13/10/2013

D'où vient ce bonheur ?

solitude imagesCAG8PA90.jpgDans le silence public où mon coeur, nourri aux vieux paquets de lettres grises et aux  enregistrements toujours bruns, me ressuscite les ferveurs et les chagrins qui ont accompagné mon parcours existentiel, je médite sur le sens final de ce type d’existence que Dieu m’a donné. Je le fais solitairement. A part mon neveu Pierre, devenu tout à la fois mon fils, mon confident, et mon… majordome (!),  il se fait que mes proches ne le sont plus guère. Leur affection demeure ce qu’elle fut, je le sais, tendre, j’en ai quelquefois de beaux signes, mais leur vie les emmène logiquement dans un univers plus entrepreneurial que le mien, et je ne vois pas pourquoi je m’y opposerais.  

 

  PONTimagesCA5F6TIG.jpg          Aux prises, donc, avec ma vie dans son cours long et sinueux, j‘en isole volontiers les composantes : 1. l’eau de ce courant, d’abord, l’hérédité de ce petit garçon né avant-guerre dans une famille paysanne traditionnelle, pieuse et laborieuse. A qui on a donné le prénom de l’ancêtre : fermier né en 1857 et se faisant instituteur privé en 1880, dans la première guerre  scolaire, quand l’enseignement primaire officiel exclut d’enseigner la religion. Et moi, qu’ai-je fait d’autre qu’enseigner la religion ? 2. Je distingue aussi l’influence de mes proches, parents ou étrangers, qui m’ont « fait comme eux » magnifiquement  lorsqu’ils m’aimaient, - et comme eux aussi, mais douloureusement, quand ils ne m’aimaient pas, comme au collège des Franciscains où je me sentais malmené, décalé, vers ma treizième année. 3. Je n’oublie pas, vibrant dans tout cela, l’exercice de ma liberté, vécu comme un jeu et une chance – alors que c’est un devoir.  

 

solitude 2imagesCA9C8XT9.jpg             Depuis le début de cette année 2013, monte de ce voyage analytique en moi-même une exaltation mystérieuse, un bonheur profond dont je ne comprends pas encore toutes les causes. Mais j’en goûte l’intensité, l’imprévu, la stabilité. C’est étrange. J’approche de ma 80e année, je vais mourir, mes sens m’abandonnent ; je deviens sourd, je vois mal, je maigris, j’oublie tout. La marche à pied, oui, ça va toujours, mais jusqu’où, et jusqu’à quand ? D’un mois à l’autre, mes capacités baissent. Ce bonheur, dès lors, d’où peut-il sortir ?

 

oiseau soluier imagesCA42K4V3.jpg            Il vient de ma foi, il ne peut venir que d’elle. De l’espèce de lien puissant, constant, résistant, exaltant, qui s’est établi dans mon esprit entre l’image que j’ai de moi et celle qu’on m’a donnée (implantée, insérée, inoculée) concernant Jésus-Christ, fils unique de Dieu, qui m’aime à en mourir, moi, et tous les hommes mes frères. Cet Homme-Dieu, je ne l’ai jamais vu (hm!) ; j’en ai pourtant senti l’influence, la présence, la bienveillance tout au long de ma vie. Et maintenant, il va se montrer, j’y pense sans cesse, le moment approche où je le verrai. Qui ? Cela. Lui.  « Je laverai ma face au lac de ton visage / Quand tu viendras, mon  christ, au soir de mon destin. »  Déjà en 1966… Début d’un poème de JEUNESSE.

 

    pape françois 2 imagesCAYSF2RG.jpg        Je m’interroge vraiment sur le tranquille bonheur dont me voilà baigné et lavé. Je devrais encore mentionner des faits extérieurs inespérés, qui m'enchantent, comme l’arrivée d’un pape providentiel, et une fierté nouvelle pour les chrétiens humiliés par les affaires de mœurs un peu partout ou d’argent sale au Vatican. « Un grand prophète est paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple » 

 

P. S.  Certes, ce bonheur personnel dont je parle disparaitrait si la souffrance physique venait envahir ma conscience, et qu’il n’y ait pas d’antalgiques adaptés. Il serait aussi menacé par une psychopathie. J’en mesure donc, j’en dis la volatilité possible. Reste qu’au moment où j’écris ceci, il me berce. Jésus est tellement là que j'en deviens bavard. Même la nuit, si je ne dors pas, je l'interpelle... C'est simple.

01/05/2013

C'est ce corps qui décide, à la fin

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Quatre mois ! Que se passe-t-il, pour qu’en quatre mois, je n’aie pu honorer l’engagement pris au nouvel-an de débroussailler chaque mois une question nouvelle, relative aux choses de la vie et à leur valeur morale dans l’optique chrétienne ? Il se fait que les moyens m’en ont été, tout à coup, diminués. Que des neurones cérébraux ont disparu, victimes, allez savoir, d’une irrigation défaillante, ou seulement de l’usure. Rien ne m’en a averti sinon, après coup, un triple refus : celui des « mots » d’accourir à mon appel, celui des phrases de s’ordonner sans sac d’embrouilles, celui de mon esprit de reconnaître pour vraiment mien ce qui sort finalement de ma plume… Bossuet aurait dit : il se meurt, avec ce pronom inchoatif qui décrit le temps ! Je reprends le sermon sur Henriette-Anne d’Angleterre et médite sur ces vérités premières : « Tout ce qui se mesure finit ; et tout ce qui est né pour finir n’est pas tout à fait sorti du néant, où il est aussitôt replongé. » Ah bon ! Vérité banale, un moins un égale zéro ! Je vous épargne d’autres misères, dont la menace ne s’est pas vérifiée, grâce à Dieu : au terme de deux scanners, mon pancréas est sain.  

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Si je ne peux plus rédiger de blog qu’à grand ahan, je peux encore lire avec plaisir ceux d’autrui, comprendre ce qui s’y débat, et même participer fugacement aux échanges. En m’abonnant au journal La Croix, j’ai découvert le blog tenu par Isabelle de Gaulmyn, Une foi par semaine. J’y ai trouvé une public de lecteurs d’une grande qualité, au double point de vue de la compétence théologico-philosophique, et de l’engagement chrétien : les pires conservateurs y engagent le fer avec les meilleurs réformistes. Ainsi je vous transmets une réflexion que je trouve pénétrante d’un certain Gershom Leibowicz, à l’occasion de la loi sur le mariage... dit « pour tous », et signifiant « incluant les homosexuels ».

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Le discours de l’église en matière de morale sexuelle se fonde essentiellement, dit-il,  sur une morale du surmoi et jamais sur une éthique du moi. C’est là sa faiblesse fondamentale. (…) Elle ne prend jamais comme point de départ la réalité vécue , rarement choisie et souvent imposée par les faits, comme dans le cas de l’homosexualité. C’est pourtant cette sexualité-là  qu’il s’agit d’orienter , après en avoir constaté , sans la juger, la réalité pour prendre en compte concrètement l’appel du message évangélique. Au contraire l’église prend comme point de départ un idéal de vie , objectivé de manière impersonnelle et hors de tout contexte auquel il s’agit d’ajuster sa vie sans tenir compte de la complexité du réel, ni des déterminismes de tous ordres, ni de l’irréductible unicité des personnes auxquelles elle veut imposer sa norme, qualifiée dans l’absolu et de manière théorique de BIEN individuel et social.

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A une telle approche idéaliste au sens philosophique du terme, G. L. voit deux inconvénients majeurs: placer la personne à priori dans une situation de culpabilité, face à un système dogmatique ; et la priver de toute possibilité d’évolution et de maturation. Et il conclu :  C’est la méthode d’ élaboration du discours moral de l’église cléricale qui doit être revue, loin de la fiction que la personne est totalement libre de ses choix, et qu’elle ne subit aucun déterminisme, social, psychologique , économique culturel)pour vivre d’une manière morale.

 

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Dans le dialogue poursuivi sur le blog d’Isabelle de Gaulmyn, il semble que Gershom L. ne mette pas en doute l’existence d’un « idéal » de la sexualité commun à tous, ce dont moi, je doute. Toutes les vertus chrétiennes définies theoriquement ne me semblent pas convenir toutes à tout le monde… Reprochera-t-on aux papes Pie ou Benoit de ne pas être des papes Jean ou François ? Ce qu’il faut pour tous, ce qui est demandé à tous, c’est la Charité. 

01/01/2013

JANVIER 2013 - CALINS ET BEAUX YEUX DE JESUS

 Voeux 2013 !.jpg     1er janvier :  le jour où tous souhaitent à tous tout le bonheur du monde, où chacun aussi le souhaite à chacun. On a quitté le passé, on n’est pas encore dans l’avenir, et voilà que dans ce minuscule présent de quelques heures on s’abandonne, on se donne aux mille feux de l’Espérance – attention ! l’espérance avec un petit e… Car rien n’est moins assuré que ces vœux de santé, de prospérité, de bonheur qu’on distribue libéralement à gauche et à droite. Rien n’est moins garanti, sauf si l’énonciation est, sous-entendue, une promesse personnelle, et qui engage : moi qui vous parle et qui ne suis pas loin  dans l’immensité du monde, j’ai du bonheur à imaginer le vôtre, je ne prépare mon bonheur qu’en préparant le vôtre, je collabore avec toutes les puissances qui peuvent à vous comme à moi être favorables… Les forces humaines collectives, la prévoyance divine. Bonne année !

 

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Pour l’heure, je suis engagé à exposer mensuellement et débrouiller à ma façon une problématique d’actualité, allons-y. Ma façon, c’est-à-dire ? Exploiter les ressources du terrain où Dieu m’a installé, comme dit le psaume 15, cet « espace où s’harmonisent réalisme et mystique » que j’habite aequo animo et que je fais visiter aux gentils amateurs. Harmoniser : faire se rencontrer des aspects qui paraissent opposés dans la vie de l’âme et qui pourtant se conditionnent – ce qui suppose qu’on ne confonde pas ces aspects. J’ai dans la tête à ce sujet l’extravagante homélie prononcée la nuit de Noël dans sa cathédrale par l’archevêque de Bruxelles, André-Joseph Léonard. Lisez-là d’abord, la voici dans son intégralité, telle que Cathobel la reproduit. Vous y trouverez des fantasmes artificiels qui vous laisseront pantois… Cette homélie n’a pas inquiété la presse, qui, n’y trouvant pas d’aspect politique, l’a délaissée pour s’intéresser à autre chose. Mais autour de moi, chez les esprits forts, les commentaires moqueurs se sont accumulés. Avec des adjectifs inattendus à propos de pareil seigneur de l’esprit. Benêt, godiche, nunuche…

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            Le propos épiscopal est pourtant louable. Il est de rendre à Jésus l’intérêt que sa personne a perdu et que les gens n’accordent plus aujourd’hui qu’à sa fête. Plus discutable est le moyen choisi pour revaloriser le lien entre les chrétiens et leur sauveur. Monseigneur juge efficace et approprié de vanter le bon exemple donné par d’autres, ces millions de gens dans l’histoire qui ont aimé Jésus-Christ par-dessus tout, Jésus Christ,  seule personne, avec Marie, à avoir suscité pareil attachement. Par comparaison, l’évocation d’autres vedettes comme Napoléon ou Marie-Thérèse d’Autriche (?) est censée convaincante. La princesse Diana, c’eût été plus clair…   

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Et voilà que, pour visualiser cet attachement, notre singulier  archevêque se fait puéril. Il veut être populaire, et va user d’un vocabulaire ou de manières susceptibles de plaire aux personnes simples, cibles premières de la nouvelle évangélisation.  1. Il nous faut, dit-il, « féliciter » Jésus, c.à.d le déclarer heureux de fêter sa naissance. Curieux : il a grandi depuis lors et a même quitté cette vie transitoire pour « naître au ciel », seul anniversaire fêté d’ordinaire dans la vie chrétienne.  2.  Il faut, parait-il, comme beaucoup l’ont fait lui envoyer des « Jésus, je t’aime », des « mots d’amour » équivalents à des messages au réveil disant « ma bien aimée, tu es le trésor de ma vie ». Envoyons-nous à nos morts bien-aimés de tels messages ? Nous leurs parlons, nous les appelons à l’aide, nous ne les rassurons pas sur nos sentiments qu’ils savent mieux que nous. 3. Il faut « soupirer amoureusement » (quand on est femme), lui envoyer (encore) des « baisers d’amour », et finalement « renoncer à tout pour ses beaux yeux ». L’auteur néglige au passage que l’adjectif qualifiant les yeux donne à ce tour une consonance ironique.  Rhétorique de romans.

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            Je trouve mystérieux qu’une si bonne intention puisse se dénaturer dans une formulation ridicule sans que son savant auteur en prenne conscience. L’intention, c’est de revaloriser le rapport personnel unissant, dans notre foi, tout chrétien à Jésus-Christ. La formulation, c’est de pénétrer pour ça dans le monde très différent de l’intimité conjugale et familiale, et de s’approprier comme référents adéquats une multiplication de mots doux, de bisous, de « papouilles » gnan gnan, enfantillages hypocoristiques proposés ici comme autant de messages signifiant adéquatement un lien structurel. Hélas ! Avec la complicité du public, qui, quoique un peu gêné, applaudit de confiance.  Il y a aussi confusion audacieuse de l’amour passionnel et de l’amour mystique. Audace gagnante ?

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            Au contraire. Tout le monde y perd. Qu’un tel sujet soit si mal abordé, si maltraité, est désolant. Car il est central, voyez. Toute fête liturgique est un rappel de notre communion en Dieu. On a toujours raison d’aborder de front la grande, la noble question de l’amour humain (et pas seulement « théologal ») qui unit tout chrétien un peu conscient à la personne de Jésus. « M’aimez-vous  ? » dira encore la Vierge de Beauraing aux cinq enfants visionnaires. « Pierre, m’aimes-tu ? » Cela, c’est la question que Jésus ressuscité pose au premier des apôtres (Jn 21, 15-19), - au premier comme au dernier des chrétiens, la question essentielle : te fies-tu à moi, t’en remets-tu à moi, es-tu attaché à moi, fais-je partie intégrante de ton devenir, de ton être ? Devant l’enfant de la crèche, devant ce moment originel où Dieu se fait homme comme nous, notre frère, notre égal, c’est la question à d’abord rappeler. L’amour et la foi s’y réunissent. Tous les miraculés de l’Evangile sont des gens habités par ce feu, et c’est ce feu-là qui les sauve. Va, ta foi t’a sauvé.  

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Reste à comprendre, humainement, comment pareille urgence puisse être traduite de façon si bizarre, - impertinente, comique, absurde, sans que l’orateur ait même conscience que là-dessus, il chante faux. Je n’ai pas plaisir à critiquer le chouchou du pape, à qui la plaisanterie qu’il affectionne réussit rarement. Il est actuellement conscient de son impopularité ; et - c’est à son honneur - il laisse en paix ceux de ses clercs qui ont pris leurs distances avec lui et poursuivent, fidèles, leur propre chemin commencé à Vatican II.  Se corrigera-t-il ? Il le pourrait s’il voulait. Mais il n’en ressent pas le besoin. Il y a peut-être chez lui, comme dans d’autres familles où tous les enfants deviennent religieux ou prêtres, une incompréhension congénitale de l’amour passionnel, à la fois gouffre et sommet. Lequel amour n’est en aucun sens l’analogue de l’amour divin, à la fois délice et renoncement. 

26/10/2012

Les apôtres sont-ils femmes du Christ ?

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Dimanche dernier, Mgr Léonard quittait le synode romain sur la nouvelle évangélisation pour un saut à Bruxelles : il voulait entre deux avions, venir celébrer chez nous (chez lui…) le 50e anniversaire du concile. En même temps, répondre à nos préoccupations actuelles. Notre insatisfaction, pour tout dire. Pour bon nombre de laïcs croyants, les réformes souhaitées en 1963-65 n’ont pas toutes été menées à bien. Et ce n’est pas d’avoir été « trop loin » qui a fait tort, parfois, au rayonnement de la Foi, c’est de n’avoir pas assez progressé, -  d’avoir fait du surplace sur certains points. La place des femmes dans l’Eglise, par exemple. Pensez que le sacerdoce leur est toujours refusé. D’office, de naissance, comme une disqualification radicale et naturelle. Certains pères du Synode actuel, à lire le « Message au Peuple » concluant leurs travaux qui est publié dans la Croix, ont timidement tenté d’aborder la question, mais en vain :  le texte final n’en pas mention. Même pas. Là-dessus notre archevêque entreprend de nous tranquilliser, de nous remettre sur le droit chemin. Il mobilise son intelligence, s’adressant à la nôtre, ce qui est périlleux en matière de « vérité d’en-haut ». Que dit-il ? L’inaptitude féminine au sacerdoce est indiscutable. Pourquoi ? Lisez. Ce texte est publié dans le journal Dimanche du 28  octobre.  « Si l’Église n’ordonne pas de femmes prêtres, c’est tout simplement parce le Christ a choisi des hommes comme apôtres. Jésus se présente comme l’époux venu épouser l’humanité, et les apôtres le représentent dans ce rôle. Il est donc logique d’avoir choisi des hommes dans le rôle du Christ-époux. » L’archevêque-théologien insiste sur cette symbolique qu’il dit centrale dans la pensée de Jésus.

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Mais les catholiques d’après le Concile sont bien mieux versés qu’ils l’étaient avant dans l’exégèse biblique. Ils lisent les évangiles à partir de leur genre littéraire, de la rhétorique du temps, des compositions, des similitudes. Ils savent  que Jésus, nulle part, ne s’assimile lui-même à un mari ayant conclu un « pacte matrimonial » avec l’humanité. L’alliance de Yahveh avec Israël, c’est autre chose, et cette alliance là n’a rien de conjugal – pas plus que la Sainte-Alliance de 1815… St Paul non plus n’utilise pas cette image. La grande image qui est reçue et organisée au premier siècle est celle du Père (Notre Père)  et de ses enfants : le Christ étant le fils premier-né : tous les hommes (homines et pas seulement viri) étant repris dans sa filiation à lui. 

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Par ailleurs, tirer d’une métaphore des caractéristiques objectives à partir de points de vue nombreux est aberrant, en logique mineure. On pourrait, en revanche, travailler avec une analogie.  Comment fonctionne l’analogie, qui, elle, est rationnelle :  A est à B comme C est à D. Mathématiquement : A/B = C/D. Application immédiate : Jésus est aux prêtres ce qu’un mari est à sa femme. Ici on comprend. Et puis, parce qu’on comprend, on réfléchit et on se rebiffe : tout bien considéré, le lien du Christ avec ceux qui le représentent, qui distribuent ses sacrements, qui ont puissance pour le faire, n’est pas un lien affectif, conjugal : c’est un lien opérationnel. Celui d’un Maitre et de ses Serviteurs de confiance. Si vous tenez absolument à une métaphore d’hyménée, cherchez du côté des mystiques. Des saints…

06/03/2012

Dialogue de la jeunesse

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La parole de Dieu est un silence où l’on pénètre pour en sortir instruit, toutes questions déposées, et le cœur dilaté. Rouvrant, à l’exemple d’une amie, le Citadelle de Saint-Exupéry (Pleiade, LXXIII p. 684), j’y trouve ce passage que j’avais lu puis oublié depuis soixante ans. J’en vois bien l’ingéniosité win-win (comme on ne disait pas encore), mais j’en goûte à nouveau (comme l’adolescent que je fus) la subtilité intellectuelle, le jeu logique dont, en ces temps-là, j’avais besoin.  

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Un seigneur berbère parle et se parle. « Me vint donc le goût de la mort ». « Donnez-moi la paix des étables, disais-je à Dieu, des choses rangées, des moissons faites. Je suis fatigué des deuils de mon cœur. » Il prie Dieu de l’instruire, et d’abord de lui montrer qu’Il existe vraiment, qu’Il n’est pas une projection de l’âme humaine. Au sommet de la montagne qu’il gravit, le double de Saint-Ex ne découvre « qu’un blog pesant de granit noir - lequel était Dieu. » Il se soumet, l’interroge. « Mais le blog de granit me demeurait impénétrable. »

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« Seigneur, lui dis-je, car il était sur une branche voisine un corbeau noir, je comprends bien qu’il soit de Ta majesté de Te taire. Cependant j’ai besoin d’un signe. Quand je termine ma prière, Tu ordonnes à ce corbeau de s’envoler. Alors ce sera  comme le clin d’œil d’un autre que moi et je ne serai plus seul au monde. Je serai noué à Toi par une confidence, même obscure. Je ne demande rien sinon qu’il me soit signifié qu’il est peut-être quelque chose à comprendre. »

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 Et j’observai le corbeau. Mais il se tint immobile. Alors je m’in-clinai vers le mur. « Seigneur, lui-dis-je, Tu as certes raison. Il n’est point de Ta majesté de te soumettre à mes consignes. Le corbeau s’étant envolé, je me fusse attristé plus fort. Car un tel signe,  je ne l’eusse reçu que d‘un égal, donc encore de moi-même, reflet encore de mon désir. Et de nouveau je n’eusse rencontré que ma solitude ». Donc m’étant prosterné, je revins sur mes pas. Mais il se trouva que mon désespoir faisait place à une sérénité inattendue.

22/11/2011

"Le petit Dieu ridicule"

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La presse nous apprend qu’une conseillère communale CDH à Uccle a décidé d’interpeller son collège communal pour des faits de « christianophobie.» La Libre Belgique les rapporte à peu près comme suit (je résume : les amateurs de détails trouveront tout ici) :  Le soir du 28 octobre, un cortège d’Halloween aux personnages joliment déguisés, défile, emmené par un animateur qui a  visiblement des comptes à régler avec les catholiques. Il crie sa haine de Dieu et de la religion chrétienne ; il fait ainsi le tour de l’église d’Uccle-centre en injuriant les croyants et en montrant le poing en direction du bâtiment. Parmi ses clameurs, on entend : « Venez à nous, la cohorte des gens sans Dieu, qui grandit sans cesse et se libère heureusement de l’oppression chrétienne. » Ou encore, désignant l’église : « Maudissons ce bâtiment et ses courbes obscènes.» Ou enfin : « Qu’il vienne, leur petit Dieu ridicule sur sa petite croix." - Une dame interrompt l’homme déguisé en faune,  en lui disant que vraiment, il exagère. L’homme répond : « Mais enfin, c’est païen, c’est tout. » Comme s’il revendiquait un droit d’expression de ses convictions, dit la Conseillère, qui s’indigne, et invoque la loi Moureaux contre les discriminations. Plus tard, l’échevin concerné (qui est MR) est interrogé par la LLB : il est l’organisateur de la marche d’Halloween comme échevin de la Jeunesse, en effet, mais cette marche-là a eu lieu deux jours plus tôt (!) près du parc du Wolvendael. Ici, l’initiative émane des commerçants qui ont notamment fait appel à des comédiens…

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Tombent là-dessus, dans l’espace web du journal, plein de commentaires de lecteurs « pour » et « contre ». C’est pas  vraiment une guerre de religions, plutôt une querelle véhémente entre habitués. Le sujet passionne, même si on dévie beaucoup sur… sur  l’Islam, par exemple.  A mon tour, je me risque à une réflexion – que voici, stylistiquement remaniée.

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A-t-on oublié, dans l’histoire médiévale, les débuts de la littérature dramatique ? Les démoneries  intégrées dans la liturgie à l’occasion du carnaval ? La « fête des fous », « le jeu de la feuillée », ça ne dit plus rien à personne ?  Halloween, c’est une fête des fous, des spectres, des monstres, à l’exact opposé de la fête des saints, la Toussaint. Le théâtre qui se faisait sur le parvis opposait jadis, face à face, Enfer et Paradis, avec blasphèmes d’un côté et cantiques de l’autre. Halloween reprend l’héritage. -  Le Moyen-Age, c’est l’époque où les grands autocrates sont le pape et l’empereur ; le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique, aussi détestables (alors) l’un que l’autre ; et que faire par rapport à ces maîtres hors d’atteinte, sinon se moquer ? La religion elle-même faisait une place à la moquerie, pourvu qu’elle soit excessive, qu’elle n’engage à rien. Goût pour la fantasmagorie, pour l’image du diable et des « damnés » , sujet de tableaux révulsifs.

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 Le comédien d’Uccle, lui, s’en souvenait. Et il a décalqué. Cette fois (hélas, mais c’est le signe de notre temps), c’est Jésus qu’il attaque, Jésus lui-même. Il « faut » désormais s’en prendre à Lui. Attaquer le pape, c’est déjà fait, et puis c’est banal depuis qu’ont été dévoilées les sanies de l’Eglise, et  ça s’est avéré pas drôle du tout. En plus, si le pape aujourd’hui menace d’attaquer en justice qui le montre embrassant un iman, que reste-t-il à agresser ?

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Il reste Lui, Jésus. Avec sa « petite croix », comme dit l’Insulteur de service. « Ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate ; ils se moquèrent de lui en disant : salut, roi des Juifs ; ils crachèrent sur lui, et, en prenant le roseau, le frappaient à la tête. Après, ils l’emmenèrent pour être crucifié. »

Ne protestons pas, chrétiens. Amen.

 

15/11/2011

Les grands mots élastiques

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Le mouvement autrichien « Wir sind Kirsche » (Nous sommes l’Eglise) rassemble, on le sait, plus de 340 prêtres, qui se disent fatigués. Après bien d’autres, ils ont constaté la vanité de l’effort de dialogue qu’ils entretenaient auprès de la Hiérarchie locale et romaine : il faut, imploraient-ils,  rencontrer vraiment les problèmes structurels posés dans l’Eglise par des habitudes ossifiées, se défaire d’un conservatisme aveugle aux nécessités du temps - des hommes et des femmes de notre temps qu’on est en train d’ « affamer » en les privant de ce à quoi ils ont droit-  les sacrements. Refus des hiérarques : rien ne changera. Le Mouvement des prêtres en appelle alors à une « désobéissance » constructive. Et récemment (dimanche?), ils franchissent un seuil. Dit-on. Je les cite d’après la presse : « ils ont invité les laïcs à dispenser la communion, ainsi qu’à prêcher et à présider la messe, faute d’un nombre suffisant de prêtres. » Ce à quoi leurs supérieurs réagissent ce lundi par la déclaration suivante, que je cite d’après Cathobel : « les évêques se déclarent inquiets des problèmes que rencontre leur Eglise. Ils écartent cependant la proposition des dissidents: L’appel à la désobéissance a non seulement fait secouer la tête à de nombreux catholiques, il a aussi déclenché l’inquiétude et la tristesse ». Et d’ajouter: « Qui prend ouvertement et volontairement la responsabilité de célébrer la messe blesse la communauté ainsi que lui-même et fait preuve d’une attitude dangereuse. »

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                Ce que j’en pense ? Je m’irrite qu’on joue ici de façon grossière sur des MOTS. C’est une des faiblesses de mon Eglise (pas seulement de la mienne, des Eglises en général) de jouer sur les mots, l’abstraction de la théologie et le message transcrit par l’Ecriture sainte y poussent assez. Mais voyez vous-mêmes : les évêques et les prêtres rebelles, c’est l’évidence, ne parlent pas de la même « chose ». Ceux-là condamnent une faute que ceux-ci ne proposent pas. 

 

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                1) Le mouvement invite les laïcs à assurer une prédication puis donner la communion, ce qui est admis et déjà normalisé ; et à le faire dans une « ADAP », çàd une assemble dominicale en absence de prêtres , assemblée que l’un d’eux « présidera », il faut bien que quelqu’un le fasse, présider c’est normalement donner la parole aux autres. A cela, ils donnent le nom de « messe », ce qui n’est pas juste. Pour le reste, rien ici qui soit prohibé. J’ai assisté déjà à des ADAP régulières vers 1990, en divers lieux belges et français.  

 

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                2) Semblablement, mais en sens inverse, les évêques renforcent le sens de cette présidence de fait en parlant à son sujet de « célébration », ce qui est spécifique à la sainte messe où le prêtre est à la place de Jésus. Sans le sacrement de l’ordre, il n’y a pas « transsubstantiation », en effet, pour user à mon tour d’un « mot » réservé (sacré ou fétiche, ce sera selon votre foi). Mais ces évêques qui aggravent les mots minimisent en même temps les faits eux-mêmes : ce simulacre de célébration eucharistique ne provoque chez eux qu’inquiétude, tristesse, branlement du chef, blessure, danger : peut-être savent-ils qu’après tout rien ici n’est grave…             

 

Comprend-on que je n’aime pas ces jeux-là ? Les mots, c’est aussi la Parole, le Logos, le Verbe…  

20/05/2011

L'humiliation du mâle

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      Pourquoi cette tristesse, en moi, à propos de « DSK », ? Je ne vais pas vous infliger une Xième analyse politique, ni une autre leçon de morale. Pas non plus une apologie naïve de la drague qui harcèle. Spontanément je ne vois ici qu’une chose, qu’aucun journaliste, aucun moraliste, n’approfondit. Un homme est à terre, humilié comme personne, mis à mort par les siens.  Les siens ? Une société érotomaniaque qui s’érige en justicière impitoyable et puritaine. Qui est-ce ? Allons ! vous le savez, même si aucun prêtre ne le dit dans les blogs que j’ai consultés : c’est le Christ. - Mais c’est un type dégueulasse, il a tenté de violer une pauvre servante ! Oui, comme le roi David autrefois, avec Bethsabée, avec Abisag quand il est très vieux ; autrefois, mais aujourd’hui, c’est le Christ. - Tout de même, c’est un anormal, qui ne résiste pas à ses pulsions extrêmes. Plutôt un être humain comme vous et moi, qui nous reconnaissons pécheurs, d’une façon ou l’autre – Il y a tout de même une échelle des fautes… Je n’ai violé personne, moi… - Sans doute, mais il y a aussi une échelle des sensualités grossières, où l’on ne choisit pas sa place sans trembler. C’est quoi, un mâle, avec ce que la nature a prévu de force, de prise, de maîtrise, de puissance obligatoires avec un instrument qu’on domine mal, dur quand il ne faut pas, flasque quand on en a besoin, capricieux en tout cas, déraisonnable et plutôt ridicule. Mon père, mort en 38, dont ma mère m’explique dans les années de guerre le dégoût qu’elle avait de lui, tandis qu’il se masturbait à côté d’elle chaque fois qu’elle refusait son étreinte. Déjà le 5 avril 2008, j'y ai fait allusion... Je me dis souvent que je suis devenu homo en entendant sans réagir ce récit où la narratrice pensait que je trouverais matière à « rester pur », où l’auditeur à culottes courtes, lui, se découvrait susceptible de dégoûter un jour la femme qui partagerait son lit, et en souffrait d'avance. 

     

 

anne_sinclair_reference.jpgHeureux, en revanche, de voir, dans le prétoire, quand sous les caméras voyeuses du monde entier, l’accusé est amené menottes aux poings, sa femme, Anne Sinclair. Que fait-elle là ? Elle prend sa part de l’humiliation. Quelle Femme ? Stabat dolorosa, juxta crucem...

 

 

10/03/2011

A la tête des péchés

Bosch Jerôme Les 7 péchés capitaux.jpgJ’ai reçu, du pouce de Mgr Léonard, le signe me rappelant que je suis poussière. Ne le savais-je pas ?  Un peu trop pour l’instant : trop, car le Vanitas vanitatum me pousse à bien dormir, à absorber comme des cachets des feuilletons américains dont j’oublie l’histoire d’un épisode à l’autre, à ne prier qu’en grognements fatigués. En revanche, me « convertir à l’Evangile », j’en dois me rappeler la constante nécessité. Hier, j’ai considéré les sept péchés « capitaux », càd (Catéchisme romain n° 1866) les péchés meneurs, ceux qui en entrainent d’autres, pour voir auxquels je pourrais faire la chasse.  Si ça vous tente, suivez-moi. Je vais dire "je", fatalement : comment faire autrement ? A cet examen de conscience,  je prends quelques risques - celui du ridicule, en premier.  

 

trio_gourmandise.jpgJe n’aime pas vraiment manger, la gourmandise m’est inconnue ;  à preuve mon poids normal depuis toujours. N’allons pas déséquilibrer le système ! Et boire ? Ah ! L’alcool, surtout la bière trappiste, oui, ça, j’aime,  mais je paie l’euphorie que cela m’apporte en maux de tête le lendemain, et j’y ai renoncé sans vertu : par sagesse.  - Bon. Et les bonheurs, voire les plaisirs du sexe ? Ils me sont devenus naturellement difficiles en 1998 (un crabe naissant), si bien que je leur ai trouvé une porte de sortie : transformer en sacrifice une incommodité de l’âge. J’ai fait, en l’an 2000, un vœu privé de chasteté. Ce qui a jeté sur ce renoncement une lumière douce, dont ni Dieu ni moi ne sommes dupes : on (je dis on par pudeur) on n’est pas là dans l’offrande suprême qu’on fait à vingt ans ; mais comme pour tout le reste, on sent là de grands souvenirs, comme des félins,  domestiqués, beaux et dormants. Et on entretient leur sommeil. De quoi s’agit-il finalement ?  « Seigneur Jésus, je T’offre mes restes… » Ce n’est pas glorieux. Qu’importe. Restent les cinq autres péchés capitaux  : orgueil, avarice, colère, envie, paresse.

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J'aurais besoin pour changer d'opinion d’une révélation spéciale du Sauveur, car c’est étrange, je tiens l’orgueil pour un vertu. Entendons-nous : il ne s’agit pas de rivaliser avec Dieu, notre Père, mais du contraire : se souvenir  de ce que le Fils a fait de nous, et s’en enchanter. « L’orgueil est ce par quoi l’homme se souvient de son origine divine, et tient debout. »  Je ne sais où j’ai entendu cela, mais l'idée m’a accompagné toute ma vie, et m’a retenu sur le chemin des vilenies. Mon icône Françoise Giroud, l’avait pour sa part oubliée quand elle envoyait, avant de se suicider, des lettres anonymes et basses au fringant JJSS qui l’abandonnait. Chère Françoise, institutrice de mes quarante ans... -  Quant à l’avarice et à la colère, je n’y suis pas du tout enclin. Par goût de la vie simple, sans façons, casanière, ô paix de la pauvreté ! et parce que j’ai expérimenté que la colère trouble le colérique bien plus qu’elle ne résout les problèmes qui la justifient.  

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 Restent la paresse et l’envie. La paresse est un de mes traits de caractère les plus accusés. J’ai pourtant "agi" beaucoup, au cours de ma vie, et sans m'y forcer. C’est qu’avec le goût de musarder, de rêvasser, de regarder passer le temps, j’ai hérité en outre d’une émotivité si puissante intérieurement qu’elle déborde extérieurement. Quand le sentiment est là, l’énergie le suit. Heymans-Le Senne qualifiait ce caractère de "nerveux".  Soit. Ce n’est donc pas moi qui ai entrepris de réaliser le film de fiction « Forte et Muette », en 1963, mais mes élèves qui m’y ont poussé – et comment leur aurais-je résisté ? Je les aimais. Ce n’est pas moi qui ai sollicité la direction de l’Ihecs en 1984 quand deux directeurs successifs en bagarre avec le pouvoir organisateur (ou l’inverse : le PO en bagarre avec eux) eurent mis l’institution objectivement en difficulté. Je me souviens de l’indifférence avec laquelle, le 13 juillet 1984, poussé dans le dos par toutes les parties en cause, je suis allé à la messe du soir au Gésu, face au Botanique, pour que Dieu me dise tout bas ce que Lui attendait de moi. J'aimais Dieu. Aimer. Y a-t-il autre chose qui m'ait jamais mis en mouvement ?

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 L’Envie… Il y avait dans la Libre Belgique d'hier un article merveilleux d’Armand Lequeux sur ce dernier vice, dont on se croit facilement exempt. A tort. Je m'en reconnais porteur. Vous le trouverez ici, mais je le reproduis aussi en « commentaire », parce qu’il pourrait disparaître avec le temps, et que, de cette réflexion lumineuse, sans moralisme benêt, je désire tout garder, m’inspirer. Lisez. Se réjouir du bonheur d’autrui. Des qualités d’autrui. Des chances d’autrui. De la santé d’autrui. Se réjouir vraiment. Jouir comme au Ciel de la Sainteté des Autres…   

24/12/2010

Dieu dort

Georges de La Tour, Nativité.jpg

Au premier plan dans la pénombre,  une main de femme, levée comme une bénédiction, cache la flamme d’une bougie. Qui projette sa lumière sur la tête de l’enfant Jésus, habillé de blanc, et dormant du « sommeil du Juste ». Le visage du nourrisson attire d’abord mon attention, puis il m’invite à me tourner vers celle qu’il illumine, sa mère. Vêtue d’une robe pourpre, tenant son enfant sans le retenir, les yeux mi-clos sur un spectacle intérieur qui n’est pas le bébé, Marie semble exposée et nous exposer à la chaleur douce émanant d’un feu tout près, dans l’âtre.



Voilà donc le Verbe de Dieu : un verbe in-fans, qui ne parle pas. Le Verbe de Dieu dort. Qu’est-ce à dire ? Qu’est-ce qu’il y a là comme théologie ? C’est à Xavier Thévenot vieillissant que je dois ce genre de réflexion. Dieu vient sauver le monde, et il commence par passer des heures et des heures à dormir, comme tout nourrisson attendant tout de la seule prévenance de sa mère. On songe à cet autre sommeil plus tard, quand il sera adulte, dans une barque, tandis que les vents et les vagues se déchainent sur le lac de Galilée et que les disciples ont peur. Là aussi le verbe de Dieu se fie à des êtres humains. Sa mère, son père adoptif, ses disciples, l’Eglise. Avant de nous prêter sa force, quand besoin sera, Dieu s’en remet à notre petite sagesse. Sa « gloire », il la laisse d’abord à notre « bonne volonté ».

 

[Il y a aujourd’hui trois ans que ce blog a été instauré. Vais-je le clôturer ? 1. Il me semble avoir tout dit ; désormais un petit vagabondage au hasard dans mes archives suffit à renseigner le passant sur le double point de vue réaliste et mystique que j’ai proposé toute ma vie, avec enthousiasme. 2. Je suis fatigué. La fibrillation cardiaque apparue en 1997, soignée en 2003, est réapparue, plus invalidante, si bien qu’une  nouvelle procédure d’ablation est envisagée, malgré mon âge. Tuile. 3. De toute façon quelque chose doit changer, car rien n’est durable dans les procédés actuels de communication;  mais je distingue encore mal ce qui devrait éventuellement subsister – à part l’écriture, ce medium avec lequel je m’identifie. -  Merci aux lecteurs fidèles, particulièrement à ceux qui ont fait plus que me lire, qui se sont risqués à « commenter ». Ils peuvent encore passer ici de temps à autre, il y aura toujours un peu de lumière, j’imagine, - enfin des braises, sur lesquelles quelqu’un soufflera. Quelqu’un : vous ou moi… Et j’indiquerai un jour et comment un nouveau projet  pourrait être lancé – s’il l’est. En attendant, Dieu rende à chacun de vous, connu ou inconnu,  les richesses et les bonheurs spirituels qu’il m’a donnés]

14/12/2010

La vengeance de Dieu, c'est nous sauver.

Epiclèse anté-consécratoire.jpgDimanche, l’abbé Jacques Jordant, 84 ans, ancien professeur de religion dans les athénées de l’Etat, fait à Ste Gudule une homélie dont son public reste pantois. Je dis bien son public : comme il ne prêche qu’un dimanche sur quatre, pas mal de gens téléphonent au doyenné pour savoir si c’est lui, ce dimanche-là, si donc leur trajet jusqu’à Bruxelles-Centre en vaudra la peine… Eh bien, ce dimanche, il a été génial. Sublime, mais troublant aussi. Inattendu. L’orateur maître de lui qu’il est habituellement était comme fiévreux, s’accrochait à l’ambon sinon au micro, s’acharnait à nous dire quelque chose que nous, son public plutôt bourgeois, nous n’avions pas encore vraiment entendu depuis dix-sept ans qu’il célèbre à 11h30… Vraiment ? Oui.

 

cathedrale à la messe des familles.jpgQu’est-ce qu’il a dit ? Lisez bien. Les mots que je mettrai ici en italiques et que je soulignerai, ils sont assez « lourds », assez extraordinaires pour que je les aie fixés dans ma mémoire : ce sont les siens. L’ordre des idées aussi est le sien, numérotation incluse. Il a lu Quintilien, le bénéfique abbé, il en a  assimilé l’art oratoire, qui n’a rien à voir avec la rhétorique d’Augustin. Aucune place ici pour les jeux de mots. Les termes fonctionnent comme ils sont. Qu’on les entende pour ce qu’ils disent.  - Reste que je n’avais pas d’enregistreur et si un propos heurte quelqu’un, qu’il me l’attribue : je l’assume. Voilà.

 

Fille endormie sur un chameau, Xiang, VIIIe siècle.jpgDans le Royaume que Jésus annonce, « la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ». Aux boiteux, aux aveugles, aux morts. On vient de l’entendre dans la lecture de l’Evangile. En ce qui concerne Jean-Baptiste, J.J. fait d’abord un sort à une compréhension mesquine qu’il y avait autrefois du texte suivant de Matthieu : « Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui. » On disait aux enfants : le Baptiste, c’est l’ancien testament, où il fut le plus grand ; mais dans le nouveau testament, il ne compte pas. C’était oublier que la notion d’Ecriture sainte, au temps où l’Evangile était annoncé, ne renvoyait qu’à l’ancienne alliance, toujours valable. Que dit donc Jésus ? Que le Baptiste est plus qu’un prophète : c’est le Messager qui prépare le chemin du Royaume. Prépare à qui ?

 

Mechanical Pig, de Paul McCarthy.jpgLe nouvel ordre des choses tel qu’il se déploie dans la vie nouvelle, c’est le salut pour ceux qui ne valent rien. « La vengeance de Dieu, c’est de nous sauver », disait Isaïe dans la première lecture. « Imaginez le plus vicieux des hommes, le plus moche, le plus démuni de tout y compris de toute vertu, c’est lui qui est d’abord à sauver. » C’est pour lui que le Christ vient. Pour lui que s’édifie le Royaume, c’est lui qui est le petit, au centre. C’est lui qui, dans le Royaume, doit être le plus grand.

 

patience.jpgAlors devant ça, nous devrions, nous, avoir trois réactions, trois sentiments, ou trois attitudes, comme on veut. 1. D’abord l’humilité. Ca ne veut pas dire se mépriser, se détester, s’attribuer (avec orgueil) tous les défauts possibles, c’est reconnaître que nous, que moi, j’ai besoin de salut. Que je ne suis pas spontanément dans le Royaume. Que je n’en suis peut-être pas membre du tout, aujourd’hui encore, malgré mes  messes et mes bonne œuvres : que j’ai besoin de Lui pour y entrer… 2. Puis , les uns pour les autres, avoir un sentiment… quel sentiment? Les premiers chrétiens ont inventé un mot pour ça, le mot agapè, à partir d’une racine qui signifie "conduire vers", "tracer  un chemin, tiens ! le chemin du Baptiste. Aller vers l’autre, l’autre qui est vraiment autre, mais de qui je dois me soucier, que « j’aime », qui est même une part de moi…  3. Et enfin, il y a ce dont St Jacques nous rebat les oreilles, ce qu’il répète quatre fois dans la 2e lecture du jour, avoir de la patience ! Pour Dieu, mille ans c’est comme un jour, dira Pierre, Dieu est lent. Attendons. Donnons-Lui le temps qu’il faudra. Empruntons le chemin de la préparation, le cœur plein d’espérance, jusqu’à ce qu’il vienne. Pour faire quoi ? Nous sauver, encore et toujours, vous n’aviez pas compris ? Nous sauver.  Amen.

08/12/2010

Marie exceptée

  mille cieux.jpgLe genre humain  dont on exalte toujours la dignité quand on lui interdit le plaisir des chats et des lionnes, c’est pas grand-chose.  Un péché d’origine frappe les gens à leur conception comme une tare, sans que chacun y puisse rien. Heureusement, Dieu peut tout. Par exemple faire un monde aux galaxies inutilement innombrables, et gaspiller trois millions de spermatozoïdes par mililitre du sperme qui créera un être humain. Qu’il ait plu à ce cher Tout-Puissant de faire une seule exception en l’honneur d’une mortelle, comparativement, c’est pas énorme, mais soit, très bien, merci, c’est bien de l’honneur. Je m’en réjouis pour Marie, et je la félicite comme je féliciterais un voisin qui a gagné le gros lot.

 

 

Ingres, Sainte Marie mère de Dieu.jpgPourtant, si attaché que je sois à sa présence discrète, sa féminité, sa maternité, j’ai du mal à voir dans cette immaculée conception de quoi partager le délire de St Alphonse de Liguori, par exemple, dont je vous offre le début d’un prône, emprunté au site du Salon beige (mes mauvaises fréquentations, je sais).

 

Alphonse de Liguori.jpgTitre : Combien il convenait aux trois Personnes divines de préserver Marie du péché originel. Début du texte :  "La ruine que le maudit péché causa à Adam et à tout le genre humain fut immense, car, en perdant alors la grâce d’une manière si malheureuse, il perdit en même temps tous les autres biens dont il avait été enrichi dans le principe, et il attira sur lui et sur tous ses descendants, avec la haine de Dieu, le comble de tous les maux. Cependant, Dieu voulut exempter de cette commune disgrâce la Vierge bénie qu’il avait destinée à être la mère du second Adam, Jésus-Christ, qui devait réparer le mal causé par le premier. Voyons combien il convenait à Dieu et aux trois personnes divines de l’en préserver, le Père la considérant comme sa Fille, le Fils comme sa Mère, le Saint-Esprit comme son Épouse." 

 

Meryemana, maison de Marie.jpgSi malade que soit notre Eglise aujourd’hui, je sais gré au Ciel de l’avoir débarrassée de pareilles idéalisations.  Ce n’est pas ce qu’elle fut au berceau qui pour nous définit Marie, c’est, de l’annonciation à la pentecôte, ce qu’elle fit, et devint. Pour Dieu, puis pour Jésus, puis pour Jean. – J’ajouterai comme fait Paul (1 Co 15, 8), en bon  avorton: pour moi aussi sur les hauteurs d'Ephèse, au mont Bülbül, dans cette maison où elle est morte. Provisoirement. Salve Regina.

 

01/12/2010

Remplir les églises

imagesCA8T84UX.jpgJe partage avec le pape (et bien d’autres ;-) un désir passionné que « le Bon Dieu » redevienne une référence ordinaire, spontanée, qui aille de soi, dans l'existence des gens, particulièrement celle des Occidentaux qui ont appris à s’en passer. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent en se privant de cette Souveraine Bienveillance qui veille sur nous amoureusement, de la naissance à la mort. D’où vient cette stérilité toujours plus grande du grand arbre chrétien, tandis que le Croissant brille avec le même éclat et que le Gange baigne les mêmes foules ? Car il faut le reconnaître : les fruits recueillis au dernier Concile et après lui sont rares, malingres, et peu sapides. Que s’effondrent les vocations, que disparaisse la pratique des sacrements, est-ce à cela que nous nous attendions ? Que le Christ ne soit plus le bienvenu comme image sur nos murs et comme chant dans notre gorge, ô disgrâce ! ô honte ! Nécessité qu’il soit à nouveau vu et entendu…

 

D’abord, qu’il soit aimé. Et pour cela qu’il soit aimable. On a l’air d’énoncer ici un truisme, de demander ce qui est déjà obtenu. Pourtant, dans mon enfance et aujourd’hui dans certains clubs léonardophiles, j’ai beaucoup vu invoquer un dieu paternaliste et vindicatif, mesquin, un justicier à la mémoire impitoyable. Pis : je  vois aujourd’hui Benoit XVI s’y référer en douce comme à son Dieu. Je reprends ses propos déjà signalés.

 

On s'entend mieux dans le silence - Novy Pub.jpgLe pape nous informe de deux décisions qu’il a prises. 1. Il entend respecter rigoureusement le dernier concile, qui fait partie de l’histoire de l’Eglise, et donc de sa tradition.  Pour que les textes de ce concile soient « mieux lus », c.à.d. qu’ils ne servent plus de caution à l’irrationalité et au libertinage modernes, Jean-Paul II déjà avait trouvé nécessaire qu’on en fasse une synthèse. Qu’on élabore à Rome un  seul catéchisme faisant autorité, où les acquis de 1962-65 complèteraient les acquis d’autrefois. Il en avait chargé qui ? Joseph Ratzinger lui-même, bien tombé. En ce qui regarde la discipline, on a aussi rénové le droit canon en 1983. L’Eglise, pense Benoit, a donc bien assimilé Vatican II. 

 

2.  Mais ce concile n’est pas un événement isolé : il doit être replacé - pour être lui-même compris - dans la perspective des vingt premiers, dont la fécondité n’est pas terminée. Ce qui est découvert à Vatican II en 1962-65 n’est pas un supplément, encore moins un substitut, c’est un complément qui doit s’accorder avec ce qui a été dit en 1870 (Vatican I) et à Trente (1545-1563). Voilà ce qu’on avait oublié. On a trop vite balancé les acquis antérieurs, comme si Vatican II les rendait vains ou absurdes. Considérons mieux les anciens rites, les anciennes vérités, les anciennes vertus, dit JR, rendant espoir aux conservateurs jusque là mis de côté.

 

defaite - cf blog Etienne.jpgC’était quoi, ces mœurs catholiques d’hier ? Dans une lettre récente aux séminaristes, Benoît signale expressément que, nouveaux prêtres, ils devront prêter grande attention à ce que l’on nomme la piété populaire. C’est-à-dire ? Le pape ne le dit pas, c’est moi qui détaille, mais experto crede… Ce que j’ai vu, c’est ceci. Chapelets pendant la messe, appels au  miracle, dévotions à St Antoine ou Ste Rita, confessions obligatoires, annonce de la damnation toujours possible si on meurt en état de péché mortel, rappel que la sexualité fût-ce en intention est toujours matière grave, faisant perdre l’état de grâce si "pleine connaissance et entier consentement" sont réunis… Est-ce là le programme qui a jadis rempli les églises ? Non, pensez-vous, il devait y avoir autre chose. En effet : en même temps, invitation à traiter Dieu comme un marchand, comme un  homme riche ou un créancier qu’on peut se concilier par la bande – avec qui on négocie, c’est le mot. Voici un engagement du Ciel, topez là : vous ne mourrez pas « dans l’impénitence finale », si, une fois dans votre vie, vous communiez neuf premiers vendredis du mois de suite (selon le Sacré-Coeur à Ste Marguerite-Marie Alacoque vers 1680). Cinq premiers samedis du mois de suite suffiront, renchérit la Vierge aux enfants de Fatima en 1917. Qu’est-ce à dire ? Que la piété populaire, quand on l’exploite sans l’éclairer, fait de l’amour avec Dieu quelque chose qui ressemble moins au lien conjugal qu’aux liaisons tarifées (pardon).   

 

Table selon Norayr-Khachatryan.jpgEclairés, l’étaient-ils, ces hommes et (surtout) ces femmes assidus à l’Eglise ? Quelle sorte de liberté de choix avaient-ils ? 1860-1960 : époque de guerres, de poumons faibles, d’ignorance surtout. Ah ! l’ignorance ! Je vous donne un seul indice, on ne peut plus scientifique. D’après le recensement établi par l’Institut belge de statistiques sur l’année 1961 (Cfr J. Quoidbach, Faits et chiffres 1976, Belgique, Bruxelles, édition Rossel, 1977) 28 % des Belges sont alors des jeunes en cours de scolarité. Restent 72 % d’adultes : comment se répartissent-ils au niveau de leur instruction? Plus des 2/3, soit 50 % ont une scolarité de niveau primaire seulement (mais c’est déjà ça : l’enseignement primaire en Belgique n’est déclaré obligatoire qu’en 1914). Restent 16 % qui ont une scolarité de niveau moyen inférieur, 4 % qui ont un diplôme d’humanités, et 2 % un diplôme d’enseignement supérieur (1% technique ou artistique, 1% universitaire. La population belge n’est donc pas en mesure de vérifier, de contester, de purifier même ce que messieurs les curés lui transmettent. Elle est primaire. L’enseignement religieux est donc lui-même primaire.

 

au ciel, qui sait, la croix, le règne.jpgPas la peine de revenir à pareil enseignement aujourd’hui : ses fruits seraient nuls en matière de dévotion. L’instruction s’est généralisée, et un vrai savoir, privilégiant l’expérience et la conscience, a été mis en place par le MOC surtout, et par les laïcs – laïcs chrétiens, ou laïcs agnostiques.  Jamais plus une encyclique ne pourra dire aux gens comment il faut aimer, ce qu’il faut faire ou éviter, voire ce qu’est vraiment le « Corpus christi » qu’ils ont reçu sur la langue et qu’ils ont aussi regardé à la télévision. Que mon Eglise, comme elle fit entre 1955 et 1977, se décide à s’éprendre à nouveau des filles et des fils de son siècle, les écouter, leur faire confiance, et puis leur offrir pour rien ce qu’elle a reçu pour rien : la promesse de résurrection, la paix, la miséricorde, l’évangile, l’universalité. Je ne crois pas qu’un Vatican III est indispensable pour si peu de choses… Sont  absolument requis, en revanche, un pape et des évêques qui ne se désolidarisent pas, à la première nouvelle de l’infamie, de leur malheureux frère déchu à Bruges, pécheur au crime plus scandaleux mais non substantiellement différent de leurs fautes à eux, de leur orgueil, de leurs aveuglements, de leurs enfantillages mystérieux et bas. Leurs fautes comme les nôtres, comme les miennes. Pardonnées. Toujours. Dans le Christ, à cause de Lui.

26/11/2010

L'ancien chantage du christianisme

B16 images.jpgIl y aurait bien des choses à dire, concernant le livre d’interviews du pape Benoit XVI en vacances, offrant moins des idées nouvelles qu'un ton vraiment nouveau. Le pape interviewé six jours, vous voyez ça ! C’est unique dans l’histoire. Est-ce qu’on interviewe la reine d’Angleterre ? De Gaulle n’a accepté de l’être qu’à l’occasion d’élections décisives, après le premier tour en 1965, puis lors du référendum en 69. Mais prenons-y garde : ce n’est pas le pape Benoit qui s’exprime. Il le dit avec honnêteté, avec prudence aussi. Ce qu’il dit ne jouit pas de l’ « infaillibilité » reconnue au pape ; et pour une fois, il n’a même pas fait relire le texte par la Congrégation pour la doctrine de la Foi, comme il le fait normalement pour des propos qui engagent, ce qui montre au passage qu’il n’est pas un autocrate n’écoutant que son caprice, mais un pasteur travaillant en relative collégialité.

 

la rose, l'épine, l'épaule.jpgC’est donc ici le professeur Joseph Ratzinger qui nous parle, devenu pape, certes, mais qui l’oublie pour nous faire entendre le théologien qualifié qu’il est resté, homme de continuité plutôt que de progrès, vieillard pieux aussi que sa piété pousse à replacer au milieu du monde Dieu dont le monde s’est dépris. C’est le Bon Dieu, répète-t-il. Voire, répond le monde. Ce Dieu que nous avons encore honoré au XXe siècle voulait en effet nous « sauver ». Le salut, voilà qui était (qui est toujours, semble-t-il) la grande affaire. Mais voilà qui fait de nous au départ des condamnés. Condamnés à quoi ? Si c’était seulement au néant, au sommeil absolu de la mort, comme pour les animaux, cette promesse de salut serait la bonne nouvelle d'une vie éternelle. Mais historiquement, ce n’est pas ainsi que se présente le christianisme. Plutôt comme un chantage. Ce n’est pas "à prendre ou à laisser". Car à laisser les choses aller instinctivement, il y a risque de torture éternelle. « Pourquoi êtes-vous mis au monde ? Pour connaître, aimer et servir Dieu, et ainsi parvenir en paradis ». C’est le premier article du catéchisme de mon diocèse natal (Namur). Il ne s’agit pas d’être heureux, en paix, gentil : mais d’être ici-bas servant de à la Cour divine pour échapper au pire qui menace. A y réfléchir, je pense tout bas, puis tout haut : si l’Eglise a quelque chose à enseigner au monde, l’inverse aussi est vrai : elle avait quelque chose à apprendre de lui, comme le sentait Jean XXIII.

 

Ratzinger et Habermas - ImagesCAIBD9Y7.jpgVoyez ce que Mgr Ratzinger nous montre du Concile, qu’il dit en passant « non renouvelable », ce qui, le temps de son pontificat, a l'avantage de geler les faux espoirs. Vatican II, explique-t-il, a redéfini tant la destination (elle est faite pour lui) que la relation existentielle (elle fonctionne avec lui) de l’Eglise et du monde moderne. Après quoi il ajoute : « Mais transposer ce qui est dit dans l’existence et rester en même temps dans la continuité intérieure de la foi, c’est un processus bien plus difficile que le concile lui-même. » Traduction : c’était plus facile de voter alors les réformes que de les accorder aujourd’hui avec la doctrine de toujours comme je fais maintenant. Il ajoute avec pertinence : « D’autant plus que le Concile a été connu par le monde à travers l’interprétation des médias et moins par ses propres textes que presque personne ne lit. »  Ce qui explique le style médiatique du livre ! L’interviewé parle comme tout le monde – sur des sujets qui ne le supportent pas facilement.

 

fond et ton discordants.jpgJe mentionnerai ici à peine les propos sur l’homosexualité comme obstacle rédhibitoire à la prêtrise. Ils sont injurieux, et je redis à la dizaine de prêtres de sensibilité homo que je connais personnellement que leur travail dans l’Eglise m’a paru d’une plus grande fécondité que celui des ours myopes et autoritaires qui s’y prélassent en grognant. L’homophobie qui s’étale dans le discours de JR est plutôt signe de sénilité, d’emprisonnement inconscient dans  l’imagerie  mentale des années 30-40. Allons ! Ces préjugés contre les femmes, les juifs, les gays, les noirs, mon cher grand-père, Alfred Ier, mort à quatre-vingts ans en 1938, devait les avoir…  Je voudrais plutôt finir ce trop long blog par un beau texte, inattendu, de notre bon Joseph R. Je ne le commenterai pas, mais si des commentaires en sont faits, j’en serais ravi.   Et comment prie le pape Benoît ? demande soudain le journaliste.

 

22531_papeune.jpgRéponse. « En ce qui concerne le pape, il est aussi un simple mendiant devant Dieu, plus encore que tous les autres hommes. Naturellement je prie toujours en premier notre Seigneur, avec lequel je me sens lié pour ainsi dire par une vieille connaissance. Mais j’invoque aussi les saints. Je suis lié d’amitié avec Augustin, avec Bonaventure, avec Thomas d’Aquin. On dit aussi à de tels saints : Aidez-moi ! Et la Mère de Dieu est toujours de toute façon un grand point de référence. En ce sens, je pénètre dans la communauté des saints. Avec eux, renforcé par eux, je parle ensuite avec le Bon Dieu, en mendiant d’abord mais aussi en remerciant – ou tout simplement rempli de joie ».

21/11/2010

Christ, pauvre roi nu

jo seub - Who wants to live forever 13, 2008.jpgUne longue succession d’événements irrationnels ou déraisonnables, comme on voudra, dans le destin de l’Ihecs montois, « m’ obligea » à assumer sa direction en 1986. Délégué syndical et administrateur, j’avais auparavant manifesté mon inquiétude pour la survie de l’institution. On me demandait plus. Le « littérateur », l’homme des mots que j’étais, qu’il devienne  donc un homme d’action ! J’ai raconté cela ici, avec le reste, le dix mai 2008. Comment j’eus le sentiment que Dieu, sur la voie cahoteuse, me précédait - montrant où aller.    

 

L’Ihecs est restée jusqu’en 1993 au « troisième degré de l’enseignement supérieur Contrat CDI ens.catholique.jpgtechnique », c’est-à-dire qu’elle délivrait un diplôme que l’Europe ne reconnaissait pas officiellement comme une licence  universitaire. Du coup, l’engagement de professeurs se faisait sous des contrats établis par « la rue Guimard » (= le praesidium de l‘enseignement catholique). A l’article 3 de ces formulaires, on lisait que l’Ecole employeuse « appartenait à l’enseignement confessionnel, et plus précisément à l’enseignement catholique » ; et que son Pouvoir Organisateur était engagé « à enseigner et à éduquer les élèves sur base de la conception de vie fondée sur la foi et sur la morale catholique [faudrait une s, mais il n’y en a pas…], conformément [bien sûr] à l’enseignement des Evêques. » Après quoi cinq  articles exposaient les devoirs qui incombaient ipso facto au professeur signant le contrat, ainsi que la procédure qui serait suivie en cas de problème, dont le fait de « s’écarter publiquement et de manière durable, dans ses comportements, des règles de cette doctrine… ». Traduction : divorcés, pédés, concubins, cachez-vous. 

 

Je ne m’en suis rendu compte que peu à peu : même si cet embrigadement n’était que formel,  son énoncé seul, son libellé même était insupportable. En 89, Bruno était déjà une semaine sur trois à l’hôpital. J’ai consulté Alain, notre ami avocat, prié, puis décidé seul, un jour, de remplacer tout ça par un articulet en trois points, que j’ai fait dûment approuver sans problème par le P.O.  : « • Le membre du personnel prend acte qu’il enseigne dans un établissement régi par une philosophie ouverte d’inspiration chrétienne ; • il s’interdira donc, au sein de l’école, tout militantisme athée ou anti-évangélique ; • il garde néanmoins plein et entier son droit à la liberté de pensée et par conséquent d’expression hors duquel l’enseignement supérieur ne mérite plus son nom. »

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Je suppose qu’aujourd’hui, vu l’air du temps, ces trois propositions ont disparu. Que même vous, Monsieur Dubié, seriez tout à fait à l’aise dans cette école où Dieu permet comme partout qu’on l’oublie. Où il reste là, pourtant, croyez-moi. Taiseux mais aussi actif qu’aux temps jadis où j’y priais, David minable. - Actif ? dites-vous. Je ne vois pas. Où donc ? Dans les âmes.

19/11/2010

Des bouffeurs de curé le calotin curieux...

Josy Dubié.jpg   J’apprends par la RTBF mercredi midi ce que vous savez sans doute. Josy Dubié,  ancien sénateur, a claqué la porte du parti écolo dont il avait été une vedette. Il lui reproche de trop peu s’intéresser à la politique internationale, et aussi, je cite de Brigode au JT, d’être « trop catholique ». La lettre de renon est bientôt publiée : Ecolo serait devenu un « parti de bobos, dont [il] ne supporte[rait] plus « ni les dérives « libérales libertaires », ni les foucades monarchistes et calotines du « chef ». Il a écrit « notre » (chef), mais c’était torturer la syntaxe, je corrige donc comme a fait pieusement le Soir. Qu’importe. - Cela ravive en moi un flot de souvenirs.

 

dutilleul_philippe.jpgJosy Dubié, je l’ai connu par la bande, en 74-75, quand l’Ihecs était encore installé à Ramegnies-Chin près de Tournai. Je n’y étais prof à plein temps - c.à.d. huit heures de cours par semaine, chanceuse  époque ! - que depuis 1973  et, bien que toujours domicilié à Bruxelles, je voulais m’insérer dans la communauté étudiante, alors très politisée. On avait tous « fait » 68, mais le milieu n’était pas soixante-huitard au sens anarchique, comme on en a l’image. C’était plutôt un espace et un temps où les jeunes se voulaient tôt indépendants, adultes. Inventeurs d’eux-mêmes, à l’inverse de la génération Tanguydu XXIe siècle. Politiquement, c’était « à gauche, toutes ». A titre personnel, « dans une longue enfance on m’avait fait vieillir » au sein généreux de la compagnie de Jésus, comme raconté déjà, et, à mon retour dans le siècle, la disparition de mes père et mère m’avait trouvé tel qu’étaient ces étudiants : un homme à faire, seul, qui en voulait. Avec un trait caractéristique qui ne s’est jamais estompé : j’étais chrétien comme on a le sang chaud, comme on est asthmatique, comme on comprend le français. D’abord chrétien ; ensuite de gauche, puisque conciliaire, mais la révolution n’était pas mon idéal. Ni Castro, ni Che Guevara, encore moins Mao ne m’inspiraient. Par contre, la foi de Mauriac, la sensibilité de Françoise Giroud, la perspective de Mitterrand, voilà qui m’exaltait, me suffisait. Je me souviens d’une soirée chez Philippe Dutilleul, le futur auteur de Bye Bye Belgium, qui était alors étudiant en dernière année, et qui avait invité « Dubié, le grand reporter.»  Leur discussion portait sur les désordres mondiaux. Carole Courtoy, la future productrice de cinéma,  était là aussi.  Prudent, j’avais écouté et je n’avais rien dit.

 

Defossé.jpgPar la suite, à cause de ses émissions sur les « Travaux inutiles », j’ai été amené à apprécier le frère de Dubié, Jean-Claude Defossé. J’ai donc engagé ce dernier comme chargé de cours en février 1989, quand l’Ihecs alors nomade était à Mons. J’étais, comme le public, « épastrouillé » par sa façon humoristique et picturale de faire « voir » ce qu’il « disait.» Cela instaurait dans ses reportages un humour actif, lui permettant d’être outrancier sans être blessant. D’accuser sans faire la leçon. Par exemple ? J’ai oublié, je vais inventer, je me rappelle seulement la méthode, qui est prendre en main des jumelles à propos d’une question dont on dit qu’il faut y regarder de près. Mais il est aujourd’hui question de catholicisme, et M. Defossé, agnostique de bonne compagnie, n’était pas là-dessus aussi chatouilleux que son frère. Je me rappelle avoir discuté avec lui de ce qui était « possible » idéologiquement dans le monde des médias, à propos des valeurs… Lui plaisantait gentiment. Rappelait qu’il était au départ un artiste, professeur de dessin… J’ai tiré secrètement profit de sa sensibilité. En aménageant pour tous, bientôt, le formulaire de contrat professionnel, aussi bien CDD que CDI, de la façon que je dirai dimanche C’ est la fête du Christ Roi , ne me demandez pas le rapport…

12/11/2010

Rapport à l'autorité militaire

quoi dire....jpgJe suis effrayé, accablé, par la véhémence des haines que je vois   s’exprimer dans la presse belge. Pas celles qui ont rapport avec la politique : l’intérêt matériel suffit à les expliquer. Ce qui me fait mal durablement, ce qui m’est obstinément obscur, c’est la violence des répudiations religieuses. Dans l’univers laïc, comme dans l’univers ecclésial. Qu’on lise, par exemple, sur le site de La libre Belgique, les commentaires accrochés aux articles traitant de l’Eglise belge. Ici, ou encore là, c’est du pareil au même. Les gens s’expriment d’ordinaire moins pour informer que pour communiquer – ai-je compris à l’Ihecs. Mais ici, c’est autre chose : on s’exprime pour polémiquer. Et il n’y a pas deux camps, comme on penserait d’abord : les croyants et les incroyants. Mais quatre, chaque groupe se subdivisant.

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1. Il y a les athées, résolus ou non, anciens chrétiens ayant quitté la bergerie pour eux vermoulue, ou encore les nouveaux païens convaincus tranquillement qu’après la mort il n’y a rien, et qu’entre temps, « mangeons et buvons. » Ces gens ironisent souvent sur les tribulations ecclésiales actuelles, mais ils sont rarement méchants. S’ils mordent, c’est quand une autre idéologie prétend clôturer le terrain de la discussion.  2. A côté il y a les agnostiques sincères, résignés à la nuit du Sens où s’écoule toute vie, femmes et hommes que leur humanité seule pousse à la bienfaisance solidaire :  « travaillons au respect des droits humains, au bien-être de tous, au salut de la planète ». Ceux-là lisent, approuvent d’un "Enter"  ce qui est modéré, et passent poliment.

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3. En face, chez les croyants actuels, on voit surgir en nombre impressionnant les chrétiens franchement ou plutôt intégristes. Moins inventifs que vindicatifs. Nostalgiques des temps autoritaires, ils ont trouvé en NNSS Ratzinger et Léonard les maîtres dont ils avaient besoin pour rétablir l’ordre moral d’hier, celui que caractérisaient à la fois l’échelle des grades, la netteté des dogmes, et l’énormité des sanctions (ciel ou enfer, l’enjeu est gros).  Ici s’exprime… quoi ? La haine, celle de Caïn, métaphorique certes, mais la vraie, et ça fait peur. Ils maudissent, tout le temps. Je pense : rien n’est pire que les guerres de religion ; j’assimile même  subconsciemment ces prétendus soldats du Christ à leurs homologues islamiques, qu’ils annoncent comme notre destin… 

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4. Enfin, il y a enfin les chrétiens conciliaires. Ceux qui ont vécu en pionniers cette période, aventureuse et libératrice, mais aussi les héritiers qui, sans toujours le savoir, vivent un catholicisme redevenu à la fois sobre et fraternel. Où Jésus et le Pauvre sont presque identifiés (presque : pas en tout). Où l’on parle à Dieu comme au Père qu’il est, à Jésus comme au Fils aîné, le modèle… En cette triste année, ces chrétiens-là sont aussi présents, vivants, acceptant leur part de torts. Ils ne maudissent pas, ils instruisent… Et ils sont presque tous très critiques à l’égard de Mgr Léonard, dont ils voient bien (pas toujours…) le brio, le courage, l’orthodoxie, mais dont le manque de miséricorde, la marche en arrière, et l'option de fermeture sont pour eux tantôt  un scandale, tantôt une profonde, profonde tristesse.

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Ça passera. Les chrétiens sont habitués à ça aussi : être déconcertés par l’Esprit-Saint  qu’ils ont reçu comme le seul vrai GPS à leur confirmation. ILS S’Y FIENT. Il y a « Cela » de commun entre Léo et moi. L’Esprit du Père et du Fils à qui, tous les deux, avec tous les autres chrétiens, à gauche et à droite, nous tendons, nous passons la supplique : Lave ce qui est sale, arrose ce qui est sec, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est rigide, réchauffe ce qui est froid, redresse ce qui est dévié…

 

 

05/11/2010

La bise quand même !

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  Pierre revient des classes vertes, ce séjour à la campagne avec les enfants arrivant à la fin des études primaires. Quatre-vingts enfants, quatre instits et quatre stagiaires, et,  sur place, un spécialiste de je ne sais quoi (un moniteur sportif ? Ils sont logés à l’Adeps). Cette période est celle où les citadins découvrent les choses de la nature, distinguent un chêne d’un hêtre, l’aval de l’amont dans une rivière, l’alternateur de la turbine dans un barrage. A l’école où Pierre enseigne, l’habitude était, le soir, de passer dans les grandes chambres où sont les enfants et de les embrasser avant de fermer la lumière. Depuis l’affaire Dutroux, et aujourd’hui l’affaire Adriaenssens, cet usage est prudemment remis en cause par les profs eux-mêmes, enfin la moitié d’entre eux qui sont des hommes.

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Il se noue pourtant entre les enfants et leurs profs, en cette semaine, qui est de fête, de découvertes, de vie commune, d’ouverture au réel, un lien d’ordre parental. Un enfant vient vous dite : J’ai eu une fuite cette nuit, qu’est-ce que je fais ? et vous voilà qui allez changer les draps pour que personne ne voie rien. Un autre qui vous demande : Mon père a quitté ma mère la semaine passée pour une « nouvelle femme » que je ne connais pas, ma mère est toute seule, je ne veux plus écrire à mon père… Et vous voilà expliquant que l’enfant fait bien maintenant de soutenir sa maman, mais qu’il vaudra mieux d’ici quelque temps écrire aussi à son père… Et ainsi de suite.  Concernant le rite traditionnel, le prof le plus ancien qui fait figure de sage, qui est père de deux enfants et sent d’expérience ce qui est bien et mal, a déclaré pour son compte : « Je passerai vous embrasser le soir, et ceux qui ne veulent pas n’auront qu’à le dire ». Pierre, lui, n’a rien dit. Il n’est pas expansif de nature, il parle peu, ce qui n'empêche pas d'être bien entendu. 

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Un soir où il vient fermer les lumières, il découvre les quatre occupants en pyjama jouant aux cartes à la table de la chambre commune. « Faut s’coucher, demain on se lève tôt. » Les quatre gosses obéissent ; mais le « caïd » du groupe, il y en a toujours un, dit en passant : j’peux vous faire la bise, M’sieur ? OK. Les trois autres là-dessus suivent le rite.

 

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Agneau de Dieu, qui portez les péchés du monde, guérissez les plaies du corps social, menacé par le froid de l’âme, la crainte d’aimer, le cancer de la précaution sans limites.

 

02/11/2010

Tu t'es fatigué à me chercher (Dies irae)

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Deux novembre. Retour au village natal, et visite ensoleillée  à la sépulture familiale. Je me remémore ces vers de Victor Hugo, mis récemment en exergue d’un faire-part nécrologique.

Soyez comme l’oiseau posé pour un instant  

       Sur des rameaux trop frêles

Qui sent ployer la branche, et qui chante pourtant

        Sachant qu’il a des ailes.

 La fin du 33e  des « Chants du  crépuscule » de Victor Hugo. Recueil dont le début esquisse le dilemme où la vie amène, à la fin, quiconque réfléchit :

 N’y voit-on déjà plus ? N’y voit-on pas encore ?

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Là-dessus, rebondissement des aventures et mésaventures de Léo l’Archef. Voilà que son communicateur le plaque ! Les journaux en parleront assez pour que je ne mêle pas ma voix à l’orchestre. Ce Léo est l’Occupant, mis spirituellement à la tête du pays contre la volonté expresse des citoyens croyants. Quand ce pasteur imposé déclare qu’il dit toujours ce qu’il pense, quel que soit l’effet produit sur le troupeau, quand il ajoute qu’il n’a nul besoin d’être aimé, qu’il est plutôt indifférent à l’opinion et aux sentiments qu’il suscite, comment ne pas voir qu’il n’a rien d‘un pasteur ? On lui demandait quelle autre profession l’aurait attirée, s’il n’avait pas été prêtre. Réponse : la politique…

30/09/2010

Est-ce que Jésus dérape avec son temps ?

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       Ces dimanches-ci, il y a une espèce de malaise en nous, paroissiens banals et fidèles, qui nous réunissons à l’église, cathédrale ou non. Je ne parle pas du mur de honte qui, de l’Irlande à.. à la Flandre belge (!), s’est écroulé sur les nôtres, et dont la poussière nous empêche encore de respirer à pleins poumons. Je songe à ce qui est dit à la messe, dans les textes prévus. Depuis deux mois, l’Evangile, qui nous est conté cette année « selon saint Luc », montre Jésus dans sa marche vers Jérusalem (9,51 – 19,28), et le fait entendre quand "sa parole prévaut sur ses miracles, et quand l’exhortation l’emporte sur la présentation du mystère", comme dit la TOB. Eh bien, elle est souvent bizarre, sa parole ! Et ses "paraboles",  elles sont limite, borderline.  Je ne dirai pas "inadmissibles" puisque je les admets. Comment faire autrement : c’est Jésus, c’est mon Seigneur qui parle ; et l’Evangile est la « bonne Nouvelle » par définition (εύαγγέλίon). Mais ce sont nos oreilles du XXIe siècle qui écoutent et nos cœurs qui réagissent, avec deux mille ans de culture humaniste, et surtout deux cents ans où les droits de l’homme ont été conçus, rédigés, proclamés par une société qui est mienne aussi. « On » [enfin, je]… on se demande parfois si le discours attribué à Jésus par l‘évangéliste est conciliable, dans sa problématique marchande, dans le champ sémantique inégalitaire où il s’expose, dans le bruit que font ses connotations de violence et d’absolutisme, est compatible, donc, avec l’estime et le respect qu’un esprit un peu cultivé sait devoir éprouver a priori pour n’importe quel individu appartenant à la race humaine. Dit brièvement : si le Seigneur est foncièrement plein de tendresse, il s’exprime aussi, selon Luc, sans courtoisie et même avec… Dureté. Brutalité est trop dire. Mais c’est presque ça… 

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Qu’est-ce que moi, pauvre pécheur aveuglé par mon orgueil, j’ose donc trouver gênant dans le discours de Jésus ? Eh bien ceci. Ce n’est pas littéral, je résume :    « Tout de suite ! Suivez-moi tout de suite. Sans aller enterrer votre père, sans faire vos adieux aux amis » (27 juin). « Promettez aux villes qui vous repousseront un sort pire que celui de Sodome » (4 juillet) ! « Fatiguez Dieu avec vos requêtes : le sans-gêne est payant dans la vie spirituelle comme dans la société. » (25 juillet). « Je viendrai à l’improviste : soyez un serviteur en faction qui attend le maître même la nuit » (8 août). « Pour entrer au Royaume, la porte est étroite. Frapper quand elle est fermée ne sert à rien ; et dire "ouvre-nous, tu nous connais, nous avons mangé et bu avec toi", n’aura qu’une réponse :" je ne sais pas qui vous êtes…" (22 août). « Mettez-vous exprès au dernier rang pour qu’on vous invite à avancer [soyez finauds en somme] (29 août). « Profitez d’une charge de gérant dont vous allez être licencié pour vous faire des amis en annulant ou allégeant des créances du patron. » (19 septembre).  « A chacun son tour pour être riche : Le pauvre ici-bas va au ciel, et le riche en enfer. Il n’est pas question de leurs actions » (26 septembre). Enfin, après un discours hyperbolique sur l’efficacité de la foi, cette question : « Lequel d’entre vous quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : « Viens vite à table ? » Ne lui dira-t-il pas plutôt : « Prépare-moi à diner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour » Sera-t-il même reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous : vous êtes des serviteurs inutiles. (3 octobre). – Sorry, mais à la question « lequel d’entre vous », je pense : « moi », comme le premier gentleman venu…

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Il y a des explications ingénieuses et savantes, je sais, pour enlever à chacune de ces… ces grossièretés (pardon, Seigneur mon Dieu) leur caractère inacceptable. Reste que le discours est dur. Froid. Qu’on n’y trouve aucune inspiration, aucun motif d’ « aimer Dieu ». Sinon l’intérêt… Faire son salut ! Gagner son Ciel ! Misère ! A la fin de cette curieuse méditation, qui m’étonne moi-même, et que je veux éviter de conclure, une échappatoire me vient à l’esprit. Nous n’avons pas que l’Evangile (et l’Eglise) pour nous éclairer dans la vie, mais aussi les foyers de la culture humaine, allumés pour nous par la Renaissance, les Encyclopédistes, Hugo, et les autres penseurs. Ces foyers-là, l’Eglise joue volontiers le coucou avec eux, prétendant que là est son nid, alors qu’elle s’en est emparée, après les avoir méconnus, puis adaptés ; et à présent elle y chauffe moins des œufs que des idéaux et des idées. Eh bien, rien n’interdit de penser, comme je fais, que l’Esprit-Saint annoncé par le Christ, qui Delhez & Lequeux.jpgDe Beukelaer & Decharneux.jpginspire l’Eglise, inspire aussi le combat des Droits de l’Homme. Et là-dessus, davantage le Pr De Charneux que l’abbé de Beukelaer, et davantage le Pr Lequeux que le Père Delhez.

(Cfr  Eric de BEUKELAERE & Baudouin DECHARNEUX, Une cuillère d’eau bénite et un zeste de soufre, regards croisés et joute amicale en 65 mots-clefs, éd. E.M.E, 2009 ; et Charles DELHEZ & Armand LEKEUX, Le sexe et le goupillon, regards croisés d’un prêtre et d’un sexologue, éd. Fidélité, 2010) 

09/08/2010

Attachements et attouchements

au zoo d'Anvers.jpg

 

Je rouvre un peu plus tôt que prévu mon blog-notes. L’écriture familière que j’y fais voir et à quoi je me consacre  laborieusement ne produit pas vraiment une addiction : elle n’est pas, elle ne devient jamais un geste automatique, mais est l’effet d’un travail organisationnel et mental semé d’obstacles lexicaux, peu à peu indociles, obscurcis d’année en année par la nuit de l’âge qui descend. Cette écriture cause en moi, chez les autres blogueurs aussi, j’imagine, une volupté forte, calme, faite d‘un sentiment de puissance vitale sur le monde que chacun fait exister en le nommant. L’actualité qui défile propose des sujets dont quelques-uns me sont chers : l’Eglise, le Journalisme, l’Amour (ses caractères essentiels, ses conséquences communes, ses  expressions variables), l’Argent corrupteur, la Mémoire, la Beauté… Ou bien le blogueur ne s’ y intéresse pas, ou il se positionne. Mais chez le sage qu’on se doit d’être "un jour", le  premier mouvement n’est quasi jamais de « dire son avis », mais de chercher à en avoir un, dont on puisse rendre compte – au moins à soi-même. Il faut qu’on parvienne à structurer, sur un problème d’actualité, sa propre pensée, à partir d’un des points de vue choisis pour la richesse des découvertes qu’ils vous ont antérieurement permises…  « Se faire un avis », c’est aussi complexe, aussi noble que cela.

 Ephrem en vacances, juillet 2010.JPG

Privé de mon cahier habituel, j’avoue être allé, par compensation, distribuer nombre de commentaires ici ou là, dans la presse belge et française : des forums y sont aujourd’hui proposés, à la suite d’à peu près n’importe quelle info nouvelle. Que je signe de mon nom officiel, ou bien Ephrem, ou encore Florent, je prenais soin de toujours garder la mesure, et d’indiquer,  plutôt qu’une solution facilement partisane, le lieu dialectique où se trouvait, à mon sens, la « vie cachée » du problème, qui en expliquait la souffrance. Mais les autres commentateurs, à ce moment mes compagnons de plume, suivaient majoritairement d’autres règles, ils jouaient d’autres jeux. Désireux la lutte à la culotte en Suisse.jpgseulement d’opposer des malédictions à des bravos, des soutiens de principe à des rancunes et des malveillances, ils m’ont souvent salué, poliment, mais reprenaient ensuite leurs prises de becs autrement jouissives…  Ajoutez qu’au niveau du journalisme électronique, une information nouvelle est à peine proposée à la réflexion qu’elle lui est soustraite comme dépassée, deux ou trois jours après.

 

écriture de journal.jpgJe reviens donc, instruit, à mon « espace » propre. Ce  blog-notes personnel. Pas plus qu’hier, je ne dédaignerai dans le prochain semestre les expériences de vie tout autres que les miennes, mais ce sera de ma propre vie, d’abord, que j’aurai le souci. En extraire ici ce qui fit sens, ce qui fut bénéfique et ce qui fut erreur. Je n’ai pas dit péché : contrairement à l’auteur du psaume 51, « mon péché », moi, je ne le connais pas bien. Je n'en nie pas la présence, ni le poids, mais j'en abandonne la connaissance dans le coeur de Jésus. Par nature ou par éducation, je suis de ceux qui peuvent errer, mais ne persistent pas dans le mal quand ils le voient dans de sa réalité : le malheur. Je suis un fabricant de bonheurs, je n’ai jamais cru aux bonnes fées ni même à Jésus bouleversant pour moi le destin du monde. Les princes charmants, je sais qu’on les suscite, qu’on les aide à paraître tels, et qu’on crée en eux, avec eux, la merveille dont ils deviennent finalement les symbole bienheureux, et les bénéficiaires… Encore me faut-il, jusqu’à la fin de cette année (sinon de ma vie), comprendre et faire parler cette puissance affective que je sens toujours bouillonnante en moi, tant que je la sens telle, - et tant que je parviens à lui faire parler correctement le français.

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Allons : un exemple pour que mon texte (je viens de le relire) ne décourage personne par son abstraction. Le journal télévisé de la RTBF, ce samedi 7 novembre à 13 heures, ouvrait ses informations  par ce titre impressionnant : « Une nouvelle révélation éclabousse l’Eglise belge impliquée dans des affaires de pédophilie. » Sous-titre immédiat : « l’ancien évêque de Bruges avoue AUSSI avoir versé de l’argent à la famille de la victime. »  Oh ! la là ! La suite va corriger le tir, mais les premières balles ont su déjà blesser. Le porte-parole de l’évêché, Peter Rossel, va être opposé à un « bruit » soutenu par un auteur de polars brugeois, auquel l’hebdomadaire Le Vif/L’Express consacre quatre pleines pages sans la moindre réserve. Le bruit : cet argent achetait le silence jusqu’il y a deux ans, fin de la période nécessaire à la prescription. L’évêché : l’ex-évêque, reconnaissant sa faute et demandant pardon à Dieu ET à la victime, n’a pu être être absous que parce qu’il dédommageait sa victime avec équité (…50.000 euros : pas de mystère, c’est la norme appliquée dans la Néerlande terre à terre). L’indemnité a été  donnée au seul neveu-victime, qui a aujourd’hui quarante ans. Où est la « boue »  ? Le nouveau scandale ? C’est le catéchisme ordinaire : aucun « voleur », par exemple,  s’il veut être absous, n’est dispensé de rendre ce qu’il a pris, nous savons tous cela. Loin d’éclabousser l’Eglise, cette info montre donc le sérieux de ses sacrements. En revanche, la grande presse a fait jouer ici un bien curieux rôle à la famille, et peut-être même à la victime sous-entendue insatiable…

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Au reste, le spectateur ne sait toujours rien des faits précis, pédophiles certes, mais toujours mystérieux pour nous qui en parlons dès lors selon notre propre délicatesse. Du viol à la séduction, des impudeurs à l’impudence, des attouchements aux attachements, le monde occidental d’aujourd’hui est donc tellement chaste, réservé, pudique qu’il ne veut là-dessus qu’un seul mot : des crimes, c’est clair ? des crimes, des CRIMES. Excusez-moi. Je crie assez fort ? 

26/05/2010

De génération en génération

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     Ce dimanche de Pentecôte, « Tom », le dernier de mes petits-neveux recevait l'Esprit-Saint. Le voilà confirmé dans la foi catholique que Dieu semble avoir donnée à presque toute ma famille. Pourquoi ? Serait-ce par grâce héréditaire, comme Israël ? En riant, j'ai posé la question, tout haut devant lui, - je le lui ai même demandé... « Sait-il que Dieu est l'Eau pure qui nous apaise quand mille soifs nous brûlent ? Que Dieu, parmi les ombres où nous pouvons nous perdre, est le rayon de soleil qui réoriente ? » - « A quelles conditions ? » a-t-il alors demandé, pratique, en fils de ce siècle où tout se mérite. - Aucune. Tout est pour rien. Dieu aime pour rien. C'est Sa substance. La chance qu'on a, que tu as, c'est de le savoir. A ton baptême en 1998, ton oncle Pierre et moi avions écrit, à l'usage de ta mère qui l'avait sollicitée, une prière qu'avec son mari elle puisse dire sur ton berceau. En voici des passages que je reconstitue.

 100523 012 Tom

 « Seigneur, que Tom s'épanouisse dans la double hérédité que nous lui avons  donnée, à travers l'éducation que nous lui donnerons.  ● Que nous, ses parents, sachions croire en lui, pour qu'il soit capable de croire aux autres. ● Que nous le laissions grandir, c'est-à-dire devenir peu à peu indépendant : assez lucide pour admettre ses faiblesses, franc pour les avouer ; assez intelligent pour les dépasser,  courageux pour se surpasser.● Solidaire des petits, des exploités, des minorisés, qu'il n'oublie pas, là-dessus, que les désirs ne remplacent pas les actes. Qu'il ne se trompe jamais de camp, et se place avec ceux qui donnent plutôt qu'avec ceux qui prennent; avec ceux qui servent, plutôt qu'avec ceux qui se servent; avec ceux qui partagent, plutôt qu'avec ceux qui exploitent. ● Nous ferons en sorte qu'il Te connaisse, Toi, et Jésus le Fils que Tu as envoyé pour notre salut. Qu'il prenne conscience de Ta présence toujours aimante, de Ton soutien par-delà toute épreuve. Révèle-Toi à lui, avec clarté ou obscurité, selon tes desseins, que Ton règne en lui arrive et que Ta volonté sur lui soit faite, parce que notre discours sans Ton concours sera débile, et nos exemples sans doute médiocres. ● Finalement, puisse-t-il être convaincu, avec Beethoven, qu'il n'y a pas d'autre supériorité dans ce monde que la bonté; et, avec saint Jean, qu'au soir de sa vie, - dont aujourd'hui nous célébrons l'aube - il ne sera jugé que sur l'Amour.

A douze ans de distance, je vois bien les travers de pareille prière, naïve et trop habile. Mais voilà : Tu nous prends comme nous sommes, hein, Seigneur!

02/05/2010

Un sacrement de moins

confessionnal transformé en placard à balais

 

  Plus personne ne lit André Maurois, j'imagine, dont le premier livre, Les silences du colonel Bramble, écrit en 1918, avait encore du succès vers 1960. En voici un court passage, archi-célèbre aux temps jadis où le sacrement de pénitence était  compris dans sa magnanimité, avec la servitude qu'il demandait aux prêtres et l'authenticité qu'il demandait aux pénitents.

 Dites-moi, O'Grady, vous qui êtes irlandais [demande le Révérend Mac Ivor, pasteur anglican], pourquoi les chapelains catholiques ont-ils plus de prestige que nous ?

Padre, dit le docteur, écoutez une parabole. C'est bien votre tour.

 « Un gentleman avait tué une homme : la justice ne le soupçonnait pas, mais les remords le faisaient errer tristement. Un jour, comme il passait devant une église anglicane, il lui sembla que le secret serait moins lourd s'il pouvait le partager ; il entra donc et demanda au vicaire d'écouter sa confession.

Ce vicaire était un jeune homme fort bien élevé, ancien élève d'Eton et d'Oxford ; enchanté de cette rare aubaine, il s'empressa.

- Mais certainement : ouvrez-moi votre cœur, vous pouvez tout me dire comme à un père

L'autre commença :

- J'ai tué un homme.

Le vicaire bondit :

- Et c'est à moi que vous venez dire cela ! Misérable assassin ! Je ne sais pas si mon devoir de citoyen ne serait pas de vous conduire au poste de police le plus proche... En tout cas, c'est mon devoir de gentleman  de ne pas vous garder une minute de plus sous mon toit !

Et l'homme s'en alla. Quelques kilomètres plus loin, il vit, près de la route qu'il suivait, une église catholique. Un dernier espoir le fit entrer, et il s'agenouilla derrière quelques vieilles femmes qui attendaient près d'un confessionnal. Quand vint son tour, il devina dans l'ombre le prêtre qui priait, la tête dans ses mains.

- Mon père, dit-il, je ne suis pas catholique, mais je voudrais me confesser à  vous.

- Mon fils, je vous écoute.

- Mon père, j'ai assassiné.

Il attendait l'effet de l'épouvantable révélation. Dans le silence auguste de l'église, la voix du prêtre dit simplement.

- Combien de fois, mon fils ? »

Goran Djurovic, Confession, in LLB 9.4.10 

Docteur, dit le Padre, vous savez que je suis écossais. Je ne comprends les histoires que huit jours après qu'on me les a dites.

- Celle-là vous demandera plus longtemps, dit le docteur.

 André Maurois, Les silences du colonel Bramble, chapitre IX)

30/04/2010

Judas

Suspendu à un fil -  cf Godblog

         Ce sont deux histoires de rien du tout; de quoi pourtant apprécier deux nuances, qui font pour moi comme deux christianismes différents. Deux paroles épiscopales, traduisant l'une et l'autre aux brebis « enseignées » l'unique Parole de Dieu. Telle que la comprennent Nos Seigneurs. Le premier de ces bergers est le Diocésain, seigneur de plein droit ; le second n'est qu'auxiliaire, seigneur de second rang.

 Leo 5

Le Diocésain, on le lit s'épanchant dans le Soir illustré de ce mercredi, page 27. Il se dit « anéanti » par l'inconduite de son confrère déchu, apôtre diocésain comme lui, mais ayant pris, dirons-nous, le chemin de Judas.  « J'ai pleuré tout seul quand j'ai appris qu'il avait avoué.... Je l'ai bien connu, nous étions amis et aimions discuter et rire ensemble. Non seulement je suis choqué, mais j'ai perdu un bon ami pour toujours » (page 27)

Mgr De Kesel 

L'Auxiliaire, j'ai fait plus que le lire, je l'ai entendu moi-même,  à l'office du vendredi saint dont j'ai déjà beaucoup parlé. C'était dans la mini-homélie succédant immédiatement à la lecture de la Passion. Ce qu'il a dit, je l'entends, tout le monde l'entend encore.  « Les pires souffrances de Jésus ne sont pas celles que nous croyons, physiques ; ce n'est pas les clous et la croix qui l'ont tourmenté le plus férocement. C'est le paroxysme de l'amour méprisé... Catherine de Sienne, une mystique du moyen-âge, rapporte d'une de ses visions un mot que Jésus lui aurait dit et qu'on n'oublie pas quand on l'a entendu: « Ce qui m'a fait le plus de mal, c'est chez Judas, et ce n'est pas qu'il m'ait trahi, c'est qu'il ait pu penser que je ne lui aurais pas pardonné »...

22/04/2010

« Il l'aimait »

L'homme et l'enfant , de Maurice Carême

 

       

     Je deviens rare, vous l'avez constaté. C'est que j'investis passionnément dans mon rapport à l'Eglise catholique, et lorsqu'elle va mal, je vais mal. Quand elle est ambiguë, comme aujourd'hui, pape justicier contre évêques pasteurs, quand on s'y dispute les « meilleurs morceaux de la vraie croix » et que, dans mes amis, les uns m'enjoignent de signer telle pétition, face à laquelle d'autres contre-pétitionnent, je me sens spontanément du côté de ceux, pape compris, qui portent aussi comme le christ la croix du pécheur et remettent celui-ci « au bras séculier » mais ne l'abandonnent pas. Avec les conciliaires, et contre les radicaux,  je reste donc dans l'incertitude, espérant d'autres mesures qu'un renforcement de la police et une re-sacralisation jalouse du clergé humilié. Je m'assoupis, tout triste, en attendant un meilleur temps. Est-ce intelligent ? N'est-ce pas plutôt ma faiblesse ? Hélas : c'est ainsi. Soudain il n'y a pas d'idée que je commence à énoncer sans qu'elle me semble, en cours même d'énonciation, de pertinence douteuse. Aucune phrase que je n'interrompe par une circonstancielle qui la contredise. Je suis enfoui dans la réflexion solitaire.

 Natacha Kampush - Google

Je suis vraiment paralysé par cette révélation depuis des mois d'un péché qui semble, non pas caractéristique, mais assez ordinaire dans le catholicisme. Une faute qui était considérée depuis toujours comme l'une des vingt ou trente conduites portant toutes atteinte banalement au 6e commandement («luxurieux point ne seras»). Un méfait, certes, mais on ne voyait pas qu'il était d'abord et surtout une sorte de meurtre lent, de destruction à terme - non pas d'embryons sans conscience - mais d'enfants bien vivants, ayant conscience et subconscient également éveillés, mais ne disposant d'aucune autonomie, donc sans défense par rapport à l'autorité de l'adulte, mur sans fenêtre. Bouleversement : tout ça d'un coup change de statut. L'Eglise jusqu'alors mystifiée voit clair. Mais pareille transformation, comment la rendre possible dans l'exécration de tout relativisme ? Tandis que ma foi est inchangée, plus forte que jamais dans le Credo de ma mère l'Eglise, et qu'elle est heureuse dans sa Liturgie, voilà que ma confiance menace de s'effondrer dans sa Morale. Je me pose des questions sur l'ignorance qui fut celle du catholicisme, aussi longue, aussi grave, sur ce qu'est, sur ce qui doit « porter » le nom de Bien et de Mal dans la réalité par rapport à ce que dit l'Eglise. Elle s'est déjà trompée en condamnant à tort jusqu'au XVIIIe siècle le prêt à intérêt, la démocratie au XIXe, la pilule contraceptive au XXe. Elle se trompe symétriquement en ne voyant pas la perversité spécifique d'une maltraitance de faibles, la réduisant à une faiblesse sexuelle, ridicule et dégoûtante, sans doute, mais facilement atténuée par l'aveuglement charnel, la passion sincère quoique tordue, l'amour qui s'y manifeste souvent. Quand on parle des pédophiles, on ne parle pas de Dutroux, de Fourniret, de Priklopil, qui emprisonnent les enfants dans des caves/cages comme des oiseaux, des rats. On parle d'adultes pédoclastes qui les détruisent en les masturbant - en les aimant comme Saturne.

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L'actualité m'y poussant, j'ai acheté la semaine passée un livre de poche tout mince, qui n'est ni un roman ni un essai. Il m'aimait, de Christophe Tison, publié chez Grasset en 2004. Le livre m'a terrifié. Jeu et mort. L'œuvre est le récit sans métaphore du rapport privilégié entre un enfant de dix-onze ans et d'un adulte qui se fait son ami, et le viole. Ça dure trois-quatre ans. On est au début des années 70. L'enfant ne dit rien, jusqu'à ses quinze ans, où, devenu autonome,  il se rebelle, prend le pouvoir à son tour. Et s'en va, un couteau à la main. Les trente ans qui suivent, qui ne sont pas dits, sont devinés mortels : drogue, alcools, et un jour quand même, un autre livre, enfin, Résurrection.  L'auteur a aujourd'hui 49 ans, il est journaliste à Canal Plus, c'est un écrivain absolu. Ni pitié ni piété ; des mots justes. Des phrases courtes et dures, avec lesquels on ne rêve jamais. On est comme dans un désert inconnu duquel on lève parfois la tête pour regarder le ciel et respirer...  Vous verrez bien.

22/02/2010

La foi du charbonnier

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   La plupart des chrétiens qui se disent tels, s'ils ne sont pas prêtres ou philosophes, n'aiment pas discuter de leur foi. Ce n'est pas manque d'intelligence, mais gêne devant l'intellectualité. Si on insiste, ils la caractérisent d'un déterminant célèbre : « la foi du charbonnier. » Façon de dire leur difficulté à s'expliquer sur une adhésion dont ils perçoivent mal le contenu,  encore qu'elle soit, chez eux, sans réserve.

diable 

    Dans le dictionnaire universel de Furetière (1690), j'ai trouvé une histoire bizarre, éclairante et drôle ! qui m'a donné à penser. Comme une définition de la foi populaire. Un jour le Diable, voulant tenter un malheureux charbonnier, lui demanda quelle était sa croyance. Le misérable répondit : « Je crois ce que l'Église croit. » Le diable le pressa : « Et à quoi l'Église croit-elle ? » Réplique de l'homme : « Elle croit ce que je crois ». Le Diable eut beau insister, il n'en tira rien d'autre ; ce qui l'amena à se retirer, « confus ».

 Trevoux sJ

[Parenthèse (vous pouvez sauter le paragraphe) :1. dans divers ouvrages antérieurs, curieux de linguistique, le diable est remplacé par le Cardinal jésuite Hozjusz, un des présidents du Concile de Trente. La réponse était alors saluée comme venant du Saint-Esprit... 2. Par ailleurs, on apprend qu'un certain Drelincourt, pasteur calviniste, fait observer que le diable (ou le cardinal) « n'était pas des plus fins ; parce qu'autrement il aurait demandé au charbonnier, qu'est-ce que toi & l'Eglise croyez ? et alors le charbonnier n'aurait su que répondre. »  3. Finalement, dans le dictionnaire de Trévoux (édition 1734), on tombe sur ce jugement d'époque, censé conclure : « La raillerie de ce Ministre Calviniste est fade (...); car le Charbonnier eût répondu à la question du Diable de Drelincourt s'il la lui avait faite : "Je ne suis pas obligé de savoir en détail tout ce que l'Eglise croit. J'en sais ce que j'en dois savoir, et pour le reste je le crois dans la foi de l'Eglise, disposé à faire un acte de foi sur chaque article en particulier, quand il me sera proposé à croire" » ]

 Don-Quichotte

       Ce qui est dit par cette histoire, et qui est souvent juste, est que la foi n'est pas, à son origine,  une affaire individuelle : elle est reliée consciemment ou non à un groupe, une famille. Quelle famille ? La sienne, pourvu qu'elle ne vous dévalorise pas. Dernière citation, trouvée chez un certain Mathias Maréchal , dans un texte de 1615 : « Il me souvient qu'un gentilhomme, mon camarade dans les armées, où nous étions volontaires, ignorant de tout, fors de la profession des armes qu'il savait fort bien et pratiquait vaillamment, s'il se trouvait qu'on disputât de la Religion, il n'usait d'autre argument, sinon « que ses père, aïeul, bisaïeul, et trisaïeul, étaient inhumés en l'église de sa paroisse ; que sur leurs tombes étaient gravées des croix, des images de Saints, des épitaphes, invitant à prier pour leurs âmes ; qu'il voulait vivre et mourir en leur foy, et être inhumé comme eux s'il pouvait ; qu'il avait ouï que les pierres de ces monuments s'élèveraient au jour du jugement contre les enfants qui avaient abandonné la foy de leurs pères ». Et contre cela il ne voulait recevoir aucune réplique ; et se retirait si on voulait plus avant disputer. » 

Ordination 

    Voilà un « croire » qui a quelque chose de médiéval. Luther le trouvait indigne de ceux qui ont reçu la Bible comme guide, en même temps que l'Esprit-Saint. Mais quel guide hasardeux : je parle de la Bible, d'où l'on ramène n'importe quoi, qu'il faut trier, comme des poissons, moyennant une exégèse soignée... Le charbonnier qui s'en remet au Père, au Groupe dont il procède, à qui il doit - selon son expérience - son équilibre et son bonheur de vivre, je crois qu' il y a des façons de croire plus hautes :  plus profondes, je ne pense pas. « Credere » signifie au sens propre « faire crédit », et « fides » à la fois la confiance et la fidélité : le « croire » des humbles possède ces connotations. Ils sont loyaux à l'Eglise, comme un vassal au seigneur féodal, comme un patient à son médecin. Comme un homme à sa mère, ou ce qui en tient lieu. Engagement englobant (bien avant que Pascal l'explicite) une sorte de « pari nécessaire et salutaire, où le risque est faible et le gain important ».

angelus millet Stefan 

         Mais que se passe-t-il si l'Eglise votre Mère ne sait plus ce qu'elle croit ? Si par exemple Rome avec la Catéchèse  ratzingérienne, d'une part, et, d'autre part, votre Diocèse avec le catéchisme Pierres Vivantes, sont en désaccord formel, comme il s'est passé en France vers 1982 ? Que fait le charbonnier ?

19/02/2010

1985 ou l'ultime unanimité

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        Le sentiment est aujourd'hui répandu que Benoît XVI poursuit dans l'Eglise une politique dite conservatrice, et davantage : de restauration. Il ne l'a pas inaugurée : Jean-Paul II déjà n'était pas content de l'état souffreteux dans lequel il avait trouvé la vie chrétienne dans le monde libre. Il venait lui-même de contrées où la religion, opprimée par le Pouvoir communiste, suscitait, par réaction, les  plus traditionnelles ferveurs chez les croyants. C'était la logique des premiers siècles : « sanguis martyrum, semen christianorum », la persécution est productive. Mais notre monde libéral est athée plutôt qu'antichrétien, agnostique plutôt qu'athéiste. Chacun y croit, y dit, ce qu'il veut ! pourvu qu'il respecte les droits d'autrui. Si le christianisme n'y prospère plus, s'il semble en déclin, inutile d'accuser les autres,  ce ne peut être que de l'intérieur, comme un arbre mourant qui se creuse. C'est en 1985 exactement, soit vingt ans après la clôture du Concile, que la question fut rencontrée de face. Considérée comme un problème fondamental à régler au sommet de l'Eglise. Qui raisonna comme à l'accoutumée : on connaît un arbre à ses fruits, tout le monde sait ça, Jésus lui-même cite l'adage. Or, ceux du Concile... « Comme firent jadis les apôtres,  retournons donc au Cénacle, où nous rejoindra l'Esprit. »

 masques pour et contre

    Pas question ici d'un Vatican III. Les pères conciliaires, avant de se séparer, avait prévu un mode plus  familier de concertation : plus économique, et moins incontrôlable. Il fut établi qu'on se reverrait à dates régulières (tous les cinq ans) moyennant délégations, pour « continuer la grâce du Concile », c'est-à-dire la collégialité ! Il fallait prévoir aussi qu'un point « hors du commun » (extra ordinem) pût réclamer soudainement une réunion imprévue ; d'où l'idée de « synodes extraordinaires ». Il n'y en eut que deux : le premier sans grande importance, à la fin des années 60, pour mettre au point la collaboration entre curie romaine et conférences épiscopales. Le second, lui, fut capital ; il est aussi, à ce jour, le dernier. Novembre-décembre 1985. Son objet : faire vraiment le point sur ce concile aux promesses en défaut de réalisation. Le faire collégialement, sans rien trahir. Avec deux camps, tout de même : 1. les prudents, les tradis, les romains, qui n'ont pas suivi Lefebvre (lequel a rompu toute communion en juin 1978) mais qui sont sensibles à certaines de ses dénonciations, et désireux d'arrêter les frais. Et 2. d'autre part les libérés-libérateurs, les progressistes, les hommes de terrain estimant qu'il ne fallait surtout pas s'arrêter mais aller plus loin. Les fruits ne faisaient défaut que parce qu'on rechignait  devant les derniers investissements nécessaires ; d'ailleurs s'ils étaient moins visibles, ces fruits manquaient peut-être moins qu'on ne disait, ils étaient enfouis plus profond, voilà tout, qui sait ?...

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     Dans la coulisse, voire dans les cintres de ce jeu ecclésial, on trouve aussi le nouveau « préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi », Joseph Ratzinger. Qui, depuis 1982, doit désormais veiller au grain de l'orthodoxie, à la place de Seper, le Croate débonnaire. Ce Ratzinger, il a participé au Concile du côté des novateurs et a co-dirigé la revue Concilium.  En 1969, il a changé de camp, et rejoint dès 1973  la revue Communio, parce qu'il avait été outré par l'évolution des esprits accueillant des phrases comme celle-ci : « Qu'est ce que la croix de Jésus sinon l'expression d'une glorification sado-masochiste de la souffrance ? ». Interrogé par Weigel, son récent biographe, Ratzinger dit avoir pensé alors que « quiconque voulait, dans ce contexte, continuer à être progressiste était contraint de renoncer à son intégrité. » Si la phrase incriminée n'est pas une question mais une affirmation,  je suis avec lui.

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      De ce synode extraordinaire, Godfried Danneels fut le secrétaire, et aujourd'hui le mémorialiste. Je  cède volontiers l'ordinateur à notre ex-archevêque bien-aimé : son style est d'un naturel épatant, qui le décrit lui-même, dans sa prudence et sa  sincérité roublarde (vertus paisibles qui, dans les cinq années qui viennent, seront sans doute  remplacées par d'autres) . «  En fait, ce synode spécial a tourné autour d'une question fondamentale : fallait-il freiner ou, à l'inverse, continuer dans l'esprit du concile ? Ou encore, selon d'aucuns, aller plus loin. C'était donc cela l'enjeu et toute la presse mondiale se focalisait sur l'enjeu : stop ou encore. Ma tâche était de faire la synthèse de tous les débats et de la consigner dans le rapport final. Mon secrétaire était alors Walter Kasper qui n'était pas encore évêque à ce moment -là. Il enseignait à Tübingen. Ce synode fut en fait un des sommets de mon existence. Kasper et moi avons réussi à rédiger un texte qui a réconcilié tous les Participants. Il a d'ailleurs été approuvé à l'unanimité le lendemain. C'était presque un miracle auquel, si vous me le permettez, les deux auteurs du rapport ne furent pas étrangers. On a eu le moment de grâce qu'avaient vécu les théologiens de Louvain pendant le concile Vatican II : rédiger un texte très clair mais qui ne dérangeait personne. Un vrai texte de compromis mais dans le meilleur sens du mot. Le plus important réside dans une bonne formulation. Le matin du vote, l'unanimité fut quasiment totale. A la conférence de presse, tous les médias de la planète étaient venus avec une seule question: que s'est-il passé ? On se demandait auparavant si l'on allait continuer ou, au contraire revenir en arrière parce qu'on était allé trop loin. Et il fut donc décidé de continuer, mais sans excès. Ce texte avait aussi formulé pour la première fois qu'il fallait un grand catéchisme.(...) Je me souviens qu'il était deux heures du matin quand nous y avons mis un point final dans l'enceinte du Vatican. Nous avons même dû réveiller les gardes suisses pour pouvoir sortir. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'ajouterai que j'étais complètement épuisé. (...) Ce fut aussi une preuve que Jean-Paul II me faisait confiance, sinon il ne m'aurait certainement pas confié cette mission. A l'époque, quel âge avais-je ? Cinquante-deux ans ... Le pape avait pris un risque très sérieux. Les débats auraient très bien déboucher sur une polarisation. C'était précisément ce que nous devions éviter à tout prix...»

A tout prix ? ! ?? !!!  (A tout prix, Mgr André-Joseph ?)

09/02/2010

Ce pays nous ennuie, ô mort...

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Mon sentiment d'homme étranger aux désastres planétaires mais nullement épargné par d'autres tourments qui m'ont, à certaines époques, mis au supplice dans cette « vallée de larmes » où je ne pleurais même plus, est que l'être humain, si on quitte la phraséologie euphémique aujourd'hui dominante, est très conscient que la mort est là, qui rode autour de lui, toujours ! Et que, finalement,  ce n'est pas triste.

claudel camille, l'age mûr 

La conscience qu'on a de soi-même, inclut, si on a quelque lucidité, un sentiment de fragilité extrême, qui ne fait que croître avec le temps. Fragilité de la vie, parce que fragilité de ses conditions. Cela commence dès l'adolescence, où la chance de se faire aimer apparaît comme incertaine. Il n'y a pour ça aucune nécessité cosmique. « Tu viens à moi du fond de ta jeunesse, tu viens à moi et tu ne le sais pas. » disait une chanson d'un certain Jacques Douai, chanteur « à texte » se produisant dans les cafés concerts. J'ai toujours su que cette affirmation n'était qu'une aspiration sans garantie. Tant de gens qui seraient faits l'un pour l'autre, qui eussent été parfaitement heureux ensemble, ne se rencontrent jamais. J'ai pris l'exemple de l'amour, mais le métier, l'argent, le succès, la santé, tout est hasardeux. Rien n'est sûr. Toi qui me lis, moi qui écris : peut-être qu'un de nous deux ne verra pas revenir le printemps.

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En même temps, à l'exception de tous ceux qui meurent jeunes, qui n'ont pas eu « leur compte de vie » et ont assez goûté à l'amour pour mesurer le vol qui leur est fait, la mort n'est pas tragique. Lorsque la nuit approche, on la voit venir avec une grande paix. Seule la souffrance est insupportable, mais notre civilisation a les moyens d'y remédier, et y remédie. On pallie tant qu'on peut, et quand on ne peut plus, on peut encore, et on le fait. Pour autant que l'Eglise n'y mêle pas une  problématique médiévale, ou bien qu'on ait acquis, à l'intérieur d'elle, assez de culture et de raison pour s'autoriser sans présomption un jugement autonome, qui ne soit pas de complaisance. L'Europe avec raison se donne le devoir et donc le droit d'exclure cette souffrance du monde des vivants. - Eh bien heureuse mort, quand le temps est venu.

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Qui voudrait vivre 900 ans, comme Noé ou Mathusalem, ou même 120, comme Jean Calment  ? Les progrès économiques et scientifiques retardent l'échéance ; par bonheur ils ne l'annulent pas. On allonge la jeunesse, plutôt qu'on ne la prolonge. Quand l'existence a été « pleine », que l'Amour qui pouvait s'égarer, ne s'est pas égaré et qu'il vous a trouvé ; quand par le sexe et par le cœur, ou bien par le cœur et par l'esprit, vous avez créé, formé, lancé dans la vie des fils et des filles qui seront vous quand vous ne serez plus ; si l'une ou l'autre action d'éclat a pu justifier à vos yeux comme à ceux d'autrui votre passage d'individu sur la terre ; si votre  profession a été vécue de façon telle qu'elle vous enchantait, qu'elle servait au bien-être de vos proches, de vos clients, de vos lecteurs ; si l'argent gagné fut celui de votre travail, tout autre étant pour vous méprisable, et qu'il ait été mesuré à vos besoins, sachant qu'il en faut plus qu'on ne croit et moins qu'on ne dit ; parce qu'enfin vous avez deviné, reconnu, aimé, si peu que ce soit, à travers un miroir, l'image obscure de « Dieu »... Alors vous avez le sentiment, comme dit le psaume, d'être  « rassasié de longs jours » et qu'il ne reste de but à atteindre que celui dont Paul de Tarse parle en 1Cor 13 : « Connaître Dieu comme il vous connaît. » Exactement comme.

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N'ai-je pas dévié de mon propos ? Je voulais parler de la Providence... Eh bien son action n'est pas de nous changer, de nous faire vivre un autre destin que celui que nous secrétons nous-mêmes. Mais de nous accompagner. Voilà la norme. Qui l'ignore ? Les esprits chimériques, façon Malraux, qui hantent si bien l'adolescence : « L'homme sait que le monde n'est pas à l'échelle humaine, et il voudrait qu'il le fût. » L'esprit adulte, lui, mesurant nos limites, s'en accommode avec réalisme. « Qu'ai-je fait pour mériter ça ? » est la question qu'il se pose non quand vient le désastre, mais plutôt quand vient l'exception au désastre, le salut improbable, le bonheur du rescapé. Echapper à l'accident général, voilà qui n'est plus ordinaire. Il faut bien alors que Quelqu'un soit intervenu. En cela se concentre le sentiment de la Providence, que de froids philosophes moqueront à loisir dans leurs chaires tranquilles. Le bonheur des Haïtiens, peut-être unijambistes ou infirmes, ou encore orphelins, c'est de penser qu'ils sont regardés, choisis, sauvés. La Foi, cette lumière dans l'ombre fatale, cet amour dans l'univers froid.  

05/02/2010

Compatibles

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     Compatibles, les malheurs du monde, avec  l'existence de Dieu, du Dieu chrétien bon et tout-puissant  ? On a lu la première réponse de Mgr Léonard, qui suit d'ailleurs sans les citer les articles 396-421 du Catéchisme romain ; et la réaction de Me Palagio, qui ne voit pas comment  la nature même minérale aurait été corrompue par le péché des hommes (lisez l'article 395, cher Maître : on y parle du péché... des anges).  Je donnerai ultérieurement mon point de vue, non qu'il soit meilleur, mais comme un maître de maison s'explique après avoir écouté. Et voici encore une position nouvelle, paradoxale et dure.

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       « Il n¹y a pas de réponse, m'écrit un prêtre, « jml », qui dit souhaiter participer à la réflexion commune, mais, semble-t-il,  par une autre voie que les commentaires. Ce sujet lui importait ici déjà ! « Devant la shoa, devant 200.000 victimes d'un tsunami ou d'un tremblement de terre, on ne peut que hurler, et protester devant Dieu, et l¹insulter même, si on a la foi ! » Et il ajoute : « Ce que fit Job ! Et Dieu l¹approuve. »  -

 "Jml" va plus loin : « Maintenant, voyez que ce n'est pas à partir d'un certain nombre que cela devient insupportable. Comme si massacrer un seul Israélien  ou un seul Gazaïte était  plus supportable ! La douleur humaine, on ne raisonne pas devant elle. Elle est aussi grande pour une  fille qui perd son amant que pour dix mille pères qui perdent leur fils. Mais si Dieu ne  manifeste aucune sensibilité  devant le désespoir d'un seul enfant qui voit sa mère mourir du sida, sans savoir ce qui lui arrive, cela ne signifie pas que Dieu soit insensible. Il est mort sur une croix, dans des cris, comme on le rappelle. »

pleurs

      Et puis ? pense-t-on. Quel est le rapport ? Attendez, la suite du propos, c'est comme un flash : « Ceux qui prennent le premier avion par solidarité expriment le sentiment réel de Dieu. Qu¹ils se disent Chrétiens ou pas. Il n'y a pas lieu de discuter, et de chercher une réponse les mains dans les poches. Il y a lieu d'être solidaire. Ce que nous reprochons à Dieu de ne pas faire, c'est sur nous que cela retombe ! A nous de le faire sans discuter. Non sans gueuler, peut-être. Enfin, ne prétextons pas les grandes catastrophes pour ne pas bouger dans les catastrophes tout aussi atroces quand elles sont « petites », surtout trop près de nous» Voilà qui est net.

 sauveteur

     Mon camarade engagé termine son intervention « radicale » en disant son accord avec un propos de Mgr Pierre Dumas, évêque de l'Anse-à-Veau et de Miragoâne, en Haïti, extrait de La Croix. « Nous aimerions savoir pourquoi ce mal se produit, mais une tragédie de cette envergure est au-delà de toute explication : ce serait justifier le mal que de l'expliquer. Dieu se trouve sous les tentes, avec ces gens qui ont tout perdu. Aujourd'hui, le visage de Dieu, c'est le visage souffrant du Christ dans les traits des personnes sinistrées, qui, la nuit, ont faim et froid. Dieu ne veut pas la souffrance de ses enfants, il l'a portée dans son propre corps, il l'a traversée. Il est là avec nous. » Ce que "jml" complète magnifiquement : «  Dans les traits des personnes sinistrées. Mais aussi dans ceux des sauveteurs ». 

02/02/2010

La providence

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     En Haïti, le « créateur du ciel et de la terre » a laissé se fissurer son domaine. Ce qui à écrasé des pauvres, par dizaines de milliers. Comment comprendre ça ? Interrogé par des journalistes sur sa promotion controversée à un archidiocèse, un évêque subtil a souligné l'incongruité de la question qu'on lui posait par rapport à celle, autrement grave, qu'on aurait dû lui poser : car elle  s'impose à tout chrétien, et en premier lieu à leurs pasteurs. La catastrophe haïtienne est-elle compatible avec la foi en la bonté, en la puissante bonté du Dieu que le christianisme annonce ? La semaine passée, à Liège, un   immeuble s'est écroulé après une explosion, faisant onze morts, et plus de vingt blessés... Nous sommes un peu moins étrangers aux aléas des conduites de gaz, qu'on l'est en pays créole à la tectonique des plaques. Tout de même, il y a ici et là des victimes d'un mystérieux bourreau : le Destin. Avec la même question, béante.  Où est là la bonté de Dieu ?

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     La surprise est qu'en Haïti, les survivants, dont beaucoup sont dans un affreux état, amputés ou infirmes, ou ayant perdu l'un des leurs, parlent de leur salut personnel comme d'un « miracle ». Le  mot a été utilisé aussi à Liège, par les journalistes cette fois, pour ceux qu'on a pu sortir vivants des décombres, mais c'est par automatisme linguistique, ce semble. Dans l'ile dévastée, la ferveur et la gratitude accompagnent l'évocation de « l'œuvre de Dieu », de « la main de Dieu ». Cela m'interpelle. Je ne cesse d'y penser. En m'interdisant de parler ici de « superstition », ou pire, d' « égocentrisme et d'indifférence au malheur  du moment qu'on y a échappé soi-même » : les mots d'esprit de Voltaire sur la « providence » lors du séisme de Lisbonne (en 1755) me paraissent tout à coup tellement superficiels.

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     Vous savez : cette méchante idée qu'on remercie Dieu quand la foudre est tombée chez le voisin  plutôt que chez soi. Je ne suis pas tenté non plus de me rabattre sur Rousseau, qui en fait une question sociale, opposant « l'homme rassasié de gloire au sein de l'abondance » à lui-même, « homme obscur, pauvre, tourmenté d'un mal sans remède. » Antithèse simpliste : « Vous jouissez, moi j'espère. » Il doit y avoir une réponse moins frivole.

 Credo

     Ce n'est pas l'article récent de La Croix qui me la fournit, même s'il est bien fait. Les deux  journalistes font correctement leur travail, en rendant compte de réactions opposées : toute la gamme des possibles est parcourue. Il s'agit pourtant d'opinions de circonstance, et je reste  sur ma faim. Et vous ?