la puissance de la race des hommes, quand ils décident de lutter contre le destin. « Attention ! Cela n’aurait pas été possible dans une mine de charbon », ai-je entendu. « Ici, ce qu’on extrait des profondeurs, c’est du cuivre et de l’or. » Je ne suis pas sûr du sens exact de ce propos.  S’il vise le coût du sauvetage, ou sa possibilité, vu la nature du terrain. Mais entendant ça, je me suis subitement souvenu de la petite Omayra Sanchez, en 1985. Une colombienne de treize ans. Trois jours durant, nous l’avons vue s’enfoncer dans un magma composé de glace fondue et de lave volcanique, avec une camera qui la regardait mourir, et les explications tranquilles des autorités selon lesquelles il n’était pas possible de rien faire…    

00:52 Écrit par Ephrem dans Actualité, Foi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

30/09/2010

Est-ce que Jésus dérape avec son temps ?

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       Ces dimanches-ci, il y a une espèce de malaise en nous, paroissiens banals et fidèles, qui nous réunissons à l’église, cathédrale ou non. Je ne parle pas du mur de honte qui, de l’Irlande à.. à la Flandre belge (!), s’est écroulé sur les nôtres, et dont la poussière nous empêche encore de respirer à pleins poumons. Je songe à ce qui est dit à la messe, dans les textes prévus. Depuis deux mois, l’Evangile, qui nous est conté cette année « selon saint Luc », montre Jésus dans sa marche vers Jérusalem (9,51 – 19,28), et le fait entendre quand "sa parole prévaut sur ses miracles, et quand l’exhortation l’emporte sur la présentation du mystère", comme dit la TOB. Eh bien, elle est souvent bizarre, sa parole ! Et ses "paraboles",  elles sont limite, borderline.  Je ne dirai pas "inadmissibles" puisque je les admets. Comment faire autrement : c’est Jésus, c’est mon Seigneur qui parle ; et l’Evangile est la « bonne Nouvelle » par définition (εύαγγέλίon). Mais ce sont nos oreilles du XXIe siècle qui écoutent et nos cœurs qui réagissent, avec deux mille ans de culture humaniste, et surtout deux cents ans où les droits de l’homme ont été conçus, rédigés, proclamés par une société qui est mienne aussi. « On » [enfin, je]… on se demande parfois si le discours attribué à Jésus par l‘évangéliste est conciliable, dans sa problématique marchande, dans le champ sémantique inégalitaire où il s’expose, dans le bruit que font ses connotations de violence et d’absolutisme, est compatible, donc, avec l’estime et le respect qu’un esprit un peu cultivé sait devoir éprouver a priori pour n’importe quel individu appartenant à la race humaine. Dit brièvement : si le Seigneur est foncièrement plein de tendresse, il s’exprime aussi, selon Luc, sans courtoisie et même avec… Dureté. Brutalité est trop dire. Mais c’est presque ça… 

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Qu’est-ce que moi, pauvre pécheur aveuglé par mon orgueil, j’ose donc trouver gênant dans le discours de Jésus ? Eh bien ceci. Ce n’est pas littéral, je résume :    « Tout de suite ! Suivez-moi tout de suite. Sans aller enterrer votre père, sans faire vos adieux aux amis » (27 juin). « Promettez aux villes qui vous repousseront un sort pire que celui de Sodome » (4 juillet) ! « Fatiguez Dieu avec vos requêtes : le sans-gêne est payant dans la vie spirituelle comme dans la société. » (25 juillet). « Je viendrai à l’improviste : soyez un serviteur en faction qui attend le maître même la nuit » (8 août). « Pour entrer au Royaume, la porte est étroite. Frapper quand elle est fermée ne sert à rien ; et dire "ouvre-nous, tu nous connais, nous avons mangé et bu avec toi", n’aura qu’une réponse :" je ne sais pas qui vous êtes…" (22 août). « Mettez-vous exprès au dernier rang pour qu’on vous invite à avancer [soyez finauds en somme] (29 août). « Profitez d’une charge de gérant dont vous allez être licencié pour vous faire des amis en annulant ou allégeant des créances du patron. » (19 septembre).  « A chacun son tour pour être riche : Le pauvre ici-bas va au ciel, et le riche en enfer. Il n’est pas question de leurs actions » (26 septembre). Enfin, après un discours hyperbolique sur l’efficacité de la foi, cette question : « Lequel d’entre vous quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : « Viens vite à table ? » Ne lui dira-t-il pas plutôt : « Prépare-moi à diner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour » Sera-t-il même reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous : vous êtes des serviteurs inutiles. (3 octobre). – Sorry, mais à la question « lequel d’entre vous », je pense : « moi », comme le premier gentleman venu…

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Il y a des explications ingénieuses et savantes, je sais, pour enlever à chacune de ces… ces grossièretés (pardon, Seigneur mon Dieu) leur caractère inacceptable. Reste que le discours est dur. Froid. Qu’on n’y trouve aucune inspiration, aucun motif d’ « aimer Dieu ». Sinon l’intérêt… Faire son salut ! Gagner son Ciel ! Misère ! A la fin de cette curieuse méditation, qui m’étonne moi-même, et que je veux éviter de conclure, une échappatoire me vient à l’esprit. Nous n’avons pas que l’Evangile (et l’Eglise) pour nous éclairer dans la vie, mais aussi les foyers de la culture humaine, allumés pour nous par la Renaissance, les Encyclopédistes, Hugo, et les autres penseurs. Ces foyers-là, l’Eglise joue volontiers le coucou avec eux, prétendant que là est son nid, alors qu’elle s’en est emparée, après les avoir méconnus, puis adaptés ; et à présent elle y chauffe moins des œufs que des idéaux et des idées. Eh bien, rien n’interdit de penser, comme je fais, que l’Esprit-Saint annoncé par le Christ, qui Delhez & Lequeux.jpgDe Beukelaer & Decharneux.jpginspire l’Eglise, inspire aussi le combat des Droits de l’Homme. Et là-dessus, davantage le Pr De Charneux que l’abbé de Beukelaer, et davantage le Pr Lequeux que le Père Delhez.

(Cfr  Eric de BEUKELAERE & Baudouin DECHARNEUX, Une cuillère d’eau bénite et un zeste de soufre, regards croisés et joute amicale en 65 mots-clefs, éd. E.M.E, 2009 ; et Charles DELHEZ & Armand LEKEUX, Le sexe et le goupillon, regards croisés d’un prêtre et d’un sexologue, éd. Fidélité, 2010)