30/06/2011

Aventures de l'âme

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Beaucoup de blogueurs chôment ou raréfient leur activité créatrice, en cet été d’anomalie — politique, écologique, ecclésiologique — où le temps chaud complique ses charmes alanguis par la violence  d’intermèdes diluviens. Et moi ? Comme tout le monde : je n’ai pas grande énergie pour vous entretenir de l’actualité, ni même, comme j’en ai l’habitude, vous raconter les aventures de mon âme, ces plaisirs spirituels que l’âge, loin d’empêcher, favorise. Pas beaucoup d’énergie, pas grande envie non plus. Lorsque les lecteurs sont en vacances, les rédacteurs n’ont plus d’inspiration. - Il arrive qu’on parle seul, qu’on chante, qu’on pleure seul. Mais écrire ? On écrit à quelqu’un.

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Qu’ajouter ? Un mot. Un simple substantif que je vous offre comme un parfum, un sourire, une allusion. Pour  vous, en ce moment . Je viens de le lire, banal et bouleversant, dans « Ce grand soleil qui ne meurt pas », de Bernard Sichère. Ce qui accompagne celui qui cherche l’absolu, dit-il, c’est « cette chose étrange et profonde, ignorée depuis toujours de ceux qui ont le pouvoir, et qui s’appelle la fraternité. »

 

 

 

23:20 Écrit par Ephrem dans Actualité, Général, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

12/11/2010

Rapport à l'autorité militaire

quoi dire....jpgJe suis effrayé, accablé, par la véhémence des haines que je vois   s’exprimer dans la presse belge. Pas celles qui ont rapport avec la politique : l’intérêt matériel suffit à les expliquer. Ce qui me fait mal durablement, ce qui m’est obstinément obscur, c’est la violence des répudiations religieuses. Dans l’univers laïc, comme dans l’univers ecclésial. Qu’on lise, par exemple, sur le site de La libre Belgique, les commentaires accrochés aux articles traitant de l’Eglise belge. Ici, ou encore là, c’est du pareil au même. Les gens s’expriment d’ordinaire moins pour informer que pour communiquer – ai-je compris à l’Ihecs. Mais ici, c’est autre chose : on s’exprime pour polémiquer. Et il n’y a pas deux camps, comme on penserait d’abord : les croyants et les incroyants. Mais quatre, chaque groupe se subdivisant.

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1. Il y a les athées, résolus ou non, anciens chrétiens ayant quitté la bergerie pour eux vermoulue, ou encore les nouveaux païens convaincus tranquillement qu’après la mort il n’y a rien, et qu’entre temps, « mangeons et buvons. » Ces gens ironisent souvent sur les tribulations ecclésiales actuelles, mais ils sont rarement méchants. S’ils mordent, c’est quand une autre idéologie prétend clôturer le terrain de la discussion.  2. A côté il y a les agnostiques sincères, résignés à la nuit du Sens où s’écoule toute vie, femmes et hommes que leur humanité seule pousse à la bienfaisance solidaire :  « travaillons au respect des droits humains, au bien-être de tous, au salut de la planète ». Ceux-là lisent, approuvent d’un "Enter"  ce qui est modéré, et passent poliment.

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3. En face, chez les croyants actuels, on voit surgir en nombre impressionnant les chrétiens franchement ou plutôt intégristes. Moins inventifs que vindicatifs. Nostalgiques des temps autoritaires, ils ont trouvé en NNSS Ratzinger et Léonard les maîtres dont ils avaient besoin pour rétablir l’ordre moral d’hier, celui que caractérisaient à la fois l’échelle des grades, la netteté des dogmes, et l’énormité des sanctions (ciel ou enfer, l’enjeu est gros).  Ici s’exprime… quoi ? La haine, celle de Caïn, métaphorique certes, mais la vraie, et ça fait peur. Ils maudissent, tout le temps. Je pense : rien n’est pire que les guerres de religion ; j’assimile même  subconsciemment ces prétendus soldats du Christ à leurs homologues islamiques, qu’ils annoncent comme notre destin… 

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4. Enfin, il y a enfin les chrétiens conciliaires. Ceux qui ont vécu en pionniers cette période, aventureuse et libératrice, mais aussi les héritiers qui, sans toujours le savoir, vivent un catholicisme redevenu à la fois sobre et fraternel. Où Jésus et le Pauvre sont presque identifiés (presque : pas en tout). Où l’on parle à Dieu comme au Père qu’il est, à Jésus comme au Fils aîné, le modèle… En cette triste année, ces chrétiens-là sont aussi présents, vivants, acceptant leur part de torts. Ils ne maudissent pas, ils instruisent… Et ils sont presque tous très critiques à l’égard de Mgr Léonard, dont ils voient bien (pas toujours…) le brio, le courage, l’orthodoxie, mais dont le manque de miséricorde, la marche en arrière, et l'option de fermeture sont pour eux tantôt  un scandale, tantôt une profonde, profonde tristesse.

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Ça passera. Les chrétiens sont habitués à ça aussi : être déconcertés par l’Esprit-Saint  qu’ils ont reçu comme le seul vrai GPS à leur confirmation. ILS S’Y FIENT. Il y a « Cela » de commun entre Léo et moi. L’Esprit du Père et du Fils à qui, tous les deux, avec tous les autres chrétiens, à gauche et à droite, nous tendons, nous passons la supplique : Lave ce qui est sale, arrose ce qui est sec, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est rigide, réchauffe ce qui est froid, redresse ce qui est dévié…

 

 

01/03/2009

Aphrodisiaque

1-GIROUD

 

     Un dernier mot sur le silence où je me suis tenu deux mois, parce qu'il appartient, je crois,  à un autre registre que la fatale déchéance exposée vendredi. Il est relatif à des pratiques que j'utilise dans la vie sentimentale et sociale, dont le silence est censé raffermir les liens. J'en avais appris la « recette », il me semble, chez Françoise Giroud. Coquetterie, cache-cache de journaliste ? Non, aphrodisiaque psychologique. Je  vous en livre les indications, la posologie et même le mode d'emploi, si vous voulez. C'est valable pour bien des engagements, et, en dépit de l'étiquette racoleuse que je lui accole, sans que la sexualité y soit nécessairement mêlée. En tout cas, personnellement, je l'ai expérimenté dans des situations tantôt passionnelles, et tantôt assez banales.

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     L'indication majeure, c'est quand surgit un conflit semblant s'aggraver plutôt que se résoudre au fil des jours. Je proposais alors une séparation absolue, un éloignement total. Mais strictement limité dans le temps. « Ne nous voyons plus, ne nous parlons plus, écartons-nous l'un de l'autre. Chacun de son côté. Pour exactement dix, douze, vingt jours, c'est à convenir maintenant. Pas six mois, c'est trop : un semestre permet déjà de commencer, voire de conclure quand les liens sont grossiers, un premier deuil. Mais ce n'est de supporter l'absence qui est voulu, c'est profiter de ses vertus sans succomber à sa cruauté. Donnons à l'absence l'opportunité de nous « saigner », - d'affaiblir nos résistances comme un diafoirus, au pire ; au mieux, de nous adapter à une transfusion altruiste. L'affaire est d'apprendre à sentir ce qui est ôté, perdu, tout en songeant que le vide est provisoire. Car il y a, précisé dès la séparation, certitude du Revoir, au terme fixé, tel jour à telle heure en tel endroit.»

