15/11/2011

Les grands mots élastiques

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Le mouvement autrichien « Wir sind Kirsche » (Nous sommes l’Eglise) rassemble, on le sait, plus de 340 prêtres, qui se disent fatigués. Après bien d’autres, ils ont constaté la vanité de l’effort de dialogue qu’ils entretenaient auprès de la Hiérarchie locale et romaine : il faut, imploraient-ils,  rencontrer vraiment les problèmes structurels posés dans l’Eglise par des habitudes ossifiées, se défaire d’un conservatisme aveugle aux nécessités du temps - des hommes et des femmes de notre temps qu’on est en train d’ « affamer » en les privant de ce à quoi ils ont droit-  les sacrements. Refus des hiérarques : rien ne changera. Le Mouvement des prêtres en appelle alors à une « désobéissance » constructive. Et récemment (dimanche?), ils franchissent un seuil. Dit-on. Je les cite d’après la presse : « ils ont invité les laïcs à dispenser la communion, ainsi qu’à prêcher et à présider la messe, faute d’un nombre suffisant de prêtres. » Ce à quoi leurs supérieurs réagissent ce lundi par la déclaration suivante, que je cite d’après Cathobel : « les évêques se déclarent inquiets des problèmes que rencontre leur Eglise. Ils écartent cependant la proposition des dissidents: L’appel à la désobéissance a non seulement fait secouer la tête à de nombreux catholiques, il a aussi déclenché l’inquiétude et la tristesse ». Et d’ajouter: « Qui prend ouvertement et volontairement la responsabilité de célébrer la messe blesse la communauté ainsi que lui-même et fait preuve d’une attitude dangereuse. »

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                Ce que j’en pense ? Je m’irrite qu’on joue ici de façon grossière sur des MOTS. C’est une des faiblesses de mon Eglise (pas seulement de la mienne, des Eglises en général) de jouer sur les mots, l’abstraction de la théologie et le message transcrit par l’Ecriture sainte y poussent assez. Mais voyez vous-mêmes : les évêques et les prêtres rebelles, c’est l’évidence, ne parlent pas de la même « chose ». Ceux-là condamnent une faute que ceux-ci ne proposent pas. 

 

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                1) Le mouvement invite les laïcs à assurer une prédication puis donner la communion, ce qui est admis et déjà normalisé ; et à le faire dans une « ADAP », çàd une assemble dominicale en absence de prêtres , assemblée que l’un d’eux « présidera », il faut bien que quelqu’un le fasse, présider c’est normalement donner la parole aux autres. A cela, ils donnent le nom de « messe », ce qui n’est pas juste. Pour le reste, rien ici qui soit prohibé. J’ai assisté déjà à des ADAP régulières vers 1990, en divers lieux belges et français.  

 

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                2) Semblablement, mais en sens inverse, les évêques renforcent le sens de cette présidence de fait en parlant à son sujet de « célébration », ce qui est spécifique à la sainte messe où le prêtre est à la place de Jésus. Sans le sacrement de l’ordre, il n’y a pas « transsubstantiation », en effet, pour user à mon tour d’un « mot » réservé (sacré ou fétiche, ce sera selon votre foi). Mais ces évêques qui aggravent les mots minimisent en même temps les faits eux-mêmes : ce simulacre de célébration eucharistique ne provoque chez eux qu’inquiétude, tristesse, branlement du chef, blessure, danger : peut-être savent-ils qu’après tout rien ici n’est grave…             

 

Comprend-on que je n’aime pas ces jeux-là ? Les mots, c’est aussi la Parole, le Logos, le Verbe…  

07/11/2011

Vous me manquez, frères invisibles

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Je vis toujours, vous voyez. Où ? Chez moi. Comment ? Seul, sans aide domestique, sans obligation sociale. Sans relation familiale non plus, sinon la visite quasi-quotidienne de Pierre, mon magnanime neveu. Le plus souvent, je suis en tête à tête avec une image heureuse, celle du Dieu-Père, communiquée par Jésus. Je me la suis faite peu à peu, à partir des épreuves traversées et des  grâces reçues, qui, les unes comme les autres, relèvent beaucoup des Béatitudes. En même temps, je… je décline. Voilà plus de trois mois que j’ai déserté ce blog, trop incertain que je devenais de son utilité, vivant mal la croissance des difficultés qu’il me pose. Je suis moins organisé que jamais dans ce que je fais, et plus soucieux qu’on ne croit de parler « juste », dans le respect des points de vue qui peuvent s’opposer – y compris dans ma conscience. Alors, me voir en train de bredouiller, de grommeler au lieu de m’exprimer... Oui, j’ai perdu avec les années beaucoup de l’appétit que j’ai eu pour les merveilles du monde. Je ne les mésestime pas : je les « vois », je les « sens »  toujours et les trouve belles comme jamais, mais l’effort est démesuré qui les porterait comme des fruits à la bouche, et je passe. Intérieurement, je salue. Extérieurement je me tais, je me tasse. Est-ce que je meurs ?   

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                La fibrillation cardiaque dont je vous ai fait confidence n’est pas cause de ce demi-sommeil. Elle me réservait une surprise. Après avoir survécu à l’opération d’avril qui ne l’a ni arrêtée ni dérangée, elle a disparu un jour de vacances, inopinément, sans que le médecin comprenne pourquoi. Aujourd’hui mon cœur a le pas régulier d’un tambour-major. Reste que l’envie de danser n’est pas là. Il y a toujours  de la musique, mais l’énergie me manque pour lui obéir.

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                Ce blog, pourtant, c’était ma voix publique depuis des années. La seule voix dont je disposais de façon souveraine. Si bizarre que cela paraisse, j’ai beaucoup joui d’en user, bien que m’ait taraudé déjà l’idée du renoncement, par appréhension de n’être pas toujours apte à le faire bien. Mais vous « parler par écrit », c’est continuer à prendre part au combat des humeurs et des rumeurs de la famille humaine, avec la double inspiration qui est mienne, minoritaire, mais que je considère comme utile à l’équilibre sociétal… Plus exactement, à la bonne santé de l’Eglise, qui est la communauté que j’aime par-dessus toutes les autres. Y être critique et lyrique,  à la fois. A la fois rebelle,  et fidèle.  Franc-tireur au départ et, pour finir, docile. Mais cette voix est devenue bien rauque, elle se fatigue à dénicher où se cache le vocabulaire dont elle disposait jadis comme d’un servant de messe ; et puis elle a dit déjà l’essentiel de ce qu’elle avait à dire en ce monde, et à lui. Bref : entre la tentation de fuir et le devoir d’embrasser, me voilà comme l’âne de Buridan en arrêt devant le silence éternel.

 

29/03/2011

Ici, il s'appelait Palagio...

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Mon ami Amand D’Hondt,     qui a accompagné ce blog pendant des années sous le nom de Palagio, nous a quittés dimanche, emporté par une crise cardiaque. C’était un chrétien comme on n’en fait plus. D’une générosité essentielle très rare : c’est dans le don, la magnanimité, que son ego, qu’il assumait bien, s’exprimait le mieux. J’avais 18 ans quand je l’ai rencontré aux facultés de Namur. Nous étions cette année-là, parmi les étudiants inscrits à  la candidature en droit, les deux seuls à suivre en outre les cours de candidature en philosophie « pure » (le groupe A de la philo et lettres)…  Il était alors fan de Blondel, j'aimais Kierkegaard. Et  ensemble nous lisions la Bible le soir, bataillant sur telle ou telle interprétation. – Par la suite, nous ne nous sommes jamais perdus de vue. De nos dissensions, idéologiques ou autres, nous avions le génie de sortir soudain, meilleurs… Il savait pardonner. Docteur en droit, il m’avait aussi, un temps, remplacé avec intelligence à la présidence de la Haute Ecole Galilée, quand je dus m’en aller détruire les cellules malignes qui me faisaient la guerre. Merci pour tout, frère. Pour ton coeur grand. - Père de Jésus-Christ, accueille dans ta maison cet homme magnifique, père de famille très nombreuse, beau preneur de risques, incertain de sa propre justice, et tout pareil à ces figures fortes que ton Evangile nous présente : Joseph, celui de Nazareth, celui d’Arimathie, et Nicodème…  

06/03/2011

Bonne nouvelle et histoire drôle

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C’est décidé, et la décision me revigore. En avril, l’équipe cardiologique des Cliniques Saint Luc prend  « mon cœur en mains ». Finis les entrechats et autres extrasystoles de cet animal indocile, finie la course au pouls le plus rapide, - ou le plus lent selon le cas. En quoi consistera l’opération, ça, je n’ai pas bien compris. On parle d’ablation, mais de quoi ? Et « d’isolation de veines pulmonaires », qui mêleraient indument leur mouvement, si je traduis bien, à celui qui seul est prévu. En ce mois de mars, objectivement, rien n’est donc changé dans mon état de santé ; l’arythmie cardiaque mène toujours son carnaval. Mais subjectivement, je vais bien ! Savoir que mon mal sera pris de front, ou à la racine, je ne sais comment dire, me ressuscite. Ça ira ou ça n’ira pas, on verra,  mais l’essentiel pour moi est qu’on  fasse quelque chose. Invivable, en comparaison, est la double malédiction de penser que son moteur est trop vieux pour que le garagiste renonce à l’entretenir, et de constater qu’il est pourtant assez réactif pour qu’on ne se résigne pas à être au lit toute la journée… Bon. Changeons de sujet, ou plutôt traitons l’affaire d’autre façon. J’ai pour vous une histoire drôle.

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Je la tiens du nouveau diacre de mon village natal, qui a épousé la sœur d’un ami d’enfance. Cet ancien journaliste de Télépro, hebdomadaire qu’il créa dans les années 60, vient de publier à compte d’auteur (je crois)  un roman à la fois bien-pensant et révolutionnaire, dont l’écriture est sans prétention mais la lecture jouissive. On y rêve comme fait un enfant. Référence : Jacques DESSAUCY, La fille du pape, Mémory Press, 2010. Pour vous procurer le roman ou atteindre l’auteur, taper ici :  contact@memory-press.be. L’expérience ecclésiale de ce Jacques, vivant sans amertume mais sans aveuglement son statut de sous-prêtre marié en milieu traditionnel, confère à ses réflexions et inventions un intérêt supplémentaire. Faut dire que son « supérieur », le curé de Tellin, est un Africain qui lui laisse peu de place, à ce que j’ai vu : à la messe, le diacre ne se voit confier que trois missions. Dire l’évangile (mais jamais l’homélie), donner au public le baiser de paix, et lui distribuer la communion. Rien d’autre. Pour ça, une ordination ? Hm. Le curé, par chance, est d’un bon niveau intellectuel, il pratique une exégèse judicieuse et évite les leçons de morale intempestives. Avec un timbre un peu chantant, il lit, sans hésiter ni improviser, un texte de deux pages qui satisfait ses paroissiens. Bref, « Jacques » n’a pas à se plaindre du peu de travail que lui donne l’« abbé  Freddy » - puisque ainsi s’appelle ce prêtre curé, dont le nom de famille semble à ce point imprononçable pour toute la paroisse que son prénom lui tient lieu de nom officiel. 

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Le roman conçu par Jacques Dessaucy est un prône d’une autre sorte. L’histoire se passe dans les années 2020. Le nouveau pape est un veuf, père d’une certaine Béatrice, une femme toujours célibataire malgré ses 36 ans. Regardez-les page 152, par exemple,  en Côte d’Ivoire, où le pontife « Jean-Pierre Premier » fait au clergé local une visite éclair et imprévue, en évitant les solennités que nous savons. Il n’est pas question de messe. Mais de repas.

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« Le repas se déroula dans une ambiance détendue. Le pape commença à raconter certains souvenirs amusants de ses voyages en Afrique. Les évêques enchaînaient sur un  ton badin . Silencieuse, Beatrice observait.  Ce comportement rejoignait un phénomène qu’elle avait maintes fois observé lorsqu’elle avait eu l’occasion d’accompagner son père dans des rencontres ecclésiastiques. Quand ceux-ci mangeaient ensemble, ils ne discutaient habituellement pas des affaires de l’Eglise mais de choses profanes. C’était souvent des souvenirs, mais aussi des blagues. - Connaissez-vous l’histoire de paul et de l’inondation, fit le pape ? - Non, répondirent plusieurs voix. -Il y avait une inondation dans la vallée où habitait Paul. L’eau envahit sa maison. Puis elle monta, monta tellement que Paul dut se réfugier sur son toit. Une barque passa et invita Paul à monter à son bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’eau monta encore, obligeant Paul à monter au faîte du toit. Un canot à moteur arriva et l'invita à monter à bord. «Non, dit Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. »   L’inondation se fit encore plus forte. Paul, au faîte de son toit, avait de l'eau jusqu'à la ceinture. Un hélicoptère arriva et se positionna au-dessus de Paul. Une échelle de corde se déroula. Le sauveteur lui fit signe de grimper. «Non, cria Paul, j'ai totale confiance en Dieu. Il va intervenir et me sauver. » L’eau monta à nouveau, tant et si bien que Paul fut noyé ...

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Au paradis
, il fut accueilli par saint Pierre.  - « Je voudrais déposer une plainte. »  - « Je vous  écoute, fit saint Pierre.»  - « J'avais totalement confiance en Dieu. J'avais la foi qu'Il allait intervenir et me sauver d'une inondation. Pourtant, je suis mort noyé. »  -  "Attendez, dit saint Pierre. Je vais voir.»  Il s'assit devant son ordinateur, tapota sur quelques touches puis déclara: - «Je ne comprends pas. On vous a envoyé une barque, un canot à moteur et un hélicoptère...»

 

Les évêques éclatèrent de dire. Béatrice reconnut bien là son père. Il aimait raconter des blagues mais celle-ci, plus qu'une blague, était une sorte de parabole.

10/12/2010

In paradisum

"Bruno crayon.jpgQuand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête.

 

La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes... Puis, tout à coup, elle se redressait d'un bond sur ses pattes. Hop! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là-haut, en bas, partout ...

 

C'est qu'elle n'avait peur de rien. Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au passage de poussière humide et d'écume. Alors, toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate  et se faisait sécher par le soleil...

 

Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette; c'était le soir ...

- Déjà! dit la petite chèvre; et elle s'arrêta fort étonnée.

 

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient ... C'était le loup."

 

Un conte de Daudet. Bruno, de 1954 à 1985, a vécu d’abord trente ans d’enthousiasme et d’amitiés fortes. En 85, il apprend que… Il assume. Il supporte l’insupportable, va jusqu’à suivre une formation permanente d’initiation à la mort !  Le 10 décembre 1990, il s’éteint.  Je n’aurai qu’un maigre mot pour rappeler combien les dents de la Bête l’ont déchiré avant de le tuer, pour dire que son visage comme celui de tous les sidéens d’alors reproduisaient le visage émacié du Crucifié. Ce qu’il m’a laissé, après son départ, c’est un domaine imaginaire « si beau que les ruines m’en ont suffi ». Et puis avec le temps, quelque chose a changé. J’ai atteint l’âge qui éteint toute passion, j’ai fait à nouveau un vœu privé de chasteté, comme, le temps venu, d’autres prennent avec liberté congé de la vie. Et voici que resplendit saintement en moi, comme une merveille lointaine, ce temps béni que nous a donné le Plaisir, avec ses jeux, sa souveraine innocence, son défi absolu de toute autorité qui ne soit pas l’Amour. La volupté n‘est triste que pour les coeurs froids, elle est la richesse des pauvres, le don des simples. Avec moi, tu n’as pas eu ton compte, mon biquet. Tu n’as eu qu’une demi-vie. Mais je sais maintenant qu’on peut attendre de  Dieu (avec son corps, sans son corps, je ne sais, disait Paul) qu’il te paie pour moi ma dette de bonheur. Le destin te doit une demi-vie. A très bientôt, frère qui me précède, baisers partout. Et toi bénis-moi de loin, sur mon front, ma bouche, mon coeur… Mon âme. Qu’est-ce qui nous attend encore en Dieu comme bonheurs infinis…  

 

 

06/09/2010

Septembres noirs

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Ce n’est plus l’été, malgré le ciel serein : la chaleur s’est enfuie. Elle a laissé des traces pendant la journée, peut-être une promesses de revenir furtivement un jour ou l’autre en septembre… Sinon, ce sera pour l’an prochain, si elle veut bien, si je suis encore là. Faut m’y faire : les cafés n’étendent plus leurs terrasses jusque sur le trottoir, où l’on prend le soleil avec la bière de Leffe, en goûtant la vie. Dérivatif du babil avec les voisins de table, évocation des bonheurs d’hier avec les amis, travail de la réflexion avec le Neveu bien-aimé, - l’Héritier. Tournons la page : c’est la rentrée, qui fait diablement peur. Sinon à tous, à moi. Ni dans le pays, ni dans l’Eglise, je ne trouve des raisons d’espérer.  Ici et là, il y a comme des écroulements.

 

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L’existence même du royaume de Belgique fait à présent l’objet de discussions en circuit fermé, où les francophones attendent, non qu’on leur fasse justice, ou qu’on les tienne en paix, mais au moins de mesurer les pertes. Jusqu’où iront les abandons de droits ? Et les nouveaux impôts qui seront nécessaires, comment frapperont-ils ? La presse fait grand tapage, mais sans instruire ; elle joue plutôt au porte-parole, voire au commis faisant patienter le public. Ce n’est pas un rôle démocratique, mais une fonction de relations publiques. Ce qui donne, au Belge moyen que je suis, le sentiment d’être devenu un otage. De passions, de régions, de factions – un Palestinien.

 

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 M. Elio di Rupo, chargé de sauver ce qui peut l’être, mais travaillant sous la surveillance d’un allié dominateur, a avoué son découragement, donné sa démission. L’échec n’est pas le sien, et je lui sais gré (à tout le moins) de n’avoir pas capitulé, comme je l’avais craint, devant le Gargantua nourri par tant d’électeurs agressifs. De sa mission, un résultat subsiste, une idée maintenant reçue, doxa nouvelle. Le pays va se démanteler. Mon souhait serait qu’il se divise en trois régions autonomes. Que Bruxelles soit l’une d’elles, régie par les seuls Bruxellois, d’où qu’ils proviennent. Que la Ville soit administrativement anglophone. Qu’on y perçoive l’impôt sur le lieu de travail. Mais ce que j’en dis…

 

 

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Quant à l’Eglise, je suis consterné par ce qui s’y passe (ou ce qui s’y révèle ?) depuis un an. Ma foi n’est pas concernée, car mon adhésion à l’Eglise de Jésus-Christ n’est pas tributaire de ses mérites à elle, mais de sa grâce à Lui. Mais je suis plein de mélancolie. Comment se fait-il, selon cette nouvelle doxa (qu’une presse ennemie renforce jour après jour), pédophile soit devenu l’adjectif qui s’ajoute à la série « catholique, apostolique et romain ». Le pire des mots, si l’on voit qu’il est, dans l’inconscient des gens, associé à Dutroux… On n’est pas ici dans le constat de crimes actuels, dans la prévention, dans la résilience et la guérison. Mais dans une fantasmatique rétrograde et punitive dont le contenu, imaginé plutôt que connu, matériellement flou et d’autant plus terrible, aboutit à infecter des  blessures en retard de cicatrisation et multiplier des blessés qui se croient incurables.   

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Dans la « Libre Belgique » d’aujourd’hui, Noëlle Hausman, professeur à l’Institut d’Etudes théologiques, prend beaucoup de hauteur par rapport à ce pseudo-spectacle où elle introduit son sens critique, comme le ferait un historien, doublé d’un juriste. Cela fait du bien. Elle pointe, sous les « curieuses coïncidences » une polémique organisée, perverse, dont elle dissuade les chrétiens de « se faire complices en devenant voyeurs ». La formule est malvenue, qui disperse les culpabilités. Il y a aussi des mots partisans, comme « susurrer », s’agissant de la presse signalant l’opposition philosophique d’un juge et d’un autre. Et finalement, l'auteur entend défendre le cardinal qui n’a rien à se reprocher en avançant un  argument procédurier d’avocat de cause perdue : les « Danneels-tapes », communiquées dans leur texte mais sans le son ni les gestes, et non « relues » par le prélat, ipso facto ne seraient pas « probantes »… En droit pur, sans doute, mais pour l’homme de la rue, pareil argument enfonce celui pour qui il est émis. Mme Hausman, qui a été supérieure générale des sœurs du saint-cœur de Marie, termine heureusement sa mise en garde par une question poignante, d’un tout autre ordre, mystique, qui ira droit au cœur des chrétiens : Pourrons-nous boire à la coupe du Seigneur ?

24/11/2009

l'enfance sacrifiée

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     Au lieu de se séparer quand on ne se supporte plus, parce qu'il y a longtemps que le parfum de l'amour s'est évaporé, parce que l'estime qui importe plus que l'amour n'a jamais existé, qu'on n'a même pas soupçonné qu'elle était le ciment unissant deux êtres pour la vie, qu'est-ce qu'on fait de ses enfants ? Lorsque l'estime est là, survivant au désir comme la lumière au rêve, et qu'on a pu comme des héritiers négocier en famille les partages de la succession, les enfants tirent de ce banal divorce une indépendance nouvelle, une espèce de force intérieure. A eux de prendre le relai, de se construire plus tard un « amour éternel », et, si l'éternité s'interrompt, ils n'en seront pas détruits. Il y a des heures roses, des heures rouges, et des heures sombres, mais la vie continue, ils l'ont appris.

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                J'ai lu dans la presse il y a quinze jours qu'à Boulogne-sur-Mer, un père de famille, sur une dispute avec sa femme à peine plus pénible que les précédentes, qui semblent un rite ordinaire dans ce foyer-là, est parti, avec ses deux fils de 4 et 7 ans, l'après-midi. Il les a pendus dans la nuit, puis s'est pendu ; et voilà la mère appelée pour découvrir les cadavres. C'est « à peine si sa remarque était désobligeante », dit-elle.

      La mère de Nivelles, ce père de Boulogne, d'autres cas signalés ici et là, voilà qui me trouble en profondeur. Ce qui est mis en cause n'entre pas dans mes catégories : que la mère ou le père puisse « nuire pour rien » à leur enfant ! Qu'il faille parfois à ceux-ci, qu'il puisse falloir se méfier d'eux, être sur ses gardes avec eux. Eprouver un tel sentiment m'aurait à coup sûr déséquilibré, me dis-je. Aurait été compromise cette belle confiance en la vie et en moi-même que la confiance absolue en ma mère et en Dieu mon Père m'a inspirée depuis l'enfance.

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                Je sais : il y a des chattes qui tuent leurs rejetons quand ils ne leur plaisent pas ; mais chez elles, c'est-à-dire dans le monde animal, cela suit de près l'accouchement,  ça n'est jamais lié à un conflit du couple parental. Dans le gouffre du malheur des hommes, l'enfant est pris en otage, nié dans son vouloir propre et son destin ; sacrifié à une vengeance qui lui ferait horreur s'il la connaissait. Sous le couvert ou non d'un mobile absurde. Tantôt noble : Sans moi, les enfants seront trop malheureux.  Tantôt bas : voilà qui fera souffrir le conjoint. Selon Euripide, c'est ce cri de haine que poussait la Médée mythologique, délaissée par Jason.

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                Je ne suis pas seul à ressentir un malaise existentiel devant des phénomènes de ce genre, qui me sont indéchiffrables. Renonçant à théoriser, à réfléchir même, tant c'est insupportable,  je vous livre une  réaction aiguë de lectrice anonyme, lue je ne sais plus où, qui dépasse, avec sa vivante culture populaire, l'ébahissement mortel où moi je reste prostré par ces choses-là. « Je suis abasourdie. Les gens semblent ne plus supporter les ruptures, ressenties comme impossibles - parce que défendues ? J'en doute. Plutôt parce qu'inimaginables. On ne s'entend plus, on s'engueule mais on reste ! Et quand l'un ou l'autre veut partir, on tue tout le monde ; ou l'on tue les enfants et sa femme, et on se rate ; ou on tue les enfants  pour faire payer sa femme ! Lui dire en faisant cet acte, tu vois, tu le paieras toute ta vie, ce que tu as fait, ce que tu as dit ! De nos jours les gens qui font cela sont lâches, ils s'attaquent à leurs propres enfants comme s'ils n'auraient pas pu vivre avec leur mère ou leur père séparés. Mais non les couples de nos jours je le vois autour de moi, c'est la ventouse du matin au soir, les week-ends chez les beaux-parents et le samedi à faire la queue dans les magasins. Pas étonnant que tout saute et que ceux qui en ont ras les pâquerettes arrivent à des extrémités !!! Ils ne vivent pas, ils survivent ; et le portable en rajoute une couche, où tu es ? que fais tu ? comment, tu n'es pas rentrée ! si je vivais le quart de cela, je me serais cassée avant l'heure sans me retourner. Au début d'une relation, il faut poser les limites et laisser respirer l'un et l'autre, sinon c'est l'étouffement, l'asphyxie, on s'ennuie, on ne respire plus. Au secours je m'en vais !!! Alors que d'autres restent ! et quand on sait qu'on ne vit qu'une fois,  bon courage ! 

22:07 Écrit par Ephrem dans Sois sage ô ma douleur | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |