13/10/2013

D'où vient ce bonheur ?

solitude imagesCAG8PA90.jpgDans le silence public où mon coeur, nourri aux vieux paquets de lettres grises et aux  enregistrements toujours bruns, me ressuscite les ferveurs et les chagrins qui ont accompagné mon parcours existentiel, je médite sur le sens final de ce type d’existence que Dieu m’a donné. Je le fais solitairement. A part mon neveu Pierre, devenu tout à la fois mon fils, mon confident, et mon… majordome (!),  il se fait que mes proches ne le sont plus guère. Leur affection demeure ce qu’elle fut, je le sais, tendre, j’en ai quelquefois de beaux signes, mais leur vie les emmène logiquement dans un univers plus entrepreneurial que le mien, et je ne vois pas pourquoi je m’y opposerais.  

 

  PONTimagesCA5F6TIG.jpg          Aux prises, donc, avec ma vie dans son cours long et sinueux, j‘en isole volontiers les composantes : 1. l’eau de ce courant, d’abord, l’hérédité de ce petit garçon né avant-guerre dans une famille paysanne traditionnelle, pieuse et laborieuse. A qui on a donné le prénom de l’ancêtre : fermier né en 1857 et se faisant instituteur privé en 1880, dans la première guerre  scolaire, quand l’enseignement primaire officiel exclut d’enseigner la religion. Et moi, qu’ai-je fait d’autre qu’enseigner la religion ? 2. Je distingue aussi l’influence de mes proches, parents ou étrangers, qui m’ont « fait comme eux » magnifiquement  lorsqu’ils m’aimaient, - et comme eux aussi, mais douloureusement, quand ils ne m’aimaient pas, comme au collège des Franciscains où je me sentais malmené, décalé, vers ma treizième année. 3. Je n’oublie pas, vibrant dans tout cela, l’exercice de ma liberté, vécu comme un jeu et une chance – alors que c’est un devoir.  

 

solitude 2imagesCA9C8XT9.jpg             Depuis le début de cette année 2013, monte de ce voyage analytique en moi-même une exaltation mystérieuse, un bonheur profond dont je ne comprends pas encore toutes les causes. Mais j’en goûte l’intensité, l’imprévu, la stabilité. C’est étrange. J’approche de ma 80e année, je vais mourir, mes sens m’abandonnent ; je deviens sourd, je vois mal, je maigris, j’oublie tout. La marche à pied, oui, ça va toujours, mais jusqu’où, et jusqu’à quand ? D’un mois à l’autre, mes capacités baissent. Ce bonheur, dès lors, d’où peut-il sortir ?

 

oiseau soluier imagesCA42K4V3.jpg            Il vient de ma foi, il ne peut venir que d’elle. De l’espèce de lien puissant, constant, résistant, exaltant, qui s’est établi dans mon esprit entre l’image que j’ai de moi et celle qu’on m’a donnée (implantée, insérée, inoculée) concernant Jésus-Christ, fils unique de Dieu, qui m’aime à en mourir, moi, et tous les hommes mes frères. Cet Homme-Dieu, je ne l’ai jamais vu (hm!) ; j’en ai pourtant senti l’influence, la présence, la bienveillance tout au long de ma vie. Et maintenant, il va se montrer, j’y pense sans cesse, le moment approche où je le verrai. Qui ? Cela. Lui.  « Je laverai ma face au lac de ton visage / Quand tu viendras, mon  christ, au soir de mon destin. »  Déjà en 1966… Début d’un poème de JEUNESSE.

 

    pape françois 2 imagesCAYSF2RG.jpg        Je m’interroge vraiment sur le tranquille bonheur dont me voilà baigné et lavé. Je devrais encore mentionner des faits extérieurs inespérés, qui m'enchantent, comme l’arrivée d’un pape providentiel, et une fierté nouvelle pour les chrétiens humiliés par les affaires de mœurs un peu partout ou d’argent sale au Vatican. « Un grand prophète est paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple » 

 

P. S.  Certes, ce bonheur personnel dont je parle disparaitrait si la souffrance physique venait envahir ma conscience, et qu’il n’y ait pas d’antalgiques adaptés. Il serait aussi menacé par une psychopathie. J’en mesure donc, j’en dis la volatilité possible. Reste qu’au moment où j’écris ceci, il me berce. Jésus est tellement là que j'en deviens bavard. Même la nuit, si je ne dors pas, je l'interpelle... C'est simple.

10/01/2012

Je ne connais pas cet homme

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            Vous savez que j’ai, depuis quelques mois, grand mal à vous écrire, à concentrer mes idées, à trouver les mots qui se dérobent. A Noël, j’ai eu recours à Mauriac comme « nègre » magnifique pour vous dire mon bonheur de croire, en ces jours sombres où, comme dirait Bossuet, « je me meurs ».  Aujourd’hui, qui appellerai-je pour vous dire un autre bonheur, celui d’avoir vécu, aimé, joui de la Création et joué avec les Créatures, exposées comme moi  aux rigueurs des gendarmes ? Celui qui règne au Vatican ne peut décidément rien pour moi. Il me respecte, dit-il, mais il explique à cent diplomates que nous avons « menacé la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité », rien moins, mes frères et sœurs homos unis devant la loi civile, et moi avec eux en unissant devant Dieu mon sort à feu mon Bruno. Je laisse le potentat romain patauger dans le délire où, comme jadis, « il jure et rejure de ne pas connaître cet Homme », celui que nous sommes, qu’il le veuille ou non. Et je vous confie plutôt à une certaine Pascale Robert-Diard, l’auteur d'une histoire délicieuse lue ce jour dans mon quotidien,  le Monde. Son titre :  Deux petites culottes au fil de la procédure.  Je  reproduis le texte sans autre autorisation que le plaisir qu'il m'a donné Et vous donnera. En le lisant, on se sent dans l'esprit de Jésus, lucide et patient, tel qu'il est décrit au chapitre 8 de saint Jean.  

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« Nous, soussigné gendarme X, agent de police judiciaire, sous le contrôle de l'adjudant Y, vu les articles 20, 21-1 et 75 à 78 du code de procédure pénale, rapportons les opérations suivantes : le 16 octobre, Mme T se présente à notre unité et manifeste le désir de déposer plainte contre X pour vol de linge. Nous enregistrons sa plainte. » Suivent dix pages de procédure, soigneusement cotées et paraphées. Elles commencent par la déposition de la plaignante : " J'avais étendu mon linge sur le fil à 11 heures, samedi. Je me suis absentée l'après-midi et, à mon retour, j'ai remarqué l'absence de deux culottes. - Pouvez-nous nous décrire les vêtements qu'il vous manque ? - Il s'agit d'une culotte blanche de taille 36 et une autre de couleur beige de taille 38. Je pense que mon voisin, M. Z, peut être l'auteur de ce vol, mais sans certitude. "

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Dans une petite ville d'Aquitaine, le gendarme X flanqué du maréchal des logis-chef Y vont le lendemain au domicile du voisin, pour lui annoncer sa convocation à la gendarmerie. Un mois passe. M. Z se présente à la date prévue. Il est retraité, un peu dépressif, et reconnaît tout de suite qu'il est l'auteur du vol. " Pourquoi avez-vous pris les deux culottes alors qu'il y avait d'autre linge ?- Qu'en avez-vous fait ?- Je suis rentré chez moi et je les ai mises dans le sac-poubelle.- En avez-vous parlé à votre épouse ?- Non, elle l'a appris quand vous êtes venus, elle l'a raconté à ma fille, qui m'a engueulé.- Pourquoi êtes-vous en mauvais termes avec vos voisins ?- Il fait du bruit le week-end avec sa tronçonneuse et le burin sur la ferraille. " Le gendarme X informe le procureur de la République. Celui-ci demande au voisin de dédommager sa voisine, en échange de quoi il prononcera contre lui un simple rappel à la loi.

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En décembre, la procédure s'épaissit. "Nous, gendarme X, sous le contrôle de l'adjudant-chef Y, poursuivant l'enquête en cours, joignons à la procédure l'attestation du dédommagement que nous remet Mme T, accompagnée du ticket de caisse d'un montant de 33,40 euros. Elle reconnaît avoir reçu un chèque correspondant de la part de M. Z. "  Le ticket de caisse de l'achat d'un "boxer Capucine" et d'un "shorty Joséphine" dans un hypermarché est enregistré dans le dossier.

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M. Z est convoqué une nouvelle fois. Le procès-verbal de " notification de rappel à la loi " est dressé. Le gendarme X reprend la plume : " Ce jour comparaît devant nous M. Z, auquel il est reproché d'avoir, sur le territoire national, frauduleusement soustrait une culotte blanche taille 36 et une autre culotte taille 38 sur un fil à linge au préjudice de Mme T. L'informons que, s'il était poursuivi devant le tribunal correctionnel, les peines maximales encourues pour les faits cités sont de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Invitons le comparant à ne pas renouveler l'infraction. La personne affirmant ne pas savoir lire, lecture lui est faite. "  Mme T décide de maintenir sa plainte. Le procureur est à nouveau saisi. Décide de classer sans suite. Fin de la procédure.

Ce qui m’émeut et m‘émerveille dans ce récit, c’est ce qui n’y est pas dit, et que tous nous avons compris. La Vie qui s'en va, le Désir qui reste, et le mystère de la Sexualité, pareil à celui de la Trinité. 

 

 

 

02/08/2011

François et Ignace

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Je passe mes vacances à m’instruire sur les deux hommes dont l’image, sinon l’exemple, a le plus compté dans mon developpement religieux: François d’Assise et Ignace de Loyola. Le premier est mort en 1226 ; le second en 1556. Le premier est un poète, un aventurier, populaire, actif, jovial, - très généreux.  Son milieu est marchand. Le second est un soldat, un chevalier, raisonneur, homme de l’ordre, sévère - très généreux. Son milieu est, et restera, élitaire. Tous deux sont maximalistes : une fois amoureux, rien ne leur fut difficile. Mais l’amour ne fut pas tout de suite au rendez-vous de leur jeunesse, d’abord soumise aux idoles de cet âge. Ce qu'ils nommeront la « vaine gloire ». Il faut que Dieu lui-même vienne les appeler. Ce qu‘il fait. A Spolète pour François ; à Manrèse pour Ignace.  Tandis que tous deux sont malades et souffrent, il faut le dire. Dieu vient rarement par beau temps.

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C’est ce qu’ils étaient avant (et juste après) d’être saisis par Dieu qui m’intéresse. Qui m'intriguait hier et aujourd'hui me passionne. Ce qui se passe quand il a 25 ans pour François, quand il a 30 ans pour Ignace. Cette espèce d’autre baptême. Ce qu’ils sont alors, faut pas croire, ils le resteront à travers la grande œuvre qu’ils réaliseront. Nos défauts et qualités ne se modifient guère avec l’irruption du Seigneur. Ce qui sera transformé en eux sera le dialogue incessant avec leur Dieu, le vrai Dieu, Celui qui ne déçoit pas. Il fera connaître à François la « joie parfaite » qui est celle du dénuement ; et à Ignace, parmi d'autres grâces, la douceur des larmes qui accompagnent l’oraison quand elle déchire notre suffisance et ouvre sur le monde entier.

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Cela n’empêche pas l’âme innocente, que je dois pour partie à la vieillesse,  de relire la série des Chroniques de San Francisco, a quoi Maupin, qu’il en soit loué ! vient de donner un huitième tome : Mary Ann en automne… 

17:49 Écrit par Ephrem dans Actualité, Foi, Litterature, Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/07/2011

Anniversaire

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C’est donc la dernière année où j’ai le droit de lire Tintin. Merci, mon beau-neveu de Liège, tout près désormais d’être bruxellois, de m’en féliciter. Merci, Anne-Cath, ma douce. Mais que m’importent  les années qui m’emportent  ? Il y a longtemps que je préfère, aux aventures d’un reporter magnifique, cynophile et astucieux, les  passions humaines et les récits qu’en fabriquent les ingénus, les purs, les pédés, les marginaux et les poètes. – Merci à ceux qui, ce jour, ont pensé à moi. A la messe (en néerlandais) au Finistère où je suis allé à midi, avec Pierre , ils étaient tous avec nous..   

 

22:03 Écrit par Ephrem dans Actualité, Amour, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

30/06/2011

Aventures de l'âme

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Beaucoup de blogueurs chôment ou raréfient leur activité créatrice, en cet été d’anomalie — politique, écologique, ecclésiologique — où le temps chaud complique ses charmes alanguis par la violence  d’intermèdes diluviens. Et moi ? Comme tout le monde : je n’ai pas grande énergie pour vous entretenir de l’actualité, ni même, comme j’en ai l’habitude, vous raconter les aventures de mon âme, ces plaisirs spirituels que l’âge, loin d’empêcher, favorise. Pas beaucoup d’énergie, pas grande envie non plus. Lorsque les lecteurs sont en vacances, les rédacteurs n’ont plus d’inspiration. - Il arrive qu’on parle seul, qu’on chante, qu’on pleure seul. Mais écrire ? On écrit à quelqu’un.

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Qu’ajouter ? Un mot. Un simple substantif que je vous offre comme un parfum, un sourire, une allusion. Pour  vous, en ce moment . Je viens de le lire, banal et bouleversant, dans « Ce grand soleil qui ne meurt pas », de Bernard Sichère. Ce qui accompagne celui qui cherche l’absolu, dit-il, c’est « cette chose étrange et profonde, ignorée depuis toujours de ceux qui ont le pouvoir, et qui s’appelle la fraternité. »

 

 

 

23:20 Écrit par Ephrem dans Actualité, Général, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

22/03/2011

J'en veux à Dieu...

ofrtp-japon-seisme-nucleaire-top-20110312_large___.jpgL’instabilité du monde est troublante. Après Haïti, dont les malheurs géologiques ont paru presque fatals, parce qu’en accord avec la misère du pays et (injustement) avec la jovialité de la population primesautière, voici qu’est frappé le Japon, ce laboratoire industrieux et industriel dont le mode de vie est une liturgie, dans des villes fonctionnant comme des temples. Ici l’homme ne s’est pas laissé vivre au soleil, il s’est mobilisé pour obtenir de la nature physico-chimique la servilité qu’il était en droit de réclamer – selon la Genèse (2, 28). Mais l'esclave Nature vient de manifester son insoumission en inondant par vagues immenses des kilomètres carrés de terre, puis en démantibulant les trois fortins censés garder le trésor vivant de l’Energie. Qu’est-ce qui se passe ? Dieu, dont les psaumes de David et le livre de Job, en guise de réponse à la plainte des Justes éprouvés,répètent la toute-puissance de Créateur et de Sauveur, « cela ne te fait donc rien que nous périssions ? » (Mc, 4, 38).

 

Kadhafi 2 imagesCAOODCZ8.jpgEn Lybie, nous jouons les sauveurs, les vengeurs, - après avoir tellement tardé que le péril s’est complexifié, renforcé. Ici ce n’est plus la matière qui est en rébellion, c’est l’esprit. Kadhafi Père a adressé au monde le défi de menaces aussi immorales qu’ outrancières ; et son fils Saïf al-Islam, le déni méprisant de la réalité : « Non, il ne se passe rien en Lybie », puis : « C’est pas nous, c’est al-Qaeda ». Ces jours-ci, le régime a proclamé un cessez-le-feu, pour mieux le transgresser deux heures après. Perversion. Qui n’empêche pas le danger. Tripoli est en train de retrouver l’image de la faible proie convoitée par les puissances pour des raisons cachées. Le pétrole. Et sur les rebelles, le discours majoritaire en Occident redevient condescendant : ils ne sont plus le Peuple, ils sont… eh bien des rebelles, justement. Ce qui est exact. Quoi qu'il veuille, notre illégitime gouvernement a déclaré la guerre. D’où l’étrangeté du trouble où nous vivons. Autant le Japon inquiète mais rassemble les hommes de bonne volonté, autant la Lybie les disperse sans les inquiéter vraiment.

 

1489877754.jpgCe blog n’est pas politique, et je ne vais pas vous infliger mes prévisions pour l’avenir. Ce que j’ai à dire, c’est ma consternation morale, « existentielle ». Franchement, j’en veux… comment continuer ? Oui, j’en veux à Dieu de son éloignement. Comment celui que nous nommons avec Jésus 'Notre Père' tient-il ainsi en défaut ce qui est dit de lui par Lui ? Il ne lève pas pour nous sa main puissante, Lui qui a censément créé le monde. Il laisse les menteurs répandre l’imposture, et les injustes la terreur, lui qui a censément arrêté Pharaon - et pour qui, selon Jésus, importe le moindre cheveu de notre tête…

 

photo-cameron-diaz-chauve.jpgNous n’en demandons pas tant : ces cheveux, la plupart des mâles te les abandonnent d’avance, ô Père. Il s’agit de notre vie actuelle, du royaume terrestre, où nous souhaitons aussi que ta volonté soit faite, et où, après la venue de ton fils, tu te crois dispensé d’agir encoreJe ne suis pas fier de ces mini-blasphèmes que je murmure ici comme un sot – comme Eliphas, Baldad et Sophar, les amis de Job. Aide-moi donc à transformer ces griefs en prière, Seigneur mon Père, Toi que la fatigue de mon sang et l’anarchie de mon cœur ne me permettent plus d’imaginer dans l’ombre, quand vient la Nuit, et que je ne dors pas… Ce n’est pas pour moi que je prie, j’ai eu ma part d’amour et de gloire en ce monde (la gloire, concept ridicule en milieu incroyant, mais qui sature toute la liturgie qui la rapporte inlassablement à Dieu : faut parfois se demander ce que ça veut dire*). Je te prie pour la jeunesse qui voit son avenir compromis. Aujourd’hui, vas-tu laisser toute vie terrestre contaminée par la radio-activité ? Rappelle-toi qu’à Noé, tu as promis de ne plus jamais exterminer notre race. Vas-tu laisser la sauvagerie, le mensonge et la cruauté raffermir leur trône dément au sein des nations ? Rappelle-toi comment tu as, selon Daniel, « compté, pesé, divisé »  le dernier roi de Babylone, Balthazar. Parce qu’il n’y a qu’un seul Roi possible : le roi des Juifs, Jésus de Nazareth…

 

·         Réponse d’Irénée, au IIe siècle : La gloire de Dieu, c’est la vie de l’homme… Gloria Dei homo vivens (Adv. haer. IV, 20, 1-7)

 

·         Les journaux francophones n’en ont pas dit un mot ; les néerlandophones, concernés – il s’agit d’un des leurs – ont parlé de lui avec bienveillance, sans inutile pudeur. Le curé-doyen d’une ville flamande s’est jeté dans la Lys un dimanche, à la mi-février. Sans que personne ait été là pour le dissuader. Pour partager, donc enrayer son désespoir. Le corps a été retrouvé un mois plus tard ; et enterré samedi dernier. Ce prêtre était une vocation tardive. Et aussi un homosexuel « pratiquant ». Aimé de ses paroissiens, mieux connu de ses frères selon la libido. A la fois gentil, coopératif, gai et gay, il trouvait plaisir, faute de mieux, dans l’humiliation imaginaire d’être ce qu’il était. Accueille-le, bon Maître, lui qui nulle part ne fut vraiment chez lui.  

 

·         Personalia. J’entre en clinique le 5 avril à midi pour être opéré le 6 à 8h30. Rappel : ablation de la fibrillation auriculaire par radio-fréquence. Ce n’est pas gagné d’avance (ni perdu :-), c'est seulement une aventure dont mon cœur n'est plus capable de se dispenser. Tois mois que je me traîne, ça suffit ! – « Et si on ne se voit plus… ? ». Pardon : si on ne se lit plus ? Sans dramatiser, sachez que j’emporte de vous qui m’avez accompagné dans mes rêveries scripturaires un souvenir vraiment fraternel. La paix soit avec vous, mes sœurs et frères lointains et chéris ; que la vie vous soit clémente, et la mort, un jour, plus douce encore que la vie. Amen.  

21:42 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

06/03/2011

Bonne nouvelle et histoire drôle

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C’est décidé, et la décision me revigore. En avril, l’équipe cardiologique des Cliniques Saint Luc prend  « mon cœur en mains ». Finis les entrechats et autres extrasystoles de cet animal indocile, finie la course au pouls le plus rapide, - ou le plus lent selon le cas. En quoi consistera l’opération, ça, je n’ai pas bien compris. On parle d’ablation, mais de quoi ? Et « d’isolation de veines pulmonaires », qui mêleraient indument leur mouvement, si je traduis bien, à celui qui seul est prévu. En ce mois de mars, objectivement, rien n’est donc changé dans mon état de santé ; l’arythmie cardiaque mène toujours son carnaval. Mais subjectivement, je vais bien ! Savoir que mon mal sera pris de front, ou à la racine, je ne sais comment dire, me ressuscite. Ça ira ou ça n’ira pas, on verra,  mais l’essentiel pour moi est qu’on  fasse quelque chose. Invivable, en comparaison, est la double malédiction de penser que son moteur est trop vieux pour que le garagiste renonce à l’entretenir, et de constater qu’il est pourtant assez réactif pour qu’on ne se résigne pas à être au lit toute la journée… Bon. Changeons de sujet, ou plutôt traitons l’affaire d’autre façon. J’ai pour vous une histoire drôle.

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Je la tiens du nouveau diacre de mon village natal, qui a épousé la sœur d’un ami d’enfance. Cet ancien journaliste de Télépro, hebdomadaire qu’il créa dans les années 60, vient de publier à compte d’auteur (je crois)  un roman à la fois bien-pensant et révolutionnaire, dont l’écriture est sans prétention mais la lecture jouissive. On y rêve comme fait un enfant. Référence : Jacques DESSAUCY, La fille du pape, Mémory Press, 2010. Pour vous procurer le roman ou atteindre l’auteur, taper ici :  contact@memory-press.be. L’expérience ecclésiale de ce Jacques, vivant sans amertume mais sans aveuglement son statut de sous-prêtre marié en milieu traditionnel, confère à ses réflexions et inventions un intérêt supplémentaire. Faut dire que son « supérieur », le curé de Tellin, est un Africain qui lui laisse peu de place, à ce que j’ai vu : à la messe, le diacre ne se voit confier que trois missions. Dire l’évangile (mais jamais l’homélie), donner au public le baiser de paix, et lui distribuer la communion. Rien d’autre. Pour ça, une ordination ? Hm. Le curé, par chance, est d’un bon niveau intellectuel, il pratique une exégèse judicieuse et évite les leçons de morale intempestives. Avec un timbre un peu chantant, il lit, sans hésiter ni improviser, un texte de deux pages qui satisfait ses paroissiens. Bref, « Jacques » n’a pas à se plaindre du peu de travail que lui donne l’« abbé  Freddy » - puisque ainsi s’appelle ce prêtre curé, dont le nom de famille semble à ce point imprononçable pour toute la paroisse que son prénom lui tient lieu de nom officiel. 

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Le roman conçu par Jacques Dessaucy est un prône d’une autre sorte. L’histoire se passe dans les années 2020. Le nouveau pape est un veuf, père d’une certaine Béatrice, une femme toujours célibataire malgré ses 36 ans. Regardez-les page 152, par exemple,  en Côte d’Ivoire, où le pontife « Jean-Pierre Premier » fait au clergé local une visite éclair et imprévue, en évitant les solennités que nous savons. Il n’est pas question de messe. Mais de repas.

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« Le repas se déroula dans une ambiance détendue. Le pape commença à raconter certains souvenirs amusants de ses voyages en Afrique. Les évêques enchaînaient sur un  ton badin . Silencieuse, Beatrice observait.  Ce comportement rejoignait un phénomène qu’elle avait maintes fois observé lorsqu’elle avait eu l’occasion d’accompagner son père dans des rencontres ecclésiastiques. Quand ceux-ci mangeaient ensemble, ils ne discutaient habituellement pas des affaires de l’Eglise mais de choses profanes. C’était souvent des souvenirs, mais aussi des blagues. - Connaissez-vous l’histoire de paul et de l’inondation, fit le pape ? - Non, répondirent plusieurs voix. -Il y avait une inondation dans la vallée où habitait Paul. L’eau envahit sa maison. Puis elle monta, monta tellement que Paul dut se réfugier sur son toit. Une barque passa et invita Paul à monter à son bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’eau monta encore, obligeant Paul à monter au faîte du toit. Un canot à moteur arriva et l'invita à monter à bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’inondation se fit encore plus forte. Paul, au faîte de son toit, avait de l'eau jusqu'à la ceinture. Un hélicoptère arriva et se positionna au-dessus de Paul. Une échelle de corde se déroula. Le sauveteur lui fit signe de grimper. «Non, cria Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. » L’eau monta à nouveau, tant et si bien que Paul fut noyé ...

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Au paradis
, il fut accueilli par saint Pierre.  - « Je voudrais déposer une plainte. »  - « Je vous  écoute, fit saint Pierre.»  - « J'avais totalement confiance en Dieu. J'avais la foi qu'Il allait intervenir et me sauver d'une inondation. Pourtant, je suis mort noyé. »  -  "Attendez, dit saint Pierre. Je vais voir.»  Il s'assit devant son ordinateur, tapota sur quelques touches puis déclara: - «Je ne comprends pas. On vous a envoyé une barque, un canot à moteur et un hélicoptère...»

 

Les évêques éclatèrent de dire. Béatrice reconnut bien là son père. Il aimait raconter des blagues mais celle-ci, plus qu'une blague, était une sorte de parabole.

10/12/2010

In paradisum

"Bruno crayon.jpgQuand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête.

 

La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes... Puis, tout à coup, elle se redressait d'un bond sur ses pattes. Hop! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là-haut, en bas, partout ...

 

C'est qu'elle n'avait peur de rien. Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au passage de poussière humide et d'écume. Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate  et se faisait sécher par le soleil...

 

Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette; c'était le soir ...

- Déjà! dit la petite chèvre; et elle s'arrêta fort étonnée.

 

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient ... C'était le loup."

 

Un conte de Daudet. Bruno, de 1954 à 1985, a vécu d’abord trente ans d’enthousiasme et d’amitiés fortes. En 85, il apprend que… Il assume. Il supporte l’insupportable, va jusqu’à suivre une formation permanente d’initiation à la mort !  Le 10 décembre 1990, il s’éteint.  Je n’aurai qu’un maigre mot pour rappeler combien les dents de la Bête l’ont déchiré avant de le tuer, pour dire que son visage comme celui de tous les sidéens d’alors reproduisaient le visage émacié du Crucifié. Ce qu’il m’a laissé, après son départ, c’est un domaine imaginaire « si beau que les ruines m’en ont suffi ». Et puis avec le temps, quelque chose a changé. J’ai atteint l’âge qui éteint toute passion, j’ai fait à nouveau un vœu privé de chasteté, comme, le temps venu, d’autres prennent avec liberté congé de la vie. Et voici que resplendit saintement en moi, comme une merveille lointaine, ce temps béni que nous a donné le Plaisir, avec ses jeux, sa souveraine innocence, son défi absolu de toute autorité qui ne soit pas l’Amour. La volupté n‘est triste que pour les coeurs froids, elle est la richesse des pauvres, le don des simples. Avec moi, tu n’as pas eu ton compte, mon biquet. Tu n’as eu qu’une demi-vie. Mais je sais maintenant qu’on peut attendre de  Dieu (avec son corps, sans son corps, je ne sais, disait Paul) qu’il te paie pour moi ma dette de bonheur. Le destin te doit une demi-vie. A très bientôt, frère qui me précède, baisers partout. Et toi bénis-moi de loin, sur mon front, ma bouche, mon coeur… Mon âme. Qu’est-ce qui nous attend encore en Dieu comme bonheurs infinis…  

 

 

04/10/2008

Un nouveau péché

hapkido ou la discipline de la rencontre

 

   Le goût du blog, pour un isolé qui a « le temps », c'est comme le nouveau péché découvert à l'adolescence. Quand on l'a éprouvé, vers douze-treize ans, on s'est d'abord effrayé. Je me souviens avoir cru, la première nuit, dans l'obscurité, que c'était du sang. Puis on s'y attache, on se familiarise, on y revient deux ou trois fois par semaine. Personne autour de moi ne parlait de ça, sinon quelques « mauvais compagnons » qu'il fallait «  fuir comme une orange gâtée ». - Pour ce qui est de la blogosphère, dont la volupté est à peine plus convenable (C'est fou, le nombre de gens qui me disent : Quoi ! tu perds ton temps à ça ?), c'est Marie T. qui m'a contaminé, et elle est tout sauf une mauvaise compagne. La lecture de « Vivance » m'a rendu plus sensible à une forme d'ouverture à autrui qui soit large, qui « sème à tous vents », sans « moisson » à prévoir et gérer. Qui oblige à la précision, aussi, sans détour poli du côté des  généralités inutiles. Qui se doit d'éviter le piège de la polémique, qui ne me plaisait déjà pas, mais que je croyais inévitable :  eh! bien non, on peut le déjouer. J'ai compris par et chez « Crocki » sans qu'elle en soit consciente, qui sait ! (ou peut-être si ?) comment faire voir une chose sans ôter toute pertinence à la vision  opposée. Se satisfaire de proposer une façon de voir, d'écrire, de vivre. Celle qu'on a choisie, et qu'on jette comme ça dans le débat public, en passant d'un thème à l'autre, sans se poser en oracle - sans oublier tout de même, c'est impossible, le professeur (ou l'infirmière ?) qu'on a été....

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  Ajouterai-je : ...Comment contester une institution sans déplaire à ses responsables ? Comment approuver certaines transgressions sans scandaliser les valets de cour et irriter les forces de l'ordre ? Non, je ne crois pas (encore) ça possible. Limites de la matière, du corps social, du droit. Il faut un moment choisir son camp. Identifier l'adversaire, qui ne doit pas être une personne, mais une règle, une habitude, une fonction. Identifier, sans déshonorer. Mettre en cause comme un garagiste qui dit : « c'est le carburateur... » - Ouf:  j'ai évité de justesse la comparaison « comme un médecin qui dit le poumon »... Merci, Toinette, mon bon  ange au pays des classiques.

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  Je m'avise que la fable à quoi j'ai fait allusion pour commencer ce billet est aujourd'hui oubliée. La voici, courte et féroce, telle que ma mémoire l'entend encore : « Un jeune enfant vit dans un tiroir / Au milieu d'oranges fort jolies / Une orange gâtée. / En revenant les voir / il les trouva toutes pourries / Moralité : / Jeunes amis, qui voulez rester bons / Fuyez, fuyez les mauvais compagnons ». 

18:49 Écrit par Ephrem dans Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

01/09/2008

Bienfaisantes vacances !

Pierre et Ben 1

Mes beaux neveux (avec et sans trait d'union) sont allés en Espagne fin juillet et début août. A Barcelone, principalement, où, membres du BGS, ils ont participé aux Eurogames, avec les goûts, les facultés et les muscles  de leur jeunesse. Après quoi ils sont restés seul à seul, en amoureux, comme il convient. Retraite absolue, fermée, ce qui est rare dans ce couple ouvert, chacun étant issu de cercles différents, et y restant attachés.  Retraite sensuelle, j'imagine, et combien voluptueuse dans la chaleur catalane ! Mais spirituelle aussi : c'est quand le farniente s'ajoute à la vie commune que s'instaure spontanément, chez les esprits profonds, un dialogue. Place à la Parole : mutuelle, elle est comme le Verbe de Dieu ; elle fait être. C'est alors que se reconnaissent, de plus en plus consciemment, les conditions exigeantes de l'amour durable, en même temps qu'on se voit les satisfaire avec une naturelle aisance. 

Hotel Romantic, grande entrée, Sitgès 

Ben devait rentrer à Liège vers la mi-août. J'ai convié Pierre à rester en Espagne pour m'assister de sa compagnie pendant les quelques jours où je voulais moi-même « prendre le soleil » : il m'a donc attendu et a rejoint mes quartiers d'été. Où ? J'imagine que vous devinez. Non à Barcelone, mais à Sitgès. Naturellement ! La délicieuse et gaie Sitgès, où je suis allé tant de fois avec Bruno. A mon âge, j'en ai évidemment ignoré les plaisirs nocturnes, mais l'Hôtel Romantique où je suis descendu avait de quoi épanouir ma bonne humeur. Non que ce lieu célèbre soit douillet ni même confortable. Luxueux, mais façon XIXe siècle. Magnificence du bâtiment, incommodité de l'habitat. M'abandonnant aux seules voluptés de la nostalgie, j'y ai relu les « Clefs du Royaume », de Cronin, roman dont mon enfance avait été marquée... Etrange : le livre date de 1944, et à travers le prêtre écossais qui en est le héros, toutes les questions que l'Eglise eut ensuite à résoudre se trouvent abordées. Et... résolues. Non comme firent les pontifes réels qui suivirent, mais comme Helder Camara, comme l'abbé Pierre, comme tous les prêtres que nous connaissons bienfaisants et fidèles, et qu'accompagne pourtant, visiblement, la méfiance de leur hiérarchie.

Je petit-déjeune en Espagne

 

Aujourd'hui, je vous retrouve, amis qui me lisez. Me voilà parti avec vous jusqu'au solstice d'hiver, quand le soleil ne nous éclairera plus que quelques heures paresseuses. Dans cet « Ephrem II » où je n'ai plus rien d'essentiel personnellement à confier, je peux divaguer davantage, digresser, errer ; mais je ne m'en prendrai jamais qu'aux soi-disant Maîtres, aux Propriétaires du savoir ou du salut ; et, comme d'un piano, j'espère jouer de la langue française, avec ses oxymores clair-obscur et ses subjonctifs raffinés. Tiens donc ! Où est la différence entre « j'apprécie que vous me lisez » et « j'apprécie que vous me lisiez », formes toutes deux possibles ?

16:49 Écrit par Ephrem dans Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

13/03/2008

"L'amour peut-il si loin pousser sa barbarie ?"

before-after   

  Il va de soi que l’image « d’après Vinci » ouvrant mon cyberjournal, hier, n’a rien de scandaleux pour moi. Ni en matière artistique, ni en matière évangélique. L’idée de remplacer, sur le tableau de Léonard, tous les apôtres et même Jésus par des femmes, j’ai trouvé cela, d’emblée, idéologiquement juste, voire apologétique. Il n’y a plus d’homme ni de femme, dans le Royaume, plus de juif ni de non- juif, plus d’esclave ni de maître. Certes, l’époque où Jésus a vécu était machiste, et nationaliste, et asservissante. Les usages ne se bravaient pas sans conséquences dramatiques – chez les petits, en tous cas ; et aucune femme n’enseignait : comment le Verbe incarné de Dieu et ceux qui auraient à le communiquer eussent-ils été de sexe féminin ? Mais si l’Incarnation de Dieu s’était produite vingt siècles plus tard, au temps où la libération des femmes engendrait toutes les autres, il est plutôt probable que le Christ aurait été une femme. 

 

andromaque_theatre_fiche_spectacle_une   Hier soir, le spectacle était drôlement original, attractif ! La nouvelle  salle du Wolubilis à Bruxelles était pleine à craquer. La dernière représentation, ce soir, est « sold out. » A propos de quoi, cette foule ? Imaginez : en vers réguliers, de monsieur Jean Racine,  Andromaque, tragédie, cinq actes, sur un immense plateau nu avec dix chaises. – Que je m’y sois trouvé n’étonnera pas : les auteurs du XVIIe siècle sont ceux qui m’ont le mieux nourri. Ayant eu la chance de les enseigner, j’ai été amené à les bien comprendre, à en assimiler les figures, les rythmes, les ruses. De m’approprier, finalement, leur façon d’être au monde,  courtoise, extérieurement docile, intérieurement rebelle. Mais la tragédie, qui suppose que tout soit joué dès le début, qu’il n’y ait pas d’espoir, « le sale espoir » comme dit si bien Anouilh (s’agit pas de l’espérance), elle n’est pas compatible avec le monde moderne, dont les articles de foi sont la croissance économique et le progrès social, - la sensibilité écologique n’ayant droit qu’à faire inutilement la morale. Donc, plus des place pour Racine et Andromaque. A aime B qui aime C qui aime un mort, c’est pas vraiment une histoire d’aujourd’hui. A moins que le metteur en scène, Declan Donnellan, ne soit génial…

 

andromaque620-2440   Eh bien, il l’est. Le spectacle est un ballet, où s’approchent, s’éloignent, se hument, se repoussent, se caressent, se battent physiquement, se chevauchent comme des fauves, quatre personnages avec chacun leur confident payé par eux pour qu’un peu de sagesse, de goût de vivre !!! les empêche de mourir tout des suite. Mais rien à faire, le genre veut ça ; aimer, ça n’est pas compatible selon Pyrrhus ou Oreste avec le devenir, le travail de séduction, la réflexion, l’évolution, l’expérience, la possibilité de perdre, le relatif partage - chez tant de gays, hélas ! je vois cette même conviction. Pourtant, la vérité tragique, c’est tu m’aimes ou je te tue ; je t‘obtiens parce que je te menace, ou que je te « paie » ! Le psycho-logisme traditionnellement attribué à Racine fait ici voir sa vanité. On discourt beaucoup, oui, on argumente, mais faux semblant que tout  ça : est-ce qu’on fait la morale à des fauves ? A des êtres qui n’entendent dans votre propos que sa tonalité ? C’est autre chose que le metteur en scène anglais démontre, Andromaque aime son fils par hasard , elle aurait pu comme à Nivelles…

 

   Rien n’est gratuit dans cette perception : les vers sont dits avec une intelligence du détail, qui exige une attention constante, mais fait tout, tout comprendre. De façon neuve. Et physique. Un feulement progressif dans la voix, chez les quatre « fous », leur fait à tous hausser le ton. On s’y fait, on en accepte l’aigu devenu pénible. La scène est immense, les personnages se parlent à quinze mètres l’un de l’autre, chacun à une extrémité, avec des parcours soudains en diagonales, des immobilisations, des tours complets de la piste carrée… – Sportifs de l’Amour dont le ballon serait en plomb.

18:26 Écrit par Ephrem dans Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

22/01/2008

Sans un baiser

jvttbhaut 

Stupéfaction : dimanche à la RTBF, un film d’aujourd’hui (enfin, de 2006), un premier film, un film d’amour, mais pas une seule « scène d’amour ». Je veux dire : pas les dix minutes obligées où les héros dénudés se caressent avec une sonorisation à inquiéter les voisins. Même pas non plus de propos directs qui imposent la nécessité d’une conclusion érotique. Pire : pas même un baiser, ni sur la bouche (avec la langue, disent avec précision les enfants), ni sur les lèvres. Ni sur les lèvres, vous  lisez bien. Ce que permettait pourtant – quoique de justesse – le terrible code Hays définissant la pudeur de 1930 à 1968, ce qui aboutissant à la scène obligée : long duo d’approche, finalement un contact des lèvres, et transition brutale : c’est le matin, on voit les héros dans le même lit, c’est donc fait.

      Et pourtant « JE VOUS TROUVE TRES BEAU » est un film à succès. Je lis un peu partout l’émerveillement des jeunes – mais j’observe aussi que personne parmi les critiques ne relève l’insolite infraction à la loi contemporaine de l’exhibition sexuelle. Le film a Michel Blanc dans le rôle principal, ce qui a priori est bizarre, avec un tel titre. Blanc joue le paysan français allant quérir une épouse en Roumanie, avec une agence. La cinéaste novice qui conçoit le film est Isabelle Mergault, qu’on ridiculisait ou qui se ridiculisait volontiers chez Ruquier, et qui, ici, est peut-être aussi ridicule. Mais magnifique.

 

   Car le croirez-vous ? C’est très, très émouvant. La roumaine est jeune, jolie, et… Non, les choses ne tournent pas comme on croit. Enfin, pas nécessairement. Mystérieuse, indéchiffrable fin. Un conte de fées pour temps modernes – sans prince charmant, sans belle-mère, et… sans un baiser !

14:44 Écrit par Ephrem dans Plaisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |