01/01/2013

JANVIER 2013 - CALINS ET BEAUX YEUX DE JESUS

 Voeux 2013 !.jpg     1er janvier :  le jour où tous souhaitent à tous tout le bonheur du monde, où chacun aussi le souhaite à chacun. On a quitté le passé, on n’est pas encore dans l’avenir, et voilà que dans ce minuscule présent de quelques heures on s’abandonne, on se donne aux mille feux de l’Espérance – attention ! l’espérance avec un petit e… Car rien n’est moins assuré que ces vœux de santé, de prospérité, de bonheur qu’on distribue libéralement à gauche et à droite. Rien n’est moins garanti, sauf si l’énonciation est, sous-entendue, une promesse personnelle, et qui engage : moi qui vous parle et qui ne suis pas loin  dans l’immensité du monde, j’ai du bonheur à imaginer le vôtre, je ne prépare mon bonheur qu’en préparant le vôtre, je collabore avec toutes les puissances qui peuvent à vous comme à moi être favorables… Les forces humaines collectives, la prévoyance divine. Bonne année !

 

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Pour l’heure, je suis engagé à exposer mensuellement et débrouiller à ma façon une problématique d’actualité, allons-y. Ma façon, c’est-à-dire ? Exploiter les ressources du terrain où Dieu m’a installé, comme dit le psaume 15, cet « espace où s’harmonisent réalisme et mystique » que j’habite aequo animo et que je fais visiter aux gentils amateurs. Harmoniser : faire se rencontrer des aspects qui paraissent opposés dans la vie de l’âme et qui pourtant se conditionnent – ce qui suppose qu’on ne confonde pas ces aspects. J’ai dans la tête à ce sujet l’extravagante homélie prononcée la nuit de Noël dans sa cathédrale par l’archevêque de Bruxelles, André-Joseph Léonard. Lisez-là d’abord, la voici dans son intégralité, telle que Cathobel la reproduit. Vous y trouverez des fantasmes artificiels qui vous laisseront pantois… Cette homélie n’a pas inquiété la presse, qui, n’y trouvant pas d’aspect politique, l’a délaissée pour s’intéresser à autre chose. Mais autour de moi, chez les esprits forts, les commentaires moqueurs se sont accumulés. Avec des adjectifs inattendus à propos de pareil seigneur de l’esprit. Benêt, godiche, nunuche…

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            Le propos épiscopal est pourtant louable. Il est de rendre à Jésus l’intérêt que sa personne a perdu et que les gens n’accordent plus aujourd’hui qu’à sa fête. Plus discutable est le moyen choisi pour revaloriser le lien entre les chrétiens et leur sauveur. Monseigneur juge efficace et approprié de vanter le bon exemple donné par d’autres, ces millions de gens dans l’histoire qui ont aimé Jésus-Christ par-dessus tout, Jésus Christ,  seule personne, avec Marie, à avoir suscité pareil attachement. Par comparaison, l’évocation d’autres vedettes comme Napoléon ou Marie-Thérèse d’Autriche (?) est censée convaincante. La princesse Diana, c’eût été plus clair…   

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Et voilà que, pour visualiser cet attachement, notre singulier  archevêque se fait puéril. Il veut être populaire, et va user d’un vocabulaire ou de manières susceptibles de plaire aux personnes simples, cibles premières de la nouvelle évangélisation.  1. Il nous faut, dit-il, « féliciter » Jésus, c.à.d le déclarer heureux de fêter sa naissance. Curieux : il a grandi depuis lors et a même quitté cette vie transitoire pour « naître au ciel », seul anniversaire fêté d’ordinaire dans la vie chrétienne.  2.  Il faut, parait-il, comme beaucoup l’ont fait lui envoyer des « Jésus, je t’aime », des « mots d’amour » équivalents à des messages au réveil disant « ma bien aimée, tu es le trésor de ma vie ». Envoyons-nous à nos morts bien-aimés de tels messages ? Nous leurs parlons, nous les appelons à l’aide, nous ne les rassurons pas sur nos sentiments qu’ils savent mieux que nous. 3. Il faut « soupirer amoureusement » (quand on est femme), lui envoyer (encore) des « baisers d’amour », et finalement « renoncer à tout pour ses beaux yeux ». L’auteur néglige au passage que l’adjectif qualifiant les yeux donne à ce tour une consonance ironique.  Rhétorique de romans.

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            Je trouve mystérieux qu’une si bonne intention puisse se dénaturer dans une formulation ridicule sans que son savant auteur en prenne conscience. L’intention, c’est de revaloriser le rapport personnel unissant, dans notre foi, tout chrétien à Jésus-Christ. La formulation, c’est de pénétrer pour ça dans le monde très différent de l’intimité conjugale et familiale, et de s’approprier comme référents adéquats une multiplication de mots doux, de bisous, de « papouilles » gnan gnan, enfantillages hypocoristiques proposés ici comme autant de messages signifiant adéquatement un lien structurel. Hélas ! Avec la complicité du public, qui, quoique un peu gêné, applaudit de confiance.  Il y a aussi confusion audacieuse de l’amour passionnel et de l’amour mystique. Audace gagnante ?

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            Au contraire. Tout le monde y perd. Qu’un tel sujet soit si mal abordé, si maltraité, est désolant. Car il est central, voyez. Toute fête liturgique est un rappel de notre communion en Dieu. On a toujours raison d’aborder de front la grande, la noble question de l’amour humain (et pas seulement « théologal ») qui unit tout chrétien un peu conscient à la personne de Jésus. « M’aimez-vous  ? » dira encore la Vierge de Beauraing aux cinq enfants visionnaires. « Pierre, m’aimes-tu ? » Cela, c’est la question que Jésus ressuscité pose au premier des apôtres (Jn 21, 15-19), - au premier comme au dernier des chrétiens, la question essentielle : te fies-tu à moi, t’en remets-tu à moi, es-tu attaché à moi, fais-je partie intégrante de ton devenir, de ton être ? Devant l’enfant de la crèche, devant ce moment originel où Dieu se fait homme comme nous, notre frère, notre égal, c’est la question à d’abord rappeler. L’amour et la foi s’y réunissent. Tous les miraculés de l’Evangile sont des gens habités par ce feu, et c’est ce feu-là qui les sauve. Va, ta foi t’a sauvé.  

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Reste à comprendre, humainement, comment pareille urgence puisse être traduite de façon si bizarre, - impertinente, comique, absurde, sans que l’orateur ait même conscience que là-dessus, il chante faux. Je n’ai pas plaisir à critiquer le chouchou du pape, à qui la plaisanterie qu’il affectionne réussit rarement. Il est actuellement conscient de son impopularité ; et - c’est à son honneur - il laisse en paix ceux de ses clercs qui ont pris leurs distances avec lui et poursuivent, fidèles, leur propre chemin commencé à Vatican II.  Se corrigera-t-il ? Il le pourrait s’il voulait. Mais il n’en ressent pas le besoin. Il y a peut-être chez lui, comme dans d’autres familles où tous les enfants deviennent religieux ou prêtres, une incompréhension congénitale de l’amour passionnel, à la fois gouffre et sommet. Lequel amour n’est en aucun sens l’analogue de l’amour divin, à la fois délice et renoncement. 

22/11/2011

"Le petit Dieu ridicule"

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La presse nous apprend qu’une conseillère communale CDH à Uccle a décidé d’interpeller son collège communal pour des faits de « christianophobie.» La Libre Belgique les rapporte à peu près comme suit (je résume : les amateurs de détails trouveront tout ici) :  Le soir du 28 octobre, un cortège d’Halloween aux personnages joliment déguisés, défile, emmené par un animateur qui a  visiblement des comptes à régler avec les catholiques. Il crie sa haine de Dieu et de la religion chrétienne ; il fait ainsi le tour de l’église d’Uccle-centre en injuriant les croyants et en montrant le poing en direction du bâtiment. Parmi ses clameurs, on entend : « Venez à nous, la cohorte des gens sans Dieu, qui grandit sans cesse et se libère heureusement de l’oppression chrétienne. » Ou encore, désignant l’église : « Maudissons ce bâtiment et ses courbes obscènes.» Ou enfin : « Qu’il vienne, leur petit Dieu ridicule sur sa petite croix." - Une dame interrompt l’homme déguisé en faune,  en lui disant que vraiment, il exagère. L’homme répond : « Mais enfin, c’est païen, c’est tout. » Comme s’il revendiquait un droit d’expression de ses convictions, dit la Conseillère, qui s’indigne, et invoque la loi Moureaux contre les discriminations. Plus tard, l’échevin concerné (qui est MR) est interrogé par la LLB : il est l’organisateur de la marche d’Halloween comme échevin de la Jeunesse, en effet, mais cette marche-là a eu lieu deux jours plus tôt (!) près du parc du Wolvendael. Ici, l’initiative émane des commerçants qui ont notamment fait appel à des comédiens…

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Tombent là-dessus, dans l’espace web du journal, plein de commentaires de lecteurs « pour » et « contre ». C’est pas  vraiment une guerre de religions, plutôt une querelle véhémente entre habitués. Le sujet passionne, même si on dévie beaucoup sur… sur  l’Islam, par exemple.  A mon tour, je me risque à une réflexion – que voici, stylistiquement remaniée.

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A-t-on oublié, dans l’histoire médiévale, les débuts de la littérature dramatique ? Les démoneries  intégrées dans la liturgie à l’occasion du carnaval ? La « fête des fous », « le jeu de la feuillée », ça ne dit plus rien à personne ?  Halloween, c’est une fête des fous, des spectres, des monstres, à l’exact opposé de la fête des saints, la Toussaint. Le théâtre qui se faisait sur le parvis opposait jadis, face à face, Enfer et Paradis, avec blasphèmes d’un côté et cantiques de l’autre. Halloween reprend l’héritage. -  Le Moyen-Age, c’est l’époque où les grands autocrates sont le pape et l’empereur ; le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique, aussi détestables (alors) l’un que l’autre ; et que faire par rapport à ces maîtres hors d’atteinte, sinon se moquer ? La religion elle-même faisait une place à la moquerie, pourvu qu’elle soit excessive, qu’elle n’engage à rien. Goût pour la fantasmagorie, pour l’image du diable et des « damnés » , sujet de tableaux révulsifs.

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 Le comédien d’Uccle, lui, s’en souvenait. Et il a décalqué. Cette fois (hélas, mais c’est le signe de notre temps), c’est Jésus qu’il attaque, Jésus lui-même. Il « faut » désormais s’en prendre à Lui. Attaquer le pape, c’est déjà fait, et puis c’est banal depuis qu’ont été dévoilées les sanies de l’Eglise, et  ça s’est avéré pas drôle du tout. En plus, si le pape aujourd’hui menace d’attaquer en justice qui le montre embrassant un iman, que reste-t-il à agresser ?

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Il reste Lui, Jésus. Avec sa « petite croix », comme dit l’Insulteur de service. « Ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate ; ils se moquèrent de lui en disant : salut, roi des Juifs ; ils crachèrent sur lui, et, en prenant le roseau, le frappaient à la tête. Après, ils l’emmenèrent pour être crucifié. »

Ne protestons pas, chrétiens. Amen.

 

26/07/2011

Anniversaire

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C’est donc la dernière année où j’ai le droit de lire Tintin. Merci, mon beau-neveu de Liège, tout près désormais d’être bruxellois, de m’en féliciter. Merci, Anne-Cath, ma douce. Mais que m’importent  les années qui m’emportent  ? Il y a longtemps que je préfère, aux aventures d’un reporter magnifique, cynophile et astucieux, les  passions humaines et les récits qu’en fabriquent les ingénus, les purs, les pédés, les marginaux et les poètes. – Merci à ceux qui, ce jour, ont pensé à moi. A la messe (en néerlandais) au Finistère où je suis allé à midi, avec Pierre , ils étaient tous avec nous..   

 

22:03 Écrit par Ephrem dans Actualité, Amour, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

30/06/2011

Aventures de l'âme

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Beaucoup de blogueurs chôment ou raréfient leur activité créatrice, en cet été d’anomalie — politique, écologique, ecclésiologique — où le temps chaud complique ses charmes alanguis par la violence  d’intermèdes diluviens. Et moi ? Comme tout le monde : je n’ai pas grande énergie pour vous entretenir de l’actualité, ni même, comme j’en ai l’habitude, vous raconter les aventures de mon âme, ces plaisirs spirituels que l’âge, loin d’empêcher, favorise. Pas beaucoup d’énergie, pas grande envie non plus. Lorsque les lecteurs sont en vacances, les rédacteurs n’ont plus d’inspiration. - Il arrive qu’on parle seul, qu’on chante, qu’on pleure seul. Mais écrire ? On écrit à quelqu’un.

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Qu’ajouter ? Un mot. Un simple substantif que je vous offre comme un parfum, un sourire, une allusion. Pour  vous, en ce moment . Je viens de le lire, banal et bouleversant, dans « Ce grand soleil qui ne meurt pas », de Bernard Sichère. Ce qui accompagne celui qui cherche l’absolu, dit-il, c’est « cette chose étrange et profonde, ignorée depuis toujours de ceux qui ont le pouvoir, et qui s’appelle la fraternité. »

 

 

 

23:20 Écrit par Ephrem dans Actualité, Général, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

22/03/2011

J'en veux à Dieu...

ofrtp-japon-seisme-nucleaire-top-20110312_large___.jpgL’instabilité du monde est troublante. Après Haïti, dont les malheurs géologiques ont paru presque fatals, parce qu’en accord avec la misère du pays et (injustement) avec la jovialité de la population primesautière, voici qu’est frappé le Japon, ce laboratoire industrieux et industriel dont le mode de vie est une liturgie, dans des villes fonctionnant comme des temples. Ici l’homme ne s’est pas laissé vivre au soleil, il s’est mobilisé pour obtenir de la nature physico-chimique la servilité qu’il était en droit de réclamer – selon la Genèse (2, 28). Mais l'esclave Nature vient de manifester son insoumission en inondant par vagues immenses des kilomètres carrés de terre, puis en démantibulant les trois fortins censés garder le trésor vivant de l’Energie. Qu’est-ce qui se passe ? Dieu, dont les psaumes de David et le livre de Job, en guise de réponse à la plainte des Justes éprouvés,répètent la toute-puissance de Créateur et de Sauveur, « cela ne te fait donc rien que nous périssions ? » (Mc, 4, 38).

 

Kadhafi 2 imagesCAOODCZ8.jpgEn Lybie, nous jouons les sauveurs, les vengeurs, - après avoir tellement tardé que le péril s’est complexifié, renforcé. Ici ce n’est plus la matière qui est en rébellion, c’est l’esprit. Kadhafi Père a adressé au monde le défi de menaces aussi immorales qu’ outrancières ; et son fils Saïf al-Islam, le déni méprisant de la réalité : « Non, il ne se passe rien en Lybie », puis : « C’est pas nous, c’est al-Qaeda ». Ces jours-ci, le régime a proclamé un cessez-le-feu, pour mieux le transgresser deux heures après. Perversion. Qui n’empêche pas le danger. Tripoli est en train de retrouver l’image de la faible proie convoitée par les puissances pour des raisons cachées. Le pétrole. Et sur les rebelles, le discours majoritaire en Occident redevient condescendant : ils ne sont plus le Peuple, ils sont… eh bien des rebelles, justement. Ce qui est exact. Quoi qu'il veuille, notre illégitime gouvernement a déclaré la guerre. D’où l’étrangeté du trouble où nous vivons. Autant le Japon inquiète mais rassemble les hommes de bonne volonté, autant la Lybie les disperse sans les inquiéter vraiment.

 

1489877754.jpgCe blog n’est pas politique, et je ne vais pas vous infliger mes prévisions pour l’avenir. Ce que j’ai à dire, c’est ma consternation morale, « existentielle ». Franchement, j’en veux… comment continuer ? Oui, j’en veux à Dieu de son éloignement. Comment celui que nous nommons avec Jésus 'Notre Père' tient-il ainsi en défaut ce qui est dit de lui par Lui ? Il ne lève pas pour nous sa main puissante, Lui qui a censément créé le monde. Il laisse les menteurs répandre l’imposture, et les injustes la terreur, lui qui a censément arrêté Pharaon - et pour qui, selon Jésus, importe le moindre cheveu de notre tête…

 

photo-cameron-diaz-chauve.jpgNous n’en demandons pas tant : ces cheveux, la plupart des mâles te les abandonnent d’avance, ô Père. Il s’agit de notre vie actuelle, du royaume terrestre, où nous souhaitons aussi que ta volonté soit faite, et où, après la venue de ton fils, tu te crois dispensé d’agir encoreJe ne suis pas fier de ces mini-blasphèmes que je murmure ici comme un sot – comme Eliphas, Baldad et Sophar, les amis de Job. Aide-moi donc à transformer ces griefs en prière, Seigneur mon Père, Toi que la fatigue de mon sang et l’anarchie de mon cœur ne me permettent plus d’imaginer dans l’ombre, quand vient la Nuit, et que je ne dors pas… Ce n’est pas pour moi que je prie, j’ai eu ma part d’amour et de gloire en ce monde (la gloire, concept ridicule en milieu incroyant, mais qui sature toute la liturgie qui la rapporte inlassablement à Dieu : faut parfois se demander ce que ça veut dire*). Je te prie pour la jeunesse qui voit son avenir compromis. Aujourd’hui, vas-tu laisser toute vie terrestre contaminée par la radio-activité ? Rappelle-toi qu’à Noé, tu as promis de ne plus jamais exterminer notre race. Vas-tu laisser la sauvagerie, le mensonge et la cruauté raffermir leur trône dément au sein des nations ? Rappelle-toi comment tu as, selon Daniel, « compté, pesé, divisé »  le dernier roi de Babylone, Balthazar. Parce qu’il n’y a qu’un seul Roi possible : le roi des Juifs, Jésus de Nazareth…

 

·         Réponse d’Irénée, au IIe siècle : La gloire de Dieu, c’est la vie de l’homme… Gloria Dei homo vivens (Adv. haer. IV, 20, 1-7)

 

·         Les journaux francophones n’en ont pas dit un mot ; les néerlandophones, concernés – il s’agit d’un des leurs – ont parlé de lui avec bienveillance, sans inutile pudeur. Le curé-doyen d’une ville flamande s’est jeté dans la Lys un dimanche, à la mi-février. Sans que personne ait été là pour le dissuader. Pour partager, donc enrayer son désespoir. Le corps a été retrouvé un mois plus tard ; et enterré samedi dernier. Ce prêtre était une vocation tardive. Et aussi un homosexuel « pratiquant ». Aimé de ses paroissiens, mieux connu de ses frères selon la libido. A la fois gentil, coopératif, gai et gay, il trouvait plaisir, faute de mieux, dans l’humiliation imaginaire d’être ce qu’il était. Accueille-le, bon Maître, lui qui nulle part ne fut vraiment chez lui.  

 

·         Personalia. J’entre en clinique le 5 avril à midi pour être opéré le 6 à 8h30. Rappel : ablation de la fibrillation auriculaire par radio-fréquence. Ce n’est pas gagné d’avance (ni perdu :-), c'est seulement une aventure dont mon cœur n'est plus capable de se dispenser. Tois mois que je me traîne, ça suffit ! – « Et si on ne se voit plus… ? ». Pardon : si on ne se lit plus ? Sans dramatiser, sachez que j’emporte de vous qui m’avez accompagné dans mes rêveries scripturaires un souvenir vraiment fraternel. La paix soit avec vous, mes sœurs et frères lointains et chéris ; que la vie vous soit clémente, et la mort, un jour, plus douce encore que la vie. Amen.  

21:42 Écrit par Ephrem dans Actualité, Epreuves, Foi, Plaisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

08/12/2010

Marie exceptée

  mille cieux.jpgLe genre humain  dont on exalte toujours la dignité quand on lui interdit le plaisir des chats et des lionnes, c’est pas grand-chose.  Un péché d’origine frappe les gens à leur conception comme une tare, sans que chacun y puisse rien. Heureusement, Dieu peut tout. Par exemple faire un monde aux galaxies inutilement innombrables, et gaspiller trois millions de spermatozoïdes par mililitre du sperme qui créera un être humain. Qu’il ait plu à ce cher Tout-Puissant de faire une seule exception en l’honneur d’une mortelle, comparativement, c’est pas énorme, mais soit, très bien, merci, c’est bien de l’honneur. Je m’en réjouis pour Marie, et je la félicite comme je féliciterais un voisin qui a gagné le gros lot.

 

 

Ingres, Sainte Marie mère de Dieu.jpgPourtant, si attaché que je sois à sa présence discrète, sa féminité, sa maternité, j’ai du mal à voir dans cette immaculée conception de quoi partager le délire de St Alphonse de Liguori, par exemple, dont je vous offre le début d’un prône, emprunté au site du Salon beige (mes mauvaises fréquentations, je sais).

 

Alphonse de Liguori.jpgTitre : Combien il convenait aux trois Personnes divines de préserver Marie du péché originel. Début du texte :  "La ruine que le maudit péché causa à Adam et à tout le genre humain fut immense, car, en perdant alors la grâce d’une manière si malheureuse, il perdit en même temps tous les autres biens dont il avait été enrichi dans le principe, et il attira sur lui et sur tous ses descendants, avec la haine de Dieu, le comble de tous les maux. Cependant, Dieu voulut exempter de cette commune disgrâce la Vierge bénie qu’il avait destinée à être la mère du second Adam, Jésus-Christ, qui devait réparer le mal causé par le premier. Voyons combien il convenait à Dieu et aux trois personnes divines de l’en préserver, le Père la considérant comme sa Fille, le Fils comme sa Mère, le Saint-Esprit comme son Épouse." 

 

Meryemana, maison de Marie.jpgSi malade que soit notre Eglise aujourd’hui, je sais gré au Ciel de l’avoir débarrassée de pareilles idéalisations.  Ce n’est pas ce qu’elle fut au berceau qui pour nous définit Marie, c’est, de l’annonciation à la pentecôte, ce qu’elle fit, et devint. Pour Dieu, puis pour Jésus, puis pour Jean. – J’ajouterai comme fait Paul (1 Co 15, 8), en bon  avorton: pour moi aussi sur les hauteurs d'Ephèse, au mont Bülbül, dans cette maison où elle est morte. Provisoirement. Salve Regina.

 

14/11/2009

Concile des Blogs

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« Des voltigeurs de l'Evangile », voilà comment nous voit, dans l'idéal, le président de la CEEM, c.à.d la Commission épiscopale européenne en charge des Médias, réunie depuis jeudi au Vatican, en assemblée générale ? Qui, nous ? Les laïcs créant, en électrons libres, des blogs à finalité religieuse. Comme celui-ci. C'est sous ce pieux label qu'il est pris en charge par « Skynetblogs », où il se meut gaillardement dans le peloton de têtes, devançant avec constance 870 « collègues » d'inspiration analogue mais de confessions très diverses. Avec un coreligionnaire toujours maillot jaune, le Père Walter Convens. Cette audience modeste, déjà, l'attention de le CEEM aujourd'hui, voilà qui m'encourage. Et qui m'oblige, au sens où « noblesse oblige ». Si mon Eglise attend quelque chose de moi, je ne vais pas me défiler. Mais qu'est-ce qu'un «  voltigeur » ? Mgr di Falco, qui lance le mot comme un programme de manœuvres, se réfère explicitement à Napoléon, qui flanquait ses dragons de fantassins d'une extrême mobilité. Hm. J'oublie le paysage militaire où je me vois indûment conduit en nos temps pacifiques ; je laisse aussi cette idée de blogueurs mobilisés en groupes sous une autorité qui s'annonce déjà cléricale. Et, récusant le statut de franc-tireur, j'applaudis à l'idée, je m'interroge sur mes capacités, et je retrousse mes manch...ettes.

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C'est un grand moment, en effet, celui où nos Evêques, expressément convoqués pour ça, « pourraient s'il plaît à Dieu se décider » à prendre conscience vraiment, profondément, que l'évangélisation demandée par Jésus s'épuise à marcher comme elle fait, en dépit des lois qui régissent la communication médiatique, laquelle régit le monde actuel. Le Père di Falco le sait bien, qui suggère à ses pairs (et au Pape) de transformer les langages, de démocratiser les discours, de démultiplier les sources, de valoriser les émotions, d'individualiser la Parole.

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Où et comment s'exprime aujourd'hui l'évangélisation de terrain ? • Essentiellement dans les homélies, où  le prêtre parle tout seul à des auditeurs qui, jamais, jamais, ne sont invités à répondre, à poser la moindre question - je ne parle même pas d'objections ! • Elle se poursuit secondairement dans les feuilles paroissiales et les bulletins diocésains, qui sont conçus à usage interne, dont la langue est celle d'initiés. Eux seuls la lisent, et bientôt les mots employés ne renvoient plus à des mystères, mais à des didascalies, des modes d'emploi domestiques. • Si ne manquent pas les livres et revues savantes, ils supposent qu'on soit déjà « converti ». • Viennent alors les sites web. L'Eglise a les siens en effet, mais comme les entreprises commerciales : des sites institutionnels où la circulation ne se fait que de haut en bas, de l'annonceur au lecteur. S'ils s'ouvrent au dialogue, c'est avec des précautions de forteresse. Ce qu'on appelle la modération devrait n'empêcher seulement que les mauvaises actions : illégalités,  incongruités, méchancetés, grossièretés formelles. Mais nul ne sait les critères de sélection, de sorte que prendre la peine de répondre ne vient plus à l'esprit. On n'écrit pas, et puis, un jour, on ne lit plus.

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L'édition électronique des journaux est pourtant à ce point persuadée de l'importance de la réactivité qu'aujourd'hui, dans un quotidien comme le Monde, tous les articles, tous, sont pourvus d'un bandeau « Réagissez » ou « Soyez le premier à réagir ». En sorte que n'importe quel lecteur identifiable par la rédaction comme l'est un quelconque abonné peut envoyer son « avis », et le fait. Ici, chacun a, deux fois par article, un espace de 500 signes à sa disposition : cela suffit pour une intervention ponctuelle. Le nombre des intervenants varie beaucoup selon le sujet, d'un seul pour H. Van Rompuy à plus de deux cents pour Fr. Mitterrand (bon, on est en France)... La lecture de ces textes est hélas ! plutôt décevante : bien des habitués y projettent leurs fantasmes, leurs préjugés... Ils n'en sont pas moins le lectorat. Je sais qu'une réflexion est en train de se faire à ce sujet. Le journal pourrait laisser affichées comme aujourd'hui toutes les opinions pendant vingt-quatre heures, puis le webmaster, d'autorité, ferait disparaître tout ce qui est excentrique, et se dégager un mouvement d'opinion intéressant. Voilà qui deviendrait du « journalisme pour autrui ».  Celui de demain ? - Ce qui serait possible à l'intérieur du « monde », pourquoi ne l'envisagerait-on pas pour la « communion des saints » ? 

23:46 Écrit par Ephrem dans Web | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

02/05/2009

Par parenthèse

J'ai 7 ans, je nourris Biquette avec Marraine

 

     « Sois gentil avec les gens ». Cette petite phrase résume l'enseignement que m'a donné Tante Julie, ma marraine. Dès ma toute petite enfance, elle a veillé sur mon bien-être comme si j'étais son fils. De mon âme, c'est ma mère qui s'occupait, naturellement, mais que j'aie ou non les pieds mouillés, des vêtements propres, ou la morve au nez,  seule ma marraine s'en inquiétait. Je suis injuste : en cas de fièvre, Maman reprenait sa compétence. Je voyais très bien la frontière : c'est dans la tragédie que vivait ma mère, cette adorante et adorée  « Princesse de Clèves ». Pour « La vieille fille » que resta Marraine jusqu'à près de quarante ans, mieux vaut ouvrir les romans balzaciens. Mademoiselle Cormon... Dommage que « la Mère Goriot » n'existe pas : ç'aurait été elle.

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     « Sois gentil avec les gens ». Cela n'a l'air de rien. C'est un vrai sésame. Méditant ce que je dois à toutes ces femmes  qui m'ont formé,  je privilégie, dans l'aptitude que je me reconnais au bonheur, la part que je dois à cette femme-là. Elle qui, dans ce monde, n'a pas eu sa part. Ni sa part de vie, ni sa part de joie, ni sa part d'amour, comme chantait le Père Duval, ouvrant la voie à Sœur Sourire. Elle a fini par faire un mariage de convenance, avec un homme qui, d'évidence, voulait s'éviter la solitude. Pas d'enfants, bien sûr.  Ils tinrent un commerce : je la vois à son comptoir, bouchère. Et, le temps passant, toujours plus angoissée par la mélancolie de son mari.

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     Sur ce blog aussi, c'est le mot d'ordre que je me suis donné : « Etre gentil avec les gens ». Ne pas mordre, sinon des idées   toutes  faites et des prescrits ou des interdits sans fondement. Merci à tant de visiteurs qui, quoi qu'ils pensent des libres propos que je dépose, sont presque toujours d'une grande courtoisie dans leur réaction. Accords, objections, nuances, corrections : tout y est...  gentil.

 NB. « Gentil », c'est étymologiquement trois choses : 1. Païen, en ce sens qu'on se réfère d'abord à sa conscience, et non à une bible ou un catéchisme réglant tout. 2. Noble d'instinct, en ce sens qu'on s'oriente spontanément vers le haut, le meilleur de soi et des autres, en gentilhomme du regard. 3. Bienveillant et bienfaisant, en ce sens que... Dans tous les sens.   

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25/03/2009

Celui à cause de qui

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     J'ai bien pris conscience, à mesure que, cahin-caha,  je joue ce rôle d'Ephrem en vieillard noble plutôt qu'en jeune premier, que les idées que je défends sont moins  désincarnées, moins intemporelles que je n'eusse pensé jadis. Qu'elles ne cherchent pas à dire la vérité certaine dans l'absolu, mais une certaine vérité. Elles ont un  fondement : ma propre vie. Une limite aussi : mon expérience toujours. Pour qu'elles soient bien comprises du lecteur, dans le champ de vision exact où elles étaient pertinentes et pouvaient éventuellement "faire du bien", j'ai été amené assez vite à produire un récit autobiographique de plus en plus franc, qui n'est pourtant pas ce que j'ai à dire, mais ce à cause de quoi, Celui à cause de qui je m'exprime - avec conviction. Avec honnêteté aussi. Partant de là, ne devrais-je pas être hostile, dans la blogosphère, à l'anonymat et au jeu des pseudonymes ? Pourtant, je n'y fais pas d'objection. Parce qu'en dehors des vedettes, le nom n'est qu'un identifiant, pas un signifiant. Ce qui "signifie" un homme, c'est d'abord l'époque et le lieu "d'où il parle" : cet espace de langue, de culture, de pensée, de livres, de plaisirs, de faims où il se meut. Dans l'idéal, c'est là que le lecteur doit être conduit par l'auteur, et tout est dit si et quand surgissent dans le lecteur les pensées dont l'auteur se fait l'interprète. Il n'est donc jamais question, à mon sens, pour un responsable de blog, de "se faire des amis" comme dans Facebook, mais plutôt de participer symboliquement au partage planétaire (!) et, si possible, cordial, de la parole. Comme on s'astreint à donner systématiquement  l'euro-bonjour journalier aux assis par terre dans la rue.

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     Echappe-t-on ainsi au risque de la méprise ? Non. De ce risque, Dieu même est victime dans notre lecture de l''Ecriture sainte où il S'expose.  "Parole de Dieu", doit-on  dire après chaque lecture biblique, à  la messe. Encore que... Récemment j'ai entendu une lectrice contester ce rite au Curé qui lui rappelait la formule liturgique. - Non, je ne peux pas dire ça. -  Vous avez tort : c'est vraiment la parole de Dieu - Non : c'est la parole de Paul, dans une lettre, c'est même dit au début ! Sourire...) Pour l'heure, posons qu'il y a comme un blog divin, pour nous, chaque dimanche... Et que cela nous invite à des commentaires familiers.

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 1.Dans la première alliance, Dieu ne parle qu'à travers des hommes frustes et violents, en épousant fatalement leur mentalité tribale. Dimanche dernier, ce Dieu inspirait donc le merveilleux psaume 137 (136) commençant si poétiquement: "Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux peupliers d'alentour, nous avions pendu nos harpes". Oui, mais la fin, le dernier verset, heureusement qu'il avait été censuré dans la lecture publique. Parce qu'il avait beau être inspiré, lui aussi, ce n'en était pas moins une imprécation digne d'alerter Amnesty International et de troubler les ligues contre l'avortement: "Fille de Babylone, promise au ravage, heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer contre le roc !"

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   2.Dans l'Evangile qu'est la nouvelle alliance, est-ce vraiment Dieu qui parle ? Oui, c'est la voix de Jésus, le Christ, Fils unique : c'est le Verbe de Dieu qui nous est livré. Reste que vous et moi n'étions pas là pour l'entendre: nous n'en avons aujourd'hui une idée qu'à travers les mots (plutôt la traduction grecque des mots) que Lui attribuent quatre évangélistes, voire les cercles d'amis de ces quatre, dans une rédaction tardive de trente à septante ans après les faits.

     3. Après Jésus, Dieu a parlé par... par nous. D'abord par les apôtres, le plus significatif étant Paul. Mais tous les baptisés, du plus humble au plus grand, forment un peuple de "prêtres, de prophètes et de rois" - voyez la liturgie du baptême. Tout baptisé qui prétend parler du Christ "en vérité" peut le faire, doit le faire. Sans peur, sans gêne, sans orgueil. Seulement en prenant soin, d'une part, d'affiner son expression afin qu'elle soit aussi limpide que possible, et d'autre part de relativiser cette expression, afin qu'elle n'emprisonne pas Dieu. Il suffit qu'elle amène chaque lecteur à trouver l'expression qui lui convient à lui, fatalement autre, mais nécessairement juste si c'est une Bonne Nouvelle. Car on reconnaît l'authenticité aujourd'hui d'une Parole de Dieu à sa bienveiilance, au bonheur qu'elle génère.

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13/12/2008

Un sacramental

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     Sauf exceptions heureuses, mes contemporains (de soixante-cinq à quatre-vingt-cinq ans !) n'apprécient guère le nouvel animal de compagnie que j'ai adopté et qui, disent-ils, est dangereux : il peut nuire à mon entourage, m'isoler physiquement, et même me dévorer. C'est de la communication électronique qu'ils parlent, de mon « blog ». Il était jugé comme un passe-temps insignifiant tel le sudoku lorsque je ne faisais que souscrire par deux ou trois lignes aux posts d'autrui. Depuis que je consacre à la rédaction d' « Ephrem » plusieurs heures par jour, voilà qu'il est traité comme une dernière maîtresse, abusive naturellement - ou dernier amant, selon ce qu'ils savent de moi. « Dans cet hiver où les jours sont plus courts, dans cet âge de fin du monde où les amitiés sont plus douces, qu'as-tu donc, disent-ils, à mettre ton cœur dans ce sous-dialogue, ce pseudo-dialogue puisqu'il est anonyme, déséquilibré, bigarré ? Tu en seras fatalement déçu, et tu finiras par faire comme font les autres (paraît-il) : feindre d'être toi-même, en tenant le rôle fictif que tu aurais voulu réel. »

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     J'écarte comme futiles deux incongruités. D'une part les propos des intellectuels qui sont accrochés à la vie active, et voient donc mon travail gratuit d'un œil condescendant. Ce n'est pas méchanceté : d'autant que plusieurs d'entre eux sont actifs par tempérament (voir la typologie d'Heymans-Le Senne) et ont besoin de faire bouger les choses, à défaut des cœurs : Pourquoi pas lui ? se disent-ils. D'autres n'ont pas la possibilité de quitter un poste pour lesquels aucun remplaçant n'est encore possible...  Mais moi je suis autre, voilà : rêveur, bavard, poète, lecteur, musicien, amateur, liturgiste, oui à tout ça. Et je suis enfin libre : les « affaires », c'est-à-dire le prestige et l'argent, ainsi que la communication sociale dans ce qu'elle contient d'obligation de séduire, ça m'indiffère. D'autre part, il y a les étonnements de ceux qui n'ont pas pris à temps le virage de l'informatique, et qui en parlent comme de la peinture moderne, bizarre et sans critère ; quel intérêt, pensent-ils  ? Encore bien quand ils ne confondent pas avec la sexualité par internet dont ils m'imaginent peut-être amateur : au temps du sida, c'est plus prudent... - Je ris.

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     A mon point de vue, l'activité de la blogosphère a la caractéristique même d'un sacramental - à savoir « un rite, béni de Dieu, et qui donne des effets spirituels. » 1. Le blog rend propriétaire de la parole tout individu  - tout homme pris comme tel, et non comme membre d'un groupe supposé penser ceci ou cela en vertu de ce que déclare le porte-parole du groupe. C'est d'ailleurs pour ça que les Eglises et les Grandes Associations convenables ne s'y résignent que rarement, et moyennant une « modération » (ah ! le beau mot), c.à.d un contrôle préalable par elles de ce qui va être dit. 2. Et il fait accoucher le blogueur de ses vérités enceintes. Les siennes, fruits de ses entrailles. Dont il est donc le premier bénéficiaire. Parfois le seul, même s'il est beaucoup lu. Cela m'a naturellement blessé dans mon ego de constater que ma production n'instruisait pas vraiment les autres (je ne parle pas ici des très proches). Elle les intéressait, les charmait parfois. Les instruisait ? non. C'est ainsi. Si, par ce media, je parle à quelqu'un, surprise : ce n'est jamais qu'à moi-même (et aux miens). 3. Pourtant, c'est l'opposé d'une contemplation dans un miroir.  Ce genre de travail m'instruit. Je m'explique, je m'apprends.  Comment ? Par la vertu de l'écriture qui consiste à soumettre les vagues et molles pensées qui nous habitent tous à la dureté de la syntaxe et du lexique. Pas question de dire : Euh euh tu vois ce que je veux dire, je ne trouve pas les mots - non, il faut les trouver, ces mots, les organiser, ces phrases, tantôt  banales, tantôt complexes, mais qui, une fois faites, nous jugent : la voilà, mon ami, ta pensée, c'est ce que tu as écrit, ne triche pas. N'en appelle pas à ta maladresse :  c'est cette maladresse qui te révèle.  Te révèle à toi - et aux autres. Car la langue n'est pas solipsiste : les autres sont là, en principe ! Cette écriture est vue par des yeux que je ne vois pas, et peut être comprise par des esprits que je ne connais pas. Quelle communication nouvelle ! La terre entière est prise à témoin, et je m'y découvre comme dans un confessionnal : vaguement coupable, certes, mais vraiment aimable, et passionnément aimé.

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25/03/2008

Bilan 1/7

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   Voilà trois mois que je me suis risqué, avec vous, à la réalisation de ce « journal extime », pour reprendre l’expression de Michel Tournier. Je l’ai fait quasiment chaque jour, trouvant à la fois de la peine et du plaisir à m’initier concrètement à ce nouveau moyen de communication, plutôt méprisé par les professionnels des médias mais vite adopté par les jeunes, les sans emploi, les sans pouvoir. Et les vieux, of course. Eux, seulement dans la mesure où ils n’ont pas trop attendu avant de s’approprier le mystérieux alphabet de l’informatique, avec plus d’application et moins de mémoire qu’ils n’ont eues jadis dans leur apprentissage de l’orthographe. J’ai des amis plus âgés qui me téléphonent avec consternation : « Paraît que tu écris tous les jours à tout le monde, et  je ne sais même pas te lire, figure-toi, je ne sais pas comment on  fait ». Les pauvres !

 

   Début mars, j’ai dû interrompre quelque temps la coulée des phrases, et je pentecoteme suis engagé à continuer d’autant après le 25 mars. Cela nous conduirait fin mars, ai-je dit. Sept jours. Je remplirai bien exactement mon contrat. Mais ces jours de rabiot, je ne les compterai pas avec le mouvement du soleil, mais celui d‘un astre plus intérieur, plus sacré. Mon quotidien devient donc hebdomadaire. Et sortira le dimanche – sept fois, ce qui nous conduira au 10 mai. Ah ! mais ce 10 mai, c’est le  jour de Pentecôte ! Heureux hasard, mais hasard. Non, je n’ai pas la grosse tête, pas plus que le roucoulement du Saint-Esprit.

 

green_1   Le bilan!? Me suis-je « envoyé une lettre à moi-même pour me donner des nouvelles de moi », comme disait  Julien Green de son  journal à lui, autrement sérieux ? Oui, mais pas seulement. Oui, d’abord : j’ai appris à user d’un style plus oral, avec des négations où manque expressément le « ne », par exemple, et des ruptures de construction ; des métaphores poussées loin, des confidences étalées, c’est donc que j’aimais ça. J’ai même ajouté ici ou là une note d’humour dont je me croyais incapable. Tout de même, vous avez eu droit le plus souvent à mon discours fidèle : de longues périodes latines où les compléments multiplient les nuances, où les contraires s’énoncent puis se résolvent par changement de point de vue ; où finalement, toute affirmation n’a de majesté légitime qu’après qu’a retenti la  trompette de l’objection. – Et non :  grâce à Palagio, qui m’a d’abord embêté, j’ai retrouvé un vieil ami de qualité. Marie m’a bien encouragé, comme elle sait faire. Quelques commentateurs, comme Cyril et Ben de Bruxelles, m’ont ouvert à d’autres problématiques. Et puis, surtout, il faut le compter aussi, Dieu… j’ai constaté avec surprise à quel point je me sentais banalement en présence du Dieu fait Homme – Jésus. Bien sûr, je me savais pieux, passionnément même. La surprise a été de voir que j’en parlais comme… dieu amoureh bien, comme un obsédé, un amoureux. En me relisant, je songeais à cette phrase attribuée par le réalisateur de Thérèse à sa petite héroïne :  Dire que je suis éprise d’un homme qui a vécu il y a deux mille ans, que je n’ai jamais vu, que je ne verrai peut-être jamais, et dont certains prétendent qu’il n’a même pas existé. – Allons : qu’il ait existé, on a pu en douter au XIXe siècle, mais plus aucun historien aujourd‘hui ne le croit. Ce n’est pas en vain que j’ai potassé les trois volumes rouges de John  P. Meier : Un certain Juif Jésus. Les données de l’histoire, au Cerf, en 2005.

 

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03/01/2008

A David, avec les remerciements de Saül

                      Le suicide, l’enfer… Sans doute ai-je eu tort de mêler ces deux thèmes. En m’embrouillant les pinceaux d’ailleurs : le suicide des vieillards était à l’honneur, à Rome, et dans la philosophie stoïcienne. Manière élégante de quitter une existence qui n’a plus rien à donner, ni à vous, ni à personne, jugeait Sénèque. Tout autre est le suicide des jeunes, où cette « solution », condamnant la Vie comme sans valeur, n’est jamais rationnellement intelligible. On est alors dans le monde de la folie. De la psychose, comme on dit aujourd’hui. Le monde de Satan, comme disait Bernanos dans l’histoire de Mouchette et ses autres romans placés sous le même Soleil noir. Si, personnellement,  je suis porté à y lire aussi une sorte de  défi métaphysique, je ne crois pas du tout qu’on sache, qu’on puisse, y pointer une quelconque responsabilité individuelle. Au passage, qui aurait à répondre du suicide de Judas ? Pierre, le chef de la communauté des Apôtres, a été au moins passif… Allons, je déraisonne ! 

           A votre seconde intervention, que répondre, sinon que je ne fais pas de reportage. Familier du monde de la communication, je sais aussi ses lois, et la nécessité, dans un cybercarnet (!), d’égarer certaines curiosités, comme on "floute" un visage à la télévision. En l’occurrence, il s’agit, par tel détail précis sans importance pour le sens de l‘histoire et volontairement modifié, de préserver des valeurs supérieures. Rassurez-vous donc. Je tiens pour sacrée la discrétion vis-à-vis d’une confidence qui m’est faite, tous mes proches le savent. Cela signifie que cette dame respectable est peut-être un monsieur ; que cette histoire n’a pas été dite, qui sait ? à moi directement, mais à un ami, qui me l’a contée ; que la confidence n’est pas de janvier 2008 mais 2005 – ou 1990, tant qu’on y est. Vous voyez, je dis n’importe quoi, et pourtant l’histoire est  la même. On n'est pas dans les news, mais dans les débats.

 

           Mes références bibliographiques, elles, sont toujours exactes. Déformation de prof, cette fois !  J’en profite pour préciser que le beau texte de Delumeau cité hier est extrait de son « Ce que je crois », Grasset, 1985, page 106.

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29/12/2007

DES SOLITUDES, ET UNE SEULE LIBERTE

 

J’ai dîné l’autre soir chez un couple d’amis qui, tous deux,  et ensemble, me sont très chers, avec des centres d’interêt parfois différents. C'est bien pourquoi, nul que je suis en gastronomie, voire en cuisine, c’est avec gratitude et un peu de gêne que je les voyais rivaliser de soins et d’ingéniosité pour réussir un plat dont je n’étais pas sûr de savoir apprécier le génie comme il fallait. Entretemps, je m’égarai heureusement  dans la lecture d’un « Têtu » récent qui traînait sur la table, et dont, à la dernière page, Frédéric Mitterrand, avec une autre sorte de génie, me procura brusquement, à propos de Maurice Béjart, un fabuleux bonheur lié à la chose écrite.

 

Je le cite. « Le rideau va se relever bientôt mais il est [=Bejart] comme à l’accoutumée, parfaitement calme, précis, et chaleureux. Un père bienveillant, tel qu’on en trouve dans les histoires d’autrefois, qui parle à ses enfants avec douceur et fermeté. Impression d’intensité et de confiance fusionnelle. Il cherche encore quelque chose, un détail, un mouvement, une expression. La fille et le garçon, qui travaillent avec lui depuis des mois, sans doute, suivent docilement ses instructions comme s’ils avaient l’éternité devant eux. Il y a quelques mois, il aurait été debout, ainsi que je l’ai vu plusieurs fois, en collant et pieds nus, vif, et le souffle rapide, pour leur montrer ce qu’il attendait d’eux, mais il n’en a  plus la force maintenant, son corps jadis si musculeux est prisonnier de ce fauteuil d’infirme (…) Il ne m’a pas vu, je n’ose pas l’interrompre, je reste en arrière, attentif et silencieux, et quand sonne le carillon de la reprise, je m’éloigne le cœur serré, en gardant cette image de l’homme  épuisé en qui l’adolescence flambera jusqu’à la fin »

 

Un père bienveillant.

Avec douceur et fermeté…

Quelque chose : un détail, un mouvement, un expression…

L’homme épuisé en qui l’adolescence flambera jusqu’à la fin…

Je rêve.

 

Vingt-trois lignes plus loin, cette suite qui est une fin, une fin « sans » fin. « Au fond je ne sais pas pourquoi il était toujours aussi gentil avec moi alors que nous vivions dans des mondes si différents. J’ai beau chercher, je ne trouve pas, hormis le fait qu’il était de toute façon la bonté même, et qu’il reconnaissait d’emblée la solitude. Cette liberté peut-être à laquelle j’aspire sans avoir pourtant ni la volonté ni l’énergie de la conquérir vraiment, et qui s’envole ce matin au vent du nord, sur une plage d’Ostende, avec les cendres d’un enfant méconnu de Marseille ».

 

Permettez à ma naïveté d’enseignant - sans autre talent que celui de le reconnaître aussitôt qu’il  surgit – de tressaillir d'abord en lisant les deux traits où se révèlent à coup sûr le discernement : la bonté « absolue », et puis la capacité d’attention immédiate, dans un groupe, à celui qui est seul. Pour quelque motif que ce soit, c'est vrai. Mais il y a aussi, inattendu, insolite,  un substantif jeté sans fonction syntaxique, un aérolithe, qui crève soudain les yeux, ou plutôt le cœur ! « Cette liberté » sur laquelle on n’a pas le courage solitaire de mettre la main, vos l’avez vue ! cette liberté pour s’envoler au vent du nord avec les cendres de l’enfant que l’on fut, que l’on reste… C'est avec cette liberté-là que d'autres s’enfonceront un jour dans le ventre de la terre, descendant aux enfers d’où ils ressusciteront le troisième jour, tous, tous ceux qui ont vécu dans la bonté même, et chez qui la solitude constitutive de l’individu est faite pour remorquer vers la lumière la foule des infirmes et des paralysés.

 

Si j'y arrive, je placerai ici demain quelquefois photos prises, en pleine représentation, d’une loge du 2e étage du TRM, par Bruno MERSCH (+), étudiant à l’IHECS en 1976. C'état la création de  « Notre FAUST », d’après l’œuvre de  Goethe.

 

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