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     Ce n'est donc jamais une façon de désaimer. Au contraire : plutôt une façon d'amener les yeux et les cœurs à de nouvelles positions et dispositions, où les points de vue peuvent peut-être  devenir moins incompatibles. Sans doute, là aussi, dans le vide créé, il y a la possibilité que soit ressentie une altérité radicale - mais de ça, ce n'est jamais trop tôt qu'on prend conscience, le cas échéant. Pareillement, dans la vie conjugale, des décisions communes de chasteté temporaire me furent, nous furent, à mon partenaire d'alors et moi, bénéfiques. Les sens mis au régime sont plus subtils. Mais que de métaphores ! Si j'en venais à ma conclusion modeste, matérielle ? Oui, je réintègre cet Espace communicationnel avec, sur le plan de l'esprit et de la linguistique, un taux sain de... disons de testosterone ?

18:00 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

21/08/2008

Revival

MONTALD, la fontaine de l'inspiration

 

  Qu’est-ce que le présent  « post », surgi du silence ? Annonce-t-il pour ce blog une vie nouvelle, contraire aux déclarations solennelles qui ont entouré ma Pentecôte ? Il se peut. Je me tâte, soumis à des mouvements qui s’affrontent. L’ai-je assez répété, que l’écriture m’était devenue difficile, un lent supplice,  m’assujettissant deux heures pour dix lignes – deux heures où j’ahane pour retrouver dans ma mémoire ou, en désespoir de l’âge, dans l’un des dictionnaires à portée de main le mot  juste, le tour qui convainc, l’expression qui  impressionne. Supplice, oui, mais délice quand j’y parviens. Alors, le jeu en vaut-il la chandelle ? En soi, non. Le déclin où je suis est un pays où les rêves enchantent et suffisent, où ils sont, dans la plénitude du participe passé, parfaits.- Mais 1. Skynet m’apprend qu’on est encore venu frapper plus de 3.000 fois à la porte que j’avais fermée  en mai sur cet « espace d’improbable harmonie » . A croire qu’il existait « donc » pour d’autres que moi. 2. D’autre part, dans les visiteurs, certains furent inattendus : ils avaient jadis traversé ma vie, et ils m’ont soudainement rappelé leur visage, leur intérêt, leur fidélité. Les anges traversent l’éther, c’est bien connu. 3. Il y a enfin que, cette porte, j’ai maintenant le loisir de la rouvrir, et l’envie. Et  provisoirement, encore la capacité. Dès lors le devoir ? Hm, ne nous surestimons pas… Seuls les vieux papes se croient indispensables.

23:33 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

18/05/2008

Amen

merci à Dieu, merci à vous.  Tous.
 

Le fil vert, tendu comme une limite. La pluie, la grâce. Le linge absent. Deux bras levés, deux pinces rouge sang. L'herbe qui pousse.

Similitude. L'Ecrivant, le Lisant.

17:02 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/05/2008

Vers l'autre rive

Pentecote 2008 mon image aujourd'hui

 

  Moins de deux ans après mon retour « at home », un cancer se déclare qui va m’affaiblir beaucoup. Moyennant une intervention chirurgicale assez mutilante, et une exposition complémentaire à des rayons X, le sarcome est éradiqué. En 2008, dix ans après l’opération, aucune métastase n’a jamais été découverte. Je suis guéri. Permettez ici une ultime insolence, qui consonera avec le ton général de ce blog, croyant sans crédulité : je crains que «  Notre-Dame du Laus », la nouvelle star dénichée au XVIIe siècle par l’éminent communicateur qu’est l ’évêque du Gap, Mgr di Falco, n’y soit pour rien. A mon âge, d’ailleurs, peu importe : j’ai eu mon compte de joie, d’amour, de vie. La vie qui va et vient, avec ses cadeaux et ses cruautés indissociables, la vie qui ne nous est finalement retirée que pour une autre, la Vie. Intérieure. Exactement : spirituelle. J’y reviendrai ce soir.

 

i am  Est-ce tout ce que j’avais à dire, sur cet écran accessible à tous ? Il me semble. Pardonnez l’égocentrisme où j’ai paru m’abandonner cette dernière semaine : mon but était de permettre au lecteur de bien situer (donc de relativiser) mes témoignages très engagés. Je n‘ai pas à dire « la » vérité, mais « une » vérité : celle où j’ai « fonctionné » avec le Christ, en m’épanouissant, quoi qu’il en soit. Je ne suis pas un faux témoin.

 

   Mon adieu « en complies », tout à l’heure, où je transcrirai, dernière impudeur ! quelque chose de ma prière, avec ses vagissements, ses élucubrations, ses dérives. Avec le Saint-Esprit.

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19/04/2008

Un eden secret. 5a/7 Vigile

Moi p'tit novice

 

 

   Il  est pas marrant, le p’tit curé à la crinière exubérante qui vous sourit ? C’est moi, j’ai vingt ans. Je suis à Arlon depuis le soir du 14 septembre 1954 pour un noviciat. De deux ans, c’est la norme chez les Jésuites. Nous sommes très nombreux, ai-je déjà dit, trente-sept, mais les rangs vont peu à peu se clairsemer. Ces deux années sont pour moi solennelles – solae in annis. Les plus voluptueuses ; et les plus ascétiques dans ma vie. A la fois.

 

    Le premier adjectif ne doit pas troubler, il n’est pas d’ordre sexuel : le sexe est alors comme éliminé de mon existence. J’éprouve, presque sans discontinuer, un sentiment de « paix » ignoré jusque là, je vis dans l’absolu,  au centre d’un amour délivré de toute crainte, « comme une boule de billard qui a trouvé son trou ». J’ai l’impression d’être « arrivé au ciel », dans la maison de Dieu. La soutane que je porte depuis le quinzième jour de mon arrivée, je la ressens comme « la livrée du Maître », c’est le terme que j’emploie alors dans une lettre à ma mère, que j’ai retrouvée après sa mort. Observez que, lorsqu’une émission de TV vous donne à voir des novices (à Tibériade ou ailleurs), c’est comme ça qu’ils se montrent : souriants, sans problèmes, iréniques. ET C’EST VRAI. Même si c’est en partie artificiel ; je veux dire que cet aspect d’eux-mêmes  est réel, mais ce n’est qu’un des aspects : celui qui « fera du bien », qu’il est donc bien de révéler au public. -  A la fin novembre et en décembre à Arlon, dans cet ignace exercicesendroit déjà en retrait, « grande retraite » de conversion d’un mois, avec confession générale de toute la vie. On y prie des heures, selon la méthode ignacienne qui utilise si bien l’imaginaire ; et naturellement, avec mon caractère, je verse des larmes continuelles. Larmes douces, pieuses, bénéfiques. Qu’on juge ici de leur source évidente d’après ces extraits des « Exercices spirituels » (au Seuil). A propos du chemin de Nazareth à Bethléem, [n° 112], l’exercitant est invité à « apprécier sa longueur et son tracé, tantôt facile, tantôt difficile, explorer ensuite le lieu de la nativité, semblable à une grotte : large ou étroit, plat ou élevé, confortable ou non… » S'y ajoute ce que le père Ignace détaille en le nommant « application des sens »  [n° 125 ]: « Toucher par le tact intérieur et embrasser  les vêtements, les lieux, les traces de pas et tout ce qui a trait aux personnes en question ». Ou encore [n° 114]: « Je m’imaginerai que je suis présent parmi eux, comme un petit pauvre, les servant selon leur besoin avec le plus grand respect… (et  veillant à) saisir les paroles que prononcent ces mêmes personnes. » C’est intelligent, profond, efficace. Le retraitant se « familiarise » ainsi avec le Christ. On n’en sort pas indemne. - C’est une ruse, diront certains. Moi qui l’ai vécue avec naturel, je ne le pense pas : c’est un conditionnement humain, certes, mais aussi un trajet indéfinissablement divin. Jamais je n‘oublierai le bonheur éprouvé là.

 

raie dans la nuitEn même temps je fais l’expérience d’une austérité radicale, d’un « renoncement » à peu près universel, incessant, méthodique. Renoncement à tout. En chambre commune, il fait froid, je n’approche pas du poêle. Au réfectoire, je prends peu d’un plat que j’aime, davantage d’un mets que je n’aime pas, et je ne me ressers jamais. En récréation, je parle de préférence avec qui je n’ai pas d’atomes crochus. Et mine de rien, je glisse dans la conversation un trait censé me dévaloriser… La volonté de rejoindre le Christ dans sa Passion est totale. Je dis « je » parce que je ne surveille pas les autres, mais je devrais dire "nous", car c’est la discipline qui est proposée à tous. Proposée, jamais imposée. Mais il faut savoir ce que l’on veut, et s’il s’agit de devenir un saint, comme les modèles avancés Jean Berchmans ou Louis de Gonzague, il faut faire ainsi, on fait donc ainsi. Pour le folklore, si j’ose dire, Il y a encore des pratiques archaïques qui sont suggérées, sans insistance d’ailleurs, dont le véritable intérêt semble être rodriguezde relier les novices aux anachorètes et cénobites du IVe siècle, dont ils lisent les vertus et  les miracles dans « Pratique de la perfection chrétienne », traité en trois tomes de 1617, dû à la plume d’Alfonso Rodriguez, - jésuite et malgré ça honoré à Port-Royal, rien n’est jamais simple ! Ainsi, pendant les deux heures de l’oraison matinale, je mets une chaînette à pointes, comme un cilice, autour de ma jambe, et le vendredi après-midi,  je prends la discipline. Ne vous récriez pas, souriez et relativisez… Cela n’a rien à voir avec le masochisme dont je verrai plus tard des formes dans le monde gay, et qui me laisseront toujours dans une indifférence glaciale. Ah ! voici un détail justificatif, une jolie phrase, un peu mercantile, de ce Rodriguez :  « Ne craignez pas de donner l'essor à votre espérance; tout ce qu'elle atteindra deviendra vôtre. Si vous attendez beaucoup de Dieu, il fera beaucoup pour vous ; si vous attendez peu, il fera peu. » ( 3° Partie, 1-XVI). C’était donc moins désintéressé que prévu, mais l’intention de tout sacrifier pour l’Etre aimé était sans faille.

 

Da Vià, sj   Tout cela nous est exposé et expliqué par le Maître des Novices, qui est notre confesseur et à qui nous… (enfin, moi !) je rends compte absolument de tout, ce qui me garantit contre l’illusion. Quel que soit mon supérieur jésuite, pendant ce bail de neuf ans, je ne lui ai jamais fait mystère de rien, nécessité théologique que je déduisais de mon engagement : je suis exactement comme ça, c’est ça que vous appelez au sacerdoce, guidez-moi, je suivrai de mon mieux, promis. Il se fait qu’au début de ma seconde année, le maître des Novices changera : cela ne me trouble en rien – je ne fais aucune différence de l’un à l’autre, même si j’aurais pu me réjouir, car le Père Da Via (le second), est « naturellement » mystique, et meilleur guide que le premier. Il m’interdit certains sacrifices que je m’imposais, en m’en expliquant l’inanité : c’est Jésus qui aime le premier, toujours, Lui qui donne, Lui qui comble. Il ne faut pas mourir pour Lui, mais vivre et faire vivre d’après lui. – Il m’amène donc à me préoccuper davantage de ma mère, tout en l’excluant de ma formation où elle veut encore naïvement s’insérer ; et, de façon générale, à me laisser davantage « porter » par la grâce de ce Dieu qui m’appelle, et à m’épanouir humainement autant que chrétiennement. Un séjour d’un mois et demi au Juvénat de Wépion (la Pairelle), à proximité des Facultés,  me permet d’ajouter les compléments de philologie classique aux autres candidatures que j’ai déjà : Il faut bien qu’un jour, je puisse enseigner le grec, on est en pleine « question scolaire » (54-58) ! Ce retour partiel au travail intellectuel me fait du bien. Et au cours de la quinzaine de vacances prises en juillet par la communauté dans une propriété à la campagne (à Clairefontaine !), je suis ravi d’employer mes anciens talents pour à écrire et mettre en scène, en 1955, un mini-opéra sur la Vierge Marie, et en 1956, un pieux apologue policier en trois actes intitulé :  « Je plaide coupable ». Rôle principal « fait pour » : Jean-Matthieu Lochten, un astucieux et candide hors-la-loi. "Evidemment", pour ceux qui le connaissent… Rideau !

 

   Le 15 septembre 1956, le noviciat biennal se clôt par des vœux officiels à la chapelle, qui sont, dans le chef du novice qui les prononce, définitifs. Je suis engagé pour toujours.

 

13:28 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/04/2008

Après mais avant

TRM

 

   Ce que je vais laisser derrière moi, en devenant jésuite ? J’en ai conscience, et je mets à profit les mois qui me restent pour mieux connaître ce vaste monde, où je n'irai plus où je voudrai, où "un autre me conduira". Il s’y  trouve des plaisirs qu’on peut juger mineurs, et qui vont dicter ma drôle de « préparation ». Les religieux belges, en cette époque préconciliaire, sont soumis à un synode national de 1936, je crois, qui leur interdit de fréquenter théâtres et cinémas. Je vais donc, auparavant, me « taper », par mois, un, deux ou trois opéras du répertoire ! A la Monnaie, mes amies Hélène et Viviane m’accompagnent, partageant ma ferveur lyrique ; à Namur, c’est Hubert, étudiant en Histoire aux Facultés, qui me suit au théâtre, mais lui corrige mon romantisme facile par la rigueur de ses goûts classiques, et il m’apprend à situer une œuvre dans son temps. Moi 19 ans ph. HubertGrâce à lui, le Méphisto de Gounod redevient fils de Goethe. Je lui dois aussi cette photo nocturne, où je pose un peu : regardez la jambe droite, qui semble plus courte...

 

   En juillet, ma marraine m’offre un  voyage de quinze jours à Lourdes. J’y vais, seul, pieusement et scrupuleusement, mais je n’y reste pas 24 heures.  « Boris Godounov » m’attend à l’Opéra de Paris, « Pelleas » à l’Opéra-comique, et, au Chatelet, le « Chanteur de Mexico » où Mariano  fait la gloire de Francis Lopez. Ce qui ne m’empêche pas, tous les matins parisiens, à huit heures, de servir une messe matinale au Sacré-Cœur de Montmartre. A côté de ces renoncements circonstanciels, il en est de plus graves :  je vais « abandonner » ma mère. Dans la Compagnie, il n’est jamais prévu (ou il ne l’était pas alors ?) qu’on revienne à la maison. Mais cette perspective d’abandon physique n’est pas insoutenable : après un veuvage de douze ans, Maman s’est remariée en 1950, avec le médecin du coin, un veuf qui s’intéresse à elle depuis longtemps.  Elle a donc sa revanche sur le mauvais sort, ayant servante, maison de maître, et des amis français de haute culture. Que lui faut-il de plus ? Mais la tendresse, hélas ! la tendresse dont elle a une faim qui ne sera plus jamais rassasiée… Claudel et Bernanos peuplent un long moment son imaginaire, mais elle a toujours froid, elle n’aime plus que dormir, et elle va mourir en 1962, à 52 ans. De quoi ? D’intoxications répétées, d’un usuel abus de médicaments pour dormir, dormir, dormir…  Non, elle ne veut pas mourir, mais seul mon sacerdoce éventuel l’éveille, ou quelque scandale dans le village, qui la voit toujours au côté du « pécheur ». Un jour, il n’y aura plus rien qui comptera. La fatigue des choses et des êtres, - ce même mal qui me menace, je sais... J’étais loin, alors, et mes deux frères n’avaient pas sur elle d’influence. Quand je reviendrai de Bruxelles, elle sera dans le coma définitif.

 

26.7.54. Maman et mes amis   La voici huit ans auparavant, au milieu de mon cercle à moi, le soir de mes vingt ans, pour une soirée intime en mon honneur. Ce jour-là, notre groupe - Viviane, Hélène, Hubert W., Pierre G. et moi - l’avons passé en pèlerinage pédestre à Beauraing (21 km), malgré la pluie – tous les cinq croyants, tous les cinq musiciens, tous les cinq heureux. Le monde s’offre à nous… Avant de « le quitter », comme dit le langage pieux de l’époque (d’ailleurs calqué sur l’Evangile de Jean), j’en ressens la douceur. Et si je dis adieu aux séductions du monde et des sens, je ne le dirai jamais à la Tendresse. 

 

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23/01/2008

Dead Mountain

Ennis - Heath Ledger

 

 

 

Vous ne le reconnaissez pas, il n’a pas son chapeau de cow-boy. On l’a découvert mort, seul, dans son appart, et l’on parle de drogue. Entre autres possibilités : pourquoi est-il trouvé nu, face contre terre, par la femme d’ouvrage ? Il n’a que 28 ans. Après « LE » film, le silencieux et tonitruant film d’Ang Lee, son mariage avec l’actrice jouant Alma bat de l’aile. Il n’y a pas de rapport, certes. Je ne ferai ici rien d’autre que transcrire ce qu’a écrit Annie Proulx, l’américaine auteur du récit : une phrase qui me paraît l’une des merveilles de l’écriture.  Cela commence par l’arrivée du pick-up vert de Jack, que son ami Ennis voit par la fenêtre. « Une décharge brulante transperça Ennis, et il se retrouva dehors sous le palier, refermant la porte derrière lui. Jack gravit les marches deux par deux. » Maintenant, LA phrase : prenez votre souffle, il n’y a que des virgules, regardez avec respect la vie, la vraie vie, si cruelle pour un personnage placé en incise, si innocente pour les protagonistes. Mais toute-puissante pour tous :

 

« Ils se prirent par les épaules, s’empoignèrent vigoureusement, le souffle coupé, répétant , fils de pute, fils de pute, puis, aussi facilement qu’une clé tourne dans une serrure, leurs bouches se trouvèrent, se pressèrent durement, les grandes dents de Jack le mordant jusqu'au sang, son chapeau tombé sur le sol, la barbe râpeuse, la salive coulant de leurs bouches, et la porte s’ouvrit, Alma resta quelques secondes à regarder les épaules tendues d’Ennis, referma, et ils continuèrent à s’étreindre, poitrine, ventre, cuisses et jambes emmêlés, se marchant sur les pieds jusqu’à ce qu’ils reprennent enfin leur respiration et qu’Ennis, peu porté sur les mots doux, murmure ce qu’il disait à ses chevaux et à ses filles : petit chéri » (Brockeback Mountain, chez Grasset, page 38).

 

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19/01/2008

un conclave discret pour un pape obéissant

 

     J’éprouve admiration et gratitude à l’égard de la Compagnie de Jésus, et sympathie envers tous ses membres. Ayant vécu neuf ans parmi eux, avec eux, l’un d’eux, je  connais bien les valeurs des jésuites, je puis témoigner combien profondément ils conjuguent la connaissance des « choses de la vie » avec celle des « choses de Dieu », ce que j’appelle ici « réalisme » et « mystique ». Comment j’y suis entré à 20 ans, sorti à 29, avant d’être prêtre, je le raconterai plus tard. Mais cette quasi-décennie vit en moi comme une « île mystérieuse », enchantée, avec un « capitaine Némo » qui est le Seigneur toujours là aux pires moments.

L’étrange, c’est qu’entre douze et 18 ans, j’avais été élevé surtout par les Franciscains du collège de Marche. A l’internat. Où j’étais très malheureux, perdu parmi des aristocrates poliment méprisants, et instruit docilement par des religieux dont deux étaient bien singuliers, l’un, professeur d’allemand, n’ayant que des critiques à faire sur le Tribunal de Nuremberg, et l’autre, professeur de français, ne célébrant quasiment que les gloires reconnues par l’Action française. Avec Victor Hugo, tout de même… L’accès aux Facultés de Namur m’a libéré. Camille-Jean Joset (voir ci-dessous), Charles Lemaître, dit « Bada », Marcel le Maire, qui fondera ensuite la « Mémé » (Maison Médicale) de Louvain, Jean Guillaume, poète wallon, vous, religieux-prêtres de ces années préconciliaires où la chasse à l’hérésiarque insoupçonnable fut sourcilleuse, sans merci, bien cachée, merci d’avoir existé… Votre existence a ressuscité la mienne.

joset 

La Compagnie, c’est un vrai grand Ordre religieux, constitué au XVIe siècle quatre cents ans après les deux grands autres non contemplatifs que sont les Franciscains et les Dominicains. Alors que François exaltait  la pauvreté, et Dominique, la parole, Ignace de Loyola et ses amis ont exalté l’obéissance – en identifiant Jésus-Christ avec le Pape, ce qui est pratique (il parle, lui ; on peut savoir ce qu’il veut) mais est aussi problématique : que sait-il vraiment de la Vérité dont il parle comme un propriétaire ! Ou plutôt, pour respecter le jeu des métaphores,  qui incrustent leur vérité en même temps qu'un excès voulu la rend innocent :  " comme s’il avait avalé le Saint-Esprit  avec les plumes " - citation favorite du jeune M. le Maire qu'on retrouvera vingt fois sous ma plume où elle fait son effet qui est de faire à la fois sourire et réfléchir...  Car même pour Simon-Pierre, comme pour St Paul, la vérité ne s’exprime que « per speculum in enigmate », dans un miroir et de façon confuse (1Cor 13,12 – c’est bien Paul qui l’avoue). Il faut aussi lire, pour s’en convaincre, l’intégralité du chapitre 10 des Actes des Apôtres. La Vérité met du temps à se faire reconnaître…

C’est aujourd‘hui qu’ils élisent leur Général. Etrangeté de l’Ordre : c’est la seule fois où une élection un peu « démocratique » est prévue. L’Ordre est, dans l’optique où son seul chef est et reste le Christ, indifférent à la personne qui va le doubler comme un double de théâtre, plus ou moins bon, qu’importe. Ce général nomme à son tour le chef de chacune des différentes provinces, qui nomme lui-même à son gré les « patrons » des divers collèges, maisons et communautés. Quel totalitarisme, dira-t-on. Quelle famille aussi, où la place de chacun ne doit quasi rien à la popularité.

J’ai aimé la plaisanterie en honneur chez les vieux religieux sans amertume, et sans illusion : « notre régime canonique, c’est un despotisme éclairé par la mauvaise volonté des inférieurs. » Ce n’est pas faux, et moins choquant qu’il semble d’abord : je m’en suis aperçu entre autres, quand l’usage du tabac a été formellement interdit vers 1960 dans la « Province Méridionale de Belgique.» N’aimant pas fumer, je n’étais pas concerné, mais j’ai vu rechigner pas mal de vrais apôtres à qui la cigarette – alors reçue comme quasi inoffensive – assurait l’équilibre nerveux et qui ne voyaient nullement pourquoi ils devaient adopter «  mortification-là » plutôt, que, par exemple, le renoncement au dessert. Selon un vieil usage de l’Eglise, la consigne resta donnée par le supérieur majeur de l’époque, et chacun de l’appliquer à sa façon, selon sa grâce propre : personne (sauf peut-être le supérieur, mais nul à l’extérieur n’en sait rien) ne se permettait ensuite de juger. Non, ce n’est pas la démocratie. Mais c’est une famille, une vraie. On n’y fait pas semblant qu’on y « élit »  le Père, la Mère, le frère Ainé...

Ignace 

Sauf quand il faut , comme à la tête : le Pape Noir  de Rome. Ignace de Loyola aurait pu pousser le goût de l’obéissance jusqu’à s’en remettre au (vrai)pape lui-même pour désigner ce « Premier ». Il ne l’a pas fait : une seule élection, c’est bien le moins. Jugez du choc causé récemment chez les Jésuites quand le pape Jean-Paul II, mit à l’écart, motu proprio, le Père Aguirre, alors général, et jugé trop favorable à la théologie de la libération. A sa place, le pape mit un de ses hommes, Dezza, résolument conservateur. La mort du Père Aguirre a mis opportunément fin au problème.

Le Père Kolvenbach, dernier Général, qui vient de démissionner à cause de son grand âge, laisse chez l’un ou l’autre jésuite que je connais un souvenir très personnel, très doux, très noble ; celui du Serviteur : « il ne criait pas, ne haussait pas le ton, on n’entendait pas sa voix sur la place publique, il n’écrasait pas le roseau froissé, il n’éteignait pas la mèche qui faiblit… » Voilà que je recopie à son propos le texte d’Isaïe dit dimanche passé sur « l’élu en qui Dieu a fait reposer son esprit »… Puisse l’Esprit-Saint éclairer aujourd’hui ce corps électoral dont le Monde n'attend rien, mais par qui, dès la renaissance, le Christianisme et la Culture se rejoignirent.

02:20 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

15/01/2008

Rompre ce qui est déjà rompu

Cette facilité à rompre un amour où brusquement, je sens incertaines, ou compromises, des valeurs qui me sont chères, qu’est-ce que ça veut dire ?

 

Et d’abord, quelles valeurs ? Deux exactement. Quand la confiance n’est plus tout à fait absolue. Et quand s’amenuise de façon sensible le « respect » au sens étymologique, physique, impliquant qu’on regarde l’autre avec un tendre recul, une distance de principe, en mesurant le petit fossé qui ne peut pas nous en séparer : parce qu’on est fatalement « autre », dans un autre corps, dans un autre rêve, dans d’autres servitudes, - même si la solidarité de nos destins est éclatante.

 

Dit autrement : quand je dois me souvenir que l’autre n’est pas moi, et que je constate que l’autre est en train d’oublier que je ne suis pas lui. J’ai toujours eu tendance alors à prendre du champ. Jusqu’à abandonner ? Non, mais c’est l’autre alors qui, de bonne foi, va soudain conclure et dire : tu ne m’aimes plus ! Qu’est-ce que je t’ai fait ?

 

Rien, au fond. Mais c’est vrai, que  je t’aime moins. Parce que j’aime moins notre amour.

 

Détail : j’ai toujours apprécié, dans les tragédies classiques, ces amoureuses prises à partie où l’on se dit encore vous à cinq mètres de distances, PARCE que l’on est prêt  à mourir pour instaurer un lien inespéré, ou restaurer celui qui se brise.

 

Prenez le vouvoiement comme la métaphore d’autre chose - d’une toute-puissante et bénéfique distance.  Qui n’est pas si différente, au fond, quand j’y pense, de celle qui sépare Jésus de tout disciple qui croit en avoir fait le tour. Avec la question à laquelle nul n’échape : « Est-ce que tu es sûr de m’aimer ? m’aimer comme autre chose que ton miroir ou ton complément ?’

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12/01/2008

Die Kreuzigung, 1907

Egon Schiele, c’est un autrichien expressionniste. Aussi un « débauché », paraît-il : ça veut juste dire que son érotisme personnel a dérangé l’érotisme commun. Sa peinture désarticule et réarticule les corps qu’il peint – dont le sien. Mort à 28 ans, en 1918. Die Kreuzigung, ce tableau de 1907 (il a 17 ans ! 17 ans seulement, le génie !) est un des seuls sujets  religieux qu’il ait choisi de traiter. Le Golgotha y est vu, non de face comme habituellement, mais de profil. « C’est comme cela que moi, dit le tout jeune homme, je comprends le mieux ce qui s’est passé. » Je n’y étais pas. Si à mon tour j’adopte (momentanément ?)  ce point de vue, qu’est-ce que je vois ?

 

D’abord, il n’y a personne, sauf les trois pendus. Toute la moitié de gauche est vide ; Jérusalem, à l’arrière-plan, est comme une citadelle close, et la foule des soldats et des badauds est renvoyée à un monde devenu invisible, un néant existentiel dont les condamnés sont en train de sortir. Ni apôtre se disant lui-même bien-aimé, ni mère (mais « qui est ma mère ? » Mt, 12, 48), ni même, et c’est bien injuste - car les Quatre Raconteurs, qui ne sont pas toujours d’accord, les mentionnent sans exception - « des femmes », dont cette folle de Madeleine qui, heureusement pour l’histoire du monde, a éternellement raison contre une trop sage Raison.

 Des trois suppliciés, celui qui est premier, qu’on voit d’emblée comme on reçoit un coup de poing, c’est le « maudit » ! On subit ce grand corps émacié, en position effrayante, symbole de l’humanité méfiante, convulsive, impénitente ; lutteuse, aussi, ne cédant jamais, – mon humanité… De cette crucifixion,  la victime la plus en vue, c’est donc ce pécheur noir à la forme anguleuse, se rapetissant sur lui-même malgré les clous. Pécheur ? Minute : il a seulement pratiqué la loi du plus fort  telle qu’elle règne dans le pays. Il a sûrement un peu tué et beaucoup volé, mais pas plus que Pilate, ou Hérode, qui trônent du côté des honnêtes gens. Il était moins fort qu’eux, il a perdu. Il vient de tenter une approche de l’Homme qui se dit Roi, à côté de lui ; il l’a invité, puisque censément il « règne », à manifester son pouvoir, à reprendre l’offensive, à les tirer d’affaire tous les trois, mais l’Autre l’a mal pris, il n’a pas répondu, et le gamin du fond lui a fait la morale. Pourtant le brigand noir n’a rien fait d’extraordinaire. Seulement ce que font plein de chrétiens qui s’adressent à Toi, Seigneur Dieu, et font de Toi le coupable, puisque Tu es le Maître ; qui exigent de Toi que Tu te montres, que Tu ne te taises plus, que tu établisses enfin ce fichu Royaume dont tu revendiques la souveraineté.  A l’arrière, presque coincé entre les deux croix, il y a aussi ce brigand moyen qui ne se bat plus, qui pend sans retenue, avec juste son bras autour de sa croix comme autour du cou d’un ami. Mais ce brigand n‘en est plus tout à fait un puisqu’il vient d’avoir la bonne idée, l’habile homme ! de se fier, au moment d’expirer, au dernier des prétendus prophètes, comme il a fait peut-être plusieurs fois dans sa chienne de vie. D’évidence, ce n’est pas un meneur ; c’est un suiveur… O l’Homme de la rue, ô le petit monsieur tout-le-monde qui est si fréquemment naïf, client des charlatans et autres faiseurs de miracle… Ce docile « bon larron », est-ce qu’il se rend compte de ce qui vient de lui être dit par l’Homme-Roi ? Est-ce que je me rends compte de la Promesse que j’ai aussi reçue, pour rien, parce que j’ai des moments où je ne fais pas le malin, où je ne me méfie plus, où le torrent de la charité m’emporte du côté des bénis et des maudits indistincts, qu’importe ! tous mes frères, tous Tes fils.   

A droite, le supplicié royal n’a pas l’air de supporter ce qui lui arrive, il ne va pas durer encore  longtemps. Je le regarde. Le corps entièrement détendu ; droit comme un fil a plomb, juste comme le Droit…  . Qu’est-ce qui se passe ? C’est Lui, le nouveau soleil.  Voyez ce que voit Schiele :  le soleil terrestre en haut à gauche est noir, c’est l’éclipse  annoncée par Matthieu à trois heures de l’après-midi. Et en haut à droite, il n’y a plus rien que l’Amour Absolu en train de devenir lui-même le Soleil du monde, avec ce cercle fulgurant autour de sa tête penchée, couronne de lumière doublant la couronne d’épines. Mon Christ, mon Amour, je ne suis qu’un des milliards vivant des siècles après Toi, et pourtant de Toi ; un bonhomme égocentrique,  gentil, moyennement lettré ; et je suis là, à vous regarder tous les trois, trois frères, n’est-ce pas ! Toi, Je T’écoute Te taire, dans le silence de la Nuit et de la Mort. Pour moi aussi, à cause de Toi, la lumière, ce jour, s’est définitivement placée ailleurs que dans ce monde-ci .  « Souviens-toi de moi quand tu seras entré dans ton Royaume. » Mets dans ma bouche, quand il faudra,  tes propres paroles : «Père, je remets mon âme entre tes mains ».

21:34 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

11/01/2008

Homesickness, 1940

En trois fois, je voudrais « expliciter » l’intérêt que je trouve aux trois chefs-d’œuvre picturaux exposés à la gauche de ce blog. Expliquer, je l’ai déjà fait, succinctement, sous les photos. Mais ces images ont toutes chances de rester là longtemps, si j’en crois l’inspiration que j’y trouve ! Faut dire qu’une reproduction de chacun se trouve en face de mon lit, et que je ne passe pas un jour sans les avoir contemplés, considérés, priés l’un après l’autre, quelques secondes ou quelque minutes, voire une heure, avant de m’endormir…

 

René Magritte, peintre surréaliste belge mort en 1967, crée en 1940 le tableau dit « Homesickness », c’est-à-dire Nostalgie. Le lion et l’homme-hirondelle  se tournent le dos ; l’un peut voir ce que l’autre ne peut pas, c’est ainsi, et une grande harmonie, en même temps qu’une opposition, se dégage de ce duo singulier, où l’oiseau est pourtant disproportionné de taille. Ils sont sur le pont d’un boulevard, ou sur la digue d’une mer, allez savoir ; toujours est-il que c’est classiquement beau, en bon état, bien propre,  mais qu’il ne s’y trouve aucune vie ; sauf la leur. Le lion, pacifique, vieilli, solitaire, c’est moi avec mon corps. Je règne là, dans ma rue tranquille, et je tourne le dos, dédaigneux, à la vie ; je n’y désire  plus rien. Derrière moi, il y a moi, aussi. En habit noir, personnage conventionnel,  mi-fêtard, mi-huissier : moi avec l’âme qu’on me prête, le rôle social qu’on veut que je joue, que je joue, dit-on, croit-on. Mais les basques de mon frac sont des ailes, et, si mon corps de lion est prisonnier, mon esprit peut s’envoler par-dessus bord. Vers où ? Vers ma Patrie. Vers le Ciel dont je viens et dont j’ai la nostalgie. Ciel qui a la couleur fauve du lion, où je retrouverai, c’en est le signe, un autre corps… Oui, j’ai la nostalgie de Toi, Père qui m’as fait ; de Toi, Christ qui m’appelles ; de Toi, Esprit-saint qui, maintenant, en moi, me fais Te prier, ô Dieu caché dont le réverbère éteint est la signature…

19:12 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/01/2008

L'endroit d'où voir

 

Puisse-t-il en être de moi et de mon contentement des conditions de ma vie ici même, comme de l’homme dont j’ai lu autrefois que, las de son chez-soi, il prit sa monture et partit. Après un petit bout de voyage, un écart de son cheval le jette à terre.  Mais en se relevant, notre homme se trouve apercevoir son clocher natal qui lui parut maintenant si beau, qu’il remonte sur sa bête, regagne au galop son chez-soi et y reste. Il ne s’agit que de trouver l’endroit d’où il faut voir (S. Kierkegaard, naturellement…10 juillet 1838)

23:55 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/01/2008

Un plaisir majuscule

 

« On ressasse que le christianisme ne présuppose rien dans l’homme. Pourtant il y a quelque chose qu’il présuppose à l’évidence : c’est l’amour-propre, car le Christ le présuppose bien quand il dit que l’amour du prochain doit être aussi grand que l’amour de nous-même »

 

Voilà ce qu’on trouve page 164 du journal de mon ami Soeren, le philosophe danois dont je fais, ai-je dit déjà, mon profit – et mes délices. Le 29 juin 1839, ce n’est pas aujourd’hui, et pourtant ce Kierkegaard-là me semble plus actuel que la presse religieuse ordinaire. S’aimer soi-même : que de stupides sermons s’emploient à nous faire honte de ce premier besoin, alors qu’il est celui dont la satisfaction rend aimable au dehors.

 

Ce n’est pas toujours vrai, répliquera l’ascète. Dans la catégorie « Sublime », voyez le franciscain Maximilien Kolbe, qui a voulu et su, à Auschwitz, remplacer dans le Bunker de la Faim le père de famille qu’on y envoyait en représailles : il s’est sacrifié, au mépris de lui-même.  Se sacrifie aussi, dans la catégorie « Quotidien », la  personne qui offre sa place à une autre dans un bus bondé.  Certes. Mais réfléchissez : ces deux témoins de la charité sont enchantés d’eux-mêmes, ils ont eu accès à un ciel intérieur dont on ne parle pas assez, et ils en ont reçu équilibre et optimisme.

 

C’est la jeunesse qui sait cela le mieux. Claudel disait qu’elle n’est pas faite pour le plaisir, mais pour l‘héroïsme. Je tiens aussi qu’un certain héroïsme est un majuscule Plaisir.

17:00 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

04/01/2008

L'étrangeté de l'autre

 

 La contribution d’aujourd’hui de mon amie « Marie »  (je ne la nomme ainsi que parce que ce prénom la décrit) à l’intercommunion du monde cybernétique m’amène à rouvrir l’œuvre de Christian Bobin. Le volume qui m’a le plus marqué, c’est Ressusciter,  un ensemble de textes courts et singuliers, paru chez Gallimard en 2001. J’étais alors en triste état physique, à St Luc, mais j’avais mentalement un dynamisme  du tonnerre, dont je ne sais toujours pas la raison. Qu’importe : j’’en ai vu l’efficacité, l’hospitalisation n’a pas duré. A moins qu’on ne m’ait mis dehors parce que j’obligeais quiconque passait à mon chevet à entendre l’un des paragraphes de cet ouvrage dont je faisais mon miel. 

Par exemple, celui-ci. « A l’hôpital psychiatrique où je travaillais, près de Besançon, un malade est accouru vers moi le premier jour, bras ouverts, me disant : je vous reconnais, vous êtes Dieu. J’ai éclaté de rire et répondu négativement en m’excusant de le décevoir. Il a ri à son tour.

Les jours suivants, lorsque nous nous croisions dans les couloirs, nous nous entretenions avec le même entrain de ce Dieu dont il avait entendu dire tant de bien et qu’il ne trouvait nulle part. J’avais plaisir à voir cet homme ainsi que ses compagnons d’infortune. Je ne connaissais de trouble que dans les minutes précédant ma journée de travail, quand j’écoutais les infirmiers, dans leur bureau, parler de femmes, de voitures, et d’argent. Le vide de leurs conversations m’apparaissait plus insondable que la folie des malades.

Un matin, un médecin m‘a pris à part comme on gronde un enfant sans vouloir l’humilier et m’a suggéré de mettre un peu plus de  distance entre les malades et moi. Vous n’êtes pas vraiment fait pour ce métier, m’a-t-il dit en souriant. Il n’avait pas tort, même si enlever la folie du cœur d‘un homme est plus un don qu’un métier. Je suis parti un peu plus tard, non sans saluer une dernière fois celui qui s’épuisait du matin au soir  à chercher Dieu dans le premier venu. Qui sait. Peut-être a-t-il un jour trouvé." (o.c., pp. 139-140).

 

J'ai retranscrit tout le texte par honnêteté, mais, si j’avais été Bobin, j’aurais biffé deux phrases méprisantes. Les propos tenus au travail ou ailleurs sur les plaisirs faciles sont vides, en effet, mais ce vide n’est ni fou ni insondable. Au contraire. Il faut savoir jouer aux cartes – au foot, ou au piquet, quoi qu’en pense Pascal. Danser, quand la vie ou la Vie joue de la flute (Lc 7,32).

 

17:29 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02/01/2008

PAS DE FEU, MAIS DE L'EAU.

 

A l’occasion du nouvel an, je vais rendre mes devoirs à une dame respectable, avec qui je n’ai de liens que circonstanciels.  D’appartenir à des familles spirituelles différentes ne nous a pas empêchés d’aborder souvent des sujets de conversation généralement tus dans le milieu qui est le sien. Dans le mien aussi d’ailleurs, si je songe au village où je suis né et où j’ai grandi. Que de fois l’aïeule naturellement responsable du niveau de la conversation interrompait une audace de ma mère par l’aphorisme : « il ne faut rien exagérer », ce qui clôturait toute tentative de réflexion.

 

Moi, j’ « exagère » avec passion, - voire avec méthode. Les lecteurs qui s’aventurent sur ce site ont dû le constater. Et  j’assume.

 

La Dame qui me recevait en vint à une question qui, pour l’heure, la faisait à nouveau souffrir. Jadis, sa fille aînée s’est suicidée, à l’âge de vingt-trois ans, après avoir averti plusieurs fois ses parents de son irrépressible et constant mal-être. La tragédie, que les parents ont fatalement ressentie comme un absurde et fondamental reproche, les mettant directement en cause, est aujourd’hui éloignée dans le temps. D’autres de leurs enfants ont « réussi », comme on dit, et ce malheur est aujourd’hui à peu près conjuré dans les mémoires.

 A peu près… Car il y a le père, un peu diminué, mais toujours vivant. C’est un fervent catholique. Très bien soigné dans l’Institution où il est, il a le loisir de beaucoup songer à sa mort, de s’y préparer, de suivre docilement les méandres de son inconscient. Car « son esprit l’abandonne »,  quelquefois, comme nous disait dimanche le biblique Ben Sirac (3, 13). Au point de se tourmenter à nouveau, et tourmenter sa femme, sur le destin de leur fille : elle « brûle », s’inquiète-t-il avec obstination. « Elle a tout de même avant de se tuer,  « fait des choses ». » 

Cette jeune femme disparue, que je nommerai ici Marie-Madeleine parce que c’est à mes yeux le plus bel hommage qu’on peut lui faire, je la prie d’ « être indulgente », pour reprendre les mots de Ben Sirac. Indulgente, là-haut, envers son père ici-bas. De l’aider dans la communion des Saints, car elle y est, de toutes façons. On le voit en adoptant successivement deux points de vue.

 

Récemment, le monde entier a assisté à la spectaculaire agonie de Jean-Paul II. Le vieux pape, dont l’organisme dut traîner, durant tout son pontificat, les suites de l’attentat de 1981, était aussi frappé par le Parkinson, comme on sait, comme on a vu ! En 2004, les souffrances deviennent intolérables. La dernière hospitalisation à Gemelli a donné lieu, de la part de son entourage, à des manoeuvres pour faire croire qu’une bénédiction était donnée en direct, alors qu’il s’agissait d’un enregistrement. Retour au Vatican, et nouvelle crise : surmontable, disent les médecins. Sera-t-il alors « guéri » ? Non, remis seulement dans l’état antérieur à la crise. Alors, non. Le pape en a assez. Il le dit. « Irrépressible et constant malaise » - on le laissera mourir, ainsi en a-t-il finalement décidé - lui qui se savait en constante représentation, exemple incarné. Par parenthèse, je tremble encore d’indignation que ce choix du pape ait pu être nié par les communicateurs officiels pendant quelques jours – avant, tout de même, qu’on reconnaisse le fait.

 

La seconde idée est une réflexion sur la soi-disant expiation par le feu. Ou purification, lorsqu’il s’agit du purgatoire. Il y a, dans cette image, quelque chose de totalement insupportable, qui devrait la faire jeter définitivement aux oubliettes. Car ce n’est qu’une image, tout de monde le sait, au cœur de la foi chrétienne. Dès lors, j’ai plaisir à citer ici une trouvaille de Jean Delumeau, professeur au Collège de France, érudit parmi les plus grands, et chrétien parmi les plus saints. Ce n’est qu’un changement d’image, mais le résultat est décisif. J’adhère à la croyance au purgatoire, dit Delumeau, quil poursuit : «  Je n’entends pas celui-ci comme une punition. Je ne crois pas que Dieu s’y « venge » des fautes des hommes. Je me suis élevé contre la position antichrétienne d‘un « enfer provisoire » ou le Tout-Puissant torturerait les « élus » En revanche, je ne me vois pas entrer chez le Seigneur sans avoir pris une douche, mis une chemise propre et un complet neuf. La simple décence et le respect filial de Dieu me conduisent à souhaiter un passage au vestiaire avant de m’asseoir à la table du banquet ».

 

19:53 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

01/01/2008

CIRCONCISION

 Ne vous y trompez pas : je ne suis pas nostalgique du passé. J’aime mon époque, et toute année qui passe m’inspire de l’admiration pour le progrès réalisé. Si je suis resté attaché à une année, c’est à 1968, l’année pour moi inaugurale : ce que je ressentais au-dedans s’exprimait aussi au dehors ; ce qui vivait dans mon cœur était aussi vécu sur la place publique.  

En ce qui concerne Dieu, ce fut un merveilleux moment de vérité. Les croyants de coeur, libérés par le Concile de disciplines mortes, déjà montrées comme vides par les Lumières, vivaient avec leur Seigneur comme avec un ami. Que de ferventes messes furent célébrées chez moi, à la fin d’un repas amical ! Quelquefois par un « supérieur majeur », comme on dit, et il ne s’appelait pas Jacques Gaillot.

 

On n’avait peur de rien – et je n’ai plus jamais eu peur de ma vie. Sauf de l’argent, cet ambassadeur du Mal. Mais pas du tout de « la chair », dont l’incarnation de Dieu nous disait la gloire. Nous sommes le 1er   janvier. Cette date était alors consacrée à fêter la circoncision de Jésus, son baptême (si vous voulez), puisque c’est à ce moment qu’il reçut son nom. Depuis, on a cru bon de remplacer cette fête par celle de « Marie, mère de Dieu », ce qui n’est pas rien, mais est déjà beaucoup célébré dans les autres fêtes mariales. Non, je n’ai aucune affinité avec Nestorius et j’aurais sûrement participé aux manifs de 431 à Ephèse, où le bon peuple exigeait du Concile, pour Marie, le titre de théotokos ! Mais enfin, l’humanité de Jésus, sa judéité, sa soumission aux rites et misères de la vie quotidienne, cela aussi me tient à cœur.

 

Dans ma jeunesse pieuse, j’avais spontanément appris par cœur l’hymne suivant, que je traduirai ici strophe après strophe, comme un poétaillon de 5e ordre – on m’excusera.

 

1.       Jésus, ce prénom qu’on se rappelle avec délice, donne au cœur de vraies joies ; mais ce qui dépasse tout, et même le miel ( !), c’est le délice de sa présence.

2.       On ne chante rien de plus suave, on n’entend rien de plus mélodieux, on ne pense rien de plus sublime que cela  :  Jésus-fils-de-Dieu !

3.       Jésus, espoir des convertis, que tu es gentil pour qui te demande, si bienveillant pour qui te cherche, mais que dire donc pour qui te trouve !

4.       La langue ne peut le faire entendre ; ni la lettre le faire ressentir : seul peut le croire qui en a fait l’expérience : ce que c’est vraiment d’aimer Jésus !

5.       Sois notre joie, Jésus, toi qui seras notre récompense ! Qu’en toi soit notre orgueil pour le reste des siècles.

 

Pour les latinistes, voici maintenant l’original. L’auteur ? St Ephrem est le premier des poètes chrétiens, « la cithare » de Dieu, ai-je lu. Mais c’était un syrien, qui n’a rien écrit en latin… L’hymne vient donc d’ailleurs. Dommage.

 

1-      Jesu,  dulcis memoria, / Dans vera cordis gaudia, / Sed super mel et omnia/ Ejus dulcis presentia.

2-      Nil canitur suavius,/Nil auditur jucundius,/ Nil cogitatur dulcius/ Quam Jesu Dei filius.

3-      Jesu spes poenitentibus,/ Quam pius es petentibus ; /Quam bonus te quaerentibus, / Sed quid invenientibus !

4-      Nec lingua valet dicere,/Nec littera exprimere:/ Expertus potest credere/ Quid sit Jesum diligere.

5-      Sis, Jesu, notrum gaudium/ Qui es futurus praemium : / Sit nostra in te Gloria/Per cuncta semper saecula.

17:25 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

28/12/2007

EXACTITUDE

Je parlais avec impertinence, hier, des approximations des historiens antiques,  sous-entendant que nous étions devenus autrement sérieux. Il se trouve qu’un fragment inédit (vraiment ?) de Chateaubriand, intitulé « Amour et vieillesse », salué comme « chef d’œuvre inavouable » et traité de  « texte clandestin », est  publié ce trimestre-ci en plaquette bon marché chez Payot. Editeur : Marc Fumaroli, s’il vous plaît, qui propose aussi une post-face érudite permettant de tripler les 18 pages de l’Enchanteur – et de réduire intelligemment son pathétisme. Thème essentiel : le vieux René, si tourmenté qu’il fût dans sa libido persistante, ne cède jamais au ridicule du spectacle qu’il pourrait livrer à sa partenaire. Les « idylles tardives », si elles furent assez nombreuses, furent aussi «  avortées ».

 

Mais c’est autre chose, ici, qui m’intéresse. Je songe toujours à toi, Quirinius, ingouvernable gouverneur de Syrie ! Notre savant Fumaroli, donc, le patron français de l’Histoire littéraire classique, évoque entre autres une lettre « adressée par un Chateaubriand quasi sexagénaire au jeune objet de sa passion, Cordilla de Castillane, le 12 septembre 1823 ». Je vérifie : Chateaubriand est né en 1768, tous les dictionnaires s’accordent ; en 1823, il a 32 + 23 = 55 ans.  Quasi sexagénaire ? Voilà un quasi plutôt excessif pour un historien scrupuleux. Mais une jolie figure de style.   Et Cordilla, le « jeune objet », elle avait quel âge ?

 

Je ne sais pas, mais d’un « autre objet », je peux savoir. A la fin du livre XXXI des Mémoires d’Outre-Tombe est racontée la rencontre de « René » avec Léontine de Villeneuve. Quand ? « En 1829 », dit Fumaroli, qui ajoute :  "elle avait vingt-neuf ans, mais le mémorialiste lui en prête retrospectivement seize "(p.36). C’est drôle, et c’est bien exact ; écoutez la musique : « Un soir qu’elle m’accompagnait lorsque je me retirais, elle me voulut suivre ; je fus obligé de la reporter chez elle dans mes bras. Jamais je n’ai été si honteux : inspirer une sorte d’attachement à mon âge me semblait une véritable dérision (…) La brise de la montagne a bientôt emporté ce caprice d’une fleur ; la spirituelle, la déterminée et charmante étrangère ( ?) de seize ans m’a su grâce de m’être rendu justice ; elle s’est mariée ». Drôle et vrai, disais-je ; à ceci près que Léontine n’avait ni 16 ans, comme le veut Chateaubriand, ni 29, comme veut Fumaroli, mais 26 ans puisqu'elle est née en 1803, comme l’indiquent les deux éditeurs de la Pléiade, MM. Levaillant et Moulinier, qui n’ont, eux, aucune thèse à défendre (éd. 1964, tome II, p. 376 ; et index p. 1464).

 

Réalité, réalisme, vérité ; mystère, mysticisme, chrétienté. Deux cerveaux, deux bras, deux jambes – deux couilles ? Une âme et un corps. Un individu et une société. Ce qu’on sait et ce qu’on sent.

 

Conciliation ? Harmonisation.

00:16 Écrit par Ephrem dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |