10/01/2012

Je ne connais pas cet homme

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            Vous savez que j’ai, depuis quelques mois, grand mal à vous écrire, à concentrer mes idées, à trouver les mots qui se dérobent. A Noël, j’ai eu recours à Mauriac comme « nègre » magnifique pour vous dire mon bonheur de croire, en ces jours sombres où, comme dirait Bossuet, « je me meurs ».  Aujourd’hui, qui appellerai-je pour vous dire un autre bonheur, celui d’avoir vécu, aimé, joui de la Création et joué avec les Créatures, exposées comme moi  aux rigueurs des gendarmes ? Celui qui règne au Vatican ne peut décidément rien pour moi. Il me respecte, dit-il, mais il explique à cent diplomates que nous avons « menacé la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité », rien moins, mes frères et sœurs homos unis devant la loi civile, et moi avec eux en unissant devant Dieu mon sort à feu mon Bruno. Je laisse le potentat romain patauger dans le délire où, comme jadis, « il jure et rejure de ne pas connaître cet Homme », celui que nous sommes, qu’il le veuille ou non. Et je vous confie plutôt à une certaine Pascale Robert-Diard, l’auteur d'une histoire délicieuse lue ce jour dans mon quotidien,  le Monde. Son titre :  Deux petites culottes au fil de la procédure.  Je  reproduis le texte sans autre autorisation que le plaisir qu'il m'a donné Et vous donnera. En le lisant, on se sent dans l'esprit de Jésus, lucide et patient, tel qu'il est décrit au chapitre 8 de saint Jean.  

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« Nous, soussigné gendarme X, agent de police judiciaire, sous le contrôle de l'adjudant Y, vu les articles 20, 21-1 et 75 à 78 du code de procédure pénale, rapportons les opérations suivantes : le 16 octobre, Mme T se présente à notre unité et manifeste le désir de déposer plainte contre X pour vol de linge. Nous enregistrons sa plainte. » Suivent dix pages de procédure, soigneusement cotées et paraphées. Elles commencent par la déposition de la plaignante : " J'avais étendu mon linge sur le fil à 11 heures, samedi. Je me suis absentée l'après-midi et, à mon retour, j'ai remarqué l'absence de deux culottes. - Pouvez-nous nous décrire les vêtements qu'il vous manque ? - Il s'agit d'une culotte blanche de taille 36 et une autre de couleur beige de taille 38. Je pense que mon voisin, M. Z, peut être l'auteur de ce vol, mais sans certitude. "

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Dans une petite ville d'Aquitaine, le gendarme X flanqué du maréchal des logis-chef Y vont le lendemain au domicile du voisin, pour lui annoncer sa convocation à la gendarmerie. Un mois passe. M. Z se présente à la date prévue. Il est retraité, un peu dépressif, et reconnaît tout de suite qu'il est l'auteur du vol. " Pourquoi avez-vous pris les deux culottes alors qu'il y avait d'autre linge ?- Qu'en avez-vous fait ?- Je suis rentré chez moi et je les ai mises dans le sac-poubelle.- En avez-vous parlé à votre épouse ?- Non, elle l'a appris quand vous êtes venus, elle l'a raconté à ma fille, qui m'a engueulé.- Pourquoi êtes-vous en mauvais termes avec vos voisins ?- Il fait du bruit le week-end avec sa tronçonneuse et le burin sur la ferraille. " Le gendarme X informe le procureur de la République. Celui-ci demande au voisin de dédommager sa voisine, en échange de quoi il prononcera contre lui un simple rappel à la loi.

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En décembre, la procédure s'épaissit. "Nous, gendarme X, sous le contrôle de l'adjudant-chef Y, poursuivant l'enquête en cours, joignons à la procédure l'attestation du dédommagement que nous remet Mme T, accompagnée du ticket de caisse d'un montant de 33,40 euros. Elle reconnaît avoir reçu un chèque correspondant de la part de M. Z. "  Le ticket de caisse de l'achat d'un "boxer Capucine" et d'un "shorty Joséphine" dans un hypermarché est enregistré dans le dossier.

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M. Z est convoqué une nouvelle fois. Le procès-verbal de " notification de rappel à la loi " est dressé. Le gendarme X reprend la plume : " Ce jour comparaît devant nous M. Z, auquel il est reproché d'avoir, sur le territoire national, frauduleusement soustrait une culotte blanche taille 36 et une autre culotte taille 38 sur un fil à linge au préjudice de Mme T. L'informons que, s'il était poursuivi devant le tribunal correctionnel, les peines maximales encourues pour les faits cités sont de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Invitons le comparant à ne pas renouveler l'infraction. La personne affirmant ne pas savoir lire, lecture lui est faite. "  Mme T décide de maintenir sa plainte. Le procureur est à nouveau saisi. Décide de classer sans suite. Fin de la procédure.

Ce qui m’émeut et m‘émerveille dans ce récit, c’est ce qui n’y est pas dit, et que tous nous avons compris. La Vie qui s'en va, le Désir qui reste, et le mystère de la Sexualité, pareil à celui de la Trinité. 

 

 

 

05/12/2010

Messe d'en bas et messe d'en haut

Isaïe, 11, 1-10.jpgWeek-end singulier qui m’a amené à fréquenter deux assemblées liturgiques hétérogènes. La samedi soir, je participe, invité par l'officiant, à la messe d’une paroisse hors normes, où le temps de l’homélie est consacré à un partage de réactions à propos des trois lectures du jour, chacun pouvant s’exprimer sans être recadré, réfuté, encore moins ridiculisé. Le dimanche midi, je vais comme d'habitude à la cathédrale. Pourquoi, sinon pour y rencontrer à nouveau Dieu dont je ne me lasse pas, et subsidiairement assumer ma tâche de  lecteur. L’homélie y est confiée à la compétence d’un des quatre prêtres qui se succèdent au cours du mois. Aujourd’hui, ce devrait être le Père Pottier. Surprise : c’est le Doyen Castiau qui célèbre et qui prêche.

 

Christ sur un Ane.jpg« Je suis comme je suis, je ne cherche pas à être un autre », dit le pape à son interviewer dans Lumière du monde, p. 152. Moi aussi. Je reconnais avoir besoin personnellement d’une messe où les rites, sans être solennels, sont beaux, comme à Ste Gudule, à la Madeleine, à St-Nicolas. Sur le fond, je souhaite aussi que l’évangélisation soit moins un échange de visions personnelles qu’une initiation à la vision catholique telle que l’a vitalisée le chœur conciliaire. C’est dire que je n’étais pas trop à mon aise, d'abord, dans la petite communauté de samedi. Mais j’y ai été reçu comme un frère, j'ai communié avec ferveur à la prière, et j'ai éprouvé finalement grand respect pour cet office pauvre, digne et honnête (personne n’y trichait, c’était l‘évidence) où Jésus était là comme en vacances,  aussi actif mais autrement heureux que dans St Pierre de Rome, et où son Eglise parlait à travers tous ces participants non hiérarchisés, confiants, gentils… Avec plus ou moins de pertinence, certes, mais pas beaucoup moins que les douze apôtres jadis. Beaucoup plus en tout cas que Jacques et Jean lorsqu’ils réclamaient une place à gauche et à droite du Maître sur le chemin de Jérusalem.

 

Bernanos_resized_150x247_P15J_.jpgReste que le mystère chrétien ne se réduit pas à l’aménagement meilleur de la terre des hommes, mais à l’ardente préparation de notre divinisation future en Jésus. Il y a chez les gens comme une difficulté d’espérer, de croire en la vie du monde à venir qui finit par m’étonner. Pourquoi est-ce si difficile ? Je songe à Bernanos. Ne faisons pas le malin. Est-ce que cela, qui m’est donné aujourd’hui, ne me sera pas repris quand j’entrerai en agonie ?  Nunc et in hora...

 

Aurore de la Morinerie, Jean-Baptiste dans le désert.jpgA la « Cathé » ce matin, le Doyen Claude Castiau était, comment dire ?  « épatant » Un passeur qui indique deux chemins. Deux points de vue dans son homélie. La liturgie de l’Avent met en évidence, fit-il observer, trois personnages : le prophète Isaïe, la Vierge Marie, Jean-Baptiste. Et elle indique trois lieux de façon récurrente : d’abord l’Eden initial ou final, où le loup habite avec l’agneau ; puis Sion, çàd Jérusalem, càd la Ville rassembleuse où nous vivrons dans la plénitude du Seigneur l'unité et la diversité ; enfin le désert, cet endroit sans repères, sans chemin, sans sécurité, où le démon nous cache, comme des mines dans le sable, ces pièges plus ou moins grossiers que dénoncent les prophètes qui les ont repérés, Jean-Baptiste, Jésus lui-même… - Il  y avait encore autre chose dans l’homélie, mais ce que j’en ai « accroché »   m’a suffi pour nourrir ma prière de la semaine. Trois personnes, trois lieux. Ignace de Loyola aussi priait comme ça. Comment oublier ?

 

hors normes.jpgLa citation du pape continuait mystérieusement  : «Ce que je peux donner, je le donne, et ce que je ne peux pas donner, j’essaie aussi de ne pas le donner. » Qui potest capere capiat... On n’est pas sûr de comprendre, mais si c’est une reconnaissance de ses limites avec volonté de ne pas les dépasser, c’est beaucoup d'humilité. D'humilité peut-être pas... rassurante ?

22:01 Écrit par Ephrem dans Actualité, Amour, Foi, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

05/11/2010

La bise quand même !

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  Pierre revient des classes vertes, ce séjour à la campagne avec les enfants arrivant à la fin des études primaires. Quatre-vingts enfants, quatre instits et quatre stagiaires, et,  sur place, un spécialiste de je ne sais quoi (un moniteur sportif ? Ils sont logés à l’Adeps). Cette période est celle où les citadins découvrent les choses de la nature, distinguent un chêne d’un hêtre, l’aval de l’amont dans une rivière, l’alternateur de la turbine dans un barrage. A l’école où Pierre enseigne, l’habitude était, le soir, de passer dans les grandes chambres où sont les enfants et de les embrasser avant de fermer la lumière. Depuis l’affaire Dutroux, et aujourd’hui l’affaire Adriaenssens, cet usage est prudemment remis en cause par les profs eux-mêmes, enfin la moitié d’entre eux qui sont des hommes.

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Il se noue pourtant entre les enfants et leurs profs, en cette semaine, qui est de fête, de découvertes, de vie commune, d’ouverture au réel, un lien d’ordre parental. Un enfant vient vous dite : J’ai eu une fuite cette nuit, qu’est-ce que je fais ? et vous voilà qui allez changer les draps pour que personne ne voie rien. Un autre qui vous demande : Mon père a quitté ma mère la semaine passée pour une « nouvelle femme » que je ne connais pas, ma mère est toute seule, je ne veux plus écrire à mon père… Et vous voilà expliquant que l’enfant fait bien maintenant de soutenir sa maman, mais qu’il vaudra mieux d’ici quelque temps écrire aussi à son père… Et ainsi de suite.  Concernant le rite traditionnel, le prof le plus ancien qui fait figure de sage, qui est père de deux enfants et sent d’expérience ce qui est bien et mal, a déclaré pour son compte : « Je passerai vous embrasser le soir, et ceux qui ne veulent pas n’auront qu’à le dire ». Pierre, lui, n’a rien dit. Il n’est pas expansif de nature, il parle peu, ce qui n'empêche pas d'être bien entendu. 

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Un soir où il vient fermer les lumières, il découvre les quatre occupants en pyjama jouant aux cartes à la table de la chambre commune. « Faut s’coucher, demain on se lève tôt. » Les quatre gosses obéissent ; mais le « caïd » du groupe, il y en a toujours un, dit en passant : j’peux vous faire la bise, M’sieur ? OK. Les trois autres là-dessus suivent le rite.

 

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Agneau de Dieu, qui portez les péchés du monde, guérissez les plaies du corps social, menacé par le froid de l’âme, la crainte d’aimer, le cancer de la précaution sans limites.

 

01/07/2010

Respect, salut, bisou...

Nombre ô Mystère

 

    

       Cent mille visites recensées sur mon blog, depuis Noël 2007. Je ne vais pas feindre de ne pas l'avoir remarqué, comme si cela m'était égal. J'en suis tout content, j'avoue ;  fier. Merci à vous, lecteurs fraternels, sans qui j'existerais moins : la communication fait être, c'est bien connu - de vous, en tout cas. Je vous sais gré de ne pas vous rebiffer quand je déshabille, pour les mieux examiner, des vérités admises, y compris par moi ; et que je me permets, pour le faire, une stylistique pas évidente : phrases longues, et mots chargés plutôt que termes techniques. - Ce qui me ferait plaisir et qui me manque, ce serait des questions. "Qu'est-ce que vous voulez dire ?"

       Au-delà d'aujourd'hui, je n'ai pas l'ambition d'aller loin. J'ai plus de mal qu'hier à trouver mes mots, la mémoire, sans me fuir, est devenue paresseuse. Et je dilue ma pensée plus souvent que je ne la condense, ce qui n'apparaît pas dans les billets de 2008. Eh bien, partir à temps, faisons ça. En allongeant les adieux... Je vais donc prendre congé en juillet, reviendrai à la mi-août, et je terminerai définitivement la « production des chocolats ephrem » à la Noël 2010. Respects, saluts, bisous...

23:08 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

27/06/2010

L'agneau

De Kesel foto Kerknet

 

    

    Mgr Jozef De Kesel est nommé évêque de Bruges, depuis vendredi midi. C'est un vrai bonheur qui est annoncé. Bonheur pour Bruges, d'abord. A l'occasion de la procession du Saint-Sang organisée le jour de l'Ascension, - le 13 mai cette année, soit moins d'un mois après la démission de l'évêque indigne, légitimement sacrifié comme un bouc pour que santé soit rendue au neveu, on a pu voir la rancœur des citoyens de la Ville par rapport à leurs prêtres, tous désormais, unis dans une même répulsion - on ne déteste bien que ce qu'on a aimé. Cette procession où l'Eglise déploie traditionnellement ses fastes n'a été autorisée cette année-ci qu'à la condition qu'aucun prêtre n'y prenne part, sinon en spectateur anonyme. Expulsion, prêtres émissaires, ô signe biblique. Le symbole est du spirituel rendu visible. Aujourd'hui voici que vient à eux, pour eux, transféré de ses premières patries, un agneau. Un homme humble et digne, dont la vie n'est pas à double fond, un pur qui est autant un homme de pitié que de piété. Qu'ajouter ? Lisez ceci, écrit par lui en 2002. Il y a neuf pages, c'est pas court, mais c'est extraordinaire. "Ce n'est pas l'Eglise qui intéresse Dieu, c'est le monde", dit-il : lisez Eglise, pourquoi es-tu là ?

D'après une pub Touring 

     Bonheur pour tout le pays, ensuite. Jozef De Kesel était l'héritier présomptif de Mgr Danneels, qui l'avait repéré, puis préparé, pour poursuivre une œuvre de paix et d'ouverture fervente, sur le siège de Malines-Bruxelles. Mais le nonce lui-même, Mgr Rauber, a récemment lâché le morceau : Benoît XVI voulait vraiment un archevêque en rupture avec l'archevêque sortant. D'où la nomination de « Léo », applaudie par des gens dont l'état d'esprit est rien moins que chrétien. Est alors révélé le vieux péché de Roger Vangheluwe. A qui se fier, qui est épiscopable, y en a-t-il encore ? En envoyant Jozef De Kesel à Bruges, le pape rend justice au discernement de Godfried Danneels.  

23:49 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/05/2010

Le parfum du maître

Déclamation

 

    

    « Prends garde à ne pas te léonardiser », me disent des amis qui, ayant pris avec moi quelque distance, (la vie est comme ça), ou bien ne lisant ce blog qu'en diagonale, jugent que je présente aujourd'hui, par rapport à mon passé, un profil plus conservateur. Ils ne me "reconnaissent" pas, disent les uns, dans la facilité que je montre à me réconcilier avec nos divers pontifes, les locaux comme le souverain ; voire à m'aligner sur leurs positions, comme si j'avais cessé de contester leur pouvoir totalitaire. D'autres, à l'inverse, m'y reconnaissent trop bien : le "mauvais" philosophe que je suis (c'est vrai, parce que je sacrifie gaîment la précision du sens à la puissance du mot) trouve lui-même, aux défauts des puissants qu'il incrimine, les excuses qui les font pardonner : « il sentimentalise les problèmes sociaux, il subjectivise les opinions, il métaphorise la sienne plutôt qu'il ne la rationalise ; et pour les gens ordinaires qu'il fréquente, il accepte le pire qui s'avoue pour  soupçonner la norme qui s'affiche... » Bon.

 Regarder sans toucher -  Kxfxsm5t

     Tout ça n'est pas faux. Mes maîtres à penser ont toujours été Kierkegaard plutôt que Fichte ou Hegel, et Kant l'agnostique croyant plutôt que Marx l'ennemi  de Dieu. A plus humble échelle, Mauriac plutôt que Malraux, Brel plutôt que Brassens. J'ai aussi l'impression d'avoir vécu heureux dans ce monde mais de ne pas m'y être attablé, nourri de ce que je trouvais, n'ayant appétit que d'absolu. De m'être plutôt promené sur les toits comme un chat de gouttière, miaulant à l'amour, sachant pourtant ronronner dans les salons quand je m'y trouvais. Un chat attaché à une maison d'où il sort par un passage dérobé sans jamais longtemps s'éloigner, à sa maison dont les locataires peuvent se succéder sans qu'il s'en inquiète beaucoup. Les rites de ce lieu hospitalier lui conviennent, et il se couche sur le dos pour s'offrir à la caresse quand, invisible comme un parfum, celui qui est l'unique Propriétaire, quelquefois, passe mystérieusement. Me « léonardiser » ? Voyons ! Est-ce que  le nouvel archevêque est autre chose pour moi que le locataire suivant ? J'adopterai sans peine les us et coutumes qu'il prônera. Que faire d'autre, quand on n'est qu'un chat, pas un serpent (ni un singe, ni un lombric). Peut-être que sur l'appui de fenêtre, je regarderai plus souvent à travers la vitre les gens qui passent, compatissant à ceux qui se hâtent, complice de ceux qui flânent...

 DUCHESNE Jean, Bible

            Il est d'ailleurs possible que certaines nouveautés me plaisent : moi aussi, je souhaite que le cours de religion soit davantage une initiation à la Mythologie abrahamique gouvernant encore toujours nos pensées à tous, et dessinant notre destin tant individuel que collectif dans l'Histoire depuis la Création jusqu'à l'Apocalypse. Cela ne transformera nullement un cours en catéchisme. Au lieu de concepts abstraits, on maniera des images vives. Pour les uns, ce sera la Fable où notre imaginaire a organisé depuis des siècles ses multiples représentations, aux conséquences actuelles ;  pour les autres, c'est la Foi où ils peuvent trouver, si Dieu le veut, ce qui s'y trouve : leur bonheur et leur espérance, aux conséquences éternelles.

 Bible en 365 jours

  

  N'en concluez pas que pour le plaisir d'une liturgie fastueuse à quoi je collabore, je puisse abandonner mon esprit critique. Et encore moins que je délaisse les pauvres de Dieu pour les musiques du ciel.

15:47 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

08/05/2010

Cette ordure...

Mechanical Pig, de Paul McCarthy

  Je crois en l'homme, cette ordure,

Je crois en l'homme, ce fumier, ce sable mouvant, cette eau morte.

Je crois en l'homme, ce tordu, cette vessie de vanité.

Je crois en l'homme, cette pommade, ce grelot, cette plume au vent, ce boutefeu, ce fouille-merde. Je crois en l'homme, ce lèche-sang.

Malgré tout ce qu'il a pu faire de mortel et d'irréparable,

Je crois en lui.

Pour la sûreté de sa main, pour son goût de la liberté, pour le jeu de sa fantaisie.

Pour son vertige devant l'étoile,

Je crois en lui pour le sel de son amitié, pour l'eau de ses yeux, pour son rire; pour son élan et ses faiblesses.

Je crois à tout jamais en lui

Pour une main qui s'est tendue, pour un regard qui s'est offert. Et puis surtout et avant tout,

Pour le simple accueil d'un berger.

C'est un poème de Lucien JACQUES, un écrivain pacifiste mort vers 1960. Texte célèbre sous le titre de "Credo"

23:58 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

09/01/2010

Dernière messe

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       Je crains que la messe d'adieu que le cardinal Danneels célèbrera tantôt (à 17 heures), à la cathédrale des Saints Michel et Gudule, rassemble moins de monde qu'on pouvait espérer. La neige, le vent, l'immobilisation du trafic routier... On verra bien.

J'ai beaucoup, beaucoup d'estime pour le pasteur qui va nous quitter. Estime, dis-je : le mot « affection » serait moins exact. Ce prêtre n'est pas de ceux qui eurent beaucoup à souffrir de l'Eglise, ni dans l'Eglise. Au contraire. Comme tous les bénis d'une association, il y a donc des réalités qu'il ne perçoit qu'avec son intelligence, abstraitement, sans que sa personne, son cœur, ou son équilibre interne en soit menacé. C'est qu'il était, bien sûr, un ex-premier de classe d'un système où, le diplôme en mains, il accède naturellement à la gouvernance, mais ça va plus loin : c'était surtout un garçon spontanément discipliné, donc rassurant. Quelqu'un qui aimait l'ordre : la passion n'est pas son affaire. D'où l'intérêt qu'il éprouvait pour la liturgie, la prière tranquille, l'application des codes. Il n'a jamais eu de revanche à prendre, tout lui a été donné, assez vite. Il n'a donc pas nourri dans son sein cette mystérieuse fureur rentrée, travestie en jovialité distinguée, cette duplicité habile, qu'on voit agir chez les prêtres de la fraternité St Pie X comme chez pas mal de cathos dits charismatiques. Godfried est un prêtre qui rend grâces, il magnifie le Seigneur. Léon Bloy n'est pas son cousin, ni Guido Gezelle. Mais sous son bâton pastoral, toutes les brebis sont bienvenues.

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Ce n'est pourtant pas un « homme de gauche », quelqu'un dont la foi aurait bougé sous les questionnements conciliaires. Il fut touché, oui, qui ne le fut ? Blessé, non, au contraire. Scio cui credidi. Première personne du singulier (2Tim,1, 12). Il n'est pas centré sur l' « interconvictionnel », comme on dit, et je crois savoir qu'il n'a pas su ou pu rencontrer sur leur terrain original des prêtres ayant évolué hors des sentiers traditionnels. Mais c'est aussi le contraire d'un traditionnaliste. Son refus de distinguer entre chrétiens constamment dociles (j'allais dire : gentiment...) et tous les autres dont la foi connaît des failles, ou dont les mœurs empruntent des chemins périlleux, n'a jamais été un aveuglement devant le vrai travail de sape à l'œuvre dans l'Eglise, celui  de la droite conservatrice. Cette droite dont la prière n'est pas adveniat regnum tuum mais reveniat !  et reveniat  regnum nostrum.

Benoit XVI 

Il y a dans son dernier livre une demi-page dont je recommande la lecture attentive (p.157) : « Il (= l'évêque traditionnaliste Bernard Fellay)  il dit qu'il veut une obéissance filiale à tout ce que dit le saint-Père. Et là, ils (les théologiens du pape) se sont probablement fait posséder [!].  Ils auraient dû mieux vérifier. Et amener les traditionnalistes à revenir sur ce qu'ils avaient dit auparavant. Ils auraient dû se positionner par rapport à leurs déclarations antérieures... Je ne suis pas convaincu qu'ils accepteront Vatican II. Et j'en viens à craindre qu'on fasse un texte tellement confus que tout soit possible et que l'on en vienne à dire que tout ce que l'Eglise a dit jusqu'à Vatican I était le vrai dépôt de la foi. Avec la conséquence que Vatican II n'aurait été qu'un beau sermon sur tout ce qui précédait.

 Et maintenant, le successeur ? André Léonard ? A 70 ans, il a ses chances, hélas. Pour cinq ans : le temps pour moi de mourir. « Ton royaume, Jésus, mon Seigneur, que Ton royaume advienne, comme Tu voudras. Je crois en Toi. Quoi qu'il arrive.» Même le pire. 

16:02 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

06/01/2010

Aux lecteurs

voeux B & P 2010 

 

     Un mot plus subjectif, à vous mes lecteurs, sur le présent site, aujourd'hui. Pour clore cette période annuelle des douze jours où le monde tourne autrement que d'habitude. Le froid au dehors y est bienvenu, puisqu'au-dedans il y a les feux ouverts. Les cadeaux sont charmants comme des caresses, et quelquefois utiles quand le donateur a d'abord passé de longs moments à s'enquérir, en douce, de vos souhaits, à moins que, prosaïque et l'imagination en berne, il se résigne à vous donner un chèque. Les retours au giron familial d'origine sont contrebalancés par des excursions aventurées au loin, ou dans ces lieux de fête qui diffèrent de l'un à l'autre, selon les goûts et choix intimes de chacun :  comme si, ou parce que, à côte de la famille par le sang, il y a pour chacun une autre famille, par le cœur, par la peau, par l'appel. Quoi d'autre ? En ce temps-ci, les pauvres abondent, et ils sont visibles. Un peu trop, se dit-on méchamment, comme s'ils le faisaient exprès. Leur donner la pièce ne permet pas qu'on se rengorge, mais suffit pour qu'on se tranquillise, « la paix soit avec nous ». Justement la liturgie, avec l'image de Dieu qu'elle propose maintenant, a de quoi nous plaire. Dieu ? Un dieu enfant, imaginez ! Un gamin qui naît pendant un voyage, qui est jalousé par son roi (comme Blanche-Neige par sa belle-mère), qui fuit en Egypte où il s'initiera à la magie (selon un apocryphe), qui grandit « en taille, en grâce, et en sagesse », non sans fuguer comme tout le monde à l'adolescence... A écrire ces choses, je m'émeus moi-même. Je songe à la saisissante formule d'Irénée résumant notre invraisemblable Foi : « Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu ».

 AC 2010

Curieuse décade prolongée, où les hommes s'envoient ce qu'il y a de plus vain au monde : des vœux. Car « l'avenir n'est à personne... » comme disait un des Chants du Crépuscule. Ils sont pourtant, ces vœux, ce qui nous rassemble, et ce qui nous prolonge : signes que nous ne sommes pas enfermés, que notre terrain d'existence est plus large que le champ dont on nous a fait responsables. Là où nous travaillons, ce n'est pas un lopin, c'est le Royaume.

 Antigone

Mon âge est tel que je n'ai envoyé de vœux à personne, sinon à mes morts bien-aimés dont la présence spirituelle m'est constamment sensible. Des vivants, j'ai attendu les messages, et j'en ai reçu. Pas plein de, mais des. ● Autrefois la lettre ou la carte postale était -  avec le téléphone à minuit - la voie normale de communication. Ceux qui s'en servent encore y manifestent toujours, à mon sens, un goût de l'écriture qui  me ravit.● Mais les avatars du service postal sont devenus bien dissuasifs, et puis le progrès, on vit avec, ou on meurt. N'usant pas du Gsm et donc des Sms (pourquoi ? c'est une autre affaire), où pouvait-on me joindre, si on le désirait ? ● Par la voie informatique, naturellement : certains courriels  privés que j'ai reçus dégagent tant de chaleur que je n'y ai pas encore répondu, ils mijotent en mon cœur.

 Fouilles dans le sol

J'en viens à vous, visiteurs de ce blog, avec qui je pense et bavarde depuis deux années pleines. Vous  contribuez à ce flux textuel, cette circulation du sang de l'âme. Avec vous, pour vous, j'essaie de rendre leurs couleurs aux vieilles croyances disqualifiées par l'étroitesse d'esprit, par l'ascétisme chagrin, par l'archaïsme idéologique. Je vous confirme ma proximité, mon attachement, le désir que j'ai d'un échange qui perdure. Pour ça, je dois vous dire comment je vous « vois ». Qui vous êtes dans mon esprit. Comment je vous classe spontanément, à tort ou à raison, en quatre catégories.

  1. Je ne tiens pas pour négligeables les gens qui n'ont ici que des passages intermittents, soit qu'ils n'y trouvent pas le sel, le fruit ou le vin qu'ils aiment, soit que, me connaissant, ils soient trop occupés pour me faire jamais signe : ils travaillent, eux, et considèrent ce site comme un divertissement que je me donne pour occuper mes vieux jours : pourquoi pas ? Je sais bien que la liberté d'avis et de communication que je revendique, ils l'ont en suspicion ; l' « ancien recteur » sait-il toujours maîtriser sa langue... pardon : ses doigts ? Ben, vous verrez bien...

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     2. J'ai une extrême considération pour ceux qui me lisent avec régularité, sans jamais rien dire, dont je vois le passage fidèle. Leur nombre ne cesse pas de croître, je m'en étonne un peu, j'en tire vanité, j'avoue ! et je songe à eux comme à des paroissiens critiques, amusés, curieux des voies que j'explore sans me distancer de l'Eglise Mère, et très attentifs à mes références. Je ne trahirai jamais leur confiance, pour aucun motif. Ce que je dis ne doit pas toujours être juste, j'en ai conscience (quand même !), mais sur le moment, il faut toujours que « je me croie »,- ou que je me taise. Etre à tous instants véridique n'est pas possible : être vérace l'est. Je le serai, promis.  

3. Il y a encore ceux qui ont eux-mêmes un blog auquel je me suis attaché pour diverses raisons. Parmi eux, il y a surtout le site de Marie, de Cyril, et depuis peu celui d'Etienne, avec qui je me sens dans un incessant dialogue, tantôt formulé, plus souvent sous-entendu. Dialogue critique, vous me connaissez ! Faut toujours que je dise, non pas un « mais », plutôt un « et ça, faut pas non plus l'oublier », ou encore « faut remonter plus haut : le problème est en amont du raisonnement »...

4. Enfin il y a un petit groupe de quelques lecteurs que je connais aussi « In Real Life », et qui m'accompagnent « gentiment » dans cette dernière partie de mon 'pèlerinage terrestre'. Ils ne liraient sans doute pas les blogs s'il n'y avait pas le mien. Eux-mêmes n'en font pas, ou s'ils en ont fait, ils ont décroché. Ils s'en tiennent à la conversation informatique genre facebook, où c'est facile, où on ne fait pas le malin, on n'y est pas forcé, disent-ils. Le blog, lui,  suppose qu'on manie la langue écrite; le blog suppose la littérature, fût-elle sans force ou valeur. Le blog veut qu'on pousse la réflexion au-delà des allusions furtives...  Ce qu'ils font dans leurs commentaires. A Pierre, à Benoît, à Alain Césame, à Palagio, à Jean-Matt, qui ne sont jamais intervenus que pour m'encourager, me tirer d'un mauvais pas, me bénir, que dirais-je, sinon mon amour ?

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11/11/2009

Onze novembre

décorations militaires 14-18 en France

 

« Noble Belgique, ô Mère chérie...A toi notre sang, ô Patrie »... Il suffit de cette citation de la Brabançonne pour faire voir que la période d'avant 1945 nous est devenue étrangère. Tout ce temps-là, l'individu était naturellement soumis à la collectivité politique à laquelle il appartenait. « Mourir pour la Patrie » y était « le sort le plus beau ». Ce sacrifice personnel, on voit bien ce qui le différencie du suicide terroriste qu'on trouve aujourd'hui ailleurs. Voit-on aussi ce qui le rapproche ? Irakiens, Palestiniens : tous des  pauvres, et embrigadés. Quand les armes ne sont plus une carrière, mais un séjour du côté de la mort... Pour ne pas raisonner dans l'abstrait, je ferai ici une ou deux confidences. Ce n'est pas sans stupéfaction que je voyais, petit, mon grand-oncle, 2e classe vétéran de l'Yser et marqué par le gaz moutarde, aligner avec une fierté aveugle les diverses décorations dont on avait payé son obéissance et sa santé. A mes dix ans taciturnes, comme cela paraissait absurde !

 ecole catholique

En revanche, j'écoutais avec passion ma grand-mère me conter une histoire  d'amour. Comment, en 1880, son beau-père, ouvrier agricole, célibataire, 22 ans, avait vécu la première « guerre scolaire ». Il n'avait pu supporter qu'on « arrache le crucifix des écoles», - des murs et des âmes ; viscéralement attaché à la personne de Jésus, qu'allait-il faire ? Quoique relativement inculte, il décida de fonder lui-même au patelin une école libre. Fermier il restait, et, au petit matin, il menait ses vaches au pré et assumait d'autres travaux ; à 10 h, il faisait classe, enseignant à lire, à écrire et à compter ; et l'hygiène, et le respect des autres, et l'histoire sainte ; on allait manger chez soi à midi, on revenait de deux à quatre ; puis mon arrière-grand-père allait rentrer les vaches, les traire, et pourvoir à tous les besoins de la ferme... Cela dura, me disent les archives locales, jusqu'en 1886 où le ministère Frère-Orban tomba. Après quoi mon si jeune aïeul laissa l'école « catholique » aux instituteurs patentés. Pour retrouver sa ferme à plein temps,  prendre femme, faire dix enfants...

 crucifix...

Ces deux anecdotes ne sont pas également anachroniques, il y a dans la seconde quelque chose de toujours actuel : l'attachement personnel à quelqu'un de réel, proche, vivant, fût-il perceptible par la seule foi, Jésus-Christ. C'est peut-être la propriété essentielle des religions de ne pas connaître le temps, d'annuler la béance radicale d'avec l'Autrefois inconscient ou collectif. De vivre. Eternellement "vivre avec".

St Boni-Batiment_central 

Le texte qui précède est entièrement tiré de la Revue du collège St Boniface, numéro 178 de Noël 2005, page 15.  Il a été écrit par un mien neveu, avec ma collaboration, bien que je n'aie pas souhaité que ma signature alors y apparaisse : c'est mon neveu et non pas moi qui y instruit et éduque les enfants de sixième année primaire. Qui y donne des modèles à admirer, à contester, il n'importe : à connaître d'abord. Ayant lu mon post précédent, le gentil signataire m'a suggéré d'y joindre ce vieux document où  les « croix de bois » aujourd'hui à la peine étaient alors à l'honneur...

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29/06/2009

Pudeurs féminines

André STAS, le cauchemar de Bush, collage 2004

 

    Vous ferai-je encore un billet sérieux, avant de partir en vacances ? Enfin, sérieux... Non. Le temps est trop beau pour qu'on s'enferme dans la réflexion philosophique. Mais la pataphysique façon Jarry où le jargon étouffe le singulier réel qu'il feint de délivrer, j'en ai sous la main un joli exemple, que je vous transmets illico comme un bijou fantaisie - cèkwasa ?  Je le tiens d'une amie féministe. C'est dans un petit ouvrage édité en 1713, « avec privilège du Roy », qui est la traduction française d'un ouvrage latin écrit en 1509 par un certain Corneille Agrippa, mort à  Grenoble en 1535. Sujet : « De la grandeur et de l'excellence des femmes ». On y trouve, en trente chapitres, les mille et un motifs qui établissent de façon décisive la supériorité de la femme sur l'homme. Je cite, pour l'édification générale, le début du chapitre huit, qu'on ne trouve pas dans Google.  

 femme pudique...

    « Outre les avantages de la beauté, les femmes ont encore celui d'une pudeur, qui surpasse tout ce qu'on en peut dire. Leurs cheveux croissent assez pour couvrir toutes les parties de leurs corps, que la pudeur veut qu'on cache; & elles peuvent satisfaire aux besoins de la nature sans toucher ces parties, ce qui n'est pas de même dans l'homme. De plus, la nature paroît avoir voulu ménager la pudeur de la femme en cachant et renfermant en dedans ce qui paroît au dehors dans l'homme. En un mot, la nature a donné à la femme plus de pudeur et plus de retenue qu'à l'homme.

 

En effet, on a vu des femmes choisir plutôt une mort certaine que de se montrer aux chirurgiens, pour recevoir du soulagement à leurs maux cachés. Et elles conservent ce prodigieux amour de la pudeur jusqu'aux derniers moments de la vie, & même après la mort. Comme on remarque en celles qui sont péries dans l'eau : car, comme rapporte Pline & comme on le remarque tous les jours, le cadavre d'une femme noyée nage sur le ventre, la nature ménageant encore la pudeur de la défunte. Un homme noyé, au contraire, nage sur le dos. »

Corneille Agrippa 

      Ce Corneille Agrippa est mort « pour les idées nouvelles », dit la préface. C'était une espèce de Zénon sans la sagesse dont l'a doté Yourcenar. Admirez où mène une logique creuse dans un raisonnement. D'abord  l'observation (!) : coiffure,  miction, anatomie ; l'érudition ensuite (?): « on a vu », et « comme rapporte Pline. » Avec hyperbole fantasmée, en finale mortuaire : « Comme on le remarque tous les jours... » 

Pudeurs... 

   Voilà qui me fait prendre congé - avant trois lignes ultimes, sans doute, demain soir. Ce blog, j'ai beau vouloir l'alléger avec tout l'humour possible, j'en reconnais aussi l'humeur grave. Je m'interroge souvent sur la valeur objective de mes « dissertations  » traitant de la vie en Dieu. Ne s'y trouve-t-il pas, comme chez Agrippa, des pétitions de principe, des généralisations imprudentes, des idées improuvées, voire improuvables ? Oui, justement : improuvables. C'est pourquoi elles ne se donnent pas comme des vérités à croire, mais des façons de faire à (peut-être, et  si le cœur en dit !) expérimenter.

23:19 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

30/05/2009

Au feu !

Escher, Tour Babel

 

     Cette fois, ils n'ont plus la trouille. Les voilà qui relèvent la tête, sourient, s'embrassent, sortent  et s'adressent aux gens qui passent, aux badauds, aux touristes, aux promeneurs du dimanche matin. Ils n'ont plus la gorge nouée, tout à coup, ils ne tremblent plus comme des couards, il y a dans leurs yeux, leurs muscles, leur ton de voix une jeunesse impétueuse qui doit éclater. La femme qui est avec eux ne dit rien, ils ont beau l'appeler Mère, elle ne fait pas son âge, et elle les suit d'un air tranquille, elle est de celles qui en ont vu d'autres et qui exultent avec la sérénité du soleil.  On s'approche : «  Marie, qu'est-ce qui s'est passé ? » - « Un appel d'air, un souffle, du vent... » - « Tout de même... » - « Comme des oiseaux qui s'envolent pour la première fois, comme tout à coup il y a présence d'esprit pour sauver, pour  parfaire un amour... Suivez-les comme moi, faites ce qu'ils vous diront... »

 diversite

     Cette fois, ils n'ont plus de limites. De limites spirituelles : limites de sens, de loi, de salut. Ils ne sont plus enfermés dans leur latin, ou quelque langue sacrée, avec le champ sémantique limité inhérent à cette langue-là. Ils sont multilingues, polyglottes, c'est le même mot, - mais non : ça n'est pas la même chose, puisque Rome, ce n'est pas Athènes. Le plus simple, le plus salutaire, donc le plus chrétien, est  d'observer qu'avec notre culture à nous, notre sensibilité, notre sexualité, nos passions, nos souvenirs et notre avenir, nous les comprenons admirablement. Crétois, on comprend à la crétoise, et, Romain, à la romaine, et Israélien, à la juive. Arabe (dit Actes 2,11), à la façon arabe... Ces différences d'interprétation sont les bienvenues. Rappelez-vous (Gen., 11, 7). Dieu s'était opposé au projet de Nemrod, jadis, quand ce petit-fils de Noé s'était mis en tête de construire une tour à Babel qui rassemblerait tous les hommes de même langue dans un empire centralisé. On voit très bien ce que ça pouvait être, renseignés que nous sommes par l'expérience nazie, communiste, Saddam Hussein, Lehman Brothers... vaticanesque même, hélas. L'Esprit de Dieu à la Pentecôte est que nous acceptions et aimions les différences de compréhension, en les harmonisant sans les détruire. 1. Je ne rêve pas, je connais bien mon Eglise Mère. Les chrétiens belges réalisent-ils assez  qu'à chaque décision romaine tombant ex abrupto, l'épiscopat national se réunit pour en traduire le sens à la belge, autour du cardinal ? Ce n'est d'ailleurs pas pour affaiblir le message, mais l'adapter : comme fit l'Esprit à Jérusalem, le cinquantième jour... 2. Encore devons-nous savoir que, baptisés puis confirmés dans la foi, investis de l'Esprit-Saint, nous en avons aussi mission individuelle. Le libre examen n'est pas le privilège  des francs maçons, ni l'interprétation personnelle de l'Ecriture celui des protestants. Tout catholique qui lit et prie « interroge » aussi son Seigneur et en reçoit réponse. Dans la communion ecclésiale et dans l'intimité de sa chambre. Croyez-moi : le Seigneur parle clair dans cette double relation. Avec toujours le même préambule : « La paix soit avec toi... »

 flamme de la paix (Coîte d'Ivoire)...

   Ce soir, le feu qui éclairera la cathédrale sera celui qui nous brûle. Nuit de Dieu, ô nuit de noces entre Dieu et son Peuple.

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12/05/2009

Enfants dans la fournaise

enfants dans la fournaise

 

     A la très belle histoire ajoutée par Marieke [ici, sigle M] en commentaire à la mienne [ici, sigle E ], je voudrais ajouter celle contée  par Palagio [là sigle P] chez Marieke. Et en proposer une lecture comparée.   Acheter au juste prix

     Trois fois, un enfant est affronté... à quoi ?  Au réel. Un réel qui ne correspond pas à ses rêves - on n'est pas dans les Kinderszenen de Schumann ; il y a des couacs dans « die Träumerei ». Chez Palagio, ce réel est sombre, mais il n'a rien d'odieux. On est ici  au coeur de la société humaine, qui est l'Echange. On n'a rien pour rien ; tout se paie. « Lotte » est commerçante ; elle ne saurait, sans l'indignation des autres gamins, faire de cadeau. Une illusion en moins.  Leçon, bonne à prendre. 

     Chez Marieke et dans mon souvenir propre, l'enfant est maître du réel, c'est son jugement qui est donné comme décisif, comme disant le bien et le mal. Et l'enfant tranche, il désigne le camp à rejoindre. N'est-ce pas une illusion, ce pouvoir que nous avons cru avoir - une illusion d'autonomie ? Sociologiquement, certes. Mais spirituellement, c'est aussi une expérience structurante. Atout, bon à recevoir

belle-mere belle-fille entente cordiale 

     Je vois deux différences entre [E] et [M] : le petit Ephrem est un « primaire », comme on dit en caractérologie : sa réaction est rapide. Et par chance, il n'a pas affaire à de la haine, mais seulement à des cris, que, d'expérience, il sait inoffensifs : ils le mettent au supplice parce qu'ils témoignent d'une douleur que l'enfant ne remet pas en cause, et dont le mystère lui reste complet. -  [M] adolescente est « secondaire », ou obligée de l'être : elle ne pourra réagir qu'à long terme ; et elle a affaire à une vraie discorde, une antipathie permanente et sournoise où elle vit malgré elle, où elle n'a pas le droit de découvrir la plaie, d'y porter remède. Elle le fera cependant, un jour. A la mère morte avant l'heure, qu'aucun outrage ne puisse plus être fait !

cezanne22 

     Un mot encore, à propos de ces souvenirs d'enfance. Je suis étonné, heureux aussi, de voir que ceux que je garde vifs en ma mémoire, et que je cultive comme les pommes d'un verger, finissent par être des Cézanne mineurs. Ai-je enfoui les autres ?... Sûrement. Mais les pommes de terre, elles resteront à la cave, tant que je ne suis pas meilleur cuisinier. 

17:17 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

18/12/2008

Plein d'actes sont ambigus

amoureux en rue

 

 

   D'abord une histoire vraie.  Elle a plus de quarante ans, s'étant produite aux alentours de 1968, un peu avant, je crois. Je suis professeur titulaire d'une « Rhétorique » (la dernière année de l'enseignement secondaire) dans un collège catholique de la capitale, où un répertoire d'alors me qualifie comme  «intelligent, intéressant, consciencieux et ...original » : l'adjectif final relativise prudemment les compliments qui précèdent. Sous les intitulés de « latin, français, histoire », on peut dire que nous parlons de tout ; cette rhéto passionnante est passionnée. Mes élèves ont de 16 à 20 ans selon les aléas de leur scolarité. Mais tous sont des mineurs, la majorité à l'époque étant 21 ans. Le mercredi après-midi, je vais à Tournai à l'Ihecs, où je suis chargé de quelques cours pointus de communication qui me conviennent. Un jour, un des rhétoriciens me fait une demande très peu conventionnelle : il a une amie, tous deux vivent un amour dont ils sont sûrs. Tous les endroits possibles où ils peuvent être ensemble sont minables et indignes, ils les ont expérimentés. Ils voudraient une après-midi de longue et tranquille connivence, est-ce que j'accepterais de donner la clef de mon appartement ? J'arrête ici ma confidence ;  de toutes façons, il y a prescription... Mais comprenez, cher Blaise, que, si la situation d'Abraham est déjà angoissante quand la volonté de Dieu est sûre, elle peut l'être bien davantage quand elle ne l'est pas. 

abbe-pierre 

    Plein d'actes sont ambigus, dans la vie, catalogués 'actes bons' « par les uns, à une époque et dans un milieu » ; et 'actes mauvais' « par les autres, à une autre époque ou dans un autre milieu ».  Exemple d'un acte bon « à l'époque » qui serait contesté aujourd'hui: ce qu'a fait Kipling, qui amena son fils aîné à se porter volontaire lors de la guerre 14, où le jeune homme sera tué à la première attaque. C'est patriote, ou patriotard ? Courageux ou nationaliste ?... Exemple d'un acte mauvais « dans le milieu catholique traditionnel » : ce qu'a fait l'abbé Pierre (il l'a révélé), répondant tendrement et physiquement, malgré sa promesse de célibat, à la passion qu'éprouvait pour lui une femme attachante. Ce n'est pas tartuferie de présenter les choses comme je fais ici ; l'abbé Pierre n'est pas Adam accusant Eve de lui avoir tendu la pomme, il a été bien plus discret et humble que je ne suis, et dans ce cas précis il se peut que je fabule. Mais quiconque a approché des prêtres mariés ou concubins  sait qu'il ne s'est presque jamais agi d'une lubricité misérable, mais d'une espèce de communion des corps couronnant une communion des valeurs. Là aussi, le jugement est impossible. Sensibilité, - ou sensualité ? Evolution naturelle, - ou chute passionnelle ? Qui peut savoir ? Qu'importe alors ? Non.

 imperfection

    Qu'il s'agisse d'actes trop susceptibles d'honneurs publics pour ne pas être moralement suspects (Kipling), ou à l'inverse trop pharisaïquement décriés pour qu'on n'évoque pas le Samaritain possible (abbé Pierre), il est bon pour la collectivité que chacun examine ses motivations. Et donc normal que l'angoisse surgisse, car celles-ci sont nombreuses et contradictoires.  - Mais peut-on échapper au déchirement ? Oui. On peut aussi, face à Dieu, renoncer, pour soi-même,  à atteindre je ne sais quelle perfection « absolue », idéal lui-même suspect, et décider de s'en remettre, quoi qu'on fasse, à la Bienveillance de Dieu dont on est, dans le Christ,  l'enfant bien-aimé ; - ça, c'est ma réponse à moi. Et ce n'est pas (seulement) dans Kierkegaard que je l'ai trouvée.

 justice et misericorde

   L'autre dimanche, à Ste Gudule, parlant de la venue du Messie, Jacques J. qui célébrait, s'est exprimé dans l'homélie d'une façon qui m'a bouleversé. Je ne mets pas de guillemets parce que son style est moins romantique, plus sec que le mien ; c'est lui qui a raison, mais « je ne me referai pas ». Son propos tendait à ceci : C'est l'avent : Préparons les voies du seigneur, sa Re-naissance. C'est le moment de regretter nos fautes, avec Jean-Baptiste, mais attention ! Il ne s'agit pas de nos petits mensonges, nos vanités, nos voluptés « inappropriées », comme on dit en Amérique, mais des vrais péchés qui sont collectifs : les guerres, les famines, les tyrannies, les génocides... Parce que, lorsque viendra la fin, au grand retour du Seigneur dans la gloire, il y aura jugement, en effet, et ce jugement sera inoui. Il impliquera et réconciliera ces deux réalités dont nous avons besoin. Justice et Miséricorde Deux exigences divines.  Humaines. Nécessaires. Incompatibles.   

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20/11/2008

Dire non

6.parc enfant_colere

 

   L'histoire des pommes et du Dieu qui voit tout, j'en connais une autre version. Moins drôle, et « adulte », quoiqu'elle vienne aussi d'un enfant de sept ans. Je l'ai trouvée dans Les mots de Jean-Paul Sartre, le livre autobiographique paru en 1964, et qui lui a valu la même année le Nobel - qu'il a superbement refusé, - à l'ébahissement bourgeois de Mauriac, ancien lauréat qui avança que ces millions, à lui, avaient été fort utiles pour « refaire la salle de bains de sa maison de Seine-et-Oise et pour en relever les clôtures » (Bloc-Notes, 23.10.64)... L'histoire du petit Jean-Paul est à la page 83 de l'édition originale des Mots chez Gallimard. Je la sais par cœur, et si quelques anciens étudiants me lisent, ils retrouveront ici Clin d'oeil un mini fragment de leur culture de base.... « J'avais joué avec des allumettes et brûlé un petit tapis ; j'étais en train de maquiller mon forfait quand soudain Dieu me vit. Je sentis son regard à l'intérieur de ma tête et sur mes mains ; je tournoyai dans la salle de bains, horriblement visible, une cible vivante. L'indignation me sauva : je me mis en fureur contre une indiscrétion si grossière, je blasphémai, je murmurai comme mon grand-père : « Sacré nom de Dieu de nom de Dieu de nom de Dieu ». Il ne me regarda plus jamais. »

6.komp_vorne_final 

   J'explique ? J'explique, comme en cours, naguère. En décomposant une chose ou une action en ses éléments (ana-lusis). 1. Un  enfant, parti à la découverte du monde, sent confusément qu'il transgresse des règles venues d'il ne sait où - le surmoi, sa conscience, n'importe.- 2. Il donne à ce législateur caché, qui s'interpose au moment où il se croit seul, le nom qu'on lui a appris à l'école ou dans son foyer  (et bientôt sur les murs de nos villes, grâce à la Fondation St Paul et en dépit des moutardiers ronchons) : « Dieu ». Ce pourrait être autre chose. La police, la société ?  - 2. Ces règles, personne d'extérieur ne les lui rappelle : c'est lui-même, ou plutôt quelque chose en lui, qui les lui a rappelées. Elles sont donc déjà intériorisées, mais subconsciemment. - 3. Superbement (c'est le mot juste : avec un orgueil beau), l'enfant, au lieu d'accepter consciemment d'intérioriser l'interdit, l'expulse.- 4. Il le fait au nom d'une valeur, déclarée implicitement absolue : sa qualité d'homme fait, c'est-à-dire d'un être ayant droit à l'individualité, à la détermination de lui-même par lui-même, à la « discrétion ».- 5. Il le fait violemment, donc radicalement : par un geste qui humilie cela même qui est censé lui dicter une ligne de conduite aliénante.- 6. Et il le fait mimétiquement, en homme qui ne se crée pas seul, répétant donc un modèle qu'il a vu et  qui, pour l'heure, lui convient.

 6.repet_zaide_poing_leve

     J'imagine que quelques chrétiens familiers de ce blog protesteront ; qu'ils vont évoquer Adam, et le drame de la désobéissance initiale. Il y a de quoi, mais allez-y, avant que je n'y aille. Et tandis que vous objectez, goûtez tout de même cette affirmation exemplaire de la dignité de l'individu - que tant d'hiérarques bafouent facilement au nom d'une dignité humaine dont ils se disent, on ne sait pourquoi ni comment, garants.

13:23 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

13/11/2008

Le récipient de Froidmont

froidmont

  

   Je voudrais transcrire ici, avant que les circonstances l'aient rendu obsolète, une contribution à la controverse sur l'intérêt de l'adjectif « catholique » dans le nom des institutions qui le furent historiquement. C'est un texte du Père Louis Dingemans, publié dans « La Libre Belgique » du 30 octobre. Si vous ignorez tout de lui, cliquez ici et vous comprendrez que ce Dominicain belge, vivant à Rixensart, est un des premiers prêtres à avoir sérieusement pensé la pastorale des divorcés, ces gens qu'on invite aux repas eucharistiques en les priant de ne pas s'approcher de la table.

 parvi

« Le débat sur le "C" de l'Université Catholique de Louvain me semble faussé par l'amalgame habituel fait dans notre culture entre "Catholique" et "Romain", amalgame que le Vatican entretient soigneusement. Beaucoup de croyants, dont je suis, restent infiniment reconnaissants à l'Eglise Romaine de leur avoir transmis la foi au Christ, mais n'hésitent pas à regretter que cet héritage, tel qu'il a été transmis, était et reste profondément déformé. Le système romain est celui d'une hiérarchie élective mais absolue qui choisit ses propres électeurs, qui affirme son Magistère sur tous les chrétiens, alors qu'elle est plus attentive à la lettre qu'à l'esprit. Ce fameux Magistère ne fait pas l'autocritique de son histoire et affirme son Magistère, tant solennel qu'ordinaire, sur tous les chrétiens. L'Eglise Romaine impose des dogmes sans fondements, par exemple : l'Immaculée Conception qui  exempte Marie, la mère de Jésus, du péché originel, ce qui suppose l'historicité de ce mythe; ou encore l'infaillibilité pontificale à laquelle ne croyaient pas les grands théologiens du Moyen Age, comme Thomas d'Aquin. Ce qui scandalise aussi, le mot n'est pas trop fort, les esprits contemporains, est une morale fondée sans prudence sur une conception particulière du droit naturel, bien éloignée de l'esprit de l'Evangile. L'encyclique Humanae Vitae sur les moyens artificiels de contraception en est un triste exemple qui a ébranlé profondément la foi de dizaines de milliers de chrétiens attachés à l'Eglise [ ...] » 

 chercheur au microscope

[Pourtant] « Il serait malheureux que l'U.C.L. renonce à ce "C" qui dit l'actualité de ses racines. Peut-être faudrait-il y ajouter un "C"  supplémentaire: Université Catholique "Critique" de Louvain, car telle me semble bien être sa vocation aujourd'hui: promouvoir un renouvellement profond de l'identité chrétienne. Tâche d'ailleurs qui doit être celle de toutes les Eglises qui se réclament du Christ et qui toutes doivent admettre qu'aucune transmission n'échappe aux dangers de déformation: "traduttore, tradittore", dit une maxime italienne, et Thomas d' Aquin écrivait que « tout ce qui est reçu l'est selon le mode de réception du récepteur (1) ». La contingence de la Tradition n'est pas due a priori à la culpabilité de ceux qui l'ont transmise de bonne foi. Cependant, le Magistère n'a pas assez médité la troisième et principale tentation du Christ : celle de croire que plus de pouvoir donne davantage de moyens de faire le bien et l'unité. L'Eglise Romaine, une parmi les autres, devrait aussi méditer humblement la réflexion profane de Montesquieu, "tout pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument". Voici pourtant une réflexion qui mérite d'être mise en corollaire de la première des Béatitudes : "Bienheureux les pauvres en esprit"...  »

 vermeer_la_laitiere

   Je n'ai pas changé un mot à ces paragraphes 2 et 3, seule la mise en évidence par italiques, grasses et soulignements est de ma responsabilité. L'appel de note (1) m'est aussi propre.  Explication. Le texte thomiste original dit : Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur. Je ne le cite pas pour faire le malin ; mais parce que ce mot de "récipient" peut venir en aide (il m'a aidé, moi) à ceux pour qui cet adage fondamental apparaîtrait obscur. Sens : l'eau qu'on verse perd la forme du vase dont elle sort et prend celle du récipient qui la reçoit, toujours. Bien sûr. Application : c'est (entre autres) sa Parole et sa Paix que le Christ a « déversée » sur ses apôtres tels qu'eux, ils étaient, à savoir membres d'une culture alors misogyne, agricole, totalitaire. Et nous, nous sommes autres. C'est toujours Sa Parole et Sa Paix qui doivent être et qui sont notre Eau, mais nous appartenons à une culture qui ne discrimine plus, qui transmet moins qu'elle n'innove, qui est démocratique. Déduction : c'est nous, les récipients » d'aujourd'hui, les receveurs, et c'est notre culture qui « informera » cette Eau, sans quoi elle s'évaporera... Ne pas confondre le sang du Christ avec la forme du calice de la dernière Cène, le corps avec le caractère azyme du pain. Dans un autre domaine, ne pas confondre le don du sacrement de l'Ordre avec le sexe de ceux qui l'ont d'abord reçu...


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06/11/2008

Où est donc mon pays ?

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   La Wallonie, est-ce mon pays ? Qu'est-ce qu'un pays ? Un territoire auquel on se sent relié, structurellement et sentimentalement attaché. La Wallonie ne m'est rien ; et dussè-je scandaliser, la Belgique non plus. Mon village natal m'importe, parce que c'est dans ce lieu très clos par la guerre que je me suis fait ; cela compte, et tellement que je veux qu'on y ramène un jour mes os, mêlés s'il se peut à ceux de mon père et de ma mère dans l'attente fidèle de la Résurrection. L'Europe aussi m'importe : il n'est pas de ville européenne où je ne me sente comme chez moi, et où ne revienne à ma mémoire le discours que Paul-Henri spaak paulhenriSpaak prononça à Strasbourg, le 18 septembre 1954, au lendemain du rejet par la France de la « Communauté Européenne de Défense » :  « [Rendez-vous compte] qu'il y a autre chose en Europe que les drapeaux déployés sur les champs couverts de morts, qu'il y a nos cathédrales qui dressent vers le ciel leur appel vers un même Dieu ; qu'il y a les peuples qui travaillent et qui souffrent et qui ont les  mêmes intérêts et qui cherchent passionnément à la fois la paix et la prospérité qu'ils méritent ; qu'il y a Descartes et qu'il y a Goethe ; qu'il y a Kant et qu'il y a Pasteur ; qu'il y a Beethoven, et faut-il vraiment que ce soit moi [l'agnostique] qui vous rappelle que, si vous pensez quelquefois différemment, vous priez tous de la même façon, que ce sont les mêmes gestes qui vous accueillent au seuil de votre vie et les mêmes mots qui vous consolent et vous apaisent carte_europeau seuil de votre mort ? » Voilà une image qui est en train de changer, penserez-vous ; « les racines chrétiennes de l'Europe», voilà justement ce qui fait conflit ! J'en suis moins sûr : l'Islam européen est un Islam européanisé. Et notre christianisme, à entrer en dialogue avec les deux autres monothéismes, se civilise, se modernise, s'humanise. Se fraternise - pour terminer les mots en crise.

 langue

Mais c'est moins dans un espace géographique que je plonge mes vivantes racines et entretiens ma sève, que dans un espace linguistique. C'est la langue française qui me plaît, et m'épate, et m'enivre  : je l'aime comme Montaigne disait de Paris : jusque dans ses verrues ! Toutes les formes du français, les vicieuses contre quoi tonnent les petits grammairiens, les classiques dites archaïques, avec quoi jouent les petits auteurs comme « votre serviteur », les orgueilleuses, où s'ébattent, aux antipodes les uns des autres, Céline, Proust et Cohen, les graves façon Yourcenar, les hystériques façon San Antonio. Les locales aussi.

Oncle Felix et moi à 6-7 ans 

C'est ici qu'on en revient au wallon, dont je vous ai transcrit dimanche un « chef d'œuvre » oublié. Ce dialecte, je ne l'ai jamais, jamais ! utilisé activement, jamais « parlé », alors qu'autour de moi, au village,  l'usage en était courant. Je le comprenais donc passivement, c'est tout. Mes frères l'utilisaient, surtout mon aîné. Ma mère, elle, n'y recourait jamais, pas plus que mes tantes. Elle en désapprouvait l'usage sans expliquer pourquoi, sans donc que j'en saisisse les raisons. Pierre (mon frère) raconte aujourd'hui qu'il triomphait, enfant, quand il récitait en public « Le loup et le chien » de La Fontaine dans la version patoise (Li leû et l'tchin), mais qu'il avait reçu consigne de Maman de n'en donner le plaisir qu'après avoir « déclamé » d'abord la version en « bon » français ». Curieux ! Le  patois n'était pas réservé aux trivialités d'étable, où son usage était quasi obligé ; ailleurs, même s'il n'était déjà pas tout à fait langue « normale », il restait langue pittoresque, familière, chaleureuse. Les paysannes l'utilisaient comme leurs maris. Je crois savoir aujourd'hui la raison de mon abstention volontaire. Le wallon impliquait une sorte d'attachement, non au terroir, mais à sa culture. Celle-là,  j'en ressentais la fermeture ;  je la trouvais à la fois silencieuse  et dominatrice : qu'on se taise, et que le régime des idées toutes faites règne en maître ; s'ensuivaient fatalement le conformisme et la répétititon.  Moi, je voulais innover, parler, « me trouver » aussi (dirait un psy, sans doute avec raison). Accéder en tout cas à un monde où l'intelligence primerait sur le muscle, et le verbe sur les coups. Ce verbe-là, seul le français en était 3.Jean Guillaume sjporteur. J'ai été stupéfait plus tard d'entendre  Jean Guillaume, le professeur qui présidait la section de philologie romane aux Facultés de Namur, me vanter l'intérêt du wallon : lui-même s'y était fait un renom, et même un nom, une sorte de gloire, avec plusieurs recueils depuis Djusqu'au solia en 1947. J'ai compris aussi, en lisant Maurice Piron, que le wallon était moins un dialecte qu'une variante stylistique du français de l'Hexagone.

chant latin 

Mais mon dialecte à moi, le vrai dont j'adore l'emploi à titre personnel, vous l'aurez sûrement remarqué si vous êtes fidèle à ce billet, c'est le latin.... Il l'est tellement que l'an passé, je suis allé à une célébration de la messe des morts selon la forme ancienne de Pie V - pour le plaisir d'écouter du grégorien ; surtout le Dies irae... Avec les trois strophes inoubliables : Recordare, Jesus pie, / Quod sum causa tuae viae:/ Ne me perdas illa die... // Quaerens me sedisti lassus,/ Redemisti crucem passus, Tantus labor non sit cassus ,// et un peu plus loin /Qui Mariam absolvisti / Et latronem exaudisti, /mihi quoque spem dedisti... L'homélie, prononcée par un certain Mgr  Gryson, « prélat de Sa Sainteté » comme disent ses cartes de visite, était plutôt intelligente, mais sèche : remontent à la surface les vieux mots du curé Enclin et de son catéchisme. Je ne suis pas vraiment gêné par l'obstination des trois célébrants à tourner le dos à leurs frères ; à vrai dire, je ne les vois plus, je prie. Arrive la Communion. Je m'apprête  à y participer. A ce moment surviennent du fond de l'église, au pas martelé,  quatre ou cinq malabars qui s'avancent vers le banc de communion situé entre la nef et l'autel, banc de communion ferméle referment hermétiquement, étendent dessus le voile blanc sous lequel il faudra que chaque communiant mette ses deux pouces et ses deux index pour former l'esquisse d'un rectangle destiné à recueillir l'hostie si, par malheur, elle tombait de la langue mal tirée... Rien qu'à décrire tout ça, à entrer dans ce détail grotesque, je « coince »... Quelle sacralisation dégoûtante, quelle ritualisation aujourd'hui dépassée, et ici fanatiquement imposée,  à propos du geste fraternel de Jésus donnant, sous la forme du pain et du vin, son corps et son sang, symbole de la nouvelle alliance (Lc, 22, 20)... Les malabars font signe qu'on s'avance. Moi, je quitte aussitôt l'assemblée, incapable de communier « à ce christ Roi de Carnaval ». »

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04/11/2008

El Vi

3.paysan songeur (el vi)

 

 

Asteûre, c'est s' garçon qu'a r'pris l' cinse,

Èyet li, tout raclipoté

Dins s' fonteuy, i pinse, i rapinse,

I sondje à l' tiène qu'il a monté.

 

= Maintenant, c'est son fils qui a repris la ferme / Et lui, tout recourbé / Dans son fauteuil, il pense, il repense / Il songe à la côte qu'il  a montée.

 

Què l' vârlèt  voye  taper lès s'minces

Ou bîn qu'seûche lès longs djoûs d' l'èsté,

Toudi  pus djaune, pus sètch, pus  mince,

I d'meure là  mierseû  d'ssus l'costé.

 

= Que le valet aille jeter les semences / Ou bien qu'on soit aux longs jours d'été, / Toujours plus jaune, plus sec, plus mince, / Il reste là seul sur le côté.

 

Lès-eûres, lès djoûs, lès-ans, ça passe !

Il a vu s'mon-père à l'min.me place,

Quand li-min.me  a  dèv'nu  cinsî ;

 

= Les heures, les jours, les ans, ça passe ! / Il a vu son père à la même place, / Quand lui-même est devenu fermier. 

 

Èyèt li, l' vayant, li, l' foûrt ome,

Li, l'mésse, i ratind  s'  dèrnî  some,

èyèt 'ne lâme  tchét doûceminbt d' sès-îs.

 

= Et lui, le vaillant, lui, l'homme fort, / Lui, le maître, il attend son dernier sommeil.... / Et une larme lui tombe doucement des yeux.

3.ferme autrefois 

 

« Sonnet : c'est un sonnet... » Non, je ne parodie pas Oronte. Je tire de ma mémoire où il dormait sagement, où il se réveille fringant à mes premiers tâtonnements, un touchant poème en dialecte wallon, écrit par un poète de Nivelles, Georges Willame. Quand ? Le 5 avril 1896, dit le Pr Jean Guillaume, dans l'édition critique qu'il en a faite en 1960, pour la Société de Langue et de Littérature wallonnes, en suivant les normes de « l'orthographe Feller ».  Ces détails, que je sais ici sans intérêt, je ne les note que parce que je fais réflexion, en rédigeant ce blog improbable, que rien n'a jamais d'importance, hormis celle qu'on veut lui donner. Les faits les plus matériels n'existent que si « je » les fais exister. Ce n'est pas que je les plie à ma fantaisie : c'est que je les « é-voque » du non-espace communicationnel où ils sont couchés. Pourquoi donc ai-je envie d'évoquer ce poème ?

 3.mots wallons

Parce qu'il suscite, avec des mots qui vous sont étrangers, en même temps que très frustes, familiers, très anciens, venus de si loin qu'on les a oubliés si on les a jamais sus, un monde mort. Celui où le fils succédait à son père. Où l'entreprise du père, le « pas de porte » du commerçant, l'atelier de l'artisan était un bien qu'il transmettait. Le père souhaitait qu'il reste dans la famille, le fils voyait là son avenir étalé, pensant seulement tout bas qu'il l'agrandirait. Immobilité du monde d'autrefois. Image de l'immobilité de l'Eglise. C'était une illusion, bien entendu. C'est l'innovation qui est la norme vitale, ce qu'on nomme en économie d'un autre mot, la croissance. La Wallonie décrite ici n'existe plus... èyèt 'ne lâme  tchét doûceminbt d' sès-îs.

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16/10/2008

Pas assez ou trop, films.

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   Deux films intéressants, ce mercredi, sortent à Bruxelles. Non, s'agit pas de Coluche, qui passera, tant mieux (et malgré lui, selon de Caunes), du rôle de Mitterrand à celui de l'abbé Pierre, - d'une candidature bouffonne aux présidentielles à la création magnifique des restos du coeur . Une question majeure me semble posée par Agnès Jaoui, réalisatrice de « Parlez-moi de la Pluie », tout en nuances, et, d'autre part, ailleurs et d'autre façon, par Tom Kalin, réalisateur de « Savage grace », sur le mode tragique. C'est le rapport de chacun à sa mère.

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   Etre assez aimé ! Chez Joaoui, en France, il y a deux sœurs. L'une, Agathe,  est éclatante, forte, féministe à la façon moderne, qui n'est plus hostile à l'homme mais veut que le féminin cesse partout d'être banni ou méprisé, même à l'intérieur du mâle. Et qui fait de la politique. L'autre, Florence, est gentille et terne ; amère aussi : c'est la victime consentante. La différence entre les soeurs vient-elle de l'amour surabondant que leur mère a déversé sur l'une, et dont l'autre n'a reçu qu'un reste ?  

 J. Moore et E. Redmayne. (SavageG de Kalin)

   Etre trop aimé ! Chez l'américain Kalin, la très belle et charismatique Barbara, qui a épousé le roi de la bakélite, s'éloigne peu à peu de son mari pour reporter sur son fils un amour envahissant...  L'histoire est vraie, le fait divers, dûment rapporté dans la presse des années 70, fait l'objet d'un livre collectant les témoignages. Vraie, dis-je, jusqu'à l'inceste. Et après l'inceste, l'horreur qui le suit comme son ombre : le fils assassine la mère.

 ...Pourquoi je raconte ça ? Parce que, vivant à l'écart, je vois mieux qu'autrefois la difficulté de la vie « ordinaire ». Que de défis méconnus y sont relevés ! Former un couple assez harmonieux, pas trop fusionnel. Gagner assez d'argent pour vivre en joie, pas trop pour rester libre et soi. Etre un homme ou une femme juste, même cela n'est pas donné d'avance :  il faut l'être assez pour respecter la Loi, pas trop, pas toujours, pas partout pour être capable des transgressions exceptionnelles salvatrices. Il n'y a pas que Jésus sur la croix. Bien des croix sont invisibles.

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14/09/2008

Sens de la vie

   Je n'aime pas les propos lus ce samedi chez une amie que j'admire, à qui je ne veux que du bien, et qui a la rare sagesse d'apprécier les désaccords momentanés autant que les bravos enthousiastes. Je la prie de ne pas s'offenser. Mais plusieurs choses ont passé mal en moi.

 

dépression1. Pourquoi la médecine soigne-t-elle davantage le psychisme ? se demande-t-elle sommairement. - Mais parce que la civilisation progresse : on ne veut plus de la souffrance, ou le moins possible, cette souffrance dont Pie XII disait déjà qu'on pouvait la calmer,  quitte à hâter la mort. Elle est toujours un mal : Jésus lui-même a voulu la soulager chez autrui, par tous les moyens dont il disposait. Quand on croyait n'y rien pouvoir, on la supportait en silence et en y pensant le moins possible, mais elle restait là. « On expiait ainsi ses péchés », disaient les vieux prêtres. On a mieux compris aujourd'hui les mérites thérapeutiques de la communication, quelle qu'elle soit. Massage, yoga, bavardage - blogs ! Tant mieux.

 

397814Euros-Billets-1-22. Services payés, et même selon le mot méprisant que j'ai lu, « commandes tarifées » : d'où vient la répugnance ? Tout le monde doit vivre, c'est la condition humaine. Le travail rémunéré a ceci de bien qu'il oblige par contrat, alors que le bénévolat engage moins, parce que soumis à des obligations  « majeures ». Le travail libère aussi de soucis fondamentaux, comme la subsistance. Ce paiement rend enfin moins lourd le devoir de reconnaissance, toujours implicite. L'infirmière ou le prof que nous sommes ou avons  été étaient payés : mensuellement, ce qui est plus élégant, mais dûment payés, ne l'oublions pas. Cela n'empêchait personne d'être disponibles, au contraire. Les prêtres, enfin, sont aussi payés par l'Etat, et en surplus par leurs messes (malgré le risque de simonie), par leurs services, par les collectes. Pas d'angélisme, ça ne fait de bien à personne.

 

catechese13. Le « sens » qu'offrirait la religion... Qu'il « manque cruellement » aux agnostiques est aujourd'hui le refrain des magazines pieux et des prêcheurs en mal d'inspiration. A Lourdes encore, dans le sermon d'entrée, j'entends : « Dans ce monde en mal de sens... » Mais c'est parfaitement creux. Et faux. N'importe quel incroyant a un sens à sa vie, qui est le bonheur. Le bonheur partagé quand on a tout naturellement des enfants et des amis. Cela suffit. Je ne vois pas en quoi une autre réponse serait plus sens...ée. Rappel. Le catéchisme de Namur appris dès mon enfance était rédigé en questions-réponses, ramassées en  chapitres. Voici la première : « Q. Pourquoi êtes-vous mis au monde ? Rép. Pour connaître, aimer et servir Dieu, et ainsi parvenir en paradis. » Voilà un sens, une perspective qui n'était guère exaltante...  Vallée de larmes, l'entre-deux ?  Allons donc.

 

PS. Parcourez le discours de Joseph-Benoit au Collège des Bernardins à Paris. C'est intéressant. J'en reparlerai.

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07/09/2008

Johan et l'acier, Catherine et la pierre.

(1) Eternelle passion de Baudart, de loin

  Le square Steurs à Saint-Josse ten Noode ouvre directement sur l'avenue Deschanel à Schaerbeek. Ce square, qui fut glorieux dans les années 30 et devint, dans les années 80, le quartier général des dealers, drogués et mauvais garçons, le soir, et, le jour, l'endroit favori où placer les déchets clandestins, a fait l'objet un jour de grâce (en 1988) d'une rénovation si totale qu'il s'est agi d'une création. A surgi un parc (2) Eternelle passion de Baudart, de prèsaimable et tranquille, de dimensions restreintes, avec une pièce d'eau, une dizaine de bancs dispersés sur deux plans que réunit un bel escalier de pierre bleue - avec aussi, il faut ce qu'il faut! érection de grilles protectrices en fer forgé, présence permanente de deux « gardiens » en uniforme vert, fermeture le soir à 18 heures. Les mères promenant leur bébé dans une poussette, les personnes âgées, les
(3) Masculin & Femme au collier, de Piret, rédamateurs de lecture au jardin, fréquentent l'endroit avec assiduité. Chaque été, en plus, une exposition. Cette année, deux artistes belges y présentent de magnifiques sculptures modernes. « Abstraites » ? Pas tant que ça : moi qui n'aime pas l'obligation d'être intelligent pour faire « parler » une œuvre, je suis séduit. Acier roux pour
Johan Bodart, un artiste tournaisien installé à Mons ; pierre et métal pour (4) Etreinte, de BaudartCatherine Piret, de Braine-l'Alleud. Tous deux ont la quarantaine  en son mitan. J'apprécie leur beau regard  d'aujourd'hui sur l'amour.

 

Je vous offre ici quelques vues que j'ai prises, il y a huit jours, quand le temps était magnifique. Douze  vues, (5) Genèse, de dos, de Piret(6) Genèse de C. Piret, en face, reddisons, à divers moments de la journée. Le régime de blog dit « avancé » qui m'est familier n'accepte que des images n'ayant que 250 kilos maximum. J'espère que la taille de mes clichés n'en détruira pas le pouvoir d'évocation.

(7) Autour de l'amour, au loin, de Baudart, réd.(8) Autour de l'amour de Baudart, de face, réd 

Baudart ouvre les grilles avec un portail de majesté, Eternelle passion, dont on a eu deux vues. De loin (1),  de près (2). Créés par Piret,  il y a eu Masculin & Femme au collier (3), sur la même vue. Si vous êtes perplexe, c'est normal... Puis de Baudart, la perspective Etreinte (4) avec, à l'arrière-plan  Racine et au loin Eternelle passion.

(9) Baudart face à Charlier, 2000 contre 1900 

Puis Piret,  Genèse, sous deux angles, de dos (5) puis de face (6). Bouleversant comme un ventre de femme enceinte. [Non, ce n'est pas ici à droite, mais plus haut : 5e et 6e photos]...

 

Baudart : Autour de l'amour, vu de loin à travers les branches (7) , puis vu de face (8), puis en vis-à-vis   d'une sculpture classique de 1901, « Les Carriers », de Guillaume Charlier (9). La simplicité même.

 

(10) Entrelas de Baudart, inauguration(11) Entrelas de Baudart   Deux photos encore d'un Entrelas de Baudart dont la sensualité vous sera perceptible si vous faites place au géomètre en vous (10) et (11). Et une douzième photo pour dire mon plaisir à avoir reçu hier chez moi, en famille,  AC., une amie très chère, que les circonstances (12) AC,P,B 080906avait un peu éloignée, et chez qui j'ai apprécié - plus que jamais - l'étonnant mélange de lucidité, de bienveillance et de générosité.

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31/08/2008

De Valjean à Myriel, de Brian à Justin

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     Queer as folk est un feuilleton américain de l'an 2000, diffusé en France et en Belgique à partir du 26 septembre 2002. Il a occupé cinq « saisons », respectivement de 22, 20, 14, 14 et 13 épisodes, sur cinq années. Pourquoi j'en parle ? Et la veille du jour où j'ai dit reprendre mon blog ? Parce qu'un site a été créé sur la Toile rassemblant les « fans » de la série. L'opérateur est un certain Sandy, que je ne connais pas plus que ça, mais que j'admire pour son obstination à faire vivre ce site et son habileté à résumer une intrigue ou une situation. Son ton fraternel me touche : il ne joue pas au chef. Or ce site (Qaf) se ferme ce soir, à 24 heures, après quatre heures continues de « tchat ». J' y ai régulièrement participé, sous un pseudonyme que je ne vous donnerai pas, et je compte ce soir y être encore présent. Vous me reconnaîtriez aisément à mon style et peut-être à la nature de mes réflexions, mais c'est pas sûr ; et qu'importe !

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  J'ai aimé cette série. Le 7 août 2007, Gaël, dont je regrette - et comprends - le renoncement temporaire au travail de la blogosphère, faisait à son carnet la confidence suivante. « Hier soir, j'ai regardé un épisode de la cinquième saison de la version américaine de Queer as Folk. Plusieurs choses me déplaisent dans cette série, à commencer par des clichés dans lesquels je ne me retrouve absolument pas. Mais je la regarde quand même parfois, notamment... » A l'époque, cela m'avait intrigué. Non pas choqué : la série, qui est publicitaire en diable et joliment (ou terriblement ?) provocatrice, véhicule en effet tous les clichés de la société homo, où, évidemment, je ne me reconnais pas plus que Gaël - et pas seulement l'Ephrem d'aujourd‘hui. N'empêche que ces clichés, quorum modo,  disent vrai - comme la gay pride dit vrai. Elle caricature, mais elle exprime. Sur l'histoire, je doute qu'il faille m'étendre beaucoup pour les lecteurs homos : ils doivent quasi tous savoir de quoi il retourne. Comme Gaël, « ils regardent quand même... » Mais mes lecteurs hétéros, eux, sont aussi certainement dans l'ignorance : la série, qui eut du succès en télé, éditée aujourd'hui sur DVD, peine à trouver ses acheteurs. C'est qu'en effet, il n'y en a ici que pour les gays. Il ne s'agit jamais que d'eux. Les autres n'existent pas, à part leur mère, leurs parents, leurs patrons, qui ne jurent que par eux ; et quand des hétéros se rencontrent dans l'affaire, c'est toujours d'affreux homophobes. Evidemment c'est artificiel. Mais voir des personnages démesurément allongés comme le Gréco, ou ne prêter intérêt qu'aux danseuses comme Degas, c‘est aussi artificiel. La vraie question est de comprendre NOTRE intérêt pour cette fiction, à nous, gays, dressés à vivre et juger dans un univers « normal ». - « Eh ! bien, intérêt des ghettos, direz-vous ; intérêt des communautarismes. » Minute.

 

  Les Misérables, c'est l'histoire d'un bagnard, Valjean, qui finit par rejoindre moralement l'évêque des pauvres, Myriel.  Queer as folk, c'est l'histoire d'un jeune gay, Justin, amoureux romantique, qui finit par dépasser moralement son amoureux cavaleur frénétique, Brian. Avec son romantisme, mais en s'acclimatant. Du monde publicitaire où les records sont rois, mais où l'échec est inévitable, Justin accède au monde de l'art où la rigueur est reine. Sans rupture. Evolution, progrès, à travers les épreuves... - Voilà qui « nous » dit quelque chose, et qui explique que la série (dont la vie télévisuelle est terminée depuis deux ans), a pu rythmer de façon hebdomadaire l'imaginaire de pas mal de « gays ». Ultime précision : je n'entends pas par ce mot ce que le Vatican nomme les « personnes homosexuelles », faisant en sorte - admirez sa bienveillance - que la chose odieuse ne soit qu'un adjectif (dis)qualifiant. J'entends les hommes et les femmes de tout âge lorsqu'ils sont sûrs d‘être sensuellement orientés vers leur propre sexe, et, quand ils le peuvent, parce qu'ils vivent dans une société occidentale, sont déterminés à vivre bien.

Bien. Dans la paix de l'âme et l'harmonie des sens.

19:08 Écrit par Ephrem dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |